‹ Peintures antiques inéditesChapitre 14 sur 28 · III · texte numérisé non relu

III

Des peintures historiques employées à la décoration des édifices d’Athènes.

Maintenant que nous avons acquis d’une manière générale, par la discussion élevée dans le sénat romain au sujet des temples d’Ambracie, et plus expressément encore, s’il est possible, par un certain nombre de faits particuliers, la preuve positive que la plupart des temples antiques où la peinture avait été employée comme moyen de décoration , étaient revêtus, principalement sur leurs murs et sur leurs portes , quelquefois aussi sur leurs plafonds et sur leurs colonnes , de tableaux peints sur bois , nous devons appliquer cette notion à l’examen des monuments attiques qui furent décorés de cette manière , c’est-à-dire

1 J’observe qu’Ansaldi était resté dans le ribus , sed sæpiùs adhùc arte anaglypticâ même doute à cet égard, de sacr. Tabul. expressæ, quas aut parietibus adfigebant , pictar. Usu , p. 1 72 : Imagines quædam cly- aut columnis appendebant ; ideôque et peatæ , aliquandô graphicâ arte , sive colo- tr%ho7riva.Kia. (sic) dicebantur.

CHEZ LES GRECS ET CHEZ LES ROMAINS. 145 ornés de peintures, dont la véritable nature est encore controversée entre les antiquaires.

Déjà peut-être nous serions autorisé à entendre dans le sens strictement conforme à cette notion les expressions mêmes qui ont été interprétées de peintures sur mur , telles que celles-ci, yçy.(paj( ê7tz toi^oo, ou rol^cov yçjcCpct'i, dont Pausanias s’est servi pour désigner, par exemple, les peintures d’un portique du Céramique , ouvrage d’Eupliranor \ et celles du temple de Thésée , dues au pinceau de Micon et de Polygnote 2; car ces expressions peuvent signifier à la lettre des peintures placées sur le mur : ce qui se trouve positivement d’accord avec le fait général que nous connaissons. Je fais observer de plus que, même en n’employant ici que l’élément philologique , M. Hermann est arrivé à la même induction; c’est-à-dire que, en admettant qu’il y ait, dans la pensée de Pausanias, une différence entre ces deux locutions : y^c/L(pa\ kin et y^upoêi evà roi^ov,

le savant philologue serait d’avis qu’il faudrait entendre par la première des tableaux attachés ci la muraille , et par la seconde des peintures de mur proprement dites0. On voit donc combien l’académicien, qui a insisté avec tant de force et qui s’est appuyé avec tant de confiance sur des expressions telles que celles-ci, y&<pai\ éi n roiyyo, pour y voir en toute occasion des peintures exécutées sur le mur même, ce qui n’est vrai, peutêtre, d’aucun des exemples qu’il a cités, se trouvait éloigné de la vérité, puisqu’il avait contre lui, à la fois, le témoignage des faits que j’ai rapportés , et dont aucun ne semble avoir été à sa connaissance, et l’interprétation philologique des textes, telle que la propose un critiqtie de l’ordre de M. Hermann. Mais il est évident, de l’aveu de M. Hermann lui-même,

1 Pausan. i, 3, 2. 3 Hermann, de Pictur. p. 17-18

2 Idem , 1 , 17,2.

qu’on ne saurait trancher une question aussi grave , à l’aide

de distinctions aussi subtiles; c’est par d’autres moyens qu’on

peut espérer d’arriver à la solution que nous cherchons; et

nous y parviendrons sûrement en marchant dans la voie

archéologique.

Je laisse de côté, pour le moment, les peintures d’Euphranor, dans le portique du Céramique, peintures qui étaient certainement sur bois , s’il y en eut dans la Grèce antique. Il ne reste rien au monde , ni des travaux d’Euphranor , ni de l’édifice d’Athènes qu’il avait décoré de ses ouvrages; c’est donc par l’examen des témoignages antiques concernant ces ouvrages d’Euphranor, que nous pourrons parvenir à connaître quelle en était précisément la nature. Occupons-nous d’abord du temple de Thésée, qui subsiste encore aujourd’hui, et qui peut nous fournir, dans l’ interprétation de témoignages du même genre, une base plus solide, qui nous manque pour d’autres monuments décorés de la même manière.

J’ai déjà dit, et je suis obligé de répéter, que, d’après la manière dont s’exprime Pausanias au sujet des peintures du temple de Thésée1, on ne peut savoir rien autre chose, sinon que ces peintures étaient dans l’intérieur du temple : Iv rïï ig/S, et quelles en décoraient les murailles, sur les trois côtés de la cellarrov Si rpi'lov rcov rol^cov S y^cÇ>ri. Quant au mode même de leur exécution, les expressions de Pausanias se prêtent également bien, de l’aveu de M. Hermann, ici et dans une foule de cas semblables , aux deux suppositions qu’on peut faire

1 Ces peintures, ouvrage de Micon et célébrité. Seulement, il faut rétablir , dans de Polygnote, qui avaient travaillé ici en ce passage d’Arrien , Mmmoç , au lieu de commun, de même que dans le Pœcile, Ki/uuvoç, ainsi que l’avait proposé d’abord sont indiquées par Arrien , de Exped. Alex. Kuhn, ad Pausan. vm , u , 2 , et en dernier Vu , c. 1 3 , § 10, d’une manière qui prouve lieu , Visconti ; voy. son Mém. sur un vase qu elles conservaient encore alors toute leur pei/if, dans le Cabin. Pourtalès, p. 1 5, not. 55.

à cet égard1. Le seul motif tant soit peu plausible qui ait été allégué par des antiquaires, tels que M. K. Ott. Müller, à l’appui de l’opinion que ces peintures avaient été exécutées sur le mur même , c’est que ce mur, dans l’état actuel du monument, conserve encore une partie du stuc dont il fut intérieurement revêtu, et que ce stuc ne peut y avoir été ajouté qu’avec l’intention d’y peindre2. C’est là aussi l’argument employé par l’académicien français; mais, au raisonnement que j’y avais opposé, c’est à savoir, que l’enduit de couleur appliqué aux bas-reliefs de la frise extérieure du temple est resté sensible à l’œil , tandis que des peintures exécutées dans l’intérieur du temple avaient complètement disparu, sans laisser la moindre trace de couleur, le moindre vestige de dessin, ce qui ne semblait guère possible; à ce raisonnement, dis-je , personne encore n’a rien répondu, sans doute parce qu’il n’y avait rien à répondre. Je puis maintenant ajouter deux observations nouvelles qui viennent à l’appui de mon opinion. La première m’est fournie par un architecte danois qui, dans un écrit récemment publié, a consigné le résultat de recherches continuées durant deux mois entiers sur le Théseion , et qui a reconnu, sur toutes les sculptures extérieures du temple, l’existence des couleurs

1 Aussi , le dernier éditeur de Pausanias, M. Siebelis, en considérant les peintures de Micon au Théseion comme des tableaux sur bois , tdbulæ pictæ, ad Pausan. I, 54, s’était-il décidé pour cette opinion, d’après la connaissance qu’il possédait de l’histoire de cette branche de l’art , plutôt que d’après le texte de son auteur.

2 Feu M. Dodvvell, en constatant l’existence de ce stuc , qui offre l’apparence d’être antique , a classical Tour through Greece , t.I, p. 365, n’y a remarqué aucune trace de couleurs ou de peintures ; et si l’on en décou-

vrait des vestiges, il ne serait pas encore prouvé que cette peinture provînt de l’antiquité plutôt que des Chrétiens, qui purent faire ici ce qu’ils firent au Parthénon , où les parties du mur de la cella qui subsistent encore conservent des restes de peinture chrétienne, ibid. p.33o, et où l’on voyait, du temps de Spon, une image de la Vierge peinte sur la voûte, Voyage, t. II, p. 1 58. Du reste, ni ce voyageur, ni son compagnon, Wheler, n’avaient remarqué de traces de peintures au Théseion, Spon, Voyage, II, 189, et Wheler, Voyage, II, 455.

consistant en deux nuances de rouge et deux nuances de bleu, avec du vert et de la dorure, dont ces sculptures avaient été enduites, en même temps qu’il a remarqué dans la cella des fragments du stuc dont elle avait été revêtue, et qui s’y trouvent encore adhérents aux parois, en masses plus ou moins considérables1. Ce fait, certifié d’une manière aussi positive par un observateur aussi éclairé, laisse subsister dans toute sa force l’objection que, si l’on eut peint sur ce stuc, il devrait s’y être conservé quelques vestiges de cette peinture , puisque la couleur appliquée à l’extérieur du monument y est restée partout visible2 ; et M. K. Ott. Müller, qui a cru pouvoir appliquer à l 'intérieur du Théseion l’observation relative au coloriage extérieur de cet édifice, et qui a vu dans les restes du stuc, encore adhérents aux parois de la cella, une preuve certaine que les peintures de Micon avaient été exécutées sur ce stuc0, me semble avoir fait ici une fausse application des données de M. Semper.

La seconde observation, que je dois à M. Thiersch, dans une lettre qu’il m’a fait l’honneur de m’écrire, serait bien plus importante en ce qu elle pourrait fournir un élément de solution vainement cherché jusqu’ici dans les textes antiques et dans les explorations locales. M. Thiersch m’assure qu’au-

' Bemerkungen über bemalte Architectur und Plastik bei den Alten, von G. Semper, Altona, i834, i-49;voy. p. 49 : Im Inneren der cella des Tempels aber ist derselbe vom hoheren Sockel angerechnet, bis auf die Hohe von sechs Steinschichten mit einem dickeren Stuck bedeckt gewesen, wie dieses.. die darin befindliche Stuckmasse zu bevveisen scheint. L’auteur n’a connu mes Observations que d’après le Programme de M. Hermann ; et comme il s’en plaint lui-même , il m est permis de regretter cette circons-

tance qui l’a empêché de se faire une idée juste de mes opinions.

2 Semper, p. 47 : Das besagte Monument zeigt auf seiner àusseren Flâche noch wohl erhaltene Spuren eines Anstriches , dessen materieller Stoff sich überall , am besten aber an der Südseite des Tempels erhalten hat , ff. ; et p. 48 : Eben so waren die Haut-reliefs dieses Tempels ganz mit Farbenkraste bedeckt.

5 Handbuch der Archâol. §319, 5 , p. 432 , IT Ausg. , Breslau, i835.

CHEZ LES GRECS ET CHEZ LES ROMAINS. 149 dessus d’un socle de marbre blanc qui règne, dans tout le pourtour de la cella, jusqu’à une certaine hauteur, il se trouve un renfoncement dans la paroi, d’un demi-pouce de profondeur, lequel se termine, à une élévation d’environ quinze pieds, par une frise du même marbre et de la même saillie que le socle. M. Thierscb est convaincu que c’est dans cet encadrement, revêtu de stuc, qu’ont été les peintures de Micon et de Polygnote ; et, comme il n’existe sur la muraille aucune trace de scellement, aucun vestige de fer, il présume que le dessin de ces peintures a dû être exécuté , sur le stuc encore mou, avec un burin , puis revêtu de couleurs , lesquelles ont depuis complètement disparu. Il ne me conviendrait pas de discuter ici ces idées de M. Thierscb \ qui ne sont, de son propre aveu, que de pures conjectures; mais je dois me servir du fait important qu’il me fournit, de cet encadrement, d’un demipouce de profondeur, qui se trouve dans la paroi, sur trois des côtés de la cella du Théseion. Or, il est évident que cet encadrement ne peut avoir été pratiqué pour y peindre ; car il est sans exemple et sans raison, qu’en peignant sur le mur, on n’ait pas peint à fleur du mur. Un pareil renfoncement ne peut avoir eu pour objet, dans la construction de l’édifice, s’il y existe en effet, que d’y rapporter des peintures sur bois, lesquelles n’avaient pas besoin àe ferrements pour être scellées, puisqu’il suffisait que les panneaux de bois s’ajustassent exactement pour la dimension, comme pour l’épaisseur, dans la cavité préparée à cet effet. Voilà donc une preuve matérielle, fournie par un monument attique du premier ordre , de la

1 M. Thiersch ajoute à ce renseignement tectes , l’un français , l’autre allemand , qui précieux , qui lui paraît mériter d’être vé- l’accompagnait en qualité de dessinateur , rifié sur les lieux par de nouvelles obser- et le troisième, M. Semper, du Holstein , vations , qu’il se trouvait à Athènes , dans celui-là même qui vient de publier les obl’hiver de i83i à i832, avec trois archi- servations citées dans les notes précédentes.

manière dont les peintures s’appliquaient aux murailles des temples grecs; et nous comprenons, maintenant mieux que jamais, comment Pausanias put dire de ces peintures quelles étaient sur le mur, y^c(pctj Ira ru> roîyca-, comment Tite-Live et Cicéron nous ont représenté, après l’enlèvement de ces peintures, les murailles de ces temples restées nues et dépouillées, PARIETES NUDATOS, PARIETES NU DOS AC DEFORMATOS. Jusqu’ici, tout est donc parfaitement d’accord, dans les témoignages de l’antiquité et dans les monuments qui en subsistent. Mais abordons enfin le monument par excellence, l’édifice où va se trouver tout à la fois le plus magnifique exemple de peintures sur mur, qui existât dans l’antique Athènes, et la preuve la plus péremptoire que ces peintures, qui recouvraient les murs, étaient en effet sur bois : entrons au Pœcile.

