‹ Peintures antiques inéditesChapitre 12 sur 28 · et les derniers éditeurs d’Ana · texte numérisé non relu

et les derniers éditeurs d’Ana

créon, Mehlhorn, Anacreont. Addend. p.

248, et Moebius, Prolegom. in Anacreont. Carm. p. xvx, not. 27, ont admis comme authentique le poëme dont il s’agit. Je me range à l’avis de ces savants.

2 II est fait mention dans Hérodote, 11, 182 , de statues consacrées dans ce temple par le roi d’Egypte, Amasis ; cf. Ælian. H. A. ix, 17. Sur les nombreux àvctVéïua.'lct qui s’y trouvaient déposés, voy. Meursius, Rhod. 1 , 6 , p. 17, sqq.

5 Plutarch. in Marcell. § 3o : rir A «m-

QH/Uct MapKtMou ITl'NAKES tuv in

~2,upa.K0Vffuv, .... Tipi AtvJov , iv t g> kpai thç ’Aüvivctç.

4 Strabon. xiv, 652.

5 Lucian. in Amor. § 8, t. V, 264, Bip.

6 Welcker, Prœfat. in Philostrat. Sen.

plus; c’est qu’au nombre de ces tableaux, ornements du temple de Bacchus, figuraient deux des chefs-d’œuvre de Protogène, et conséquemment de la peinture grecque , son Ialysus et son Satyre en repos , o Ecélvpoç 'nrcLpeMç <rruÀce) ; et cette notion précieuse , que nous devons encore à Strabon , et qui emprunte tant d’autorité au caractère de cet écrivain, qui avait été à Pdiodes, et qui parlait ici de ce qu’il avait vu de ses propres yeux , est exprimée en des termes qui ne laissent aucun doute sur la nature de cette peinture , laquelle était bien certainement sur bois, et faisait partie des peintures récemment consacrées : N eatrr) ’ANAKEIME'NOT tou m'NAKOE b

Nous devons nous former la même idée du fameux temple des Cabires, dans file de Samothrace. Effectivement, nous savons, par le témoignage de Plutarque, que les tableaux de Syracuses, qui n’avaient pas été réservés à l’ornement public de Piome, ou envoyés à Pdiodes, furent consacrés dans ce temple des Cabires 2, où il se trouvait , de toute antiquité , des tableaux, offerts par la piété, et provenant de personnes initiées aux mystères ou sauvées du naufrage par la bienfaisante intervention des dieux de Samothrace. On connaît, à ce sujet, le mot attribué au cynique Diogène ou à l’athée Diagoras, tel qu’il est rapporté par plusieurs auteurs 5, notamment par Cicéron 4, et

Imay. p. lxiii : Templum, cujus in porticibus suspensæ erant tabulæ, ut Rhodi in porticibus templi Bacchici.

1 Strabon. xiv, 652 (2, § 5, t. V, p.

5g5, Tzschukk.). C’est aussi d’une décoration de tableaux peints sur lois, et suspendus sous les portiques du temple, que M. Heffter a entendu les témoignages classiques qui ont rapport à cet édifice, et qu’il a soigneusement recueillis ; voy. die Gôtterdienste auf Rhodus , III, 34

2 Plutarch. in Camill. § 3o : n’v di cW6m-

jwa M.ctpMKKoo m'NAKES ru>v tx.

'S.vpa.Kûvaùjv , tv n Za./uotypd.Kyi , rsapà. roiç ©éo7? , ovç KABEl'POTX àvo/uaÇo v.

5 Diog. Laert. vi, 5g ; vid. Menag. ad h. I. ; cf. Suid. v. ?Zct./u.oÿpcLioi , v. Ztipiyÿia., et v. ànn une, Schol. Aristophan. in Pac. v. 276, cum Beck. Comment, t. VI, p. 4io- 4 1 1.

4 Cicéron, de Natur. Deor. ni, 37 : At Diagoras , cùm Samothraciam venisset , . . .

CHEZ LES GRECS ET CHEZ LES ROMAINS. 103 qui ne permet pas de douter que ces nombreux tableaux ne fussent des peintures sur bois , disposées de manière à servir à la décoration du lieu sacré.

