‹ Peintres & sculpteurs contemporainsChapitre 8 sur 17 · I. Un vol. in-8°, chez M''° Lcmairc, éditeur · texte numérisé non relu

I. Un vol. in-8°, chez M''° Lcmairc, éditeur

en ouvrant ses cartons à l'auteur de cette brochure que Jacque en même temps prit occasion de compléter à peu près pour lui-même l'inappréciable collection de ses gravures. Ce Catalogue sera sans doute quelque jour repris et mené à bonne fin par M. Giacomelli, qui connaît si bien et admire si profondément Charles Jacque et qui le peut étudier en connaissance de cause, lui le très remarquable animalier qui a signé , entre autres œuvres hors de pair, les illustrations vraiment exquises de V Oiseau et de V Insecte, de Michelet, et celles de Sous bois, de Theuriet.

M. Guiffrey avait eu l'excellente idée de faire précéder son catalogue de V Œuvre de Charles Jacque de l'étude que Charles Blanc avait, dans la Ga:[ette des Beaux- Arts [\ 5 février 1861), consacrée à Charles Jacque graveur. Il y a bien des points contestables dans l'étude, d'ailleurs fort sérieuse, de Charles Blanc, par exemple la page où le critique croit devoir défendre Jacque d'avoir semblé être l'imitateur de Millet. Tous ceux qui connaissent l'histoire de l'art savent que Charles Jacque avait précédé J. -F. Millet dans la peinture des scènes rurales, des paysans, des animaux, des travaux rustiques. 11 n'est pas très-audacieux de dire que la pénétrante et vive intelligence de

Charles Jacque a dû faire trou dans Tesprit de Millet, son voisin de Barbizon.

C'est en 1845 4^^ Charles Jacque commença à faire de la peinture. L'illustration lui avait donné le pain; la peinture allait lui donner la gloire. Il en vécut jusqu'en 1850 environ, entremêlant ses tableaux d'autres travaux, et peu à peu les petits poulaillers et les porcheries de l'admirable animalier commencèrent à prendre de la valeur aux yeux des amateurs. Ils en avaient toujours eu, et une très grande, aux yeux des artistes. Vers 1855, et après avoir assez âprement lutté pour faire accepter ses moutons, Charles Jacque fut comme parqué avec eux, et ces amateurs encore, qui tiennent si fort à spécialiser les artistes et qui sont aussi moutonniers que les moutons eux-mêmes, lui imposèrent une sorte d'obligation de rester fidèle à ce genre d'animaux.

Au lendemain de 1870, les prix élevés qu'atteignirent les œuvres du maître donnèrent à une cohorte de copistes et de pasticheurs la tentation et l'occasion d'inonder de faux Charles Jacque l'Amérique, l'Angleterre, la Belgique, la France même. Il est pourtant bien facile de reconnaître Yau delà, le coup de griffe du maître. Les Charles Jacque ont une valeur considérable, qui augmen-

tera encore, valeur vénale et valeur artistique. Chose assez remarquable, et qui doit donner, ce semble, à réfléchir aux tapageurs, aux peintres éternellement préoccupés de l'étalage et du bruit, sans que Charles Jacque ait suivi les expositions, sans que la presse le traite en favori, il a conquis

une place incontestée parmi les dix artistes les plus justement recherchés et les plus haut cotés '.

Les critiques ont toujours salué avec une sorte de respect sympathique ce grand artiste laborieux, mais ils ne Tont jamais surfait, et, pour dire un mot qui se pourrait appliquer à tant d'autres, chaafié. Tel article d'Edmond About, dans le Petit Journal, rendait seul la physionomie fine et fière à la fois de Jacque. L'auteur de la Bergerie n'a jamais exposé que trois fois aux Salons officiels, la première en 1861 , où il envoya, avec deux autres petits tableaux, la toile supérieure qui se trouve au Musée du Luxembourg; la seconde fois en 186}, où il figurait avec deux toiles excellentes, tout à fait de premier ordre, la Lisière de forât et V Inférieur de bergerie; la troisième fois, enfin, au Salon de 1864,

I. M. de Goldsmidt a fait, chez Tédesco, Tacquisition du Troupeau, de Charles Jacque, au prix de vingt-cinq mille francs. C'est là, d'ailleurs, une œuvre hors ligne.

Page 1