Dans la discussion nouvelle dont cet édifice célèbre a récemment été l’objet, on a beaucoup insisté sur l’importance qu’il y avait à mettre, entre les témoignages classiques qui ont rapport aux peintures de Polygnote, et le témoignage de Synésius, qui parle de Y enlèvement de ces peintures, un intervalle correspondant à l’espace de temps qui les sépare. Il a semblé que , par ce moyen , la discussion devrait faire un progrès considérable. Ce n’était pourtant pas, à mon avis, une opération, ni bien difficile, ni bien nécessaire, que de rejeter au dernier rang , dans l’ordre chronologique des témoignages qui concernent une question de haute antiquité, celui d’un écrivain du cinquième siècle de notre ère ; et il ne fallait réellement pas un bien grand effort d’imagination ou de critique pour disposer les choses de cette façon. Mais ce qui importe encore plus à un raisonnement que la chronologie, c’est la logique; et ce qu’il fallait voir dans le texte de Synésius, ce n’est pas la place qu’il occupe chronologiquement dans Ibis-

CHEZ LES GRECS ET CHEZ LES ROMAINS. 151 toire littéraire, mais sa valeur propre et positive dans la question actuelle. De ce que , entre le fait de l’existence des peintures de Polygnote au Pœcile d’Athènes, et l’assertion de Synésius, concernant ces peintures, il s’est écoulé près de dix siècles , il ne s’ensuit pas qu’on doive , dans la discussion de ces deux faits, placer, entre la mention de l’un et celle de l’autre , précisément le même nombre de pages ; c’est peutêtre là de l’arithmétique : mais, encore une fois, ce n’est ni du raisonnement ni de la critique. J’ajoute qu’il n’y avait pas moyen que le témoignage relatif à un enlèvement de tableaux effectué sous le règne d’Arcadius, pût se trouver chez un écrivain du siècle de Périclès, ou même du siècle d’Auguste. Il fallait absolument que l’auteur, Synésius ou tout autre, témoin de ces peintures enlevées, eût vécu après cet événement : la chronologie et la raison le voulaient ainsi. Mais il y avait, sur le Pœcile, sur son histoire et sur ses peintures, bien d’autres observations à faire, qui étaient et plus neuves, et plus importantes, et plus méritoires, mais qui ont échappé à l’académicien, dans son superstitieux respect pour la chronologie.

Je rappellerai d’abord à ce critique, qui a rassemblé avec beaucoup de soin, mais sans beaucoup de peine, les témoignages, connus de tout le monde, qui prouvent que le portique en question s’appelait Pœcile, TlontiAn , à cause des peintures dont il était décoré1, je lui rappellerai, dis-je, une chose, dont il ne paraît pas avoir eu connaissance , dont il n’a fait du moins aucune mention : c’est que ce portique exista longtemps sous le nom de Sroct neuriavocicleioç , avant dêtre orné de peintures, qui firent changer ce nom en celui de UonuAv. Le

1 Pausan. i, i5, 1 : TuV trloctv , tjV no/- Aristophan. ad Lysistr. 680 : n o/x/'*n cW, y.iKy\y ovofAoiÇoviriv àno ray ypatyav ; SchoL ov'la Kiyo^ivy\ S)cl rnv ivovtrav ypcctpyy.

fait est attesté par Plutarque1, et par d’autres écrivains grecs, parmi lesquels je citerai Suidas et Diogène de Laërte 2, afin d’avoir occasion de dire que les principaux témoignages qui concernent ce point d’antiquité , y compris celui de Synésius , ont été rapportés par Kuster et par Ménage3, et afin de pouvoir joindre les noms de ces deux savants hommes à ceux des critiques qui, depuis le grand Casaubon jusqu’à nos jours, ont tous, un seul excepté, regardé les peintures dePolygnote, au Pœcile d’Athènes, comme ayant été sur bois. Ce fait bien établi , l’induction qu’on peut en tirer n’est pas moins certaine, ni moins importante : c’est que le portique en question n’avait point été construit originairement pour être orné de peintures c’est que, durant un espace de temps assez considérable, il resta privé de ce genre d’ornement, qu’il ne reçut que sous l’administration de Cimon-, c’est qu’ enfin ces peintures, appliquées après coup à un édifice depuis longtemps construit, pouvaient bien être de ces peintures sur bois dont on revêtait les murailles des temples. C’est en effet de cette manière qu’a été entendue cette décoration du Pœcile d’Athènes, par l’un des premiers antiquaires de notre âge, M. K. Ott. Müller5; et c’est ainsi

Plutarch. in Cimon. 4 : Kai J)d tovIo tpacrn iVTH Yliiaiacv outil cp rro'% Kaftov/Aivri , Tloik/âh Si vvv crlou ; add. Suid. v. Zn'vcov : Aid t o eV ir%a tm ir ’AQtivaiç SlSd^at au 1aV,

«1/f Trpo>%v pttv ntio-iavdxltioç, "Y2TEPON Si ZnrPA<E>H0EI2A, ETo/m» «x.An6n; Anonym. in Arrjnin. Miltiad. apud Aristid. : E <p ov i^YiynrctvIo ’Adtivcuoi ypafpvivai tmV n uoiatvouchatv a%à.v , rihç "TSTEPON (x\t /- 9m ITo/jimm ; voy. Boettiger, Andeutuhq , p. 65 , et Archâol. der Malerei, p. 275.

* Diogen. Laërt. vu, 5 : Ev tm ITooJàm al ope , tm Th nriotv outil ico xahovpciyn.

Menag. ad Diogen. Laërt. II, 271-2.

Add. Kuster. ad Suid. v. Zti îvcov, t. Il , p. 8.

4 C’est ce qu’avait aussi reconnu un des modernes historiens de l’art, M. C. L. Stieglitz; voy. ses Archâol. Unterhaltunçj . I, i52.

6 K Ott. Müller, de Phidiœ Vit. et Operil. p. 6 : Quibus plus ad artium splendorem augenchim contulerunt Pœcile porticus, quæjàm anteà nomine Thio-iotvoDtklov exstructa steterat , sed tùm primùm parietes t abu lis vestiendos præbuit ; et dans la note f , il cite à l’appui le passage du rhéteur anonyme déjà allégué par J. Rutgers. Var. Lect. v, 1. Je vois enfin, par la manière dont il s’exprime à cet égard , dans la

CHEZ LES GRECS ET CHEZ LES ROMAINS, qu’il faudrait l’entendre , quand bien même on serait privé de tout autre renseignement. Voilà déjà une première notion relative au Pœcile ; notion à la fois chronologique et archéologique, qui aurait bien mérité de n’être pas entièrement omise par l’académicien qui attachait tant d’importance à la disposition chronologique du texte de Synésius.

Voici une seconde notion, non moins curieuse, non moins grave, surtout par l’âge et le caractère de son auteur, et dont il ne paraît pas que la valeur chronologique et l’importance réelle aient été mieux appréciées dans le cours de la discussion actuelle où elle a complètement été passée sous silence : c’est l’orateur Æschine qui nous la fournit; et c’est du haut de la tribune d’Athènes, en s’adressant au peuple athénien, que cet orateur, Athénien lui-même, va nous faire entendre en quoi consistaient les peintures du Pœcile1. « Transportez- « vous encore par la pensée au portique du Pœcile , s’écrie « Æschine ; car c’est là , c’est sur la place publique , que se « trouvent pour vous les monuments de toutes les grandes « actions; et quel est celui dont je vous parle , Athéniens? là, « est peinte la bataille de Marathon ; et quel est le général ? A « cette question vous répondez tous : Miltiade ; oui , sans doute ; « mais son nom n’est pas tracé sur la peinture. » 11 n’est pas possible de faire passer dans notre langue avec toute leur valeur certaines expressions d’Æscliine, telles que le mot uV^vâ/xct/ct,

nouvelle édition de son Handbuch der Archaolog. § 101 , 2 , p. 83 : Die Peisianaktische Halle wirdzur Gemaldegallerie, Hoikimi, eingerichtet , que ce savant antiquaire a persisté dans la même opinion ; et je m en félicite connue d’une preuve d’assentiment donné sur ce point à la mienne.

1 Æscliin. contr. Ctesiph. p. 575, Reisk.

(186, Bekker.) : ïlpofi^i'h ovv tm fia.voloi % iiç thY <tV v thV n<w/Anr ànà.nw y dp vpf.iv Tuv KUhùiv ipyuv tac YIIOMNH- MATA ir tm Ayoppt. ANAKEITAI. Ti ovv idliv, d> ’A §v\va.ioi, 0 iyÙMyu)-, ENTAT ©A H iv Mocpatiavi yîypa.yr'lcLi. T/ç ovv ny

0 e-fdlnyo'ç ; ovWi ju-tv ipaWtvItc d-vravltç d7ronplvcao§î olv y il, M.ih'lia.dHÇ j T. A.

et surtout le verbe cuiciyjiilcy \ qui s’emploie spécialement en parlant d'objets déposés et fixés dans un lieu sacré ou public, avec une intention particulière, soit religieuse, soit patriotique. Pour quiconque est familier avec la langue grecque, il est évident que la peinture qu’Æscbine avait en vue dans ce passage, et qu’il désignait de cette manière : TcLVTnfxnfAxix... oui dix* fl cm... ivIccvQct, devait être un de ces tableaux consacrés et fixés dans un lieu public, non une peinture exécutée sur la muraille même ; il est certain du moins que, s’il se fût agi d’une peinture de cette espèce, Æschine eut dû s’exprimer différemment, qu’il eût indiqué d’une manière quelconque la muraille ornée de cette peinture. Et, sans sortir du Pœcile , je trouve, à la fin de la description qu’en fait Pausanias, une locution semblable, employée pour désigner des boucliers de bronze fixés de la même manière dans la même muraille : ’ENT AT ©A dUT7nfoç, KEfN- TAI XolAw7\ Dans un passage d’une de ses harangues, où Démosthène se sert de la même expression qu’Æschine , vvrofAVYiixctTcL, pour désigner le même monument, cet orateur parle de la peinture en question, comme se trouvant dans le Pœcile5: tï ’EN rrï nonuÀri o-tool ypoetpri ; et une pareille expression n’a rien non plus qui convienne à une peinture sur mur, rien qui ne tende à faire présumer au contraire que c’était une peinture sur bois. A l’appui de cette présomption, je fais observer qu’un orateur d’une autre époque, le sophiste Himérius, qui avait passé une partie de sa vie à Athènes, et qui célèbre cette peinture de la bataille de Marathon comme un des anciens monuments de sa gloire dont Athènes était encore fière4, emploie, dans la

' La valeur de ce mot est parfaitement 5 Demosth. adv. Neœr. p. 1877, Reisk. : exposée dans un passage d’ Athénée, 1, Tü? à.vS'paiyoL^a.ç crJluv 'TnOMNH'MATA p. a3, C, c. xlii, p. 87, Schw. : ’ AvcotUirÿai yi EN t « ITo/jc/ah <r%ct TPA$H' JlctuAùiKtv. Ji (pa/uù «VJ ’ANAPIA'NTOS , *. T. a. 4 Himer. Orat. x , 2 , 564, Wernsdorf. :

Pausan. 1 , 1 5 , 5. Eyco /ccyvtru juiv t j/aSLç Kj eVi t a fAiyd.Act roi

CHEZ LES GRECS ET CHEZ LES ROMAINS. 155 même page, une expression, ev rivt m'NAKI, qui semble prouver qu’il avait eu précédemment en vue une peinture sur bois, bien que cette expression s’applique, dans l’endroit même où elle se lit, à l’ensemble des monuments de l’Acropole. On pourrait observer encore que cette peinture de la bataille de Marathon, ouvrage de Panænus, était surtout remarquable par les portraits des principaux personnages qui y figuraient. Pline et Pausanias font expressément mention de ce mérite de la ressemblance qui avait été portée au plus haut degré dans ces portraits, sous tous les rapports du dessin et de la couleur, de la physionomie et du costume1; or, un pareil mérite , qui exige beaucoup d’application et de soin dans l’exécution d’une peinture , ne peut guère se trouver dans une peinture sur mur, dont le travail suppose nécessairement plus de promptitude et de liberté ; et si l’on se rappelle enfin que Panænus , auteur de cet ouvrage , peignait habituellement sur bois; ce qui résulterait du fait seul de son défi avec Timagoras dans le concours de peinture établi à Delphes , et ce qui n’empêche pas, du reste, que dans une circonstance particulière il n’ait peint ailleurs sur mur, comme j’ai montré qu’il le fit à Élis, on conviendra que toutes les présomptions, à défaut d’un témoignage direct, seraient ici en faveur de notre opinion.

T£ÎN nATE'PHN rNUPISMATA- hl£oo /jiiv v/uuv 70V Mapct^cova iv th rPA<I>H/ ; et 3, 566 : K oL^d-TTip t'v TIVI m'NAKI t dt THN ITATE'PriN àvnr%poiï<n TNnPl'SMATA. La similitude des deuxlocutions estfrappante; et ce rapport de mots prouve qu’en décrivant , à quelques phrases de distance , l’effet des monuments de l’Acropole, qu’il compare à celui d’un vaste tableau, l’écrivain était encore sous l’impression de la peinture du Pœcile. Ailleurs encore, le

même auteur fait allusion à cette peinture du Pœcile, Eclog. n , 17, p. 58 (où Wernsdorf a vu aussi, comme tout le monde, une peinture sur bois , tabulas nempè pictas in Pœcile ) ; or , cet écrivain vivait dans le ive siècle ; et c’est dans le court intervalle qui le sépare de l’époque de Synesius qu avait eu lieu Y enlèvement des tableaux du Pœcile; ce qui vient encore à l’appui du témoignage de Synésius.

