‹ Peintures antiques inéditesChapitre 13 sur 28 · II · texte numérisé non relu

II

Des Peintures historiques qui faisaient partie adhérente de ia décoration des temples, des portiques et d’autres édifices publics.

Maintenant qu’il est avéré , par des témoignages authentiques et par des faits irrécusables, qu’il y eut, dans les temples

1 Au sujet de ces peintures allégoriques , contr. Aristogit. p. 786 , ed. Pieisk. : Me8 wv

dont l’exécution dut constituer toute une T oi ZnrPA'çE’OI t ovç daSii; tv Adbu

branche de l’art, dès une assez haute époque ypoapovm, y.i'lai rovrm , /utl Apaç, kcu

de l’antiquité , il suffira de rappeler ce pas- Bhearq>yiju,iuç , Kçdj $$ôvov , ko.) ’îfld.triuç, nai

sage d’une harangue de Démosthène , Nudovç, ■xipiipxji'lau .

de la Grèce , des tableaux peints sur bots, consacrés , à des titres divers , disposés le plus souvent dans des édicules , de manière à former ce que l’on appelait, chez les Grecs, des pinacothèques\ et employés, soit à l’intérieur, soit à l’extérieur, en guise d'ornements, il nous importe d’être fixés, avec autant de certitude que cela est possible, sur la manière dont ces tableaux étaient placés sur les murs des temples : car c’est ici que se trouve le nœud de la question actuelle ; et la solution , que je me crois en mesure de donner , doit précéder l’examen des difficultés que semblent offrir encore les notions relatives à certaines peintures des édifices publics d’Athènes y difficultés qui se dissiperont d’elles-mêmes, j’en ai d’avance la conviction , par l’effet même de cette solution obtenue sur le point principal.

S’il est une notion constatée pour tout homme qui s’est occupé de l’histoire de l’art des anciens , non en une seule circonstance , ou sur une seule question , mais avec quelque suite et avec un peu d’ensemble dans les vues, c’est que la peinture ne remplit, à aucune époque, dans la religion des Grecs , un rôle aussi important que la sculpture ; c’est quelle ne contribua jamais , d’une manière aussi essentielle , à la décoration du lieu sacré. Telle est l’opinion exprimée par tous les maîtres de la science , et en particulier par M. Quatremère de Quincy 1 2, avec toute l’autorité d’une longue expérience

1 C’est aussi ce qu’a vu , dans l’antiquité grecque , un des savants modernes qui l’ont le plus profondément étudiée, M. Wachsmuth, Hellen. Alterthumskunde , vi, S i33, t. Il , p. 347 : Audi wohl eigene Pinako theken bei Tempeln angelegt.

2 Jupiter Olympien j p. 212. C’était l’avis de Winckelmann , qui n’a vu dans la pein-

ture des Grecs qu’un moyen de décoration plutôt qu’un élément de culte , et qui en cite pour preuve les temples , comme celui de Junon, à Samos, avec leurs pinacothèques ou galeries de tableaux , Gescli. d. K. iv, 1 , § 3 1 : Einige Tempel, tvie der J uno zu Samos , waren Pinakothekæ , oder Gallerien von Gemalden ; voy. aussi Boettiger,

CHEZ LES GRECS ET CHEZ LES ROMAINS. 117 dans ces études. Par là s’explique l’extrême rareté d’édifices sacrés qu’on pourrait croire avoir été , dès le principe , ornés de peintures , comparée au très-grand nombre de monuments du premier ordre, dont nous possédons une description plus ou moins détaillée , et qui ne reçurent ce genre d’ornements que successivement, à titre de dépôts et d’offrandes, à mesure que la peinture, qui s’était développée beaucoup plus tard et perfectionnée beaucoup plus vite que la sculpture, pénétrait dans les habitudes du culte et dans les besoins de la société. Certainement, le Partbénon , les temples d’Eleusis, d’Olympie, de Tégée, de Phigalie, tous ces grands monuments de l'architecture des Grecs, qui subsistent encore en partie, ou sur la construction desquels il nous est parvenu des renseignements positifs, ne furent pas bâtis originairement pour que les murailles en fussent décorées de peintures ; et si , plus tard, il s’y trouva des tableaux, comme cela est certain pour le Partbénon et pour le temple d’Eleusis, ce ne purent être que des tableaux attaches d’une manière quelconque à la muraille. Dans le nombre presque infini de temples que Pausanias vit en Grèce , et dont il décrit ou indique les sculptures , c’est, à peine s’il s’en rencontre deux ou trois qu’il cite comme renfermant des peintures : d’où il suit c|ue les autres ne lui avaient pas offert ce genre d’ornements ; car il n’est pas probable qu’en tout lieu, en toute occasion, Pausanias eût passé sous silence les peintures , quand il parlait des moindres objets d’art ou de culte qui se trouvaient dans ces temples® Or, cette rareté extrême, pour ne pas dire, ce défaut presque absolu de peintures, ne peut s’expliquer ici cpie de deux manières : ou, parce qu’il n’y en avait pas eu dès le principe;

Archàol. der Maler., p. np : lacobs, iïber Kanstwerken , p. 7A, 161) ; Wachsmuth , den Reichthum der Griechen an plastichen Hellen. Alterthumskunde , vi, i33, II, 348.

DE LA PEINTURE ou, parce qu’étant sur bois, elles avaient été enlevées plus tard. Il y aurait bien un troisième moyen de rendre compte de cette particularité; ce serait de supposer que les murs peints auraient été sciés, par toute la Grèce, comme cela avait eu lieu , en certaine circonstance , à Lacédémone ; mais c’est là un de ces moyens extrêmes qui peuvent servir une fois ou deux, et non dans tous les cas et à toute occasion ; c’est une ressource précieuse qu’il faut employer avec discrétion et ménager avec soin; et d’ailleurs, il resterait toujours à s’expliquer comment Pausanias n’aurait parlé nulle part de ces murailles sciées qu’il aurait rencontrées partout.

Le temple de Thésée , presque seul dans le nombre de ceux dont nous connaissons l’histoire, et que le temps nous a conservés, plus ou moins maltraités, offrit, aux yeux de Pausanîas, des peintures dont il indique le sujet, et dont il nomme les auteurs ; et nous verrons comment étaient placées ces peintures, dont l’édifice en question fut originairement décoré sur trois des côtés de sa cella. C’est ce qu’il s’agit de rechercher d’abord , par rapport aux autres édifices sacrés de tout ordre et de tout âge ; et voici, à ce sujet, un premier trait de lumière , voici un renseignement précieux , dont il n’a été fait encore , à ma connaissance , aucun usage , ni dans la discussion actuelle , ni même dans l’histoire de l’art antique.

Nous avons vu qu’à la prise d’Ambracie par M. Fulvius Nohilior, le vainqueur emporta de cette ville, pour en décorer sa patrie et son triomphe, tous les objets d’art, statues et tableaux, qu’il y avait trouvés en si grand nombre1; au point qu’il n’y laissa , suivant le témoignage de Pline 2, que des

Voy. plus haut, p. 5o-5i. sunt, cum indè Musas Fulvius Nobilior

5 Plin. xxxv, 9, 36 : Fecit (Zeuxis) et Romam transferret. Conf. Cicéron, pro Ârfiglina opéra, quæ sola in Ambracià relicta chiâ , n. 27; Macrob. Saturnal. I, 12;

figures en terre cuite, ouvrages de Zeuxis, qui lui parurent sans doute trop vils par la matière, incapable qu’il était de les apprécier, même par le nom de leur auteur. Fulvius, après une si belle conquête, et avec une si riche proie, aspirait légitimement à l’honneur du triomphe ; mais il avait trouvé dans son successeur au consulat, M. Æmilius, un adversaire puissant, qui avait à venger sur lui d’anciennes injures particulières , et qui entreprit de lui disputer cet honneur , en faisant paraître dans le sénat des députés d’Ambracie, venus à Piome pour se plaindre de la manière injuste et violente dont leur ville avait été traitée par le conquérant romain. La discussion qui eut lieu à ce sujet, entre les accusateurs et les amis de Fulvius, dans le sénat de Rome, nous a été conservée par Tite-Live 1 : c’est à la fois un morceau précieux de l’histoire de l’art et de la politique romaine ; et, à ce double titre, nous devons nous y arrêter; car jamais paroles plus graves, sur un fait qui touche plus directement à l’art antique , n’ont pu être prononcées dans une occasion plus solennelle.

