EXPLICATION DES TABLEAUX DE LA COLLECTION
Le premier peintre primitif que nous connaissions est André Rico, que la plupart des biographes n'ont pas même nommé. André Rico mourut à Candie, vers l'année 1105; il envoyait en Italie des ouvrages finis et des échantillons de tableaux. Lorsqu'on lui commandait un tableausurun échantillon, il s'empressait de le composer et de le transmettre à sa destination.
Nous ne possédons d'André Rico qu'un échantillon peint sur bois et bien conservé. C'est une Vierge ayant son fils dans ses bras. Elle est presque noire (nigra sum, sed formosa, Cant. 1. 4. , et sa tête est ceinte d'une couronne d'or. L'enfant tient un livre de la main gauche , et de la main droite donne la bénédiction. On lit sur le fond ces mots grecs en abréviations : Mp. 6». (jx^TYip 6eou, mère de Dieu ).
Nous le reproduisons de même grandeur que l'original, (pl. I). La hauteur est de 95 millimètres. La largeur est de 68 millimètres.
N° 2. Barnaba sur lequel on n'a aucuns renseignements autres que l'époque de sa mort (1 150 , et le lieu de sa naissance (la Toscane), n'a fourni, ainsi qu'André Rico, qu'un seul tableau à cette collection.
C'est une Vierge et son fils (V. pl. Irej. Au-dessus de la tête de la Vierge est cette inscription: M p. fj>s au-dessus de la tête de l'enfant, on lit :
[, H. yjp , pour -T/iffoîi; yJpi.<rco$ .
Toile collée sur bois, haute de 23^ millim. , large de 225 mill.
N° 3. Après André Rico et Barnaba, vient, par ordre de date, Bizzamano l'oncle, né en Toscane, selon toute apparence, et qui y florissait vers l'année 1 184. Il nous est permis de juger de la fécondité de ce peintre par le nombre de tableaux qui sont parvenus jusqu'à nous. J'en possède cinq.
Le premier que nous reproduisons (Voy. pl. 2) représente ta Sainte Famille. Une tristesse douce domine ce tableau. Le fils de Dieu supporte de la main gauche, ou plutôt assujettit le globe du monde sur ses genoux; de la
main droite il bénit. Toute la destinée du Rédempteur est expliquée là. Ajoutez à cet ensemble saint Joseph en adoration devant le fils de Dieu.
Ainsi qu'André Rico, et Rarnaba , et presque tous les peintres du douzième siècle, Rizzamano donne une explication de son œuvre par ces mots peints sur fond d'or, Ms.'*< Mère de Dieu , placés au-dessus de la tête de la Vierge — La hauteur de ce tableau est de 343 millim.; la largeur , de 280 millimètres.
Il est à remarquer que l'art a fait des progrès, de Rarnaba à Rizzamano. A peine trente années se sont écoulées, et le faire est plus soigné, l'idée du peintre est rendue d'une manière plus compréhensible.
Les tableaux de Rizzamano peints sur bois, fond or. aux contours bordés d'un large trait noir, sont déjà moins loin de ressembler à la nature que les peintures byzantines.
M0 4. Rizzamano qui, comme ses devanciers ou ses successeurs, reproduisait presque toujours le même sujet, semble n'avoir peint que des Vierges. Le tableau que nous avons en regard, d'une grâce infinie, de forme et d'agencement gracieux, et d'une exécution plus simple, est, comme le précédent , d'un aspect mélancolique et affectueux. La Vierge et l'enfant semblent confondus dans la même tendresse. — L'original de cette I gravure sur bois a 298 millim. de hauteur et 257 millim. de largeur, ipl. 2) sont d'une couleur agréable, brillante et bien conservée. Les figures se détachent sur une draperie verte rendue avec soin. L'exécution de ce tableau est remarquable; les rehauts d'or dont sont décorés tous les tableaux de cette époque, sont dans celui-ci placés avec un goût et une adresse extrêmes. — Hauteur, 171 millimètres; largeur, 133 millim.
N° 6 Voici peut-être le premier essai d'un tableau avec paysage et qui ne rentre plus tant dans l'imagerie. Quelques arbres >e détachent sur le fond
N° 5. La Vierge et son fils
lumineux du ciel Ici l'enfant Jésus porte le sein de sa mère à ses lèvres. Saint Jean, revêtu d'une peau d'agneau, est près d'eux; il tient une croix autour de laquelle se déroule une banderolle avec ces mots : Kcce Aynus. — Cette peinture a 487 millim. de hauteur, sur 541 millim. de largeur. Voyez planche 3, la première gravure.