1 Pausan. 1 , 1 5 , 4 ; add. Plin. xxxv , 8,

Mais, d’ailleurs, ce témoignage nous est donné pour toutes les peintures du Pœcile, en général, et pour celles de Polygnote, en particulier, dans les termes les plus formels et les plus positifs, par un écrivain qui avait été à Athènes, et qui atteste, à deux reprises, que ce portique du Pœcile, berceau de la philosophie de Zénon et de Chrysippe , avait cessé d’être le Pœcile , depuis quun proconsul en avait enlevé les panneaux de bois illustrés par l’art de Polyçjnote, humiliant ainsi l’orgueil de ces philosophes1. Contre un témoignage si formel et si précis, que peut-on raisonnablement alléguer? que l’auteur écrivait à la fin du quatrième siècle ? mais il fallait bien , de toute nécessité, qu’il écrivît après l’époque où les peintures avaient été enlevées, pour pouvoir constater leur enlèvement. Que ne dirait-on pas contre un auteur qui eût prédit ou annoncé cet événement avant qu’il eût eu lieu? Et c’est se montrer bien difficile , que de n’accepter un témoignage ni avant ni après le fait qu’il concerne ; c’est déclarer qu’on n’en veut à aucun prix et d’aucune époque. Du reste , que reproche-t-on à cet écrivain ? C’était un personnage grave et lettré , qui avait visité Athènes, et qui parlait de ce qu’il avait vu; or, c’est certainement un avantage auquel ne peuvent prétendre les critiques qui contredisent aujourd’hui son témoignage. On suppose encore qu’il a bien pu supposer que les peintures de Polygnote fussent sur bois, parce que c’était l’usage de peindre ainsi au quatrième siècle de notre ère. Mais, cette double suppo-

34 : Adeoque ars perfecta erat, ut in eo prælio icomcos duces pinxisse tradatur, etc.

1 Synes. Epistol. liv : Ka/ -rwY eV m ZmW içiAo/rôtpa ITo«/W, vvr ovx.i'ï ov’crav TIoix.1ahi/. 'O y dp dvdu'rctloç rdc SANffAAZ dytl- M%' t7Tii']a. iKUAviriv du%vç £777 <ro<pla p.t7(ov Çpoviîv ; et Epistol. cxxxv : 'O y dp dy9u?ra1oç

rdç 2ANIAA2 d<piÎKi% , aie tymx&ilo mV 6 in. Oclffov Ylohvyvct)%ç. Aucun des manuscrits de Synésius, que possède la Bibliothèque du Roi, et que j’ai consultés, n’offre de variantes tant soit peu importantes dans le texte de ces deux passages.

CHEZ LES GRECS ET CHEZ LES ROMAINS. 157 sition qu’on oppose à un témoignage formel, prouve que l’on s’est doublement mépris, en méconnaissant l’usage du siècle de Polygnote, qui était généralement de peindre sur bois, et celui du siècle de Synésius, qui était généralement aussi de peindre sur mur; en sorte que , si l’évêque de Cyrène eût jugé de la nature des peintures du Pœcile d’après la pratique de son temps, il eût dû croire quelles étaient sur mur, et il n’aurait jamais imaginé quelles eussent été sur bois. Enfin on suppose, car c’est toujours par supposition que bon procède , que le proconsul romain qui fit enlever les tableaux du Pœcile, pour en écarter les philosophes qui s’y rassemblaient, aurait bien mieux rempli cet objet en dégradant l’édifice où se trouvaient ces peintures, en en grattant les murailles : or, c’est là une supposition que je ne me permettrai pas de réfuter; car je ne pourrais y répondre sérieusement; et je me bornerai à dire que si l’évêque de Cyrène , qui n’aimait pas mieux les philosophes que le proconsul, et qui s’applaudissait de leur dispersion, comme d’une victoire remportée sur le paganisme expirant, eût vu dans le Pœcile des murailles grattées, il n’aurait pas parlé de panneaux de bois enlevés; car l’un ne lui aurait pas coûté plus que l’autre à dire, attendu que ces deux procédés lui étaient pareillement indifférents , comme les peintures mêmes. Synésius n’avait pas ici de système à soutenir, pas d’opinion à faire prévaloir, en fait de peintures; il ne s’occupait pas, en amateur, ou en antiquaire, des travaux de l’art grec, et peu lui importait qu’ils fussent sur mur ou sur bois. Il n’était sensible qu’à une chose, à un enlèvement de tableaux, qui avait produit une dispersion de philosophes ; et s’il n’a vu dans le Pœcile que ce qu’il rapporte en témoin oculaire, c’est qu’il n’y avait pas eu autre chose ; toutes les subtilités du monde, toutes les argu-

ties, toutes les chicanes, ne changeront rien à la nature de ce fait, ni à la valeur de ce témoignage. Une dernière ressource restait au critique, qui voulait absolument trouver dans le Pœcile des peintures sur mur ; c’est une expression dont le poète latin Perse s’ëst servi pour désigner ces peintures1 : braccatis illita Médis Portions. Mais, malheureusement encore pour le critique , qui ne se montre pas ici bien rigoureux dans le choix de ses autorités, et qui accepte Perse à défaut de tout autre , le mot illini , qu’il a cru propre exclusivement à la peinture sur mur, s’emploie tout aussi bien , et plus fréquemment encore, pour la peinture sur bois; et c’est ce que lui eût appris la lecture , même la plus superficielle , du livre de Pline2: en sorte que le témoignage de Perse ne prouve rien , ou prouve tout ce que l’on veut : ce qui revient au même.

C’est pour ne laisser aucun texte sans examen, aucune difficulté sans réponse, que j’ai relevé les observations dirigées en dernier lieu contre le témoignage de Synésius ; car j’aurais pu sans nul doute, et peut-être aurais-je dû me dispenser d’y répondre. Ce témoignage , si précieux par l’époque à laquelle il appartient, si grave par le caractère de l’écrivain dont il émane, si important enfin dans la question qui nous occupe, a été admis, dans toute sa valeur, par tous les critiques, depuis Casaubon jusqu’à M. Hermann; et ce qui pouvait manquer encore à son autorité vient de lui être définitivement acquis par les efforts mêmes qu’on a faits en pure perte pour le détruire. Nous pouvons donc, maintenant

1 Pers. Sat. m, 53; cf. Casaubon. ad etc. , et passim. Une expression équivalente h. I. M. K. Ott. Müller a lu ici Persis, au d’un autre poète latin, Calpurn. Eclog. vu, lieu de Médis, je ne sais sur quelle autorité ; à'], apud Wernsdorf. Poët. Lat. Min. II,

voy. son Handbucli, § i35, 2. 168: illita portions anro, peut s'entendre

1 Plin. xxxv, 10, où il parle du vernis d’un portique plaqué de lames d'or, aussi d’Âpelle : Alramento illinebat ità tenui, bien que d’un portique doré.

CHEZ LES GRECS ET CHEZ LES ROMAINS. 159 plus cpie jamais, tenir pour certain cpie les peintures dont Polygnote, et avec lui Micon1 et Panænus, avaient orné le Pœcile d’Athènes, étaient sur bois; conséquemment, que c’étaient des tableaux appliqués aux murailles. Cette notion se trouve d’ailleurs confirmée par d’autres faits du même genre, qui sont venus de divers côtés à notre connaissance, et dont il n’a été tenu aucun compte, ni fait aucune mention. Je veux parler de quelques autres tableaux placés plus tard dans le Pœcile, tels que celui des Héraclides, ouvrage de Pamphile, auquel il est fait allusion, dans un passage d’Aristophane2 * *; tels encore qu’un portrait de Sophocle, peint dans le rôle de Tliamyris5, et qui était certainement, comme tous les portraits exposés dans un lieu public, une peinture sur bois : en sorte que tous les renseignements cpii peuvent concerner les peintures du Pœcile, à quelque époque de l’antiquité qu’ils appartiennent, s’accordent pour nous en donner la même idée.

Mais il ne suffit pas d’avoir montré, par un témoignage irrécusable , et par un assez grand nombre de faits qui viennent à l’appui, que les peintures du Pœcile étaient sur bois; il faut prouver encore que, dans la plupart des édifices publics qui

1 Aristophane avait en vue ces peintures

de Micon au Pœcile, Lysistrat. v. 680 ; et la glose du Scoliaste n’est pas inutile à rappeler : IIo/xvah <r%à, ov'lcc Aiycp.in, J)d thV tVov-

cctv ypatpnv; cf. Demos th.acfo. Newr. p. iS'jy.

~ Aristophan. Plut. 385 ; conf. Schol.

ad h. I. ; vid. Eeck. Commentât, t. III , p. 202. Les objections que M. Boettiger a faites contre cette peinture de Pamphile et contre ce témoignage du Scoliaste ont été réfutées par M. Sillig, v. Pamphilus , p. 3 1 3-i 4, dont l’opinion à cet égard est conforme à celle des historiens de l’art, tels que Winckclmann , Werke , t. VI , P. I ,

p. 85 , ff. ; et H. Meyer, Gesch. d. bild. K. I, 166 ; ainsi qu’à celle des plus habiles critiques, tels que M. K. Oit. Millier, Prole- (jom. za ein. wissenschaft. Mytholog. 4oo, ff.

s Ister apad Auct. anonym. vit. Sophocl. p. x, ed. Brunck. M. Boettiger a proposé également, au sujet de ce portrait de Sophocle, placé au Pœcile, des doutes qui ne semblent pas fondés , Archaol. der Malerei, 279. Le trait rapporté par Athénée, 1 , p. 21 , F, c. xxxvii, p. 77, Schw. : Kai

ToV QctplVplV JiJbta-KUV (0 JoCpOKAHç) , ctvloç iK^apnri , prouve le succès qu’avait obtenu Sophocle dans ce rôle de Thamyris.

furent ornés de cette manière, même à une époque où la peinture sur mur était généralement pratiquée dans les maisons, c’est toujours de tableaux appliqués à la muraille qu’il faut entendre ce genre de décoration, toutes les fois qu’il s’agit de peintures d’un certain ordre , de peintures historiques , provenant de maîtres habiles. Or, il nous reste à cet égard un témoignage bien positif, et un exemple bien authentique, dont je ne puis m’expliquer comment le souvenir, s’il s’est présenté à la pensée du savant académicien, ne l’a pas détourné de son entreprise, et dont je puis encore moins concevoir que la connaissance soit restée étrangère à un critique qui se proposait d’écrire sur la peinture. Je veux parler des tableaux placés dans un portique à Naples, dont la description fait le sujet de l’ouvrage de Philostrate l’ancien. La question de savoir si ces tableaux décrits par Philostrate étaient des peintures réelles ou supposées ; cette question , qui a pu d’abord être controversée, avec plus ou moins de raison, est aujourd’hui décidée, de l’avis des plus habiles critiques du dernier siècle et du nôtre, qui s’accordent tous à regarder les tableaux dont il s’agit comme des tableaux qui existèrent en réalité, et non pas seulement dans l’imagination de l’écrivain. C’est l’opinion que l’illustre Heyne, si versé dans la science de l’antiquité et dans l’histoire de l’art, a savamment établie1; c’est celle qu’ont embrassée les derniers éditeurs de Philostrate, tous deux antiquaires et philologues du premier ordre, M. Jacobs 2 et M. Welcker0. Mais même, en admettant, contre toute raison , que les peintures décrites par Philostrate comme existant dans un portique à Naples ne fussent en effet, pour cet écri-

Ileyn. Opuscul. Acaclem. t. V, p. 1 5, sqq. 3 Welcker, ad Philostrat. Sen. Præfat.

2 Jacobs, Præfat. ad Philostrat. Sen. p. lv-lxxii. Voy. aussi Boettiger , Archûol. bnaçj. p. xvn-xx. Muséum, Th. I, p. 19, 1).

vain , que des fictions propres à motiver certaines théories d’art et de goût, son témoignage, en ce qui concerne la manière dont ces peintures étaient placées dans le portique en question , n’en conserverait pas moins toute sa valeur ; car il est évident qu’il n’a pu se fonder à cet égard, pour accréditer sa fiction, que sur une pratique usuelle : en un mot, que , si les peintures mêmes étaient de son invention , la manière dont il les suppose placées devait être conforme a l’usage établi.

Or, comment Philostrate, dans le préambule de son livre, décrit-il ces peintures, dans le portique1 où il prétend les avoir vues? Il dit que ce portique, orné de marbres précieux , l’était bien davantage par les peintures dont il brillait, et que ces peintures étaient des tableaux insérés dans la muraille2 : Etocl g£a>- ? toSè/tArflo.... ’H (f\^er7ifio fxèv oùv yc/tq Aiboiç, othktovç, iTrouyei Tfvftr' /uocAurlct Si vvki EPAOAfx, ’ENHPMOSME'N-QN ctvrn EHNA* KON. Ces expressions sont claires et positives ; elles n’offrent aucune équivoque , aucune difficulté ; elles signifient bien certainement que les peintures dont il s’agit étaient des peintures sur bois, des tableaux , 7nvcL>te$, et que ces tableaux étaient encastrés, enchâssés, insérés dans le mur du portique , o-rou, ênfp,o<rfA,évoi 7 rivcutêç. Aussi , tous les interprètes ont-ils entendu ce passage de la même manière. M. Jacobs cite, à l’appui de cette phrase de son auteur, un autre passage du même écrivain0, où

1 On peut regarder comme un exemple de ces sortes de portiques publics , qui s’est conservé jusqu’à nous , l’édifice vulgairement appelé basilique, à Pæstum, où les

antes avec arrachements de murs retrouvés par M. Labrouste , prouvent qu’il y eut en effet l’emploi de murailles joint à celui de colonnades. M. Hiltorff a restauré , d’après le même principe , le portique de Tho-

ricus , en y ajoutant deux murs latéraux ; et, fidèle à son système, il a supposé que ces murs étaient ornes de peintures ; voyez, ses Antiquit. inèd. de lAttiq. pl. vu , et ch. tx , p. 62 , not. Mais ce n’est là qu’une supposition fort innocente.