Nous connaissons trop imparfaitement l’histoire de l’art, chez les peuples de la Grande-Grèce et de la Sicile, pour suivre , sur cet autre point du domaine de la civilisation hellénique, les applications du même genre qui purent y être faites de la peinture historique et sacrée. Cependant, on peut tirer une notion semblable à toutes celles qui précèdent du petit nombre de traits qui nous sont parvenus de cette histoire. La peinture du Héros de Tëmésa, citée par Pausanias, comme une copie d’une plus ancienne peinture \ yçy-(py\c, pc(/u,r]fxcL ccp^cLiccç, , prouve qu’il existait, dès une haute antiquité, même dans les villes les moins importantes de la Grande-Grèce, telles que Témésa, de ces tableaux placés dans les temples, représentant des sujets religieux ou mythologiques, ou même , comme dans ce cas-ci, des faits de l’histoire nationale. C’est aussi ce que l’on peut conclure , par rapport au temple de Junon Lacinia, du trait si connu de l’Hélène de Zeuxis, tableau peint aux frais des Agrigentins , pour être dédié dans ce temple de Crotone 2, le plus célèbre et le plus magnifique sanctuaire de toute la Grande-Grèce 3. C’est enfin ce qui résulte positive-

atque ei quidam amicus , lu, qui Deos putas humana négligera, nonne animadvertis ex tôt tabellis pictis , quàm multi votis vim tempeslatis effugerint, in portumque salvi pervenerint ? Ita sit , inquit : illi enim nusquàm picti sunt, qui naufragia fecel'unt, in manque perierunt. Cf. ad h. I. Creurar. p. 682.

1 Pausan. vx, 6, 4 ; voy. ce qui a été dit de cette peinture dans mes Monuments inédits, p. 222 , et Additions , p. 424.

2 Plin. xxxv, 9, 36 : Aci'agantinis facturas tabulam , quam in templo Junonis Laciniæ publicè dicarent ; cf Cicéron, de Invent, il, 1.

5 La même notion résulte du trait si célèbre que rapporte Aristote , de Miràbil.

c. xcix , p. 200, ed. Beckmann, de l’exposition faite dans ce temple, par le sybai’ite Alcislhène, d’un pèplus , orné de figures brodées, parmi lesquelles se distinguaient des dieux et des déesses , des habitants de Suse

ment clu trait que j’ai déjà cité, d’après une inscription de Rhégium \ d’une collection de dix-neuf tableaux , léguée par un citoyen pour être consacrée dans le temple d’Apollon, la principale divinité de Rhégium : car un legs de cette importance implique à lui seul tout un ordre de faits , comme il constitue toute une galerie de tableaux, une pinacothèque tout entière. Nous savons , du reste , que la peinture avait été cultivée de bonne heure à Rhégium, puisqu’un peintre de cette ville, dont Épicharme et Simonide avaient parlé avec éloge, Sillax, de Rhégium, fut chargé de peindre un portique public de la ville de Phlionte, dans le Péloponnèse2.

Quant à ce qui concerne le reste de la Grande-Grèce , nous avons déjà acquis la certitude que les peintures recueillies à la prise de Tarente par Fabius, ces peintures, détachées des murailles des temples par la main des soldats, et entassées d’abord, comme une proie réservée aux vainqueurs, puis rendues aux Tarentins, comme autant de témoins de la colère des Dieux3, étaient des peintures sur bois ; car c’est ce qui résulte indubitablement des circonstances mêmes de ce fait historique. Et dans la Sicile, où se succédèrent tant d’événements semblables ; où nous ne connaissons l’histoire de l’art que par le récit de ses nombreux désastres, c’est encore la même notion qui ressort pour nous de toutes les pages de cette histoire4 .

el clés Perses, tous avec leur costume propre et leurs attributs particuliers. Le même trait avait été consigné dans un ouvrage de Polémon , Atlien. xn , 54 1, A, c. lviii ; cf. Schweigh. t. XI, p. 476-77 ; et cet emploi de tapisseries brodées concourt avec celui des tableaux consacrés dans le temple de Junon, pour prouver l’usage qui se faisait de la peinture , chez les Crotoniates , à cette époque.

1 Morisan. Marmor. Regin. vi , 266 : tabulas pictas xviiii ; voy. mes Observations ,

р. 24, not. 2.

2 Polemon apud Athen. v, p. 210, B,

с. xlv , p. 309 , Schweigh.