N* 7. Lnlin, le dernier tableau de Bizzamano l'oncle est une Vierge tenant son fils dans ses bras. L'enfant supporte de la main gauche le globe du monde, et semble lui-même tenu assis comme par miracle; car les mains de la Vierge ne le soutiennent presque pas. Son costume annonce que Bizza manoa voulu peindre le Bédempteur lorsqu'il commençait à sortir des langes dn premier âge; ses cheveux sont symétriquement arrangés; la petite toge pourpre dont il est revêtu ressemble à celles que portaient les citoyens du Bas-Empire. Le costume de la Vierge est très-simple ; il se compose d'une tunique, et d'une draperie en forme de manteau qui recouvre sa tête. Les plis des draperies sont exactement les mêmes dans toutes les Vierges de Bizzamano l'oncle; l'exécution seule en est différente.
La tête de l'enfant est fort expressive; on doit remarquer le développement prodigieux du front, plus sensible qu il ne l'est ordinairement chez les enfants de cet âge. Sur le haut du tableau gravé ci-dessous, est écrit : M p. 0», et'l/). yji. Hauteurdu tableau 390 millimètres, largeur 325 millimètres.
Bizzamano neveu florissait en 1190. Je possède sept tableaux de lui dans ma collection. On en offre ici trois seulement. Les autres ressemblent à ceux que nous donnons; il eût été superflu de les reproduire. On sait d'ailleurs à quoi il faut attribuer cette ressemblance des tableaux de plusieurs peintres primitifs. Ils envoyaient l'échantillon à un grand seigneur et ils en conservaient le modèle. Le même échantillon était parfois choisi par un grand nombre d'amateurs, et alors le peintre, simple ouvrier, exécutait autant de tableaux qu'il lui en était demandé.
N° 8. Vierge et .son fils. La pose de l'enfant, tetant le sein de sa mère, est abandonnée et vraie. (Voyez le second tableau de la planche 3). Hauteur 225 millimètres, largeur 165 millimètres.
N°9. L'Adoration des Mages , seul tableau de Bizzaniano neveu dont le sujet ne soit pas une Vierge.
Les rois mages sont en adoration devant l'enfant
nouveau -né. La Vierge relève le linge qui recouvre la crèche , et saint Joseph, regardant l'enfant qui doit faire la gloire d'Israël, joint les mains en signe d'admiration. Les costumes des mages sont de la fantaisie la plus extraordinaire. Les corps, les physionomies, les draperies, rien n'estdessiné
ni bien peint dans ce tableau. — 460 millimètres de hauteur, 388 milli mètres de largeur. ( V. le dessin sur bois, page 24. )
Le N" 10 ressemblant au n° 8, n'a pas été reproduit.
N° 11. Vierge et son fils , Mp (F: l'enfant, de la main gauche, tient un globe surmonté d'une croix; de la droite il donne la bénédiction. ( V. planche 3, le troisième dessin : hauteur, 230 millimètres, largeur, 198 millimètres.
Le N° 12 est le quatrième de la planche 2. Hauteur 194 millimètres, largeur 171 millimètres.
Le N° 13 n'a pas été gravé : il est à peu près semblable au précédent.
N° 14. Vierge appuyant la tête sur celle de son fils. L'enfant est vêtu d'une robe échiirée d'or, c'est la cinquième gravure de la planche 3. M.p, 9». 'lïj, /a. Hauteur 188 millimètres, largeur 149.
Il y a des remarques fort curieuses à faire lorsqu'on étudie l'ancienne école vénitienne du douzième siècle. La manière de cette école a véritablement très-peu changé, pour tout ce qui est du matériel de l'art; la forme, la couleur, le dessin se sont conservés avec les modifications apportées par les progrès de la peinture. Nous retrouvons, au seizième siècle, dans l'école
vénitienne, les mêmes tons brillants et harmonieux que déjà on y remarquait au douzième siècle.
Il se faisait, à cette époque, beaucoup de tabernacles en bois peint avec des emblèmes ou des sujets sacrés, exécutés soigneusement et à fond d'or.
Quant aux tableaux, déjà l'usage des échantillons, dont nous avons parlé plus h;iut, commençait à se perdre. Les compositions se vendaient sur l'original. Ceci est, selon nous, une grande amélioration, et prouve que les peintres n'étaient plus de simples manœuvres.