2 Philostrat. Sen. Imaq. Proœm. p. 4, ed. Jacobs.

5 Philostrat. Vit. Apollon, n , 20, p. 71.

il s’agit de peintures exécutées sur des tables de bronze et insérées aussi dans le mur : coo^ IIINAKAS , oi ’ErKEKPOTHNT AI

TOl'XHi êyjecrjcû yvyfct/xfAévoi1; et à cette occasion, il déclare adhérer à l’opinion de M. Boettiger, qui acquiert ainsi un puissant auxiliaire. M. Welcker à son tour, dans ses observations sur ce passage , ne s’exprime pas avec moins de conviction et d’autorité2. Il rappelle à ce sujet les peintures du Pœcile d’Athènes qui étaient, suivant lui, précisément dans le même cas, c’est-à-dire des panneaux de bois insérés dans la muraille; et en s’en rapportant aussi sur ce point à l’opinion de M. Boettiger qu’il embrasse, il s’autorise de l’exemple d’Auguste, qui inséra de cette même manière deux tableaux dans le mur de sa curie : duas tabulas impressit parieti ; puis , du témoignage de Synésius, qui ne laisse aucun doute à ses yeux. Le docte Heyne n’avait pas été moins affirmatif à cet égard; après avoir observé qu’il ne s’agissait pas ici de murs peints, mais bien de tableaux insérés dans le mur, achetés et rassemblés de toutes parts : non ergô fuere picti parietes ; sed tabulœ parieti insertæ, eæcjue undujiiè conguisitœ seu collectæ, il généralisait cette observation en l’appliquant à tous les portiques publics des villes grecques qu’il était d’usage d’orner de tableaux ainsi encastrés dans la muraille, et en se fondant, à ce sujet, sur l’exemple des portic/iies de Rome, qui répondaient aux Lesché de la Grèce, et qu’on savait avoir été ornés de tableaux de Zeuxis, de Pausias,

1 Jacobs , Præfat. ad Philostrat. p. xiv :

Hæ ( imagines) non picturas parietum , non magni , ut vidimus , apud antiquos factas , sed tabulas nobis ante oculos ponunt parietibus insertas. Dans la note i3 , p. xliv, ce savant cite les tr%\o7nvoL>aa. du temple de Gyzique ; ce qui prouve qu’il les regardait comme des peintures encasti'ées, et il renvoie

à M. Boettiger, Arclüiol. der Matera ,p. 281 .

2 Welcker, Præfat. ad Philostrat. p. lxi, et 198 : Polygnoti quoque tabulas Athenis ù uri üoikIm parietibus insertas, apparet ex loco Synesii Epist. cxxxv, p. 272, B, quo ad banc rem usus est doctissimus Bot tigerus in Arcliæol. Pictur. p. 280, sqq.

CHEZ LES GRECS ET CHEZ LES ROMAINS. 165 de Théodore, et de tant d’autres illustres maîtres de la Grèce, rassemblés de toutes parts et disposés de cette manière1.

Ajouterai-je maintenant que l’habile antiquaire napolitain Ignarra, en parlant de cet antique monument de sa patrie, décrit par Philostrate, et en le comparant à la pinacotheca de Pétrone2, s’en était fait la même idée5? Que Requeno était aussi d’avis que les peintures de Polygnote et des autres grands peintres de l’antiquité , étaient sur des panneaux de bois insérés dans les murailles11 ? Que Grand exprimait positivement la même idée, spécialement pour les peintures du Pœcile, et en se fondant sur le témoignage de Synésius 5? Rappellerai - je enfin l’opinion que j’ai déjà citée de l’académicien de Cortone, qui s’était occupé avec un soin particulier de l’histoire de la peinture0? Et, pour terminer cette énumération par le nom de l’antiquaire de nos jours qui a fait de l’art de Phidias et de son époque l’objet d’études approfondies, dirai-je que c’est aussi, en ce qui concerne les peintures du Pœcile , le sentiment de M. K. Ott. Müller7? Que pourrait opposer, à un fait aussi grave , à un exemple aussi authentique que celui des tableaux de Philostrate, appuyé de l’assentiment de tant d’illustres critiques et d’habiles antiquaires, l’académicien de nos

J Opuscul. Academ. t. V, p. i4 , i) : Erat autem is solemnis mos , ut tabulas pictas conquisitas in parietibus porticuum includerent , quas etiam habebant gymnasia et academiæ, etc. La note entière de Heyne est reproduite par M. Welcker, à l’endroit précédemment cité.

2 Petron. Sat. c. 83 : In pinacothecam pervenit, vario genere tabularum mirabilem.

5 Ignarra - dePalæst. Neapolit. p. 192.

1 Requeno , Sacjgio , etc. I, 32 5 , a) : Un testimonio... mi fa dubitare se Apelle, Po-

lignotto, ed altri pittori,... or ne’ portici, or ne’ templi dipingessero , sopra le ta vole incassate nelle pareli.

5 Grand, die Male rei der Griechen , t. II, p. 55q : Nicht auf Mauer, sondera auf Iiolz gemalt, und die Gemalde waren in die Wand eingepasst. So waren die grossen Werke des Polygnot in Pôkile auf Hnlz gemalt ; et il cite Synésius , Epistol. cv.

6 Ait. diCorton. t. IX, p. 22A, i2);voy. plus haut, p. 72 , 1 ).

De Phid. Vit. et Openb. p. 6 , et Handbuch der Archaol. § 101 , 2 , p. 83.

jours , qui s’est embarqué dans l’opinion contraire , avec le seul secours de M. Hittorff, et sans un seul texte en sa faveuï4? Il me serait peut-être permis de témoigner quelque surprise sur le procédé d’un critique qui choisit un pareil auxiliaire, en reniant de tels guides , et qui entreprend de traiter une question d’antiquité sans connaître ou sans employer tant de témoignages antiques , tant d’opinions modernes qui s’y rapportent. Mais, sans m’arrêter à des considérations de ce genre, je fais observer que le témoignage de Philostrate a d’autant plus de prix, qu’il appartient à une époque où la peinture était devenue vulgaire par l’usage de peindre sur mur, et qu’il prouve que , même à cette époque , les peintures d’un certain ordre , copies ou réminiscences d’anciens tableaux , s'exécutaient encore sur bois et s’encastraient clans le mur. Une notion si grave , si importante , dans l’intérêt de la question actuelle, méritait bien d’être mise dans tout son jour ; mais ce n’est pas là le seul éclaircissement que nous devions à Pbilostrate ; en voici un autre qui n’est pas sans quelque valeur.

On se rappelle le tombeau de Xénodicé, à Sicyone, décrit par Pausanias1, en des termes dont la véritable interprétation a échappé jusqu’ici à tous les critiques : 7cvmir{lcu Si (ro //vîçotct) ou xjcloi ro £7 n^dçjiov rçj'rcvv , ctÀA’ coç, ’olm rri TPA^H/ [xclAkticl APMO ZOI. Il s’agit ici d’un monument sépulcral construit de manière c/ue l’intérieur de l’édifice pût cadrer avec la peinture dont il était décoré. Mais la phrase de Pausanias est tellement construite elle-même, qu’on n’avait pu jusqu’ici en inférer avec certitude que la peinture fût exécutée sur le mur même, plutôt que sur panneau de bois rapporté dans la muraille; et en me prononçant en faveur de la première supposition2, contre le sentiment des interprètes, et en particulier de M. Siebelis,

Pausan. ix, 7, 4.

Voy. mes Observations, p. 11, 1).

CHEZ LES GRECS ET CHEZ LES ROMAINS. 165 qui avait adopté la seconde , je n’avais pu m’empêcher de témoigner une incertitude motivée sur l'ambiguité du texte de Pausanias, et partagée encore en dernier lieu par M. Hermann1. Mais maintenant je n’hésite point à déclarer que la peinture en question était sur bois ; et c’est la circonstance indiquée par Philostrate qui m’a éclairé sur ce point, en me fournissant, dans les expressions : JEv>i \f/xocrfA,évccv &v}ri ( o-roci ) 7 nvche^v, dont il se sert pour désigner des tableaux ajustés dans le mur d’un portic/ue, un exemple tout à fait analogue à celui des peintures du monument de Xénodicé, en même temps qu’une locution absolument conforme à celle de Pausanias : de, eus rîi yfctcpyj /xclAutIcl kf [xô^o i . En rapprochant ces deux textes, il devient évident que, de part et d’autre, il s’agit de peintures disposées de la même manière ; conséquemment, que le tombeau de Xénodicé avait été construit pour recevoir une peinture cjui s’y ajustât exactement , de, ’cui ty\ yfxÇn fxéuA tcrlcc apfxoCpd2. Nous acquérons ainsi, avec l’intelligence certaine d’un texte de Pausanias, un exemple authentique de l’emploi de la peinture sur bois, fourni par un monument de Sicyone ; exemple conforme , du reste , à tout ce que nous connaissions de l’histoire de cette école de Sicyone , qui ne s’exerçait que sur le bois; et je me trouve fondé maintenant à

1 Hermann, de Pictur. p. 10 : Sed illæ (imagines pictæ) utrùm in parie te an in tabula pictæ fuerint non est declaratum.

2 Je trouve, dans un passage d’ Athénée , un exemple analogue à celui-là , et où se reproduit la même expression ; c’est dans la description du célèbre vaisseau tessaracontère de Ptolémée Philopator, dont la salle principale, o /uéynr'loç oIkoç, avait un entablement en or , sur lequel était rapportée ou incrustée une frise de figures de bas-

relief, en ivoire: ’E(p’ ov did.’tjcccpva. £<t>HP- MOXTO, 7npKpctvvi ÇwS)cl tfoça.v'hvcc ,

Callixen. apud Athen. v, 2o5, c. xxxvhi, p. 29 1 , Schw.; et sans multiplier les citations de ce genre, je fais observer que Diodore emploie, à plusieurs repi'ises, le mot en question avec le même sens , par exemple , XVIII, 26 : Tiw ffcvfia'h Ka.'lie-Kivd.triiv ^pvaovv trfupHhdov 'APMCfZON yipi'lpov , et plus loin : E7Tclvoù Sèrnç Btwif KuKviïltlp

Xpvtrovç, 'APMCÙZnN «KpiSZç.

retirer une concession que j’avais cru devoir faire à l’opinion de la peinture sur mur, bien qu’encore avec beaucoup de réserve, et même, je dois l’avouer, avec quelque répugnance1.

Il ne serait pas impossible non plus , avec le secours de ce texte de Pausanias, et avec l’exemple du temple de Thésée, de se représenter de quelle manière avait été réservée, dans la construction du tombeau de Xénodicé , la place que devait y occuper la peinture2 *. Effectivement, nous savons qu’en pareil cas on pratiquait , dans l’épaisseur du mur, un enfoncement ou encadrement où venait se placer le panneau de bois peint ; et nous retrouverons , dans un temple antique de Rome , qui s’est conservé, avec les murs de sa cella et avec son plafond, à peu près dans leur premier état, un exemple de cette pratique , qui achèvera de nous en convaincre. Or, je présume que cette sorte d’enfoncement , plus ou moins profond , était ce que l’on appelait chez les Grecs ZaQvxtj, mot qui avait passé dans la langue latine, Zotheca, pour désigner un enfoncement pareil, propre à contenir une figure, ZSov, soit peinte, soit sculptée. Une inscription , trouvée à Gabies, où ce mot est employé avec cette signification indubitable : signis æreis n. iiii. depositis in zothecis °, a été fort judicieusement mise à prolit par 3VL Quatremère de Quincy4, pour prouver qu’il avait dû exister dans beaucoup de temples de la Grèce une disposition , rendue par le mot zotheca, qui est purement grec, et qui exprime

1 Je puis lui rendre ce que je lui enlève ici ; et c’est Pline qui m’en fournit le

moyen , par la manière dont il parle du tombeau érigé, àSicyone, au poète Télestès, par le tyran Aristrate. Ce monument fut

décoré de peintures, de la main de Nico-

maque ; et Y extrême célérité avec laquelle furent exécutées ces peintures, en peu de jours : paucisque diebus absolvisse celeritate

etarte mirâ, Plin. xxxv, io, 36, autorise à croire qu elles étaient sur mur.

2 Ce qui répondrait à l’interprétation latine proposée par M. Siebelis , ad Pausan. t.T,p. 181 : Ut tabula picta in eo collocanda locum haleret.

5 Visconti, Monum. Gabin. iii, p. 1 2g-33.

4 Dictionn. d’Architect. t. II, p. ,

au mot Zotheca, 2e édit.

CHEZ LES GRECS ET CHEZ LES ROMAINS, l’idée d’un réceptacle à figure, de ce que nous appelons une niche, pratiquée à plus ou moins de profondeur dans l’épaisseur du mur. Depuis longtemps, Saumaise avait cité les textes antiques, y compris une inscription latine1, où se trouvait le mot zotheca , et son diminutif zothecula, employé deux fois par Sidoine Apollinaire2 * *, pour désigner un petit réceptacle à livres, une espèce d'armoire 5; et bien que le mot ZoeQyxn ne se soit encore rencontré, à ma connaissance, dans aucun texte grec, il n est pas douteux, d’après sa forme même, et d’après d’autres mots composés, qui se rapportent à la même racine, tels que Zo>yfctÇioç, , ZoeÇio&t;, qu’il n’ait dû être employé, chez les Grecs, pour désigner, ainsi que chez les Latins, cette espèce d'enfoncement ou de niche pratiquée dans l’épaisseur du mur pour y encastrer des peintures, comme nous en avons un exemple au temple de Thésée, ou pour y placer des statues k, comme nous 'apprenons par l’inscription de Gabies.

Je puis maintenant produire, en guise de corollaire, un

1 Cette inscription , citée par Saumaise , est rapportée par Gruter , p. xlix , n. 3 , et par Pitiscus , Antiqu.it. Pioman. t. I , p. 898-99. Une autre inscription latine , qui se trouvait à Rieti, et que Spon a publiée, Miscellan. p. 282 , offrait cette mention : zothecam honoris causa publicè dederunt ; voy. Morcelli, de Styl. vet. Inscript. I, p. 126. Cette inscription a été reproduite par Muratori, p. 690, n. 2.

2 Epist.v ni, 6, ix, 11; cf. adlih. II. Sinnond.

5 S aimas. Exercit. Plinian. p. 1209

(85o5i , ed. 1689). L’erreur de ce grand critique , qui avait cru , sur la foi de l’inscription dédiée Herculi Saxsano, qu’il s’a-

gissait d’une espèce de cage servant à renfermer des animaux vivants , pour l’usage des sacrifices , a été réfutée par Visconti,

dans ses Monumenti Gahini, p. i3o.