5 Plutarch. in Fab. Maxim. § 22, t. I, p. 722 , Reisk. ; voy. plus haut, p. 5o.

4 II y a quelques bonnes observations sur l’état des arts , et particulièrement de la peinture , chez les Grecs de la Sicile et de

Ainsi, quand les Carthaginois , en l’an 4o6 avant notre ère, se rendirent maîtres d’Agrigente, ils y trouvèrent une grande quantité de peintures, d’un travail excellent, y &Ç>ctj vrcLfxvcM- YivpéQruroiv 21 c, et) tpov 2K.vr2vrovv^é\cu 1 ; et ces peintures étaient certainement des tableaux, puisque le vainqueur, en les envoyant à Carthage , les destinait à l’ornement de sa patrie. Nous avons déjà vu que telle avait été aussi la destination des nombreux tableaux tombés entre les mains de Marcellus , à la prise de Syracuses2. Nous savons enfin, par le témoignage si grave et si formel de Cicéron, que, dans cette même ville de Syracuses, appauvrie, mais non entièrement dépouillée par Marcellus, le temple de Minerve renfermait une suite de tableaux, de style historique, ainsi qu’une collection de portraits de personnages historiques ; lesquels tableaux y étaient employés de manière à en recouvrir les murailles 3 : en sorte que c’est, toujours le même fait qui se révèle dans toutes les circonstances de l’histoire de l’art, sur tous les points de son domaine, sans qu’il s’y mêle jamais un seul indice qui vienne à l’appui d’une présomption contraire. Et l’on conviendra sans doute que ce silence n’est pas moins significatif que cet accord de tous les faits est imposant et péremptoire.

la Grande-Grèce , dans l’opuscule de Bianconi , Parère intorno a una medaglia di Siracusa, Bologna, 1763 ; ce qui ne m’empêche pas de dire , commeje l’avais déjà fait remarquer dans ma Lettre à M. le duc de Luynes, p. 23, note, que ce petit écrit, rempli de divagations oiseuses, manque d’ordre, de méthode et de critique.

1 Diodor. Sic. xm, 90 : Tct jaiv ovv ttoauA >Aa\cA a 7W tpyaiv dyrtirliiAiv tiç Kop-

yjidova. ...... th'k $’a\KY\v ùtpiMiav f’^atpu-

poTMnirl,

2 Plutarch. in Marcell. § 3o.

5 Cicéron, in Verr. xv, 55 : His autem tabülis interiores templi parietes vestiebantur. La valeur de ce témoignage est telle , qu’elle ne souffre pas la moindre contradiction; et ce n’estpas seulement M. Boettiger qui a pu voir, dans un pareil fait, une preuve décisive de l’emploi de la peinture sur lois , pour orner l’intérieur des temples , Arcliüol. d. Maler. p. 282; c’est M. Quatremèrs de Quincy qui a vu, dans un temple ainsi décoré, une véritable galerie de ta

Si cle la Grèce asiatique , où la peinture , comme les autres arts, paraît avoir fleuri de meilleure heure, et laissé plus de monuments dans les temples, nous passons dans la Grèce même, nous y retrouverons des peintures, toujours placées de la même manière , conséquemment aussi , des peintures sur bois. Tel était indubitablement le tableau qui fut consacré par les Corinthiens dans leur célèbre temple cle Vénus, en accomplissement d’un vœu fait à l’époque de l’invasion des Perses , tableau où chacune des Hiérodules qui avaient pris part à ce vœu national était représentée , et où se lisait une inscription en vers composée par Simonide l. Ce trait est rapporté par Athénée, cà ce qu’il paraît, d’après Théopompe ou Timée; et les expressions dont il se sert : ’AvotGevrwv rSv K opivêtcov ITl'NÀKA Tv\ 0ê5,... X5 ^ Tctç èTOiipcLÇ, iVlcL ypcL^oiVTOOy ToLÇ, TOTê VTOlYlcraL-

/uévoic, tyd) lice reicLv , ne permettent en aucune façon de douter que ce ne fût une peinture sur bois ; comme c’était le cas de la totalité des tableaux de l’école corinthienne , emportés du sac de Corinthe par Mummius. Tels étaient aussi les tableaux de deux anciens maîtres de cette école de Corinthe, Kléanthès et Arégon , qui se voyaient encore , au temps de Strabon , dans un temple antique de Diane Alpheionia, enElide2. La manière dont Strabon parle de ces peintures pourrait faire croire qu elles y étaient exécutées sur le mur ; voici ses propres expressions : Ev r q> rCç ’A AÇeiovicLç, îepcp rPAOAI K AeoivSàvç re ^ o^,oa'TpSv K opiyVicov, tov fxh Tpo'ictc, clAuo-iç,^, xsq ’AGrivcL? yovctf, rov V ’Àfle/Aiç cvJoL(pepof/.è])Y] èmr) ypvvtrôç o-cpôVpcL evSbxÂ/xot.