Les députés d’Ambracie reprochaient à Fulvius tous les excès qu’un vainqueur peut se permettre sur les biens et sur les personnes des vaincus ; mais ce c/ui les touchait par-dessus tout, c étaient leurs temples dépouillés, par toute la ville, de leurs ornements ; c étaient les simulacres des Dieux, ou plutôt les Dieux eux-mêmes , arrachés de leurs sanctuaires et emportés ; c’étaient enfin les murs et jusqu’aux portes de ces temples demeurés nus ; seuls objets gui restassent encore au peuple d’Ambracie, pour recevoir ses prières et ses supplications A A cette accusation, l’autre

Eumen. pro instaar. Schol. c. vii ; ubi vid. quod se ante omnia moveat, templa totâ Inlerpret. p. ig5-6, ed. Arntzen. urbe spoliata ornamentis ; simulacra Deo-

1 Tit. Liv. xxxviii, 4o rum , Deos immo ipsos , convulsos ex sedi-

2 Idem, ibidem : Conjuges, liberos , in bus suis, ablatos esse ; parietes POSTEsque servitium abstractos , bona adempta ; et , nudatos, quos adorent, ad quos precentur

consul, G. Flaminius, qui avait embrassé la défense de Fulvius absent, répondait qu’oti ne faisait ici (jue reproduire contre Fulvius les plaintes déjà élevées par les Syracusains contre Marcellus, parles Camp aniens contre Q. Fulvius, par tous les peuples et les rois vaincus contre leurs vainqueurs. Que la ville d’Ambracie eût été assiégée et prise , que les statues et les ornements de ses temples en eussent été enlevés, et qu’il y eût été fait tout ce qui se pratiquait à la prise des villes ennemies , c’est ce que personne ne pouvait nier, Fulvius moins qu’aucun autre , et le consul encore moins que Fulvius lui-même, puisque c’était précisément pour cela qu’il demanderait le triomphe, avec l’intention de faire porter devant son char , et de fixer sur la façade même de sa maison la figure d’Ambracie captive , ainsi que ces statues et ces autres ornements d’une ville ennemie , qu’on l’accusait d’en avoir enlevés 1. Le sénatus- consulte qui fut rendu à la suite de cette discussion achève de mettre la question dans tout son jour : il portait que les biens et les propriétés seraient restitués aux habitants d’Ambracie, et qu’ils recevraient, avec la liberté, la faculté de se gouverner par leurs propres lois ; mais, en ce qui concernait les statues et les autres ornements enlevés des édifices sacrés, qu’au retour de M. Fulvius, il en serait déféré au collège des Pontifes, pour prendre leur avis et suivre leur décision2. C’était là évidemment un moyen d’ajournement,

et supplicent , Ambraciensibus superesse.

! Tit. Liv. xxxvm, 4o : Ambraciamoppugnatam et captam , et signa indè orna- MENTAque ablata, et cætera facta, quæ captis urbibus soleant , negaturum aut me pro M. Fulvio, aut ipsum M. Fulvium censetis ? qui, ob has res gestas , triumphum à vobis postulaturus sit ; ambraciam captam, signaque , quæ ablata criminantur , et cætera spolia ejus urbis ante cürrüm latcj-

RÜS, et FIXURUS IN POSTIBUS SDIS.

2 Tit. Liv. xxxvm, 44 : Signa aliaque ornamenta, quæ quererentur ex ædibus sacris sublata esse, de iis, quùm Fulvius Romam revertisset, placere ad collegium pontificum referri , et quod ii censuissent fieri. Le Sénat avait déjà pris la même décision au sujet des statues enlevées de Capoue, à la prise de cette ville par Q. Fulvius , Tit. Liv. xxvi , 34 ; ce qui prouve

CHEZ LES GRECS ET CHEZ LES ROMAINS, et, comme nous dirions aujourd’hui, une fin de non recevoir que la politique romaine opposait aux réclamations des Ambraciotes, sur l’article des statues et des tableaux , après y avoir fait droit sur tous les autres ; et nous n’avons pas besoin de connaître la décision du collège des Pontifes, que l’histoire nous a laissé ignorer, pour être assurés que les dépouilles d’Ambracie demeurèrent la propriété des Romains.

Il s’agit maintenant de recueillir, pour l’objet de notre discussion , ce qui résulte de plus positif d’un témoignage si grave et si authentique. Or, nous y apprenons que les tableaux étaient placés sur les murs et sur les portes des temples , puisque les Ambraciotes se plaignent que les murs et les portes de leurs temples étaient restés nus, parietes POSTEsque nudatos, après (jue les temples eurent été, dans la ville entière, dépouillés de leurs ornements, templa tota urbe spoliata ornamentis ; et l’on doit remarquer que Tite-Live se sert ici du mot ornamenta, comme le fait Cicéron en vingt endroits de ses V errines , pour désigner les peintures employées à l’ornement des temples \ pein-

que c’était là un trait habituel de la politique romaine.

1 On a pu voir déjà une partie de ces témoignages , que nous fournit Cicéron , et que j’ai rapportés à l’article des déprédations commises par Verrès , p. 54-58. Il n’est pas sans intérêt de retrouver la même expression , ornamenlu , employée au sujet des peintures de Syracuses et de Corinthe , dans un discours de Caton l’ancien , apud

Tit. Liv. xxxiv , 3 : Infesta signa ab Sy-

racusis illata sunt baie urbi ; jàm nimis multos audio Corinthi et Athenarum ornamenta laudantes. La pensée que Tite-Live prête ici à Caton l’ancien est celle qui avait inspiré ce vieux et rigide républicain dans sa harangue de signis et tabous, citée par Festus,

v. Redemptitavere , p. 2 36, ed. Lindemann. ; la même qui se retrouvait encore dans une autre de ses harangues , uti prœda in publicum referatur, dont un fragment curieux est rapporté par Priscien , t. I, p. 355 ; voy. Meyer, Orator. Roman. Fragm. , p. 36-37, Turici, i832. En rapprochant ces deux indications du titre d’une harangue de M. Agrippa, citée par Pline, xxxv, 4 , de tabulis omnibus signisque publicandis , on s’explique l’objet de la loi projetée par Appius Claudius, dont j’ai parlé plus haut, p. 68. Du reste , l’expression ornamenta , employée ici par Tite-Live , répondait à celle dont se sert Pausanias, précisément au sujet de ces peintures de Corinthe, vu, 16 , 5 : ’AvxQh juotlav Jï nai roîi olaaou K02- 1 6

tures sur bois, tabulæ pictœ, que nous savons positivement, par le témoignage de Polybe et par celui de Tite-Live luimême \ avoir fait partie des dépouilles d’ Ambrcicie , spolia ejus urbis : en sorte qu’il n’est pas possible de douter que cette discussion dans le sénat romain , suivie de ce sénatus-consulte, n’ait eu pour objets , entre autres ornements des édifices sacrés d’Ambracie , détachés des murs et des portes, les tableaux qui en avaient été emportés par Fulvius. Mais d’ailleurs, si l’on réfléchit que, dans le cas où des peintures sur mur auraient été enlevées des temples d’Ambracie , la juste indignation de ses députés n’aurait pas manqué de signaler un pareil acte à l’animadversion du sénat romain , de l’indiquer d’une manière particulière , de le flétrir par une expression propre ; surtout, si l’on se rappelle que , dans l’endroit de son histoire où il rend compte de Y enlèvement des statues et des tableaux d’Ambracie, Tite-Live déclare, en termes exprès, qu'il riy eut, du reste, aucune atteinte, aucune violation du lieu sacré*1 : sublata omnia avectacjuCe ; niiiil prætereà tactum violatumpc ; et si l’on rapproche enfin de cette conduite de Fulvius à Ambracie, le procédé de Verrès enlevant les tableaux oui recouvraient dans l’intérieur les murs du temple de Minerve à Syracuses, et laissant ces murs nus et déshonorés0 : parietes, quorum ornatus tôt sœcula manserat, nudos ac deformatos reliquit; on sera convaincu, à moins de ne vouloir jamais l’être, par l’accord frappant de ce texte de Cicéron avec celui de Tite-Live, et par l’analogie positive de ces deux faits em-

MOT T£t /xiv /ua.Mir'la àvrptovla tç Qa.vfA.ct k, rr ovç àvS'pictvIaç, Kj t àç rPAt&A'S cL7Wâvvyi'lo ; et je rappelle qu’en pareille cir- yayiv ix. rlïç woMaç ; Tit. Liv. xxxvm , 9 : constance, Polybe s’était servi d’un terme Signa ærea marmoreaque, et tabulæ picéquivalent, v , 11 , 4 : Naovç, àpta Ji t ou- tæ , . . . . sublata omnia avectaque. t 01 ç dvtytctvlaç , Kj Ttdaav «A) tuV ro/avlnv 2 Tit. Liv. xxxvm , 9.

KATA2KETHN, Ai i/ulciIvioQui. 5 Cicer. in Ver. iv, 55; voy. plus haut,

1 Polyb. xxii, 1 3,9 :T à ctyd.A/ua1a , p. io5, 3); et mes Observations, p. 24,1).

CHEZ LES GRECS ET CHEZ LES ROMAINS, 125 pruntés à Ambracie et à Syracuses, deux colonies de Corinthe, que c’étaient bien des peintures sur bois qui servaient , de part et d’autre, d 'ornement, de vêtement même aux murailles : d’où l’on peut inférer que cette particularité , qui se rencontre sur deux points éloignés du domaine de l’art grec, et à deux époques différentes de son histoire, devait être commune à la plupart de ses édifices, de ceux du moins qui avaient admis la peinture dans leur décoration.