4 Ces sortes de niches , en forme d‘ édicules, servant à renfermer des statues , telles qu’on en voit au Panthéon, de Rome, au temple d’Isis , de Pompeï , et à d’autres édifices antiques; telles que l’indication s’en trouve dans quelques inscriptions latines , une desquelles est rapportée par Fabretti, Inscript, p. 688, n. 100, devaient affecter souvent la forme hémisphérique.

J’en trouve un exemple indiqué par Pausanias , dans ce passage de sa description du Forum de Trajan : tix. ovtç ai to7ç x.a-

ia<rKiva.cr/ucüri t oiç ,7rtpi<pipi<riv £ y icv , Pausan. v, 12 , 5, où l’on a vu des statues érigées sur des piédestaux ronds , tandis qu il y fahait voir des statues placées dans des niches circulaires, iyMi/xévca.

DE LA PEINTURE texte grec qui ne laisse aucun doute sur le fait de Y insertion de peintures dans le mur , et qui exprime cette notion d’une manière si claire et si positive, qu’il y aurait lieu de s’étonner qu’un pareil témoignage n’eût pas été allégué dans cette discussion, si quelque chose de ce genre pouvait encore surprendre de la part du savant académicien. Voici ce témoignage , tel qu’il est cité par le Scoliaste d’Aristophane \ et par Suidas1 2 :

X 07TMÇl%VI Tl fioUMAYI/UCL TV\ Ç KV7TY\Ç ,

E’NE'OHKE toÏç TOl'XOlS ttoikÎmç TPAÆA'S Çâav.

il s’agit évidemment ici de peintures, yfoctpco;, non d’animaux, ifcov , comme on l’avait cru d’abord, mais de figures diverses , thukaAco;; peintures qu’on insérait, qu’on encastrait dans les murs, êvéûma roîç, roiyoïç,, de manière à s’en faire un moyen de tromper la douleur, un sujet de distraction , {ZoomAyi/aol tyiç Àii- 7 rn$. C’est ici un usage domestique et privé de la peinture, que l’on peut étendre sans difficulté à l’emploi qui s’en faisait dans les édifices publics ; car nous avons à cet égard encore un témoignage authentique, et qui plus est, un texte légal0: tabulæ pictæ pro tectorio includuntur ; et cet usage des Grecs, ainsi confirmé par l’autorité du législateur romain, ne peut se concevoir qu’au moyen de peintures sur bois appliauées sur la muraille. C’est effectivement là l’idée que comporte le mot caiéôvp ce , qui se lit dans le Scoliaste d’Aristophane; à plus forte raison, la leçon evéêyxe, admise par Suidas, et préférée par

1 Scholiast. Aristophan. in Pac. v. i53.

2 Suicl. v. fiovKohntj&ç. Le dernier éditeur , M. Gaisford , lit , sur la foi de tous les manuscrits dont il a fait usage,

toiç toI^oiç ; et quant à l’auteur original à qui Suidas avait emprunté ce distique , il se borne à citer l’opinion de Tyrwhitt , qui

l’attribuait au fabuliste Babrius, p. 4o.

5 Digest. XIX , i , 1 7 , 3. C’est M. K. Ott. Millier qui m’a fourni ce passage cité par lui dans la nouvelle édition de son Handlach der Archàol. § 319 , 5, p. 432, et à qui j’aime à devoir cette notion précieuse

CHEZ LES GRECS ET CHEZ LES ROMAINS. 169 deux des plus habiles critiques modernes, Hemsterhuis1 et Tyrwhitt2, offre un sens plus explicite et plus positif encore. Mais, de ces deux leçons, cwéôtvce et ivéôvxe, quelle que soit celle que l’on adopte, ce qui pour moi est tout à fait indifférent, attendu que j’attache la même idée à l’une et à l’autre; le fait qui me touche, le fait de Y insertion des tableaux dans le mur, n’en demeure pas moins établi d’une manière irréfragable. Ce qui résulte encore de ce texte en faveur de mon opinion , c’est un nouvel exemple du mot yfctÇoi^ employé comme équivalent de 7 nvoLxjcç; et quant à la valeur -même du témoignage , qu’on présume avoir fait partie d’un des apologues de Babrius , que cette conjecture , admise par quelques critiques et rejetée par d’autres5, soit fondée ou non, l’importance qu’acquerra la notion qu’il nous procure croîtra en raison même de l’époque plus récente qu’on lui assignera : ce qui est trop manifeste pour avoir besoin d’être prouvé.

Je vais reprendre l’examen des monuments attiques décorés de peintures; et maintenant qu’il est avéré par l’exemple du Théseion et par celui du Pœcile, que ces peintures étaient exécutées sur bois et appliquées aux murailles, il nous sera plus facile d’apprécier la nature des peintures, placées dans d’autres édifices, dont la détermination, au jugement de M. Hermann, est restée encore incertaine.

Il existait, dans le temple de Vénus, à Athènes, une peinture représentant Y Amour ailé et couronné de roses, qu’on attribuait

Hemsterhuis, Appencl. Animadv. ad Lucian. p. 66 , ed. Geel. Lugd. Batav.

! Tyrwhitt, Dissert, de Babrio , p. 55.

C’est Flor. Christian. Comment, ad Aristophan. Pac. v. i53, qui a exprimé le premier l’idée que ce distique avait pu ap-

partenir à Babrius , et Tyrwhitt était aussi de cet avis ; mais Hemsterhuis était d’une opinion contraire ; et je présume que le dernier éditeur de Babrius, M. X. Berger, a pensé de même, puisqu’il n’a pas compris ce fragment parmi les awo<rwa<r/u.a'W de son auteur, u, i-x, p. 71-73.

à Zeuxis. Notre savant académicien n’a pas fait mention de cette peinture , non plus que de tant d’autres qu’il devait connaître; cependant le tableau dont il s’agit ici ne pouvait manquer d’être d’un grand mérite, d’après les nombreuses allusions, relatives à ce tableau, qui se trouvent chez les poètes attiques1, à commencer par Aristophane2 *; et cette renommée ne laisse pas de justifier l’opinion du Scoliaste, qui cite Zeuxis comme l’auteur de cette peinture0. Aussi, l’existence en a-t-elle été admise par les historiens modernes de l’art4, bien que contestée par M. Sillig5, d’après des motifs qui ne me paraissent pas suffisants ; et la nature de tous les travaux connus de Zeuxis, qui étaient des peintures sur bois 6, nous autorise à croire que celle-ci était dans le même cas. C’est ce qui n’est pas douteux au sujet de Y Hélène de ce maître, qu’il peignit, comme tout le monde sait, pour le compte des Agrigentins, et qui dut être consacrée dans le temple de Junon Lcicinici, près de Crotone7. La manière même dont ce tableau célèbre fut exécuté ; la destination qu’il dut recevoir , et les expressions dont Pline se sert pour le désigner, démontrent qu’il était

1 Vid. apad Athen. xm, 562, t V,

р. 28 , 29 , 3o , ed. Schw.

2 Aristoplian. Acharn. \. ioo5 (991).

5 Schol. ad Aristoph. Acharn. 991 : Zivfyç , 0 Z toypcccpoç tv TU) 1/CUti TH? AçpoJ'i'lnç iv rouç ’A 9nVa<? iypcc^e rov '~Epu>'\a. îtr'kju- /utvov pôdùiç; cf. Suid. v. ’Av§i/A.a>v.

4 Barthélemy, Voyage du J. Anacharsis,

с. xii ; Winckelmann , Stor. delV Art. t. III , p. 433, 128) , ed. Prat.

6 Sillig , v. Zeuxis , p. 464-

6 Cicéron, de Invent. 11 , 1 : Zeuxis , et cæteras complures tabulas pinxit.

7 Plin. xxxv, 9 , 36 : Acragantinis facturas tabulam quam in templo Junonis

Laciniæ publicè dicarent. La contradiction qu’on a voulu voir entre ce témoignage de Pline et celui de Cicéron qui dit expressément que ce tableau fut peint à Crotone, de Invent. 11 , 1 ; cf. Dionys. Hal. Opcr. V, 417, ed. Reisk. , n’existe que dans l’imagination des critiques ; car Pline , en disant que Zeuxis fut chargé par les Agrigentins de peindre une Hélène, pour être consacrée dans le temple de Junon, à Crotone , s’accorde parfaitement avec Cicéron ; et je vois avec plaisir que telle est aussi sur ce point l’opinion d’un savant antiquaire sicilien , D. Niccolo Maggiore ; voy. ses due Opuscoli archeologici , p. 12 , Palermo, i834-

sur bois. Nous apprenons de Pline qu’ Auguste le dédia dans le temple de la Concorde; mais ce ne serait pas là le premier déplacement qu’il aurait éprouvé , si l’on pouvait admettre , sur la foi d’Eustathe1, que ce tableau eût été, à une certaine époque de l’antiquité, placé dans un portique d’Athènes, la Halle-aux-f urines, 2/roct \\(piioxcuM^ . Je conviens que ce renseignement, donné parle seulEustathe, reste sujet à quelque incertitude ; et il est assez difficile de s’expliquer par quel concours de circonstances un tableau, consacré dans un temple de Crotone , put se voir transporté dans un portique d’Athènes, pour se retrouver plus tard dans un temple de Piome. Cependant tous ces faits, rapportés à des époques différentes, n’impliquent entre eux aucune contradiction; chacun, en ce qui le concerne, est attesté, d’une manière plus ou moins expresse , par un écrivain plus ou moins digne de foi ; et si la présence du tableau en question dans un portique d’Athènes est révoquée en doute par M. Sillig °, elle est admise par M. Boettiger4, qui pouvait se prévaloir de l’avis de l’auteur d Anacharsis5. Dans tous les cas, il résulte de cette tradition même la preuve que , dans l’opinion de l’antiquité tout entière, les travaux de Zeuxis, pour avoir pu être ainsi promenés de ville en ville, avaient dû être sur bois; et cette notion , d’accord avec celle du naufrage de sa Centauresse 6, méritait bien d’être prise en considération par le savant académicien , qui semble avoir ignoré aussi la circonstance dont je viens de parler.

Voici encore un trait, et bien mieux avéré et bien plus important, de l’histoire de l’art, dont je suis d’autant plus surpris

1 Eustath. ad Iliad. A, 629, p. 868, 3-7 ; Hesych. v. ’AAÇ/'loV&jA/f. Ce portique, situé sur la route du Pirée , avait été construit par Périclès, Scliol. Aristophan. ad Acharn. v. 553 (547)-

2 Aristophan. Ecclesiaz. v. 717 (682 ).

5 Sillig, v. Zeuxis, p. 463, 18).

“ Boettiger, Archâol. der Mater., p. 277. 5 Voyage du J. Anacharsis , c. xn.

0 Lucian. Zeux.S 3;V. plus haut, p. 54,4-

de n’avoir pas trouvé l’indication dans le travail de notre académicien , que ce trait semblait venir à l’appui de sa manière de voir. Il s’agit des peintures dont Phidias avait décoré le temple de Jupiter Olympien, ou YOlympieion d’Athènes; c’est Pline qui le déclare en termes formels, après avoir observé que Phidias avait pratiqué la peinture dans sa jeunesse1; et il faut convenir que les expressions de Pline : Olympium ab eo pictum , semblaient se prêter assez à l’opinion du savant académicien pour qu’il n’eût pas dû négliger un témoignage aussi grave; sans compter que le nom de Phidias était assez illustre pour qu’il en résultât encore, en faveur de la peinture sur mur et du système qui la recommande , plus d’éclat et d’autorité. L’édifice où durent se trouver ces peintures de la jeunesse de Phidias était un des plus grands et des plus célèbres de toute l’antiquité. M. Quatremère de Quincy lui a consacré , dans son Jupiter Olympien, un article particulier2 * *, où il a rectifié plusieurs des notions qui le concernent; mais c’est b M. Jacobs qu’appartient le mérite d’avoir présenté de la manière la plus complète , et sous leur véritable forme , les témoignages antiques qui s’y rapportent , à commencer par celui de Pline, où le mot Olympium, mal lu et mal interprété, avait été la source d’une foule de méprises0. Quant à ce qui regarde les peintures mêmes de Phidias, qui durent être enveloppées dans la destinée de ce temple , resté pendant des siècles interrompu ; continué à plusieurs reprises , puis de

1 Plin. xxxv, 8, 34: Cum et Phidiam ip- et de Lévesque, Mém. de ÏInstit. I, 409 sum initio pictorem fuisse tradatur , Oljm- 2 Jupiter Olympien, p. 377-381. pium (vulg. clypeum) que Athenis ab eo 5 Jacobs, iras lieisst Olympium beim

pictum ; voyez , entre autres interprétations Plinius, dans YAmalthea, II, 247-251;

singulières que ce passage a reçues de la voy. aussi Siebelis , Winckelmann’s Werke,

part de quelques critiques modernes , celles VIII , 324-

de Lanauze, Mém. de l’Acad. XXV, 2 70;

CHEZ LES GRECS ET CHEZ LES ROMAINS, nouveau abandonné ; fort avancé par Antiocbus Epiphane b roi de Syrie, et demeuré encore imparfait; dépouillé par Sylla d’une partie de ses colonnes, qui furent portées à Rome; terminé enfin, et consacré par Hadrien, après un intervalle de plus de sept siècles , à compter de celui de Pisistrate : il n’est guère probable que des peintures destinées à un édifice qui , du temps de Phidias, ne pouvait être terminé que dans quelqu’une de ses parties, puisque Dicéarque nous le représente comme parvenu à peine, de son temps, à la moitié de sa construction , vft/1eA.éç 1 2 * ; que ces peintures , dis-je , aient été exécutées sur le mur même.