Meaux ; voy. ses Dissertât, sur differents sujets imprimés, et mis un point après ypv7roç. ci antiquité, p. 3n : et qui pourrait nôtre 5 J’avais omis cette peinture dans l’énu-

pas de l’avis de ces illustres antiquaires ? mération des monuments de l’art antique 1 Athen. xm, p. 573, C, t. V, p. 7 1 , Schw. qui avaient rapport àla Prise de Troie ; voy.

Strabon. viii, 343. J’ai lu tvSbx.lfA.oi, mes Monuments inédits, Odysséide, p. 2g5; au lieu de tvSoxifAov, que portent les textes et je répare ici cette omission.

’A pyyov]

CHEZ LES GRECS ET CHEZ LES ROMAINS. 107 C’est en effet de cette manière que l’antiquaire Grand a entendu ce passage de Strabon , en supposant de plus que les peintures en question étaient à l’encaustique 1 ; et peut-être serait-il permis de s’étonner que l’académicien français n’ait pas connu un fait qui semblait si favorable à son système , s’il n’était évident, pour quiconque est versé dans l’histoire de l’art des anciens, que ce savant abordait la question qu’il entreprenait de traiter , avec bien peu de connaissances acquises dans ce genre d’études. Quoi qu’il en soit à cet égard , l’induction qu’on pourrait se croire autorisé à tirer des paroles de Strabon , celle-là même que ce texte a déjà suggérée à Grand , se trouverait détruite par un autre témoignage , qui avait échappé à l’attention de l’antiquaire allemand , et que nous devons à Athénée. Cet écrivain rapporte, sur la foi de Démétrius de Scepsis, qu’il existait, dans le temple de Diane Alpheiôsa, en Pisatide , une peinture consacrée, rPAd>HN A.NA- KEIMENHN, ouvrage de Kléanthès , de Corinthe or, ces expressions de peinture consacrée 0 ne peuvent absolument s’entendre que d’un de ces tableaux votifs, placés dans les temples : d’où il suit irrésistiblement que ces peintures de Kléanthès et d’ Arégon , deux des plus anciens maîtres de l’école de Corinthe ,

1 Grund, Malerei der Gnechen , t. I, p. 3oo.

5 Athen. vin, p. 346, B, 1. 111, p. 275 , Schw. : O Ida. Si yjoj thv ir th Tlio'â'hSl TPÀ- OH'N ’ANAKEIME'NHN iv tu, thç A*çuù>- <rcc( ( AAÇtrovictç?) ‘ Ap'UpuS'oç iipu,' (Kxtaivdovç S' itrll TCV K opivtjlow) iv H IÎOlTilSdjv TtiT! Olvfictt Qvvvov TU) Ali 7Tp0ff(pipU)V wSivov'll. Ce trait se rapporte évidemment à la naissance de Minerve, ’ A%vd.ç yovat, sujet de la peinture de Kléanthès ; d’où l’on voit combien les deux témoignages s’accordent sur

tous les points; et d’où il résulte, aussi bien que du sujet de l’autre peinture, qui était la Prise de Troie , une nouvelle preuve que ces peintures de temples n’avaient le plus souvent aucun rapport avec le mythe de la divinité locale.

5 C’est de la même expression que se sert un romancier grec , pour désigner les morceaux de peinture votive placés dans le temple d’Astarté, à Sidon , Achill. Tat. 1,1: K ai 7npiax.07rüit toi ANA0HMATA, ipu TPA<I>H'N ANAKEIME'NHN, k. t, >

placées dans ce temple de Diane , en Élide , étaient aussi des peintures sur bois.

C’est encore à Strabon que nous devons la connaissance d’un fait du même genre , et d’une bien plus haute importance pour l’histoire de l’art ; fait resté pourtant inconnu à l’académicien français , cpii devait s’être rendu si familier l’ouvrage de Strabon, à défaut de cette histoire. Il s’agit du temple de Jupiter Sauveur, au Pirée, qui renfermait, dans ses petits portiques, toute une collection de superbes tableaux, ouvrages des plus célèbres artistes, sans doute de l’école attique b Le témoignage de l’écrivain est tellement formel sur tous ces points, qu’il ne saurait être considéré trop attentivement; en voici le

epycL ruv ê'7nÇ>cwa)v re^nluv. Par le mot cfloiJicL, Strabon entend sans doute les portiques situés aux façades antérieure et postérieure du temple, lesquels avaient moins de développement en longueur , mais plus de profondeur que les portiques des laces latérales ; à moins qu’il n’ait voulu parler des galeries intérieures de la celkr, qui pouvaient s’appeler des petits portiques, par comparaison avec les portiques du péristyle extérieur. L’exemple d’autres temples grecs , où les tableaux , employés à l’extérieur, étaient de même placés au pronaos ou à f opisthodome °, serait propre à justifier la première interprétation du mot a rioiJïct. Mais quelle que soit l’idée que l’on se