Du moment que cette notion générale est acquise à l’histoire de l’art, d’une manière qui me paraît irrécusable, nous allons en recueillir des preuves de détail qui montreront de plus en plus combien les connaissances archéologiques de l’académicien qui a contesté la valeur du témoignage de Cicéron, sans se douter apparemment qu’il fût si hautement confirmé par toute une page de l’histoire romaine, répondaient mal au désir qu’il avait de trouver partout des peintures sur mur, quand l’antiquité grecque tout entière ne nous offrait que des peintures sur bois. Voici un premier exemple. Dans un passage de Pausanias, que j’ai déjà cité et qui n’eut pas dû échapper à l’attention du critique , il est fait mention de bas-reliefs de marbre encastrés dans le mur d’un portique sacré l; à cela fauteur ajoute2 qu 'entre ces bas-reliefs se trouvait un petit tableau , peint sur bois , dont le sujet était relatif aux mystères de la divinité : iv Tri crjooi ty\ vrcLgf- rri Aeo-nzQivn fxelaJçv t£v tovcuv

1 Pausan. vin, 87,1: Koù iv t£ to%ù) a/Gov MukoÎ/ rvuroi wi7roiHjUtyoi.

2 Idem, ibid. Les éditions ordinaires portent yiypa.pl/uivoi, leçon que M. Hermann a corrigée en yiypapi/uivov , que j adopte , bien qu’il ne résulte de la première aucune différence pour le sens ; dans la phrase qui suit : Uopiipcu Ji liai K) Tlavf.ç tw/ tv

7rü>v , je lis : i<p in tcov tv7tcov ; expressions qui désignent le troisième des bas-reliefs en question , et qui rendent mieux, à ce qu’il me semble, la pensée de Pausanias. M. Quatremère de Quincy avait cru à tort qu’il s’agissait ici d’une tablette avec une inscription ; voy. son Jupiter Olympien, p. 346.

ITINAKION èo-ri ytypcL/Aftévov e%ov rd èç rn'v reAeliîv. Voilà bien certainement une peinture sur bois encastrée dans le mur d’un portique, entre quatre bas-reliefs, qui se trouvaient distribués, deux à deux sans doute, de chaque côté du tableau; et ce fait curieux, admis et signalé par M. Hermann lui-même1, acquiert une valeur nouvelle d’après les observations qui précèdent, et surtout par les exemples qui suivront.

Dans une des épigrammes attribuées à Simonide et publiées sous son nom2, il est question d’une porte de temple, dont les deux battants ou ventaux avaient été peints , l’un à droite, en entrant , par Cimon , de Cléones , l’autre , qui se trouvait aussi à droite, en sortant, par Dionysios, de Colophon. Voilà , sans contredit, un renseignement bien curieux, et pour cet usage même d'orner de peintures les portes des temples , et par les noms des deux artistes, l’un et l’autre célèbres, qui avaient exécuté ce travail. Mais ce fait, si grave et si important en soi, n’est pas unique dans l’histoire de l’art. Nous possédons un témoignage du même genre concernant le temple d’Apollonis, de Cyzique, sur la porte duquel était peint, à l’extérieur, le trait mythologique des deux fds de Neptune , Æolus et Bœotus , délivrant leur mère Mélanippe en sorte qu’il ne saurait y avoir le moindre doute sur l’existence de cet usage, dont la preuve nous avait été d’abord fournie- d’une manière générale par les

1 Hermann , de Pictur. , p. 1 7.

5 Analect. I, i42 , Simonid. Carm.

lxxxiv ; cf. VI, 2 56, Iacobs. : Kipccv ’ArPAŸE thV 0 vp&v thV Jifyctr thV îfyôv'lav

Jïfydr, Aiovucrioç. Les témoignages relatifs à ces deux artistes , dont l’un , Cimon , de Cléones , est cité comme ayant contribué aux premiers progrès de la peinture , Plin. xxxv , 8,34; cf. Ælian. H. V. vm , 8 ; dont l’autre, Dionysios , de Colophon , se rendit

célèbre parmi les contemporains de Polygnote : ces témoignages, dis-je, ont été discutés par M. Boettiger , Archaol. der Mater. p. 235, suiv. , et en dernier lieu par M. Sillig, v. Cimon, p. i5o, et v. Dionysius , p. 190.

5 Antholocj. Palat. Paralipom. ex cod.

Vatic. n. 2 3 , t. XIII , p. 636 , ed. Iacobs. : Kalcc M toc? Qvpctç tou rocou Ttpomôv'lw îe'liv A’toKOÇ Ky B OICû'lÔç, JC. T. A.

temples d’Ambracie, et dont les applications, plus ou moins étendues dans le reste de la Grèce , reçurent plus ou moins de valeur, à raison de l’importance des monuments et du mérite des artistes. Cela posé, il est évident que les peintures en question étaient sur bois; car les portes mêmes des temples grecs étaient de bois ; et l’on sait que le luxe des portes de bronze ne s’introduisit dans les habitudes de l’art antique qu’à partir de l’époque romaine, sauf un bien petit nombre d’exceptions1. C’est ce qu’avait entrevu M. Quatremère de Quincy, avec ce sentiment exquis et cette intelligence profonde qu’il possède de l’art antique, lorsqu’en traitant des portes dans son Dictionnaire d’ Architecture , il s’exprimait ainsi2: «Nous sommes porté « à croire que le bois devait faire jadis le fond de ces portes « célèbres de temples que l’on revêtait d’ornements plaqués « ou incrustés. » A l’appui de cette présomption, l’illustre antiquaire ne pouvait manquer de citer ces portes du temple de Minerve à Syracuses, si admirées dans l’antiquité, et si vantées par Cicéron, à cause des sujets et des ornements qui s’y voyaient sculptés, de bas-relief, en or et en ivoire, conséquemment incrustés dans le bois , et que Verrès ne se fit pas scrupule d’en enlever0. Il eût pu citer encore, d’après la description originale de Callixène que nous a conservée Athénée, les portes, au nombre de vingt , distribuées dans la circonférence de la salle

1 Telles que les portes de bronze du temple d’Olympie , Pausan. v, n , 3.

2 Dictionn. historiq. d' Architecture , au mot Portes , t. II, p. 285 , 2e édit.

5 Cicéron, in Verr. iv, 56 :Valvas magnificen dores. ... Ex ebore diligentissimè perfccla argumenta erant in val vis ; ea detrahenda curavit omnia. Les bas-reliefs incrustés étaient (Y ivoire , comme au coffre deCypsélus ; les têtes de clous étaient d’or.

bullæ aureœ. Conf. Valer. Flacc. ni, 25: Captivaque postibus ora imposait ; Horat. i, Epist. i , 5 : Armis Herculis ad postem jfceis ; Virgil. Æneid. V, 36o : Neptuni sacro clypeum de poste refxum ; Idem, Georg. ni, 26 : In foribus piujnam ex auro solidoque elephanto; Propert. Ele/j. n, 23, 10 : Valvæ libyci nobile dentis opus. Voy. d’autres témoignages recueillis par Rycquius , Capitol. c. XVII.

principale du célèbre vaisseau tessaracontère de Ptolémée Phiïopator, lesquelles portes étaient toutes faites de morceaux de bois de citronnier, avec des ornements de bas-relief en ivoire incrustés : Svfctf, ... .(jvîvajfç xseiéKèKoAAyflo crctvicriv èMtpcLvVivXç eyovcrcut Tovç, uôcr/x'dç1 ; sans compter d’autres allusions à cet usage que fournissait l’antiquité poétique romaine, et qui n’ont pas été négligées par ce savant. Mais, tout en reconnaissant que les portes en bois avaient eu besoin de l’enduit des couleurs pour leur conservation même , et qu’ainsi la peinture avait dû s’emparer, à l’exemple et à l’envi de la sculpture , du champ de leurs compartiments, surtout dans les temples où l’architecture admettait 1 emploi des stucs coloriés, M. Quatremère de Quincy n’avait pourtant pas compris les travaux de peinture dans la décoration des portes des temples grecs ; et, quant au nouvel académicien, il est presque superflu de dire, et je regrette d’être obligé de faire observer, que ce trait de l’histoire de l’art ne semble pas avoir été soupçonné par lui, que le mot même de portes de temples, avec la notion des peintures qui y auraient été appliquées, ne se rencontre pas dans son travail. En complétant donc, sur ce point, les vues de M. Quatremère de Quincy; en établissant, par de nombreux témoignages, l’usage qui régna dans l’antiquité grecque d’orner les portes en bois des temples de morceaux de peinture encaustique qui en formaient le revêtement extérieur, ou qui s’inséraient dans les panneaux, j’ajouterai à la science un fait nouveau , qui deviendra une preuve nouvelle de cet emploi des peintures sur bois dans la décoration des temples et des autres édifices publics de la Grèce.

Sans avoir besoin de recourir au témoignage de Vitruve,

Callixen. Pihod. apacl Athen. v, 2o5, B, <mua'{ ùpyvpov, ^•ypvaov, Kj tM<pa.v/\oç, c. xxxviii , p. 290 , Schw. Cf. Diodor. Sic. i'h Si 8vou? JiSvpt.ioupyYi/u.ivaç.