L’opinion de M. K. Ott. Muller , qui n’a vu ici , comme dans tous les grands monuments attiques de cet âge, que des tableaux sur bois °, est donc la plus plausible. Mais un renseignement curieux que je dois à la vaste lecture de cet habile critique , et que je crois pouvoir à mon tour rattacher à ce que nous savons des constructions faites par Àntiochus Epiphane, c’est qu’il existait des peintures de Phidias dans la ville d’Aradus, en Phénicie4. Ce fait, très-extraordinaire en soi, n’en est, par cela même, que plus digne de foi; attendu que des peintures, transportées de si loin, n’avaient pu être attribuées à un artiste si universellement connu par des chefsd’œuvre de sculpture , à l’exclusion de tant de peintres cé-

1 C’est par une erreur héritée de Casau-

bon que M. Quatremère de Quincy attribue, p. 378, à Persée , roi de Macédoine, les travaux qui appartiennent au roi de Syrie, Antiochus Epiphane , Polyb. xxvi, 10; T. Liv. xli , 20; Vell. Paterc. i, 10, 1. Cette erreur a été reproduite tout récemment par M. de Serradifalco , dans son bel

ouvrage sulle Anticliità cli Selinunte , p. 84,

26) ; ce qui m’oblige de la relever ici.

2 Dicæarch. ap. Jacobs , 249,*); Strabon. ix , 3g6 ; cf. Creuzer. Meletem. III, 180 , 1.

3 K. Ott. Müller, de Vit. et Oper. Phid.

4 Pseudo-Clement. Recogn.vu, 12, i3; cf. Clementin. Homel, xii , 12. Les textes mêmes ont été rapportés par M. Rathgeber, AUgemein. Encyhlop. Olba, 3o) , et Olympieion , p. 198, i4). Voy. aussi Osann , die Alterth. v. Athens, B. II, S. 389-395.

ièbres, que d’après une tradition ancienne et accréditée. Or, si l’on réfléchit que le roi de Syrie , Antiochus Epiphane, fit exécuter de grands travaux dans Y Olympieion d’Athènes, resté, à ce qu’il paraît, dans l’état où l’avait laissé le siècle de Périclès , il semblera fort probable que les tableaux de Phidias, qui avaient dû souffrir de ce long abandon du monument, en aient été enlevés à cette époque, sans doute parce que le peuple d’Athènes, en les cédant au roi de Syrie, aurait voulu reconnaître la libéralité du monarque Séleucide par un acte de munificence, publique. Cette idée s’accorderait avec celle de M. Rathgeber, qui suppose que les tableaux de Phidias auraient été enlevés, par suite des changements introduits dans le plan de cet édifice par l’architecte du roi de Syrie et de cette manière s’expliquerait naturellement la présence de peintures de Phidias à Aradus , en Phénicie , qui ne pouvaient être que celles-là , de même que le silence de l’antiquité tout entière sur des travaux de peinture de Phidias qui, s’ils fussent restés à Athènes, auraient dû être cités quelque part, et qui, s’ils eussent été sur mur, n’auraient pu échapper à l’observation de Pausanias, dans la description si détaillée qu’il nous a donnée de Y Olympieion d’Athènes2.

Les autres édifices d’Athènes qui sont connus pour avoir été décorés de peintures sont le temple clés Dioscnres , ro ’Avctvfiov , où Micon et Polygnote avaient associé leurs talents0,

1 Rathgeber, au mot Olympieion, 193, quel elle s’applique, par l’académicien fran- 1 4) : Die Gemalde des Phidias entweder çais, pour peu qu’il eût fait une étude approsorgfâltig mit Bretern verschlagen , oder fondie du sujet qu’il entreprenait de traiter, von den Wànden abgesâget. Le savant cri- 2 Pausan. 1, 18, 6-8. tique admet ici , comme on le voit , la sup- 3 Pausan. 1, 18, 1 ; cf. vin, 11, 2;

position de peintures sur mur; et c’était là add. Harpocration. v. Tio\vyvcù%c tolç tv ra> une opinion qui ne devait pas être négli- ©««A ^ t<£ ’Avclkh'cii ypcapaç. Voy. Boetgee, non plus que le monument même au- tiger , Archciol. der Mater., p. 259.

CHEZ LES GRECS ET CHEZ LES ROMAINS. 175 comme ils l’avaient fait dans le temple de Thésée ; l’édifice situé à gauche des Propylées1, et le temple de Minerve Poliade , sur l’Acropole2 * 4; le temple de Bacchus, attenant au théâtre0; le temple d’Esculape11-, et enfin un portu/ue du Céramicjue 5 6. Je ne parle pas des peintures qui existèrent dans le Prytanée , dans le Pompeion et dans le Parthenon; peintures consistant en portraits de personnages historiques, auxquelles il sera consacré un article particulier dans la section suivante de ces recherches. A ne juger des peintures qui viennent d’être indiquées que d’après les expressions de Pausanias : yfaupaj, eicri , gvÔotuGct >4yfauvPicu, ic, r'ov; yfcL(pocç QécLç, ol^iov , il est constant qu’on ne pourrait déterminer quelle était précisément la nature de ces peintures , si elles étaient sur mur ou sur bois ; et tout le monde sera , sur ce point , de l’avis de M. Hermann 0 : c’est donc d’après d’autres données qu’il faut essayer d’arriver à cette détermination. Or, la certitude acquise que les peintures de Micon et de Polygnote , au Thèseion et au Pœcile, étaient sur bois , forme déjà une présomption bien grave à l’égard des autres peintures , qui étaient ou des mêmes artistes , ou du même âge , ou du même ordre ; et de nouveaux motifs, qui viennent à l’appui

1 Pausan. 1,22,6.

3 Idem , 1 , 26,6.

5 Idem , 1 , 20, 2 .

4 Idem ,1,21,7.

5 Idem, 1, 3, 2. Je remarque ici qu’en citant la plupart de ces peintures , M. Stieglitz s’est exprimé partout de manière à faire croire qu’il les considérait comme des tableaux, Gemcililde ; voy. son Archàol. der Baukunst, t. II, p. 78, 83.

6 De Pictur. p. 17. Dans tous les passages cités par ce savant critique , le mot ypcapai ne pouvant s’entendre que de peintures en général , laisse effectivement dans

le doute si ces peintures étaient sur bois ou sur mur ; mais il est tel autre passage , négligé ou inaperçu de M. Hermann , où le mot ypatpn s’applique exclusivement à une peinture sur bois. Tel est celui où il est question d’une copie peinte de l’ancien simulacre de Phigalie , qu’Onatas aurait retrouvée et d’après laquelle il aurait reproduit cette statue, vin, 4a, 4 : O' ànp ovloç ccvivpuv rPA<I>H'N 4 [aifAYifioL tov àpycuov jroavou, fcVo/Wfc <S>iya,Mv(Uv ctycch/uct-, pas-

sage curieux pour l’histoire de l’art , à cause de cette ancienneté de l’usage de peindre , qui s’y trouve implicitement exprimée.

de cette première induction, ne laisseront, si je ne m’abuse, aucun doute à ce sujet.

L’édifice des Propylées 1 est un de ceux dont je crois pouvoir prononcer avec le plus d’assurance que les peintures qui s’y trouvaient étaient sur bois, bien que M. Hermann ait été sur ce point d’un avis contraire , en s’attachant uniquement au sens littéral de la phrase de Pausanias : oÏxai/xcl tyjov ypoctpco; , édifice renfermant des peintures. Mais, outre qu’il y avait dans cet édifice des peintures de plusieurs maîtres et de plusieurs époques, dont l’assemblage , constituant toute une paierie de tableaux, une vrai e pinacothèque, ne saurait comporter l’idée d’une décoration de peinture appliquée originairement sur la muraille, M. Hermann, ni aucun critique, n’a remarqué encore que cette locution même de Pausanias est justement celle qu’il emploie pour désigner la collection de tableaux formée dans un édicule de Y Artèmision d’Éphèse2 *: ro OÏKHMA.... ro EXON rctç yfxQxc,. j’ajoute que Strabon se sert d’expressions équivalentes, en parlant des tableaux réunis sous les portiques du temple de Jupiter Sauveur, au Pirée J : rov Sè iepov tcl /x£v ai ci Si cl EXEI 7nvctK5t^. J’observe encore que, dans le nombre des peintures que renfermait cet édifice des Propylées, figurait un portrait d’Alcibiade que nous savons positivement, par d’autres témoignages qui seront produits en leur lieu , avoir été un de ces tableaux consacrés , i nvoxeç cu/cuuifLBvoi , lesquels étaient nécessairement sur bois ; et cette notion, qui comprend, sans nulle exception , tous les portraits de personnages historiques exposés dans les lieux publics, ou consacrés dans les temples, comme nous le verrons bientôt, s’applique à d’autres tableaux de ce

1 Feu M. Dodwell, a classieal Tour through dans le passage en question de Pausanias.

Greece, l. I, p. 3 12 , désigne en effet cet édi- 2 Pausan. x, 38,3.

lice comme étant la Pinacotheea décrite 5 Strabon. ix, 396.

CHEZ LES GRECS ET CHEZ LES ROMAINS, même édifice des Propylées, tels que le portrait d'un Athlète, peint par Timænetos , et le portrait du poëte Musée1, dont fauteur n’est pas nommé. Parmi les autres tableaux connus pour avoir fait partie de la décoration des Propylées, figuraient, comme j’aurai bientôt aussi l’occasion de le montrer, deux tableaux célèbres de Protogène, certainement peints sur bois , de même que tous les travaux de ce grand maître. Toutes les probabilités se réunissent donc ici pour voir, dans cet édifice, une collection de tableaux , provenant de differents maîtres et placés à diverses époques 2; d’où il suit que ce ne pouvaient être des peintures exécutées sur le mur même , lors de la construction de l’édifice. Maintenant que j’ai fortifié par de nouvelles raisons l’opinion que j’avais d’abord exprimée au sujet des peintures de cet édifice, il doit m’être permis d’y ajouter une seconde fois f observation tirée de l’état actuel du monument, dans ce qui en subsiste encore de nos jours5, observation qui conserve toute sa valeur, en dépit des objections dont elle a été l’objet. C’est ce qu’il me serait facile de démontrer, si cette réfutation importait le moins du monde au succès de l’opinion que je défends. Mais il me convient mieux, de toute manière , d’alléguer en sa faveur un témoignage , tellement positif et d’une telle autorité, qu’il n’y aura plus rien à y opposer de la part des partisans de l’opinion contraire.

Ce témoignage , qui n’aurait pas dû échapper à un critique tel que M. Hermann , est celui du livre de Polémon qui avait pour objet les tableaux consacrés dans les Propylées d’Athènes k : 7rsei tSv Iv n^97ruA cuotç, IIINA'KON. Cet écrivain était, comme nous l’avons déjà vu, fauteur d’un ouvrage célèbre dans l’antiquité, sur les tableaux de l’école de Sicyone, vrcçj. tZv èv 'Liyjuarn

1 Pausan. i, 22 , 7. 5 Voy. mes Olsenations , p. i5, 5).

' K. Ott. Muller, de Phicl. p. 7, k). * Harpocralion. v. Aa/x7rclç.

niNA KON ; et nous apprenons , par cet autre ouvrage que cite Harpocration , qu’il s’était pareillement occupé des tableaux des Propylées, lesquels étaient de la même nature que ceux de Sicyone , c’est-à-dire sur bois : ce qui résulte indubitablement de l'expression même employée , pour désigner ces peintures , dans le titre de deux ouvrages, où cette expression ne pouvait manquer d’avoir sa valeur propre et technique. Nous avons donc ici la preuve authentique que les Propylées renfermaient une galerie de tableaux, laquelle avait été décrite par Polémon; et cette notion générale, d’accord avec tous les faits particuliers déjà signalés, acquiert une grande importance, non-seulement dans la question actuelle, mais encore dans l’histoire de l’art.

Pour n’avoir plus à revenir sur les peintures de Polygnote , qui appartiennent à la plus haute époque de l’école attique , je dois placer ici les observations auxquelles peuvent donner lieu les ouvrages de ce maître qui se trouvaient ailleurs qu’à Athènes. Je remarquerai d’abord, à l’appui de l’idée que nous avons pu nous former de ses travaux exécutés à Athènes , qu’il peignit généralement à l’encaustigue : c’est du moins ce qui résulte du témoignage de Pline1, confirmé indirectement par Dion Chrysostôme 2 * * ; et c’est en se conformant à ces données historiques que l’antiquaire Grund a essayé de rendre compte du procédé par lequel avaient été produites les peintures de Polygnote, sur bois, à l’ encaustique et au pinceau Je rappellerai de plus que l’antiquité poétique sembla n’avoir en vue , même

1 Plin.xxxv , 1 1 , 39 : Sed aliquantô ve- témoignages, lorsqu’il refusait à Polygnote tustiores encausticæ picturæ extitere, ut la pratique de ce genre de peinture, Archàol Polygnoti , et Nicanoris , etc. (1er Malerei, p. 368.