1 Strabon. ix, 3g6. Je remarque que Meursius, qui, dans son Pirœus , c. vu, a rassemblé , avec le soin qu’on lui connaît , les témoignages classiques concernant ce temple de Jupiter Sauveur, a précisément oublié celui-ci de Strabon , bien qu’il cite le passage du géographe sur la décadence du Pirée , réduit , de son temps , à un petit nombre d habitations au voisinage des

ports et de ce même temple de Jupiter.

2 C’est de cette manière que l’a entendu feu M. Carelli , qui s’est trompé , du reste , en prenant le temple dont il s’agit ici pour celui de Jupiter Sauveur , à Athènes; voyez sa Dissertaz. isagog. intorno ail’ orig, dell. sacr. Architett., p. 89-90.

0 Je citerai le temple de Minerve Area, à Platées , dont le pronaos renfermait des

CHEZ LES GRECS ET CHEZ LES ROMAINS. 109 forme à cet égard, ce qui est constant, c’est qu’en désignant ces tableaux par le mot 7 rivcLxeç , Strabon ne laisse aucun lieu de douter que ce ne fussent des peintures sur bois; et la circonstance même de cette collection de tableaux , établie au sein d’un des principaux sanctuaires de l’Attique, d’un temple révéré à l’égal de celui de Minerve Poliade *, devien t un élément d’autant plus précieux de la question qui nous occupe, qu’il est fourni par l’école attique, et qu’il se trouve d’accord avec tous les faits du même genre que nous a offerts l’histoire de l’art, pour les écoles asiatiques, comme pour celles de Corinthe et de Sicyone , de la Grande-Grèce et de la Sicile.

Mais il y avait encore ici une remarque importante à faire pour un critique qui se serait proposé de rechercher avec soin, et de contrôler scrupuleusement les divers éléments de la question. Pausanias nous a laissé la description du temple de Jupiter Sauveur , au Pirée , tel qu’il se trouvait de son temps ; mais alors, il ne restait plus, dans cet édifice, en fait de peintures, que les portraits de Lèosthene et de ses enfants, ouvrage d’Arcésilas 2. Il suit de là que les autres tableaux en avaient été enlevés, dans l’intervalle de près de deux siècles qui sépara le voyage de Strabon de celui de Pausanias ; et l’on conçoit qu’en effet une réunion aussi considérable d 'excellents tableaux n’ait pu échapper à la rapacité de tant de Verrès qui se succédèrent durant cet intervalle. Ce qui résulte encore de ce texte de Pausa-

peintures ; celui de Messène, où des pein- ’Zuliîpaç, k. j. a. Il se pourrait, cependant, tures , dont il sera parlé plus bas , étaient qu’il fût ici question du temple de Jupiter placées dans Y opistliodome ; et celui de Del- Sulnp ou 'EasuG îpioç, situé dans le Céraphes , qui offrait , dans le pronaos , le même mique , Ilarpocrat. et Hesych. v. ’EMvÿîpioç genre de décoration : il va en être question Z ivç ; cf. Vales. ad Harpocrat. p. 57 ; Meurs, tout à l’heure. Cecrop. c. xxvii.

1 Lycurg. contr. Lcocrat. t. IV, p. i48, 2 Pausan. 1, 1, 3 : E ’vlavdct. . . . jav%v

Reisk. : Ov% thY y Kxpo'ïïooiv, Yjoli jo iipov jov Ae&xrG tvv\v Kj jov; Jicudu.; ETPA'EEN tou A ioç jov sïcolripoç, yjoli jmç ’AGhi >a.ç jHç ’ ApKinixo-oç.