V, A6 : tcl Si ÿvpco/ua.'la..... lyti locç x.«1a-

dans le texte duquel des corrections hasardées avaient introduit, avec les mots forium ornementa cestrota ou cerostrota, une idée véritablement étrangère à l’intention de cet écrivain1 ; il est constaté, par le témoignage d’Ausone2 *, que l’on revêtait de peintures encaustiques les portes et certaines parties de l’ameublement de Y atrium. A l’appui de ce témoignage, qui se rapporte à l’antiquité romaine, d’une époque assez récente, je citerai celui de la célèbre inscription grecque de V érone , où, entre autres détails de la décoration d’un pastophorion , ou édicule sacré, il est question de la peinture à l’encaustique des portes : rvv eytycvcnv ruv G vpuv0. En remontant plus haut encore dans l’antiquité grecque, nous apprenons par le témoignage des Scoliastes, qui expliquent une particularité propre au siècle des Tragiques4, que c’était un usage général à cette époque de peindre sur les portes des villes la figure en pied de Minerve5, d’où lui venait le surnom de IIuÀ frie,, gardienne des portes; et, s’il en fallait croire le Scoliaste de Lycophron6, cet usage se serait étendu jusqu’aux portes des maisons particulières. Mais le renseignement le plus positif à cet égard, et le plus précieux pour la connaissance de ce trait de mœurs grecques, c’est celui que nous fournit Dicéarque, dans sa Description de la Grèce , qui nous donne une idée, malheureusement trop sommaire, de ce pays, de son état et de sa civi-

1 Viti-uv. iv , 6 , 6. Voy. sur ce passage , et sur les conjectures qu’il a suggérées à Saumaise , Exercit. Plin. , 1 , 23 1 , les judicieuses observations de Schneider, adV itruv. II, 281-282.

2 Auson. Epigram. xxv , 9 : Ceris inurens

januarum limina et atriorum pegmata.

5 Ventura , Mas. Lapid. di Verona , n.

xxii, p. 82-87; voy. Vôlkel’s, Archàolog.

Nachlass , p. 87. Cette inscription a été re-

produite en dernier lieu par M. Labus, Mas. di Mantova, t. Il, p. 96, et par M. Boeckh, Corp. Iriser, gr. n, 2297.

4 Æsehyl. Sept. adv. Theb. v. 1 5o , Blom-

field. : icLaact 7rpo ttÔmüiç.

5 Schol. Æsehyl. ad l. I. : ’EZHrPA'-

<E>OTN TCLV%V 7TpO TUV 7TVKWV TM? 7T0 KICùÇ.

6 Lycoplir. Schol. ad v. 356 : Ev tcu?

Tréxcuç yclp aù1n\ ETPA^PON rcov 7roMa>v Kj tuv oiruuv, <â? «V irpocarliioiç Ion APEA,

Hsation , au quatrième siècle avant notre ère. C’est à l’article de la ville de Tanagra, en Béotie, que Dicéarque nous représente comme étant décorée avec un goût exquis de peintures encaustiques encastrées à la façade et dans le vestibule des maisons particulières1 . Ce trait, qui se rapporte à la Béotie, s’accorde si bien avec celui que j’ai déjà cité d’après le poëte comique Cratinus2, et qui nous a fait connaître qu’à Athènes la porte et le vestibule des maisons étaient ornés de peintures , que nous devons regarder désormais comme avérée, l’existence de cette pratique pour une grande partie de la Grèce , sinon pour la Grèce entière , et à la plus belle époque de l’art. Une allusion à cet usage attique qui se rencontre dans un passage des Caractères de Théophraste, a été remarquée par Casaubon0, qui n’a pas manqué de rappeler à cette occasion le témoignage homérique concernant les façades richement décorées, huma, Tm/xcpcuôu/ia,11, et qui a achevé d’expliquer la pensée de son auteur, au moyen d’un texte d’Hésychius 5, où se trouve la mention la plus expresse de cette manière de décorer de peintures et d'objets divers,

Dicæarch. in Stat. Græc. 1. 1 , 118, ed. Errant. : T oiç Si tuv ornas/ xrpo^époiç x, ’ET- KAT'MAXIN “ANA0EMATIKOÎ2 xaA- A/o-la Jtct%<s-x.iva<rpAivv\ (« otoaiç). Ce passage important est cité par Saumaise, àl’immense lecture duquel il semble que rien n’avait échappé, dans un temps où il était si difficile de tout lire , et où l’on avait tant à corriger dans tout ce qu’il y avait à lire ; voy. ses Exercit. Plinian., 1. 1 , p. a3i.

2 Gratin, apnd Pollue, vu, 122 : Ha.pa.alaJkç X, nPO'erPA Covmi üoiki'aa ; voy. mes Observations , p. 23, 1 ). Je ne comprends pas que M. Hermann ait pu croire que j’entendais ce passage de lapidum diversicolorum emblematis ; voy. son programme de Pictur. p. i3. Je m’étais expliqué bien

clairement, à ce qu’il me semble , en disant qu’il était question , dans ce passage de Cratinus , de chambranles de portes et de vestibules coloriés ; et c’est ce dont je suis maintenant plus convaincu que jamais.

3 Casaubon. Commentar. «dTheophrast.

Charact. c. xxi.

4 Homer. Iliad. vin, 435 ; Odyss. iv, 4a, xxn, 121. D’après la définition d’Eustathe , il faut entendre par ivd>7ria les murs de la façade , qui 6’étendaient, de chaque côté de la porte, sur la rue : Tou? •ïïa.poSlovç tm? onuxç roi^ovç.

5 Hesych. v. ’Evùmor r à rçpt? civ'hx.pv tou 7tvXu> voç (paivô/xtva. /aipn, a ^ AIEKO’2- MOTN ivïv-O. tuiv izrapiov'luv.

CHEZ LES GRECS ET CHEZ LES ROMAINS. 129 tels que bucranes, guirlandes, armes, couronnes, y compris les insignes, èvaa-vi/xct , propres au propriétaire1, le devant des habitations grecques, particulièrement à Athènes. Or, de cette notion, qui est relative aux portes et à la façade des maisons, il résulte encore un nouveau degré de certitude pour l’usage, attesté par d’autres témoignages non moins dignes de foi, d’orner les portes des temples de peintures encaustu/ues. C’est effectivement là le sens du mot gy^à/xctîct '2 * * employé par Dicéarque, et correspondant à celui d 'encausta qui, dans Pline0, signifie la même chose; et par l’épithète ctvctùepcocliKSc11, l’écrivain grec n’a pu vouloir indiquer que des morceaux de peinture encaustic/ue enchâssés, en guise d’ornements , dans les panneaux de bois qui formaient les battants de la porte. Cette combinaison de pièces de rapport dans le bois peint répondait pour l’effet, comme par l’expression, à cette autre branche de l’art grec qui se nommait êpc7rtu-

cflixjj , et qui s’exerçait absolument de la même manière sur les métaux5, ainsi qu’à Top us emblematicum des Romains, qui em-

1 C’était ordinairement sur des Hermès , érigés à l’entrée de chaque maison , qu’étaient figurés , soit en relief, soit en pein • ture , et le plus souvent sans doute au moyen de ces deux procédés , les emllèmes ou symboles dont il s’agit ici. Les témoignages grecs et latins , sur cet usage des Hermès , ont été recueillis par Bottari , Mus. Capitol. I , prefaz. p. 9-10 ; et relativement à l’existence même de ces emblèmes, êVAr/xcz, dans l’antiquité grecque, tels qu’on les trouve exprimés en toutes lettres sur les tables d’Héraclée, ou gravés dans le champ des médailles , en guise d’acces-

soires, propres à désigner les magistrats

éponymes, ou peints sur les boucliers,

comme nous en avons tant d’exemples sur

les vases peints , on peut consulter Mazochi,

ad Tabul. Heracl. p. i4g-5o; Eckhel, D. N. t. Il , p. 2o3 ; et ma Lettre à M. le duc de Luynes, p. 6 , 3).

2 Conf. Platon. Tim. 26, C. : ’Eyxcaijuctlct ànK7TXvTou ypaçnç.

5 Plin. xxxv, ix, 4o.

4 Le dernier éditeur de Dicéarque , M.

J. F. Gail , a lu a.vctdn/uoLlix.oiç , leçon qui ne change rien au sens ; mais sa traduction latine, picturis encausticis , ne rend que le mot grec iyv.a.vp.ousiv, et laisse sans interprétation l’adjectif àva$v\fA.cchx.o:ç , qui comporte nécessairement l’idée d objets insérés, encastrés, par manière de décoration; voy. Dicæarch. Géographie. dans ses Geog. Gr. minor. t. II, p. 124; cf. ibid. Adnotat. yb et 76.

5 Sur cet art d’incrustation en métaux, rt'y/ni ip.'na.uAm , voy. Athen. xi , 12 , avec

ployait, par un procédé analogue, les pierres et les marbres de nature et de couleurs diverses1. Ce sont là autant de traits de l’histoire de l’art qui se rapportent tous au même principe, et que j’ai dû me borner à indiquer ici en peu de mots, pour ne pas m’écarter de l’objet de mes recherches.