5 Dion Chrysost. Orat. xn , 1. 1, p. 3g6, 5 Grund, die Malerei der Griechen , II,

Reisk. : EÏ% Kvipov Trhdtni pitr'la. ^wcoto\ov- h - 3 , notion qui s’applique pareillement,

9ook lof tm Te^vM' oioç Viv IToa vyvco%ç , k. de l’avis du même écrivain, aux ouvrages

t. a. M. Boetliger avait perdu de vue ces de Panænus, p. 268, 2), et 492 - l)-

CHEZ LES GRECS ET CHEZ LES ROMAINS. 179 dans les travaux imaginaires quelle prêtait à Polygnote , que des peintures sur bois, telles qu’étaient le Salmonèe et Y Hélène de ce maître, à en juger par les expressions , Sbu/xovlov IIINAKOS, d’un poëte de l’Anthologie1. C’est donc d’après cette double noi n, acquise indépendamment des témoignages authentiques et des faits positifs , concernant les peintures sur bois de Polygnote au Pœcile et au Théseion , que nous devons apprécier les travaux de ce grand artiste , dans l’impuissance où nous sommes d’obtenir à cet égard des renseignements plus précis. Ses peintures , au Lesché de Delphes , qui tenaient le premier rang parmi ses ouvrages, et parmi les chefs-d’œuvre de la peinture grecque, étaient certainement dans ce cas. Il est vrai que M. Hermann est d’avis qu’à s’en tenir rigoureusement au texte de Pausanias, on ne saurait décider si elles étaient sur mur ou sur bois ; mais ce savant critique n’a pas fait suffisamment attention à la manière dont Pausanias indique ces peintures et le local où elles étaient placées ; voici la phrase même de cet écrivain 2 : vvdp S'i. rrîv K oio-o-uVSbe ècr'ih OIKHMA yçy-tyc tç ’EXON rco\ tlo- Auyvcflov, ’ANAGHMATA /xev livifiani. Or, cette locution , ypoitpcLç eyyv , est celle qu’il a employée, en d’autres endroits, pour désigner les collections de tableaux formées dans un édicule de l’ Artèmision d’Ephèse et des Propylées d’Athènes; et les

1 Brunck. Analect. II, 279 et 4£o.

Sur l’erreur de nom qui s’est glissée ici, voy. Heyne, in Comment. Gœltincj. t. X, p. n5 ; et sur les peintures mêmes, qu’il regarde comme étant de l’invention du poëte, consultez M. Jacobs, Anthol. Pal. t, X, p. 271. M. H. Meyer n’a envisagé ces peintures, attribuées, à tort ou à raison, à Polygnote , que sous le rapport de l’art ; voy. Gescliichle cl. Bilcl. Kiinste, II, 190 ; et

M. Sillig, à l’article de Polygnote, les a

tout à fait passées sous silence; ce qui est, de sa part, au moins une négligence. J’observe encore que , si ce tableau d’ Hélène , attribué à Polygnote , exista réellement , ce serait peut-être celui dont a parlé Eustathe , sous le nom de Zeuxis , et qui avait été placé dans un portique d’Athènes ; voy plus haut, p. 1 70-17 1 .

2 Pausan. x, 25, 1 ; voy. Hermann, de Pictur. p. 17.

peintures dont il s’agit ici sont qualifiées à,voLÔn/A,a,1cL , expression qui exclut positivement l’idée de peintures sur mur. A l’appui de. cette observation , j’en ajouterai une autre qui n’est pas sans quelque importance; c’est que Pline, qui entend parler du même ouvrage de Polygnote, et qui l’associe dans la même phrase au Pœcile d’ Athènes1 : hic Delphis ædem pinxit ; hic et Athenis porticum , cjuœ Pœcile vocatur, nous autorise à penser que les peintures du Lesché étaient du même genre que celles du Pœcile; or, ce qui est démontré pour ces dernières, c’est-à-savoir , quelles étaient sur bois, demeurerait par cela même prouvé, ou du moins bien probable, si cela n’était d’ailleurs avéré par le témoignage de Pausanias.

Les peintures du temple de Minerve Arèa, à Platées, exécutées en commun avec Onatas d’Egine, ont été regardées comme décidément sur mur par l’académicien français, qui s’est fondé à cet égard sur les expressions mêmes de Pausanias12 : Yçj^tycLi S'i eicriv ev rS vocS,... olvtoli yag'v 1 eicnv èvr) rov vrpovccov ruv to(%oùv. Il a cru trouver dans ce texte la preuve positive que les peintures en question étaient sur les murs mêmes, evr) ru>v Toiyuv ; ce qui me paraît en effet incontestable ; mais c’est de la place qu’occupaient ces peintures sur le mur du proanos que j’entends cette locution , ici et ailleurs , et non pas de Y exécution sur le mur, comme le prétend l’académicien, qui a pris ici une supposition pour une réalité : sans compter que , ne sachant pas qu’il y eût, en certains cas,

1 Plin. xxxv, 9, 35. Feu M. Thorlacius s’était aussi représenté les peintures du Lescliè de Delphes comme des tableaux; voy. sa dissertation sur les Leschæ de la Grèce, dans ses Opuscul. Academ. t. I, p. 92-90. Il n’est pas inutile de relever ici l'erreur commise par d’habiles antiquaires,

et par M. K. Ott. Muller lui-même , Handbuch der Archàol. § i34, i, p. i3o, qui ont cru que ces expressions de Pline : Delphis ædem pinxit, désignaient le temple de Delphes, tandis qu’il s’agissait en effet d’un édifice de Delphes , c’est-à-dire du Lesché.

5 Pausan. ix, k, 1.

des tableaux placés sur les colonnes, o-%Ào7nvobt/cc, il attribue au texte de Pausanias beaucoup plus de valeur qu’il n’en a réellement. M. Hermann s’est borné à laisser indécise la question de savoir si ces peintures , considérées sous le rapport de leur exécution, étaient sur bois ou sur mur; conséquemment, i] n’accorde philologiquement, à ce texte de Pausanias, d’autre valeur que celle d’indiquer leur place : ce qui revient absolument à mon opinion. La manière dont Plutarque parle de ces peintures, qui existaient encore de son temps dans toute leur fraîcheur1, est plus propre à donner l’idée de peintures sur bois que de travaux de toute autre espèce. Aussi les antiquaires qui , à défaut d’indications plus précises, ne pouvaient en apprécier la nature que d’après des considérations tirées de l’histoire générale de l’art, ou de la connaissance particulière du talent de Fauteur, n’ont-ils pas hésité à y voir des peintures sur bois. Telle est, en ce qui concerne la peinture de Polygnote, l’opinion des commentateurs allemands de Winckelmamr ; et tel est aussi, pour la peinture d’Onatas, l’avis de l’illustre auteur des Æginetica, de M. K. Ott. Müller0; en sorte que, sur ce point encore, je me trouve d’accord avec les plus habiles antiquaires de notre âge.

Pieste la peinture exécutée sur mur dans un temple de Thespies, suivant le témoignage de Pline4 : Pinxit et ipse ( Pausias) pemcillo parietes Thespiis , ciim reficerentur cjuondam à Polygnoto picti. Ce témoignage est si grave et si précis qu’il est en effet impossible de ne pas l’admettre dans toute sa valeur. M. Hermann et l’académicien français ont été de cet avis, auquel je

1 Plutarch. in Aristid. § 20 , t. II, p. 527, 5 K. Ott. Müller. Æginetica , p. 107:

Reisk. : Tpacpalç rov vtùv AIEKC/2MH2AN, Plura, ut videtur, rerum momenta unâ al ^XP1 v^v àx./xdÇovffar J)a/u.ivov<riv. tabula complexus.

2 Winckelmann’s Werke, I, p. 507 ; 1 Plir. xxxv, n, 4o.

voy. H. Meyer, Gcsch. d. K. Il, 147 , ff.

me range bien volontiers , en rétractant la supposition que j’avais hasardée sur le nom de Polygnote, qui se serait glissé par inadvertance dans ce passage de Pline. M. Hermann observe avec beaucoup de raison que, tout en accordant que la plupart des travaux de Polygnote eussent été exécutés sur bois, il n’en résulterait pas que ce grand maître, si familier avec tous les procédés de l’art de son temps, n’ait pu peindre sur mur dans quelque circonstance , telle que celle qui est indiquée par Pline l; et j’ajoute que les notions de l’histoire de l’art sont si rares et si imparfaites, que nous ne devons pas nous priver, sans une extrême nécessité, d’une particularité si curieuse, énoncée par Pline d’une manière si positive, j’observe cependant que M. H. Meyer avait regardé ces peintures de Polygnote à Thesjuies comme étant sur bois, et de plus qu’il supposait que le tableau de ce grand peintre, placé à PiOine sous le portu/ue de Pompée, était un de ces tableaux enlevés de Thespies2. Mais sans entrer sur ce point dans une discussion qui serait superflue, je me borne à dire que, d’après toutes les considérations, l’exemple cité par Pline, de mars peints par Polygnote, doit rester acquis à la peinture sur mur, du grand style et de la haute époque de l’art. Ce n’est là du reste qu’une exception au système général de la peinture grecque, exception unique sans doute dans la vie de Polygnote; et le trait , tout aussi positif, tout aussi digne de foi, du tableau

1 Hermann, de Pictur. p. 12.

* H. Meyer, Geschiclite A. Bild. Künste , Il , 149 , i64) , et 189 , 2 1 4)- Il estévident (jne l’auteur avait confondu ici les peintures du temple de Thespies , dont nous ignorons le sujet, avec celles du temple de Platées, qui représentaient la première guerre de Thèbes. La figure de Capanée, que M. H. Meyer avait en vue, aurait appartenu en

effet à ces peintures de Platées ; mais le témoignage de Plutarque , qui les vit encore dans toute leur intégrité, à leur place antique , prouve que l’indication donnée par Pline se rapportait à un autre tableau de Polygnote ; c’est à quoi n’avait pas songé M. H. Meyer , dans la fausse idée où il était que ce tableau, transporté à Rome , venait de Thespies, et non de Platées.

de cet illustre artiste, transporté à Rome, où il avait été placé d’abord dans la curie , puis sous le portique cle Pompée l, n’en justifie pas moins toutes les notions précédemment acquises, en ce qui concerne les peintures sur bois du même artiste 2.

Pour terminer ce que j’avais à dire des peintures qui se trouvaient dans les temples d’Athènes, et qu’on a pu croire exécutées sur le mur même, il ne me reste plus qu’à parler de celles de Y Erechtheion. J’ai déjà cité dans mes précédentes observations5 les témoignages de Pausanias4 et de Plutarque5 qui concernent ces peintures, et desquels il résulte, selon le premier, quelles étaient sur les murs : y^c(pcu h n rw roryojy il cri ; suivant le second, quelles consistaient en un tableau consacré clans V Érechtheion : h IlTNAKI têà eico, oc, ’ANA'KEITAI h ’E pe^ëict) : deux notions qui peuvent s’accorder très-bien l’une avec l’autre , et qui n’ont paru contradictoires que parce que l’on a voulu trouver, dans la phrase dePausanias, des peintures exécutées sur mur, au lieu d’y voir des tableaux appliqués à la muraille, qu’indique positivement la phrase de Plutarque. Ces deux textes, qui, rapprochés l’un de l’autre et interprétés comme ils viennent de l’être , acquièrent une grande valeur dans la question actuelle, ont été, de la part de M. Hermann et de celle de l’académicien français, l’objet d’observations nouvelles qui m’obligent à m’y arrêter encore.

Pour le critique allemand6, qui n’a vu dans le mot 7 riva,% que l’idée de peinture, abstraction faite de la matière sur laquelle se trouvait cette peinture , et dans l’épithète réAeioc, , que la signi-

1 Plin. xxxv, 9, 35. 5 Voy. mes Observations, p. x5-i6.

1 Je fais observer qu’en désignant les 1 Pausan. i, 26, 6. peintures de Polygnote par le mot Tafel- 5 Pseudo-Plutarch. Vit. X. Rhet. in Lyyemülde , M. K. Ott. Muller est resté fidèle à curg. p. 843, E (p. 67 , ed. Westermann.). la tradition de toute l’antiquité; voy. son 6 Hermann, de Pictur. p. 12.

Handbuch der Archàol. S i34, 1, p. i3o.

fïcation ordinaire de complet, entier, achevé , Plutarque n’aurait voulu parler que d’une peinture complète, c’est-à-dire renfermant toute la généalogie des Butades : d’où il suivrait que cette peinture aurait bien pu être exécutée sur le mur, et couvrir même plusieurs parois de l’Ereclitlieion. A cela je réponds que le mot 7nW;, non pas seulement dans Hésychius 1 , mais dans la langue de l’art tout en tière , et dans toute la littérature grecque, comporte nécessairement l’idée de peinture sur bois, quand il s agit de choses d’art, et l’idée de table, de plateau, de meuble en général ou d'objet mobile, quand il ne s’agit pas de peinture. Je ne reviendrai pas sur les preuves que j’en ai données dans l’introduction à ces recherches et dans tout le cours de mon travail; mais je soutiens qu’un écrivain grec, ayant à parler d’une peinture exécutée sur un mur , n’aurait jamais employé une locution telle que celle-ci : Iv IIINAKI... 04 ’ANA'KEITAI h

, qui signifie proprement et positivement un tableau peint sur bois placé clans ï Erechtheion ; et je défie qui que ce soit de prouver par un texte classique de quelque valeur, que le mot 7 ait pu être employé pour désigner un pan de mur peint11.

1 Hesych. v. lii'iaMç' ctva.ypaça'1 , iikoriç. Ces deux termes sont donnés par le lexicographe comme synonymes de 7rîva.- %iç, sans qü’il en résulte nécessairement, pour les travaux qu’ils désignent, la condition qu’ils fussent exécutés sur mur, puisqu’il y avait des dvccy pccçca et des iôco'nç, sur lois : cela suffisait pour qu’Hésychius les assimilât , sous ce rapport , aux vnvantç. L’ensemble des vues de ce grammairien doit se chercher dans la réunion des mots 7riraKa.ç,

7rlvaxiç , 7TIVcIkI0V, TTIVaKI, 7TIVCLX.0Ç , TTIia^, où

l’idée fondamentale, l’idée qui se reproduit sous toutes les formes , est celle de bois. Un seul de ces mots, celui qu’a cité M. Hermann en l’isolant de tous les autres ,

ne pouvait donner qu’une notion fausse ou incomplète -, et il m’est permis de dire que c’était là un procédé peu digne d’un critique tel que M. Hermann , qui cherchait de bonne foi la vérité , et non pas un succès d’amour-propre obtenu n’importe à quel prix et par quel moyen.