nias comparé avec celui de Strabon, c’est que les portraits de Léosthène et de ses enfants, désignés, dans l’un, comme une œuvre du peintre Arcésilas, se trouvent compris, dans l’autre , sous la dénomination de 7nvct«$ ; et il n’est pas douteux que ces portraits ne fussent peints sur bois : car il était dans la nature même de ces sortes de peintures , d’être exécutées sur le chevalet ; et cela était aussi dans leur condition d'objets votifs, d’imacjes consacrées. C’est donc ici un des cas où le mot y&u pctf, employé en toute occasion par Pausanias, s’applique à des peintures que Strabon avait qualifiées 7nv<txe$, et qui devaient être indubitablement des peintures sur bois. C’est un exemple qui prouve, entre tant d’autres semblables, qui ont été déjà produits , ou qui le seront encore , combien la critique avait mal rempli sa tâche , en négligeant de rapprocher les uns des autres des témoignages qui, réunis et confrontés, pouvaient répandre tant de jour sur la discussion actuelle.

Voici encore un exemple qui permettra d’apprécier tout ce qui manquait, sous ce rapport, au travail du savant académicien , et qui montrera de combien de ressources il s’est privé , en ne se donnant pas la peine de rechercher plus d’un témoignage qui pouvaient lui servir, à la fois, comme éléments nouveaux de la question, et comme moyens plus ou moins propres à la résoudre.

Parmi les temples de la Grèce qui eussent dû , à raison de leur importance et de leur célébrité, être décorés de peintures , si ce genre de décoration fût entré , comme on l’a supposé , dans les conditions essentielles du culte et dans les habitudes générales de l’art, on devrait voir cité au premier rang le temple d’Apollon, à Delphes. Effectivement, il paraîtrait que le pronaos de ce temple renfermait , au temps d’Euripide, des peintures, dont cet écrivain fait une description poé-

CHEZ LES GRECS ET CHEZ LES ROMAINS. 111 tique, qu’il met dans la bouche du chœur de sa tragédie d 'Ion h A la vérité, d’habiles critiques, y compris M. Boeckh, qui s’est occupé, en dernier lieu, de ce texte important pour en fixer la leçon 1 2 *, se sont partagés sur la question de savoir si les images peintes qu’Euripide avait en vue étaient exécutées sur bois ou sur toile ; en d’autres termes, si c’étaient des tableaux ou des tapisseries Les plus doctes interprètes d’Euripide, tels que Musgravc et Markland , s’étaient prononcés pour la première opinion, que M. Boeckh paraissait d’abord approuver, d’après la manière dont il la rapportait; que, plus tard, il semblait disposé à abandonner pour la seconde , qui est celle de M. Boettiger4; et il est clair qu’en tout cas, on ne saurait admettre d’autre alternative que celle qui est proposée en ces termes par l’illustre critique : Sive eas in tabula descriptas, sive aulæis intextas putes ; alternative qui , dans la pensée de tous ces savants, comme dans la sienne, exclut positivement l’idée de peintures sur mur. Mais un renseignement qui n’a été employé par aucun de ces critiques , et qui était pourtant bien propre à trancher la question qu’ils ont laissée indécise , c’est que le temple d’ Apollon , à Delphes, renferma des peintures , ouvrage d’Aristoclidès : le fait est attesté par Pline 5, sans que cet auteur nous apprenne lui-même , et sans que nous sachions par d’autres écrivains quelle était la nature de ces peintures, qu’il

1 Euripid. Ion. v. 189-215, ed. Matthiæ.

2 Boeckh, Græc. Trag. Princ. p. 80 , sqq.

5 Nous verrons bientôt qu’il exista , dans

le trésor de ce temple, beaucoup de ces tapis-

series précieuses , d’étoffes asiatiques , Euripid. Ion. 1 14 1, sqq., une desquelles portant une inscription grecque , avec le nom de son auteur , qui était un artiste de Salamine en Chypre , est citée par Athénée, 11 , c. 3o, p. A8,C,p. i84, Schw. Voy. sur cet artiste

en tapisseries, dont le nom ne devait pas être omis dans le catalogue de M. Sillig , l’article de feu M. Voelkel, dans son Archàol. Naclilass, p. 118-20.

4 Boettiger , les Furies, p. 11, 16), trad. franç. C’était aussi l’avis de M. Hirt ; voy. sa dissertation uber den Tempel der Diana zu Ephesus , p. à 7.