S’il nous restait plus de renseignements que nous n’en possédons sur les détails de la décoration intérieure des édifices publics de la Grèce, nous y trouverions sans doute une nouvelle application du même principe dans les peintures de plafonds, lesquelles durent être exécutées sur bois, par compartiments , dans le goût de celles des portes. Comme le système de toiture en charpente des temples grecs ne comportait en général qu’un plafond en bois, il suit de là que, si ce plafond fut orné de peintures , ce durent être nécessairement des peintures sur bois. A l’appui de cette notion générale, admise par les historiens de l’art2, je rappellerai d’abord le témoignage de Pline0, concernant le plafond du temple d’Éphèse, lequel était construit en bois de cèdre ; et j’y ajouterai le témoignage de Vitruve4, plus positif et plus explicite encore, en ce qu’il s’applique à la généralité des temples de la belle époque de l’art grec. A cet égard encore , le petit nombre de faits que nous fournit l’histoire de l’art s’accorde avec l’observation des monuments encore existants , pour nous donner la même idée. Ainsi , l’on

les savantes observations de Casaubon , t. XI, p. 227, Schw. ; et joignez-y un fragment extrait des papiers de Fiorillo, et publié dans 1 e Kunstblatt , 1825 , nos 86-87.

1 J’ai cité, dans mes Observations , p. 2 3, 1 ) , un exemple de ces incrustations de pierres ou de pâtes colorées, fourni par YErechtheion d’Athènes ; et j’en donnerai de nouvelles preuves dans un autre endroit de ces recherches.

2 Stieglitz, Archaolog. der Baukunst, II, 83 , If. ; Ionian Antiquit. , t. I, Introduct. p. vii, 2e edit.

5 Plin. xvi, 4o : Convenit tectum ejus (templi Dianæ Ephesiæ) esse è trabibus cedrinis.

4 Vitruv. 11, g, i5, ed. Schneider.:

Ephesi in æde.... etiam lacünaria ex eâ ( cedro) et ibi, et in cæteris nobilibüs fanis, propter œternitatem sunt facta.

CHEZ LES GRECS ET CHEZ LES ROMAINS, a pu remarquer, au temple de Ségeste, la place propre à recevoir les poutres qui devaient soutenir le plafond en bois1; et même dans les édifices dont le plafond était en pierre , comme au temple de Thésée, aux Propylées d’Athènes et d’Eleusis, et ailleurs encore , la disposition des solives et des caissons de marbre rappelait évidemment la toiture primitive en bois'2.

Le même fait ressort, avec la dernière évidence, de la signification propre des mots employés dans la langue des Grecs et dans celle des Romains, pour désigner soit la totalité, soit les diverses parties du plafond ou de la toiture. S’il est avéré, par les explications où entre Vitruve à ce sujet0, que les plafonds étaient généralement construits en bois, il n’est pas moins constant que le premier modèle de ces couvertures en bois, aussi bien que le mot même servant à les désigner, avaient été empruntés à la Grèce. On connaît ces chars couverts en bois nommés x^cfoLpauf'1, et ces navires couverts appelés aussi où 1 idée

de bois se joint toujours à l’emploi du mot yjcfxctpoc, comme elle se retrouve toujours dans celui du mot latin caméra 6. ïl en est de même des principales pièces de cette construction, nommées en grec c pccrvû/xcLlœ et o-cvn^œfxcLlcL, en latin lacunaria ou laquearia, répondant à ce que nous appelons caissons , et où l’idée de bois s’associe, dans la formation même du mot, à celle de Y espace creux réservé pour la décoration. Ce qu’il nous importe d’observer en second lieu , c’est que le champ entier de ces plafonds, quand il commença à être orné de peintures, dut être peint dans le goût de ce que nous nommons des arabesques, ce que les Grecs appelaient 7mndApccticc et tvdiyaAicl] 7,

1 Houel, Voyage pittoresque , t. I, p. 9. tyxivcav àp/udluv ; vid. Casaubon. ad h. L; cf.

2 Stieglilz, Archaolog. d. Bank. II, 84- Schweigh. t. VII, p. 456.

5 Vitruv. vu , 3. 5 Strabon. xi , 4p5.

4 Herodot. 1, 199. Cf. Pollue, x, 52 ; 6 Lips. ad Tacit. Hist. m,not. 53.

add. Athen. iv, 7, p. i3p : Ka./u.a.pu'lwv 7 Xenophon. Œconomic. ix, 2 ; et Me-

dont nous pouvons nous faire quelque idée d’après les ornements ries vases peints; c’étaient des rinceaux cle feuillages , des méandres l, ou d’autres motifs d’ornement, distribués en guise d’encadrement le long des poutres, ho tcovç, tandis que les caissons offraient, d’abord, des étoiles ou des rosaces ; plus tard, des mascjues, 'srçjo-w tul1, ou des têtes et des figures isolées, comprises sous la dénomination générale de et d’E ’ynov-

Nous trouvons à la fois des preuves et des réminiscences de cette décoration primitive des caissons, dans des édifices de marbre, de tout ordre et de tout âge, depuis les temples d’Athènes, où le soffite est orné, dans les caissons, d 'étoiles d’or, peintes sur fond bleu, ou bien de quelque objet rapporté en bronze, comme on en a un exemple au plafond de 1 ' Erechtheion5 , jusqu’aux temples de Balbec et de Palmyre6, où les caissons du soffite offrent tantôt des têtes ou des bustes , tantôt, des figures entières et isolées; pour ne pas citer d’autres exemples dans la foule de ceux qui nous restent de l’époque romaine , à Rome même et ailleurs ; et l’on ne saurait nier que ce système de décoration, dans des édifices de marbre, ne fût

morabil. m, 8, 9; voy. mes Observations , p. 25, 3); et ajout, le témoignage de Platon, Hipp. Maj. p. 298, A, cité à l’appui par M. Hermann , de Pictar. p. 1/1. Je présume que c’est le mot 7roi>ciA/uix.1ac , entendu de cette manière , qu’il faut rétablir dans ce passage de Plutarque, de Tranquill. § 9, t. IV , p. r3, Hutten. : O i H vtoaaoi IïOIH- MATA (lis. IIOIKTaM ATA) jatv, ù; hiyiv ’ ApKtaÎAaoç, dxAo'ipia jt, rPA<E>A 2 je, civ- S'pid/lctç oïovlai JYtv ctKpiCaç.... i’7wroptvd/ui~ voi.... $ia>pt7v.

' Hesych. v. Mctla.viï'pov ; cf. Interprett. ad Pollux. x, 84.

J’aurai lieu de produire, dans un autre endroit de ces recherches , où je trai-

terai des portraits , de nombreux exemples du mot Trpoacr'ïïOL , employé avec cette signification propre et technique de têtes de face, ou masques. J’y renvoie d’avance mes lecteurs.

3 Hesych. v. Kovpdç ' « iv %7ç àpotpépvam rPA$H'. Cf. Müller. Handbuch, S 320, 3.

4 Idem, v. ~EyK.oupdJïç' oi ù tcuç opoçaîç rPA<ï>IKOl' rnrpotrâmoùV IlPN AKE2. J’ai déjà cité, dans mes Observations, p. 27 , 1), ces deux textes d’Hésychius , en renvoyant au savant commentaire de Saumaise, ad Hist. Aug. t, II , p. 548.

5 Antiquit. inéd. de l’Attiq. ch. 11 , p. 16 , not. 2 , trad. franç.

6 Ruines de Balbec, pl. xxix ; Ruines de Palmyre , pl. xix ; et ailleurs.

CHEZ LES GRECS ET CHEZ LES ROMAINS. 155 dérivé de l’usage primitif d’orner de figures pareilles, peintes sur bois, les compartiments du plafond en bois.

C’est d’ailleurs ce qui est attesté, d’une manière qui ne comporte pas la moindre contradiction , par des lexicographes grecs. L’idée qu’ils nous donnent de panneaux de bois peints rapportés dans les plafonds 1 : oi èv ra/c, oçj)(pcfc, EPA<DIKOl' nfNA- KES; en d’autres termes2 3, de tableaux peints , qui faisaient partie du sojfite : IH'NAa imytiAoc, kir oçyfé $, s’accorde si bien, dans le sens positif et littéral des mots , avec toutes les notions qui résultent pour nous de l’histoire même de l’art et de l’observation de ses monuments, que se refuser à voir ici des peintures de plafond sur bois , ce serait vouloir fermer les yeux à l’évidence. Voici d’ailleurs un témoignage bien formel et bien explicite , concernant l’emploi des caissons de bois peints dans le plafond des temples antiques ; c’est celui-ci, de Josèphe, qui se rapporte aux portiques extérieurs du temple de Jérusalem , dont le plafond avait des caissons de cèdre 0 : ’OPOPAf k’xvrk/ç, r\crocv gjc KE APOT OATNH'MASIN è^ëa-fxévûui ; caissons d’un si grand prix, observe-t-il, par le bois même dont ils étaient formés, par la perfection de leur assemblage et le poli de leur travail, qu’on n’avait pas eu besoin d’y ajouter, comme on le faisait ailleurs, l’agrément de la peinture, ou celui de la sculpture4 5 : Kekçjivoiç <5 VcLhdfAcLcri v d)çf(pcù]Pio' roorm »i /xèv (pvcrixri -mAo'iëAëicL , ro eii^ecrlov yf to ctf/uoviov 7rcq>g?yy 0g uçjictv a.^toAo'pr ovktvl Te g^wôgv,

otfrg ZEïrPAOI AS, ovr g y A vÇiikbç, ipyco irçfo-YiyAcucrio Voilà, sans contredit , une notion bien positive et bien importante

1 Hesych. v. '’Eyx.ovpct^iç.

2 Pollux, x , 84 ; vid. Interpret. ad h. I.

3 Joseph. Antic], Jud. vin ,3,9.

4 Idem , Bell. Jud. v , 5 , 2.

5 Jetais observer encore, cl’ après le témoignage du même auteur , que les trente édi-

cules disposés tout autour du grand temple avaient pareillement leur plafond en lois de cèdre , opotpoç x.iJ'pov , avec des caissons , de la même matière et dorés : aliynv tyiç av%ç VAYI Ç iC cl AAi% TrO-ffCiV ify.fffJ.iVYa iiç OATNA- MATA ffsrpcnnioAAYffiY xjpvffov ; Antic/. Jud.