Sept tableaux vénitiens, du douzième siècle, ornent ma collection. N° 15. Tabernacle. (V. planche 4.) Au milieu, la Vierge est assise sur un trône: elle tient dans ses bras l'enfant Jésus; à droite, saint Jean; à gauche, une sainte; autour du trône, quatre têtes d'anges.
Au-dessus du trône, dans un cadre séparé, Jésus-Christ sur la croix; Marie, saint Jean, à genoux.
Sur le volet gauche, Jésus-Christ dans le jardin des Oliviers; plus bas, Moïse sur le mont Sinaï : sur le volet droit, la figure de la Vierge, et plus bas, un ange armé de toutes pièces. Hauteur, 514 millimètres, largeur ( en tenant les deux volets ouverts : 460 millimètres.
N° 16. Vierge et son fils. L'enfant, levant deux doigts, Y indicateur et le médius de la main droite, donne la bénédiction. Il tient dans la main gauche un rouleau de parchemin. La sainte Vierge porte son fils avec beaucoup de grâce Les draperies de ce tableau sont magnifiques : on peut déjà prévoir ce que plus tard l'école vénitienne produira sous ce rapport Les figures ont moins de candeur peutêtre que cellesde plusieurs tableaux précédents. La pose cependant est délicate et en même temps majestueuse. Le naturel s'y mêle à l'art, et les mains, en particulier, sont traitées avec une certaine conscience. Hauteur, 264 millimètres; largeur, 190 millimètres.
N° 17. Vierge et son fils. L'enfant tète le sein droit de sa mère ; audessus de la Vierge, M p. 6. u : au-dessus de l'enfant, I II. /?; les bras de l'enfant sont nus. Hauteur,210 millimètres, largeur, 149 millimètres. (Voyez le dernier dessin de la gravure, planche 3. )
N° 18. Vierge et son fils L'enfant est appuyé contre la joue de sa mère;
fc>- 26 -e$
le manteau de la vierge est parsemé d'étoiles. Autour de l'auréole de la Vierge, on lit en commençant par la droite, Ave Maria, gralia. Hauteur. 248 millimètres, largeur. 162, (voyez le sixième dessin de la planche 3. )
N° 19 Nous arrivons à un sujet important, véritable sujet historique sacré; c'est la Présentation au Temple.
L'architecture en esta peu près nulle; les peintres , sur ce point, sont encore pour longtemps dans la première enfance des arts.
Siméon tient l'enfant entre ses bras et le regarde avec un extrême attendrissement. Derrière la sainte Vierge, paraissent saint Joseph et sainte
Anne. Le premier donne en offrande deux colombes blanches : l'autre a dans la main gauche un rouleau sur lequel on lit : Toïïxo to Bpscpoç oùpavov iWpsojcE xal yÇjv. Hic infans cœlum fundavit et terrain. C'est une imitation du passage d'isaïe. (ch. XLVIII, v. 13 ) où on lit: Manus quoque mea fundavit terram et dextera mea men.sa est cœlum. Ce tableau est remarquable, et l'inscription grecque qu'il porte lui donne encore une nouvelle valeur. Hauteur. 310 millimètres, largeur, 253 millimètres.
N° 20. Vierge et son fils, la mère et l'enfant sont couronnés. L'enfant donne la bénédiction de la main droite, et de la gauche il tient un coffret. Tableau rond sur cuivre. Haut. 108 millimètres; larg. 81. (V. pl. 5.)
N° 21. Maintenant, occupons-nous d'une Vierge avec l'enfant, tableau dans lequel le peintre a fait de grands frais de costumes. Il a environné la sainte Famille d'un apparat inusité. Remarquez la richesse des costumes, les plus beaux qui aient été portés au moyen âge : anachronisme qui a bien son avantage, parce qu'il nous fait connaître les vêtements de l'époque. (Voyez la première gravure, planche 8.)
iuxdeux côtés delà sainte Vierge, qui regarde l'enfant avec une expression d'amour mêlé de respect, se tiennent un saint et une sainte, sainte Catherine et saint Antoine, comme on le voit par ces mots : Sca Catarina virgo et SS. Antognivs , XX. Autour de l'auréole de la Vierge on lit : Ave Maria gratta plena, dom. Ce tableau cintré dans sa partie supérieure, a 677 millimètres de hauteur, 386 millimètres de largeur. Le dessin devient de plus en plus correct et imitateur; la couleur est vraie; l'ensemble offre des beautés que nous n'avions pas encore rencontrées jusqu'alors.