6 Plin. xxxv , 1 1 , Ao : Aristoclides , qui pinxit ædem Apollinis Delphis.

n’aurait tenu qu’au savant académicien de croire exécutées sur le mur, d’après la manière dont Pline s’exprime à cet égard. Mais, tout en lui signalant ce témoignage si favorable en apparence à son opinion , et qu’il a pourtant négligé , je n’hésite pas à m’en servir à l’appui de la mienne , et je vois dans les peintures d’Aristoclidès , celles qui sont décrites par Euripide , et qui étaient placées dans le pronaos ; car ces deux notions s’accordent très-bien l’une avec l’autre. Maintenant, si l’on observe que , dans la description que Pausanias nous a donnée du temple d’Apollon , à Delphes, description si exacte, si détaillée , qui comprend , outre la notice des sculptures des frontons et celle des boucliers d’or attachés à la frise1 2, tant d’autres indications relatives au pronaos en particulier, notamment, celle des sentences morales émanées des sept anciens Sages de la Grèce, lesquelles se voyaient écrites sur le mur, dans ce même pronaos 2 : ’Ev Si toi ^ovota rS êv AsA- ( poîç yeypcLfAftévcL êerTlV ÙÇ>eAY\fA,cLicL cuiQfdù'KOlç, kc, filov ; il n’est fait aucune mention de peintures placées dans cette partie de l’édifice ni ailleurs , on sera convaincu que ces peintures qui , à une autre époque , avaient décoré le temple de Delphes3, et qui n’auraient pu échapper à l’attention de Pausanias, s’il les y eût trouvées en place , devaient en avoir été enlevées , dans le cours des nombreuses déprédations dont ce temple célèbre

1 Pausan. x, 19, 3.

2 Idem , x , 2 A , 1 .

Je reconnais le temple de Delphes sur un bas-relief Albani publié par Zoëga , Bassiril. t. II, tav. xcix, p. '2 3g -AA , et dont il existe , à la villa Albani même et ailleurs , plusieurs répétitions antiques, la plupart d un très-beau travail archaïque , d’imitation. Le temple, dans sa partie supérieure , y est représenté avec des détails si précis ,

que cette représentation devient un élément précieux de restauration architectonique.

S’il m’est permis d’exprimer ici une conjecture , je présume que ces peintures d’Aristoclidès appartenaient à l’école corinthienne , puisque l’architecte du temple , Spintharos, était lui-même Corinthien, Pausan. x, 5, 5 ; et cette conjecture s’accorde avec tout ce que nous savons des travaux de cette école, qui étaient généralement sur bois.

avait eu à souffrir : d’où il suit encore quelles avaient été sur bois. Mais il y a plus ; et c’est ici qu’il m’est permis d’exprimer tout mon étonnement sur la manière superficielle dont la question a été traitée par le savant académicien. Devait-on ignorer qu’il exista, dans ce temple de Delphes, toute une galerie de tableaux, et quelle y était placée dans un édicule particulier, clans un trésor, proprement dit, où se trouvaient plusieurs autres objets d’art, tels que des statues, cl’un mérite excellent? Or , cette notion précieuse , c’est encore à Athénée que nous la devons, ou plutôt, c’est àPolémon, dont Athénée n’a fait cpie transcrire le texte1 2 : ’Ev AeAcpoTç, (pva-)v, èv rS> EHNA KEiN ©HSAT- Püi. Et, à l’appui de ce témoignage, nous possédons encore celui d’Euripide, concernant divers trésors de Delphes, remplis, entre autres objets d’art, de tapisseries précieuses 2 : en sorte que rien ne nous manque pour voir ici , dans ce fameux temple de Delphes, une collection de tableaux , disposée comme l’étaient celles de Yllérœon de Samos et de Y Jeté mis ion d’Ephèse , une véritable pinacothèque , placée dans un édicule ou trésor ; et nous acquérons ainsi, par l’exemple du plus illustre temple de la Grèce, la preuve la plus péremptoire de cet emploi de peintures sur bois, comme éléments de la décoration des édifices sacrés.

1 Polemon apud Athen. xiii , 84, p. 606, B, t. V, p. ig4, Sclnv. Voy. sur l’ouvrage de Polémon , d’où était tirée cette citation , Athen. xi, p. 479, E.