à recueillir, non-seulement par rapport au monument même quelle concerne , mais encore dans la généralité quelle comporte ; et nous verrons quelle se trouve d’accord avec tous les faits particuliers qui sont venus à notre connaissance.

Dans le plus grand nombre des temples de la belle époque de l’antiquité, ceux dont 1 e plafond était en bois, on doit admettre, en thèse générale, que ce bois avait dû recevoir un enduit de couleur; c’est la conservation même de la charpente qui l’exigeait, et c’est aussi de cette manière qu’on avait procédé à l’égard des portes. De là , sans doute , on s’était trouvé naturellement conduit à faire de ce moyen de conservation un moyen d’agrément, en ajoutant à l’utilité de la couleur le charme de la peinture. Nous venons d’acquérir une preuve positive d’un emploi analogue de la peinture sur bois, dans la découverte de ce tombeau de Panticapée, où se trouvait une sorte de cénotaphe construit en planches et orné de peintures1: monument bien précieux dans son genre, et peut-être le seul déb ris de la peinture grecque sur bois que l’action destructive du temps ait laissé venir jusqu’à nous. Mais, pour ne pas nous écarter de notre sujet, nous ajouterons à cette première observation que l’assemblage des pièces de bois et de charpente qui composaient le plafond , dut être, le plus souvent, enduit d’une couche clc plâtre ou de craie, sur laquelle on peignait, soit des figures, soit divers motifs de décoration, en rapport avec le culte de la divinité; ce qui était une pratique tout à fait conforme à l’usage de peindre sur des tables de bois enduites de blanc, Iv AsAeoxa/ucéva)2; et ce qui est d’ailleurs attesté

vin, 3 , i ; en sorte que c’est toujours la de ces peintures sur bois, et du tombeau qui même notion qui résulte de ces faits divers; les renfermait, d’après le mémoire original voy. Hirt, der Tempel Salomon s , p. 3i-32. de l’auteur de cette découverte, témoin 1 Voy. clans le Journ. des Sav. 1 835, Juin, oculaire et digne de foi. p. 338 , 33g , la description que j’ai donnée 2 Sur cette couche de craie blanche.

CHEZ LES GRECS ET CHEZ LES ROMAINS. 155 d’une manière positive1. Quelquefois aussi les ornements dont il s’agit étaient sculptés cle bas-relief dans le bois, mais toujours coloriés. C’est sans doute un plafond de cette sorte que Pausanias avait en vue, dans ce qu’il raconte du temple de Jiinon, à Elis2; mais un renseignement, bien plus précieux encore, que nous devons au même écrivain , c’est celui qui se rapporte au temple de Diane , à Stympbale0. Pausanias remarqua au plafond de ce temple des figures cl 'oiseaux Stymphalides qui s’y trouvaient sculptées en relief; et comme la hauteur à laquelle étaient placées ces figures ne lui permettait pas de distinguer si elles étaient de bois ou de plâtre , il conjectura cependant quelles étaient plutôt de bois cpie de plâtre. Il résulte de ce témoignage plusieurs conséquences, certainement bien curieuses : d’abord, il est évident que ces figures de Stymphalides étaient sculptées, d’un relief plus ou moins saillant , dans les caissons ; secondement, le doute exprimé par Pausanias, si ces sculptures étaient de bois ou de plâtre, ne pouvait avoir lieu cpie parce quelles étaient coloriées; car si elles avaient eu la couleur naturelle du plâtre ou du bois, il n’y aurait pas eu moyen de s’y tromper; et, enfin, cette alternative même, proposée par Pausa-

qui formait habituellement le fond des peintures antiques sur lois , ou sur toute autre matière, voy. les judicieuses observations de M. de Minutoli , Hier die Pigmente und die Malerteclinik der Alten , dans ses Abhandl. verni. Inhalts , iv, 64-66.

1 Isidor. Origin. xix , 12, ed. Lindemann. : Laquearia sunt guœ cameram subtegunl et ornant , guœ et lacunaria dicuntur, vel quod lacus quosdam quadratos vel rotundos ligno , vel gypso, vel coloribüs habeant pictos cum signis intermeantibus.

Pausan. V, 20, 2 : <r1iyn tç ivr> TpiTsiîav. M. Hittorff, qui cite ce fait, s’est trompé en

appliquant au temple de Jupiter, à Olympie, ce que Pausanias dit ici du temple de Junon, à Elis ; et je relève à cette occasion l’erreur bien plus grave qu’a commise cet architecte, en expliquant l’oVcJW comme un plafond orné de caissons, et en citant a faux Homère, Odyss. x, 32 0; voy. ses Antiq. inèd. de l’Attiq., p. 32-33, 1).

5 Pausan. viii ,22,5: Tlpoç Jï t ou vccov TU ’OTO'^Cll TSi7romp.il/CU H) S'Iup.fOlAl- Jïç ùaiv opufcç- satpaiç p-ù ovv ^a.Ki7rbv v\v Jictyi/umi, Tsôltpov Hr'AOr iro'mpcL «V v\ FTyOT' TiKpcupopivoiç Ai vpiv tcpounio u’vca

et'aot pxAAov a rr'j-OY.

nias, sert à constater l’usage général de donner un enduit de plâtre à l’assemblage des pièces de bois qui formaient le plafond, soit pour y sculpter, soit pour y peindre les divers motifs de décoration ajustés dans les caissons.

Si l’histoire de l’art antique nous était parvenue dans son entier, nous y trouverions sans doute de nombreux exemples de cet emploi de la peinture sur bois, pour orner le plafond des temples, en même temps que tous les détails nécessaires pour apprécier le mérite et le goût de cette décoration, et pour déterminer avec certitude les limites précises dans lesquelles elle dut se renfermer, suivant les temps et suivant les lieux. Faute de renseignements positifs, nous sommes réduits à des conjectures ; et ces conjectures mêmes ne s’appuyant que sur un petit nombre d’exemples du dernier âge de l’antiquité, manquent d’une base solide pour tout ce qui a rapport aux temples de la belle époque grecque. La sobriété , jointe à l’élégance exquise des ornements , qui forme le caractère principal des monuments de cette époque , tel qu’il se retrouve dans les grands édifices qui nous en restent, me porte à croire que les peintures de plafonds devaient se borner alors à de simples motifs d’ornements distribués dans les divers compartiments du soffite; et je présume que le développement que reçut cette brandie de l’art, ou plutôt cette partie de la décoration des temples , dut coïncider avec l’introduction des pavés en mosaïque : deux choses qui semblent en effet avoir été dans un rapport intime de temps aussi bien que de principes. Indépendamment des considérations de goût et des faits historiques qui justifient cette manière de voir, je trouve à cet égard un indice très-grave dans le trait de la vie de Pausias , que nous connaissons par le témoignage de Pline. En attribuant à cet artiste, sorti de la même école qu’Apelle, le

premier exemple de peintures de plafonds ejui eût été donné dans la Grèce1; en affirmant, d’une manière aussi positive, qu avant Pausias , il nétaitpas d’usage d’orner de cette manière le plafond des appartements, Pline a certainement voulu indiquer une innovation dans les habitudes générales de fart qui correspond au siècle d’Alexandre, et qui s’accorde avec le luxe des pavés en mosaïque, introduit à la même époque. En alléguant une première fois2 3 ce trait de l’histoire de l’art, réduit, suivant l’habitude de Pline, à une indication si succincte, j’avais cru pouvoir en inférer qu’il s’agissait ici de peintures de plafonds, dans des édifices privés ; et je ne manquerais pas de raisons pour justifier cette opinion 5. Toutefois, je serais maintenant disposé à la modifier et à l’étendre, au moyen d’une autre notion, relative au même artiste, que nous fournit Pausanias. Je veux parler des deux charmants petits tableaux dePausias, qui avaient été placés dans le tholos d’Epidaure , et que Pausanias y vit encore en place, au second siècle de notre ère4. Tout ce que nous savons, d’ail-

1 Plin. xxxv, ii, Uo : Idem (Pausias) et lacunaria primus pingere instituit ; nec caméras ante eum taliter adornare mos erat.

2 Voy. mes Observations , p. 26, 3).

3 Sans avoir besoin de recourir aux nombreux exemples du mot caméra rassemblés par les lexicographes , je pourrais me contenter de faire observer que ce mot désigne presque exclusivement, dans le langage de Pline, comme dans celui des auteurs latins de la belle époque , une voûte ou un plafond, dans des habitations privées, Propert. Eleg. ni , 1 , 5o : Quod non tænariis domüs est mihi fulta columnis , Nec caméra aura-

tas , etc. ; Cicéron, ad Quint, ni , 1 : villa mihi valdè placuit ; caméras quasdam non probavi, à la différence du mot testudo, qui

se disait plus particulièrement de la voûte

d’un temple, ou de quelque autre grand édifice, Virgil. Æneid. i, 509 : Media testudine templi. Mais je me fonderais principalement à cet égard sur le témoignage de Vitruve , qui a consacré tout un chapitre de son septième livre , où il traite des maisons particulières, à décrire la construction et le mode de décoration des cameræ , et qui fait précéder ce chapitre des paroles que voici , vu, 2, 2, Schneider. : Camerarum dispositions in conclavibus expediantur. Le mot grec Kct.pux.pa., dans Diodore de Sicile, xvm, 2 6 et 2 7 , et ailleurs encore , a pareillement le double sens de voûte et de chambre voûtée; ainsi que l’a montré M. Quatremère de Quincy , Dissertât, sur dijfér. sujets d’antiquiiè,p. i43.

4 Pausan. 11 , 27 , 3.

leurs, des nombreux travaux de cet artiste et de la nature de son talent; la célébrité qu’il avait acquise par ses petits tableaux de chevalet, parvas tabellas, exécutés* à X encaustique , encausta; l’heureux emploi qui se pouvait faire de ces sortes de tableaux pour en former autant de caissons dans une voûte ou dans un plafond; ce qui répondrait à l’idée de Pline, et ce qui rendrait raison des deux petits tableaux de cet artiste placés dans le tholos d’Epidaure : toutes ces notions s’accordent si bien entre elles , qu’il n’est guère possible de ne pas se rendre à un pareil accord , et de n’y pas voir en quoi consista précisément le mérite attribué à Pausias, d’avoir été le premier qui orna de ses peintures sur bois les plafonds d’édifices d’une certaine importance.

Sans nous engager dans la recherche des faits concernant cette peinture de plafond, qui appartiennent à l’époque romaine, ou qui sont étrangers à la Grèce1, et qui se trouvent ainsi,

1 J’aurais pu citer l’exemple des édicules ajoutés par l’empereur Hadrien à son Panthéon d’Athènes , dont le plafond était orné d'albâtre et de dorures , avec des peintures et des bas-reliefs enchâssés, Pausan. i, 18, 9 : Om/Accrct tvlocvQct. éirliy 0’P0<E>I2 ; n imyfVBCû Kj OLAO.ëoLO'fcp A/0&>, Trpoç Si oiycthfAOLtU x.tKo<rfAy\fA.éva. Kj TP A<t AÎ2 ; conf. Moschion. apud Athen. v, 207, D : TPAOAlS Sï £ orycL^fAcLiu... x.a,1t<rx.tva.tr% (to A <ppoShnov) ; car cet exemple , bien qu’il appartienne à l’époque romaine, ne faisait que reproduire un usage pratiqué dans la haute antiquité , et emprunté , suivant toute apparence , au luxe asiatique. Que l’on se rappelle la manière dont Platon , dans son Atlantide, décrit la décoration intérieure du temple de Neptune, avec un plafond d’ivoire, orné et or, d’argent et d’orichalcon , in Crit. , 1 1 3 , C jt. X, p. A8 , sqq. Bip.) : TuV /atv àpoçdv i A6<pû(/]/t'ni' yputrtp , kj apyvpu >, Kj àpayoLKxcü

■7Ti7rcnu^fAivnv. On ne m’opposera pas que l’Atlantide est un roman ; car s’d est vrai, ce que j’accorde sans peine, que cette île etses monuments n’aient existé que dans l’imagination de Platon, des détails purement techniques de décoration, tels que ceux que j’ai cités , doivent avoir été empruntés à des édifices réels , que le philosophe grec avait été dans le cas de connaître , ou dont il avait pu entendre parler dans ses voyages en Asie. Effectivement, les mêmes détails se retrouvent dans la description du pays des Sabéens , d’Arabie , telle que nous la donne Strahon, d’après Artémidore, xvi, 778 : Ka/ yoip dupû'/Aizla, À) roiyoi, Kj OPOOAl' Si ’ i\îtpavloç , Kf ypoaov, if cipyvpov , xj xiBojcoaah'Ioü Toyyd.ni Sia.yriTroix.tlijuîvoL ; cf. Diodor. v, 43. C’est dans le même système qu’étaient décorés le temple et le palais de Salomon, Joseph. Antiq. Sud. Vin, 5 : Tovç opoçooç ^ tou; roiyouç to7ç îyKKao/AtvoiÇ ypoed aNoiç

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sous le rapport des temps ou sous celui des lieux, en dehors du cadre de la question actuelle , il nous importe de nous faire une idée exacte de ce genre de travaux, d’après le petit nombre d’exemples fournis par la belle époque de l’art grec, qui peuvent être à notre portée. Or, j’en trouve un qui dut surpasser tout ce que la Grèce avait encore produit de plus élégant et déplus somptueux, dans ce vaisseau d’Hiéron II, à la décoration duquel tous les arts avaient contribué , et dont la description, telle quelle nous a été laissée par Athénée1, est sans contredit une des pages les plus curieuses de leur histoire. Les chambres du second étage avaient un pavé de mosaïque , où toute l’Iliade était représentée en petits tableaux 2, d’une exécution merveilleuse: Iv oit, ri v Y&\iŒXi.oxo-}xè\oc, irdc, o 7 nyl rviv TÀ/ct<hct fxv§o<, Qou>/LvcL(riOi)ç-,et les plafonds et les portes étaient décorés de peintures dans le même goût : xs^^’OPOiMÎ'E XJ*} OTPQ'MAEIi^ 7 ravî'oc m tclvtcl 7K7n>VY\y,évcL. L’appartement dédié à V énus avait ses cloisons et son plafond de bois de cyprès , ses portes, de citronnier avec ornements clivoire incrustés ; et toute cette construction , si précieuse parle travail et par la matière, était couverte de peintures et ornée de figures sculptées avec un art exquis : rPA<I>AI S <fè X5tj ocyétA/xcLcrt... \)7c%f>(ixWo\\oùc, v&\icrYj.\)x<f\o . Il ne faudrait

d>ca9/<ra?,... toÛIoiç Kct%yxdi/Tiv ; et si je ne risquais de m’écarter trop de mon sujet, il me serait facile de montrer que ce système de décoration, dont la Grèce eut un exemple magnifique dans la chambre sépulcrale d’Alexandre , telle qu’elle est décrite par Diodore de Sicile, xvm, 26 et 27, était essentiellement propre à l’antiquité asiatique. C’est ce que j’aurai lieu d’établir dans mon Histoire de l’art des Anciens ; et, en attendant, les faits que j’ai cités suffiront pour montrer que l’usage des peintures et des incrustations de matières précieuses , dans les

plafonds en bois, avait pu être pratiqué de bonne heure chez les Grecs, initiés de tout temps à la connaissance des arts de l’Asie.

1 Moschion apud Athen. v, 207, D, p. 299-300, Schw,

2 Voici de quelle manière est indiquée la composition de ce pavé de mosaïque : Aoc'Mcfùv iiyis îv aCcDUiTKoiç <rvyKli/u.i VOV ÎK Truvloicov à/(W. Les petits tableaux , âCa.Ki<rkoi , dont il s’agit ici, peuvent avoir servi de modèles à des compositions du genre de celles que nous connaissons par la Table Iliaque du Capitole.

sans doute pas s’imaginer que ce luxe de peintures sur les portes et sur les plafonds , d’accord avec celui des pavés de mosaïque , se rencontrât alors au même degré par toute la Grèce- Le vaisseau d’Hiéron II fut la merveille de son siècle ; mais il en était aussi l’expression ; et , sauf le mérite de l’exécution , qui dut varier à l’infini, suivant l’importance des édifices, le talent des artistes, le génie des localités, c’était certainement le même goût qui disposait partout, dans les caissons du solfite, des peintures qui répondissent, pour la composition et pour le style, aux compartiments en mosaïque du pavé.

Nous en avons de nouvelles preuves , qui se rapportent à la même époque et qui sont d’une égale valeur, dans la description de la fameuse tente de Ptolémée Philadelphe , dont le plafond était orné de caissons peints1 : èv ^ OATNOMATA rPAITTA' j^cJcL /bcéo-ov êrercLlo , et dans celle du vaisseau tessaracontère de Ptolémée Philopator2, ou se trouvait, entre autres appartements richement décorés, une salle de bancjuet, ro 'Lv/x- 7rocrio]j , dont le plafond carré, de bois de cyprès, cfléyn relgjtytnioç, xvTntçj.o-o-'m , offrait des ornements sculptés en relief et dorés : yAvvr'io'i J^’olvtvç (crléyyç) wo-ccv oi KOXMOI , %pv<rriv ey^ovleç tvv ë7 nÇ>cu/e(ou>. De pareils exemples qu’il ne serait pas imj)ossible démultiplier, s’il était nécessaire, tous empruntés au luxe des palais de souverains et des habitations privées, tous appartenant au siècle d’Alexandre et de ses successeurs0, qui est le

1 Callixen. apucl Atlien. v, 196, C, c. xxv, p. 257 , Schw.

* Athen. v, 2o5, D, c. xxxvm, p- 291.