2 Euripid. Ion. y. n4i : ActCùv <E J<pau^.cA) kpù ©HSATPON Ttctpa.. Nous savons d’ailleurs, par des témoignages positifs, que la plupart des peuples grecs avaient érigé à Delphes de ces trésors ou édicules , propres à renfermer toute sorte d’objets d’art et de culte, Pausan. vx , 19, 1 : iv Aextpoiç EaamVw t ivtç t7roiYiira.v% tu> 'Attoa^uvi 0H2AYPOY 2. Hérodote cite le trésor des

Clazomèniens , 1 , 5i ; celui des Siphniens , ni , 57; et celui des Corinthiens, iv, 162. Nous connaissons , par Xénoplxon , le trésor des Athéniens, Anabas. v, 3, 6 : Sivocpâv ANÂ- ©HMA àvotfliQniriv liç toV xv Aixtpoîç rcov ’A^ywolimv ©HSAYPO'N ; et par Pausanias , x , 11, ceux des Sicyoniens, des Thèhains, des Cnidiens, des Syracusains et des Potidèales. Voy. sur ces trésors ou petites chapelles du temple de Delphes, la note de Casaubon sur Athénée , xiii , p. 606 , B , et celle de Vaîckenaer, sur Hérodote, iv, 162.

Je ne saurais mieux couronner cette suite d’exemples de temples, décorés, soit au dedans, soit au dehors, de peintures consacrées , lesquelles , en cette qualité , ne pouvaient être que sur bois, qu’en produisant un témoignage qui s’applique à cet usage même, dans sa généralité. Je veux parler du célébré tableau cle Cèbès, le Thébain, KEBHTOS ©HBAIOT IIINAH, qui consistait, comme personne ne l’ignore, en une suite de peintures d’un ordre allégorique. Il ne s’agit pas ici de discuter, ni si ces peintures étaient réelles , ni si l’opuscule qui en contient l’explication est authentique; ces questions, qui ont pu être débattues entre les critiques1, sont étrangères au sujet de nos recherches. Il nous suffit de savoir que cet opuscule , quel qu’en soit le véritable auteur , est antique , et que , dans toute hypothèse , feintes ou réelles, les peintures décrites dans le traité qui porta dans l’antiquité le nom de Cébès étaient de celles qui s exécutaient sur une table de bois, i rivcL% , et qui se dédiaient dans un temple, clvolQyi/ulclIûl-, car ces circonstances, propres à accréditer la fiction aussi bien qu’à constater la vérité , sont des faits empruntés à l’usage général, à la notoriété publique, conséquemment, en dehors du domaine du doute et de la controverse. Or, que lisons-nous dans le début de ce petit traité philosophique ? le voici : « Notre promenade nous avait conduits dans le temple «de Saturne : êv rai rov K pôvov /gpS , où nous considérions avec « intérêt un grand nombre d'objets consacrés qui le décorent :

« èv S) nroXhcL fjièv ygêj ctAÀct ’ANAQHMATA è ôëupov/u.ev; mais ce « qui attira surtout notre attention , c’est un tableau , qui s’y « trouvait enchâssé dans la façade même du temple , tableau offrant «des sujets d’un genre neuf et particulier, dont nous ne « pouvions nous expliquer ni le sens, ni le motif : ’ANEKEITO

1 Voy. à ce sujet un savant Mémoire de des Inscriptions et Belles-Lettres, t. XL VIII, M. Garnier, dans le Recueil de l’Académie p. 455-A83.

CHEZ LES GRECS ET CHEZ LES ROMAINS. 115 «^xrfni'NAS riç ’'EMITPO£0E TOT NEO', èv S> h y&tÇv « tic, |gytj , e^ovcrcL iSiovç, , ov$ oint ràVvct/zgôcc <ru/a£oi.Àgîv

« rives xs4 Troie rauv. » Assurément, rien n’est plus clair et plus formel que ce témoignage ; rien ne saurait être plus authentique et plus certain que l’usage antique auquel il se rapporte. Il s’agit ici d’une suite de sujets peints sur une table de bois , laquelle se trouvait enchâssée ou applic/uée sur le mur, à la façade extérieure d’un temple. De pareils détails ne peuvent être controuvés, les peintures mêmes qu’ils concernent fussent-elles imaginaires. On n’invente pas de pareilles circonstances, quand on veut faire passer une fiction pour une vérité ; à plus forte raison, quand on se borne à décrire une réalité. D’ailleurs, ces détails et ces circonstances sont conformes à tout ce que nous connaissons déjà de cet usage de l’antiquité grecque de décorer les temples, sous le pronaos ou sous l’opisthodome, de peintures sur bois cjui se plaçaient sur la muraille; en sorte que nous devons regarder le tableau de Cébès, contenant une suite de peintures allégoriques1, et consacré dans un temple , comme la confirmation généralisée de tous les faits particuliers qui ont été produits jusqu’ici.

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