5 II ne tiendrait qu’à moi de comprendre dans ce nombre la chambre sépulcrale qui transporta le corps d’Alexandre lui-même, et dont tous les détails de la décoration, tels qu’ils sont rapportés par Diodore de

Sicile , xvin , 2 6 et 2 7 , sont certainement empruntés au goût dominant et aux habitudes générales de l’art à cette époque, sauf la richesse extrême des ornements et l’abondance des métaux précieux, qui ne pouvaient se rencontrer à un si haut degré que dans la pompe funèbre du conquérantde l’Asie. Or, je remarque que cette chambre

siècle d’Apelle et de Pausias, m’avaient fait penser, dès le principe, que l’innovation attribuée à Pausias se rapportait de même à la peinture des plafonds, dans les maisons des riches et des grands1. Ce serait encore là mon opinion, sauf la modification qu’un examen plus approfondi des faits de la question m’a mis dans le cas d’y apporter ; et je suis plus que jamais fondé à croire que la peinture de plafond, telle qu elle fut pratiquée par Pausias, et consistant en petits tableaux à V encaustique, employés en guise de caissons et encastrés dans les pièces de bois qui formaient le sofïite , signala une révolution dans cette branche de l’art, en faisant entrer dans le domaine privé , avec toute la variété et tout l’agrément dont il était susceptible, un genre de peinture qui n’avait été jusqu’alors exercé , sur le plafond des temples , qu’avec beaucoup de sobriété et dans les limites d’un goût pur et sévère.

sépulcrale avait un plafond voûté, orné de pierres précieuses incrustées en forme d’ècailles sur fond d’or : KciIol ptiv thY Kopvçrtv Kct/uapa. y^piurri, i^outrct (poAi'Jbi a<0ojco AAnlor. J’observe de plus que le péristyle ionique qui entourait cette chambre avait, sur ses quatre côtés , des tableaux peints, en guise de murs, dont ils occupaient tout l’espace : Hl'NAKAS TrupcLhMhovç; ^cootpôpovç tiTiapaç ’laovç 7t7ç Toifoiç î'yyv ; passage capital, dont il n’a été tenu jusqu’ici aucun compte, ni fait aucun usage dans cette discussion , et sur lequel j’aurai plus cl’une occasion de x’evenir.

1 On rencontre dans les poètes attiques plus d’une allusion à ce genre de décoration , concernant les habitations de ce pays. Ainsi, dans la leçon de savoir-vivre et d’urbanité qu’ Aristophane fait donner par la bouche de Bdélycléon au vieillard entêté et ridicule de sa comédie des Guêpes, il lui recommande ceci entre autres choses ,

v. 12 54, ed. Beck. : ’Opotpnv foctaoii, ^ KptKctSi' avMiç Qcaj/xarrov ; ayez l’air de regarder avec intérêt les ornements du plafond , et d’admirer les tapisseries de la cour. Ce passage est cité par Athénée, v, 179 , B, qui en explique parfaitement l’intention générale , et qui rapporte ailleurs , vi , a36 , B , une allusion du même genre , tirée d’une comédie de Diphile. Il fallait donc que , dès cette époque , les maisons des gens riches , à Athènes, eussent leur plafond décoré, soit de bas-reliefs coloriés , soit de peintures , qui ne consistaient sans doute encore qu’en simples motifs d’ornement, 7ronahica, iraxl^fxcAa., mais qui devinrent depuis , entre les mains de Pausias , de véritables petits tableaux; et c’est de cette manière que je m’étais rendu compte de l’innovation attribuée par Pline à cet auteur. Avais-je eu tort ? c’est ce qu’il appartient maintenant au lecteur de décider.

Un usage non moins remarquable qui se fit de la peinture, .pour la décoration des édifices sacrés et publics , et qui se rapporte toujours au même principe , c’est celui dont nous trouvons un exemple dans un temple célèbre de Cyzique, construit par deux rois de Pergame, Eumène et Attale, en l’honneur de leur mère Apollonis, avec des colonnes portant des tableaux encastrés, <nuÀ07nvcbnct. Il nous est resté, dans l’Anthologie, des inscriptions en vers élégiaques, sur dix-neuf de ces tableaux, qui en indiquent les sujets, tous puisés dans la mythologie; et l’intelligence de ces fragments précieux semble n’avoir rien laissé à désirer, sous le rapport de la langue non plus que sous celui des faits mythologiques qu’ils rappellent, depuis qu’ils ont été, à deux reprises différentes , l’objet d’un travail particulier de la part d’un antiquaire et d’un philologue du premier ordre, l’illustre M. Jacobs1. Mais l’opinion des antiquaires n’est pas encore fixée sur la nature même des représentations qui étaient l’objet de ces épigrammes. En s’attachant au sens littéral du mot <r%Ao7nva,x4cL , on devrait y voir de petits tableaux sur bois encastrés dans les colonnes; et il semble que ce soit là, en effet, l’idée que s’en était faite M. Jacobs lui-même2. Saumaise, qui le premier avait eu connaissance d’une partie de ces épigrammes, et qui en a cité quelques-unes, s’est occupé deux fois du mot <rruÀo7nvctJoct et de l’idée qu’il exprimait, sans être jamais arrivé sur ce point à une détermination exacte, puisqu’il s’était réduit à présenter l’alternative d'images peintes ou sculptées, sur des disc/ues appliqués aux colonnes L’usage de

1 Jacobs, Exercé cntic. t. II, p. i4a , 2 Exercit. crit. II, i4a : Quod ad ima-

sqq. ; Idem , Anthol. Palat. t. III, part. III , gines attinet,... columnis insertæ fuisse vi p. 620-39. Le titre que portent ces épi- dentur; cf. Anthol. Pal. XIII, 620; et Programmes est celui-ci : ’E 7riypclja./Lict]a, atiiç fat. ad. Philostrat. Imag. p. xliv, not. i3. ra STY'AOniNA’KIA i yiypa.7r% , asipiî- 3 Salmas. ad Hist. Aug. II, 355 : Habe- ’XflAa ùvaLyKvçovç ia'lopla.ç , k. t. a. mus aliquot epigrammata nondùm édita,

CHEZ LES GRECS ET CHEZ LES ROMAINS. 145 ces disques ou boucliers, avec des images peintes ou sculptées, usage qui fut commun aux Grecs et aux Romains, autorisait en effet cette double supposition de Saumaise ; et le fait que ces boucliers étaient attachés aux colonnes et à la façade des temples, offrait, avec l’emploi des <r%À07nvcljM<t du temple de Cyzique , une analogie frappante. Des antiquaires modernes, tels que Bracci, voyaient dans ces cr%M7nvcuucL , assimilés aux boucliers peints de l’antiquité grecque, de véritables tableaux sur bois attachés aux colonnes1. D’autres, au contraire, tels que notre illustre Yisconti, se représentaient les images en question comme des bas-reliefs, istorie scolpite, sculptés sur des cartels rectangulaires2; et il faut convenir que cette interprétation , qui s’accorde mieux avec l’expression de l’écrivain grec, Tnçj.iyofidu ctvacyAvtpovç, îcfloyicLç, se trouve d’ailleurs justifiée par l’exemple de ces sortes de cartels sculptés sur les colonnes que nous ont offerts plusieurs temples de l’Asie Mineure, à Labranda, à Mylasa et ailleurs3; d’où il résulte effectivement que c’était là une pratique particulièrement affectée par les Grecs asiatiques dans leur architecture. L’exemple que j’ai cité en dernier lieu semble avoir entraîné l’assentiment du savant antiquaire, M. K. Ott. Müller, qui se figure aussi les cr%Ao7avdx^ct du temple de Cyzique comme des tablettes sculptées 4; et peut-être ne me conviendrait-il pas d’ajouter à une opinion qui tend ainsi à se fixer un nouveau motif d’incertitude, en revenant à l’idée de Bracci et de M. Jacobs. Mais une opinion qui con-

varias historias continentia, quæ in <r%\o-

7nvcouoiç erant depictæ vel cælatæ; ubi

<y%xo-7nvd.KioL sunt disci vel clypei ad columnas templi affixi. Cf. Exercit. Plinian. p. 621 , B.

1 Bracci, Dissertaz. sopra un clipeo votivo , etc. p. lxv : Ora <r%M7rivct)ua. , cioè tavole

dipinte attaccate aile colonne.

2 Visconti, Iscrizion. Triop., p. 122, et dans ses Oper. var., 1. 1, p. 359-60 , not.

5 Ionian Antiquit., t. I, p. 57, c. IV, pl. 3; Cboiseul , Voyage, t. I, pl. io5.

4 Hendbuch der Archàolog. § 167, 3, p. i38.

cilierait toutes les hypothèses, et qui se trouverait d’accord avec toutes les notions que nous possédons d’ailleurs , ce serait de voir, dans ces stylopinakia du temple de Cyzique, des bas-reliefs coloriés insérés dans les colonnes. Quoi qu’il en soit, et dans tous les cas, le fait même de l’insertion dans les colonnes d’un temple de bas-reliefs ou de peintures, pour me réduire à la même alternative que Saumaise1, constitue une pratique d’art liée au même système et dérivée du même principe dé ornements peints, rapportés sur les murs, sur les portes et sur les plafonds des temples; et cette notion ne devait pas rester étrangère à un critique qui s’occupait de rechercher l’emploi fait de la peinture dans ia décoration des édifices antiques.

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