2 On ne dira pas que ce mot put quelquefois désigner des tables de stuc peint, ce que Vitruve, vu , 3 , et Pline, xxxm , 12 , appelaient abaci ou crustæ. En pareil cas, on eût dit en grec , dSdjuct , dCuKitraoi , mots qui signifiaient proprement des tablettes, de diverses matières , et plus généralement , de lois , <xa.vîJïç, servant à jouer, à calculer, et à d’autres usages; et l’emploi fait

Quant au motreAe/oç, rien n’empêche assurément qu’on ne l’entende comme le veut M. Hermann , clans son sens le plus habituel ; ce qui ne changera rien au fond à l’opinion que j’ai voulu établir. J’observe cependant que ce mot avait dû recevoir dans la langue de l’art plus d’une acception , toujours d’accord sans doute avec l’idée primitive; ainsi, pour n’en citer qu’un exemple, dans cette phrase cl’Ælien1: HoXvyvuioç èv roîç TE- AEIOIS eîf^elo tcl dÔÀot, Ph rase difficile , qui signifie que Polycjnote excellait surtout à peindre les hommes parvenus à tout leur développement physiaue , les adultes 2; ainsi encore dans ces expressions cl’une inscription grecque 0 : eiwvc t TEAEl'AN , qui indiquent l’image d’une personne entière , ce que nous appelons un portrait en pied, il est bien évident que le mot réteioç s’employait dans des acceptions passablement variées. Or, celle que nous présente l’exemple cité en dernier lieu s’accorde assez bien avec l’idée que la plupart des interprètes, Facius, M. K. Ott. Müller et M. Sillig4, ont attachée aux expressions de Plutarque, èv LH'NAKI TEAECQi, in unâ integra tabula, pour qu’on puisse l’admettre de préférence, même à celle de M. Hermann. Cette interprétation se trouve d’ailleurs justifiée par des locutions équivalentes d’auteurs latins, telles que celle-ci de Quintilien5: Artifices etiam cjuum plura in unam tabulam contulerunt; qui revient à cette phrase de Pline6:

d’un de ces mots , àëaxKncoi, pour désigner de petits tableaux de mosaïque, Moschion apud Athen. v, p. 207 , C, justifierait cette conjecture. Mais des mots ’7rlvaxiç ou 7nvclkiol , employés de cette manière , j’avoue que je n’en connais pas un seul exemple.

1 Ælian. H. V. iv, 3; v. Interpret. ad h. I.

2 C’est dans ce sens que le mot lixuoç était employé par Polémon , pour désigner un Bacchus adulte, Aiâvwroç riAîicç , apud

Athen. xi, 484 , C, c. lxvii , p. 294, Schw. Cette figure de Bacchus, décrite par Polémon , faisait sans doute partie de quelque ouvrage de peinture.

3 Osann, Syllog. Inscript. 234, 53.

4 Fac. Excerpt. èPlutarch. p. i83;K.Ott.

Müller, de Æd. Miner 0. Poliad. p. 8; Sillig, Catalog. vet. Artif. v. Ismenias, p. 234-

5 Quintil. Institut, vin, 5, 26.

6 Plin. xxxv, 10.

Laiulantiir et Æneas , Castorcjue et Pollux in eadem tabula; item Telephus, Aclulles , Acjamemnon , Ulixes; et à cette autre phrase du même écrivain1: Pinxit et in una tabula,... Meleagrum , Herculem. Je crois donc devoir maintenir l’interprétation que j’ai proposée du passage de Plutarque, en le rapprochant de celui de Pausanias; et je persiste plus que jamais à voir dans ces deux témoignages, ainsi expliqués l’un par l’autre, la preuve que les peintures de l’Erechtheion étaient des tableaux appliqués à la muraille : notion tout à fait conforme à celles que nous ont procurées, par rapport à d’autres peintures du même âge et du même pays, tant de témoignages divers.

Les observations qui viennent d’être faites, contradictoirement à celles de M. Hermann , peuvent s’appliquer en partie au travail de l’académicien français; cependant son opinion s’éloigne, en un point essentiel, de celle de tous les critiques; ce qui m’autoriserait à penser que personne ne sera de son avis, du moins sur ce point. Il croit que le tableau décrit par Plutarque diffère des peintures vues par Pausanias, et qu’au lieu d’une généalogie entière des Butades , ce tableau ne. comprenait que six personnages de cette famille ; attendu qu'un seul tableau , qui devait être nécessairement d’une dimension médiocre, surtout s’il ne consistait qu’en un seul panneau de bois, n’aurait pu contenir un aussi grand nombre de figures. Mais le critique n’a pas fait attention que la phrase de Plutarque n’admet aucune restriction, quelle porte expressément que la généalogie des prêtres de Neptune se trouvait tout entière sur le tableau: yf f'dhv cloty, r\ r ou yivovç, ruv le^tcroL-

fjiévuv rov Tloo-ëiSûvoï èv m'NAKI retelat ; c’est ainsi que l’a entendu M. Hermann, en s’attachant surtout au sens du mot rgÀg Icü : quod omnium a Buta deinceps Butadarum imagines contine-

Plin. xxx , 10.

ret ; et c’est encore ainsi qu’il faudrait l’entendre, en s’en tenant aux seules expressions : ec/hv clvtyi r xjl} cty&’yy) rov EENOT2L Quant à l’identité du tableau décrit par Plutarque, avec la peinture vue par Pausanias, elle résulte non-seulement de la similitude du sujet, qui est la généalogie des Butades , mais encore de l’analogie des expressions dont se servent les deux écrivains : Tçy-Çicy tov rENOTS tov BovJovSûv, et: xseloLyayyj rov EENOTS ruv Isç^trcL/xhm. Reste l’objection tirée de l’impossibilité de faire tenir tant de figures sur un seul tableau, objection qui ne peut venir, je le dis à regret, que d’un critique bien peu familier avec l’histoire de l’art. Sans avoir même besoin d’observer que nous ignorons, et quelle était la proportion des figures, et quelle était la grandeur du tableau : deux éléments de critique qui nous manquent, et faute desquels il nous est impossible de prononcer que tant de figures n’avaient pu tenir dans un seul tableau, il me suffirait d’indiquer le célèbre tableau d’Aristide, représentant un combat contre les Perses , et composé de cent figures , pour chacune desquelles, iVlnason, tyran d’Elatée, s’était engagé à payer dix mines à l’artiste h A défaut de ce tableau, j’aurais encore à citer celui qui contenait les images des Hiérodules de Corinthe, et qui devait conséquemment se composer d’un grand nombre de figures, toutes dans un seul cadre : le témoignage d’ Athénée est formel sur ce point ’; et si ces exemples ne paraissaient pas suffisants au critique, je lui rappellerais le tableau que Mandroclès , l’architecte du pont du Bosphore, avait consacré dans XHèrœon de Samos, et qui représentait Darius avec son armée , au passage du Bosphore; or, le savant académicien m’ac-

1 Pli... xxxv, 10, 36 : Idem pinxitpræ- decem à lyrarmo Elatensium Mnasone. lium cum Persis , cenlum hommes tabula 1 2 Athen. xm, 32, t. V, p. 71 , Schvv. eâ complexus, paclusquein singulos minas Voy. plus haut, p. 120.

plus célèbres et les plus fréquentés d’Athènes; et c’est à l’écrivain attique par excellence, à Xénophon, que nous en devions la connaissance; et ces peintures, exécutées dans le cours de la génération qui précéda la sienne , appartenaient ainsi à la plus belle époque des arts de la Grèce , au siècle de Périclès. Je veux parler de peintures placées dans le Lycée d’Athènes, représentant des apparitions en songe, ouvrages deCléagoras; voici en quels termes et à quelle occasion il en est fait mention dans l’ Ancibase1 : ’EvIëiïôëv LévrAei htcu/ ële, A cl^^clkov • <*-7r u,hoL

Toi) EëvoipZvli EuxAe/iNç /uclvIiç OAioto-/o$, KAècrpçyv vioç , rov r& ’ENT’ITNIA êv A vxtioù ytyçjyCporoc,. On sait que le Lycée était un des gymnases d’Athènes, celui où s’exerçaient les jeunes citoyens appelés par l’état au service militaire2; mais c’est surtout par les réunions de philosophes , qui trouvaient sous les portiques de cet édifice un abri commode et un lieu de promenade agréable, qu’il reçut sa célébrité, et, par elle, les ornements qu’avait pu y ajouter le goût de chaque époque. De ce nombre étaient sans nul doute les peintures indiquées par Xénophon, lesquelles offraient, par leur sujet, un texte abondant de discussions philosophiques , plutôt que des images appropriées à des exercices gymnastiques. Il est vrai que la singularité même de ce sujet avait frappé quelques critiques au point de les porter à changer arbitrairement l’idée de Xénophon pour. y substituer la leur; et c’est là un de ces cas, malheureusement trop nombreux, où la science moderne s’est cru permis d’altérer des textes antiques, faute de les entendre, et sous prétexte de les rétablir. Un très-habile

! Xenophont. Anabas. lib. vu, c. 8, § Suid. v. Avkhov ; Schol. Aristopban. ad Pac. 1 , t. II, p. 3o5, ed. Weisk. v. 354 (353) ; vid. Philochor. Fragment.

î Theopomp. et Philochor. apud Harpo- p. 53 , ed. Siebelis. cration. v. A vkuov, cf. Hesych. v. A vkuoi ;

philologue, Toup, persuadé qu’un peintre de quelque mérite n’avait pu s’exercer à représenter des apparitions en songe, èvvvniici , ne s’est pas fait scrupule de corriger ce mot en celui de êvccvact-, leçon d’où il résulterait que l’artiste nommé par Xénophon aurait orné de ses peintures la façade du Lycée : partes Lycei anteriores opéré pictorio ornavit1. La confiance de Toup en sa correction a été partagée par M. Larcher, qui a traduit dans ce sens la phrase de Xénophon, et par un des derniers éditeurs de l’historien attique, M. Zeune, qui s’est permis d’insérer la leçon nouvelle dans son texte. On aurait donc dû s’attendre à voir cette façade du lycée, peinte par Cléagoras, figurer dans le travail de M. Hittorff; car c’était là, dans son système, un exemple décisif, fourni par un monument d’Athènes; et cet exemple, qui valait un peu mieux que ses tribunaux rouge et vert 2, lui avait été indiqué , dans sa propre langue, par l’antiquaire allemand qui a traité de X Archéologie de l’architecture , M. Stieglitz 0 ; de même que le prince des antiquaires français, l’illustre auteur de X Anacharsis, qui parle aussi dans sa description du Lycée, des peintures dont ses murs étaient enrichis \ aurait pu les recommander à l’attention de l’académicien français; mais ni l’architecte, ni le critique, n’ont jugé à propos de s’occuper de ces peintures du Lycée, que sans nul doute ils n’ont pas connues.

La conjecture de Toup, qui changeait èvû'micL en évdùTnac, est certainement ingénieuse; mais ce n’est en réalité qu’une

1 Toup. Epistol. crit. p. 48 , Lips. , et surtout dans ses Emendat. in Suid. P. IV , t. II, p. 474, où il conclut ainsi : Cleagoras , ut videtur , t o%oypctq)oç et in sucî arte celebris. Je ne puis concevoir qu’un pareil

témoignage, traité par un critique de ce mérite , soit resté ignoré de l’académicien

français ; ou , s’il l’a connu, qu’il ait négligé d’en faire usage.

2 Voy. mes Observations, p. 21-22.

5 Archaol. der Baukunst , II, 262 : Das Lyceum zu Athen hatte ein gewisser Kleagoras mit Gemahlden geschinückt.

4 Voyage du J. Anacharsis , ch. vin.

conjecture, qu’aucun manuscrit n’autorise et qu’aucun motif ne justifie. Bien qu’il y ait, à partir même des temps homériques, des témoignages classiques qui permettent de croire que le devant ou la façade de certaines habitations étaient décorés soit de peintures , soit de toute autre manière1, rien ne prouve que ce fût là le cas du Lycée d’Athènes ; l’expression même à'ivûmci, que l’on prête ici à Xénophon, n’est pas d’un usage attique; elle ne se rencontre ni dans cet auteur2, ni dans aucun des écrivains attiques, poètes ou orateurs, qui nous ont transmis tant de détails sur les maisons de ce pays5. Ce seraient déjà là d’assez graves motifs pour repousser une correction aussi arbitraire ; mais on n’a pas fait attention que l’insertion du mot huma,, à la place de hvvrnoc , nécessitait un autre changement dans la phrase de Xénophon , celui des mots h A vxiioû en tou A vxtiov, car il n’est pas possible, grammaticalement, en grec, non plus qu’en français, de dire qu’on avait peint la façade dans le Lycée, pour dire la façade du Lycée; et comme on ne peut non plus, sans manquer à toutes les règles de la critique, faire subir au texte de Xénophon cette nouvelle violence, il devient nécessaire d’y conserver le mot Ivu7rvicc, qui forme un sens clair, dans une phrase correcte , et qui est d’ailleurs l’expression précisément attique , équivalant aux mots ovocp, om&ç, de la langue usuelle, pour désigner des apparitions en songe. M. Weiske a donc eu raison de maintenir, dans son édition critique de Xénophon, la leçon èvvvrnct, contre la correction de Toup; c’est ce qu’a fait aussi le dernier éditeur de Leipzig, M. God. H. Schaefer;

1 Homer. Iliad. vm , 435, et Odyss. iv, viov la conjecture de Toup, sans l'approu-

4a, xxii, 121 : ’E vw-æicl Trcc/^cpccvdcjôvra; cf. ver, et cpii ne cite d’ailleurs aucun exemple Eustath. adhh. IL; add. Hesych. v. ’E \d37nct. tiré de Xénophon du mot Îvcotticv ; Lexic. Voy. plus haut , p. 128, 4), et 5 ). Xenophont. t. II, p. 200.

2 Voy. Sturz , qui rapporte au mot éWtt- 5 Voy. Pollux, 1, 73, sqq. ; ix, 39, sqq.

CHEZ LES GRECS ET CHEZ LES ROMAINS, et tout le monde approuvera feu M. Gail d’avoir pris le même parti dans son texte et dans sa traduction de Xénophon.

Il s’agit maintenant de savoir en quoi consistaient précisément les peintures placées dans le Lycée d’Athènes : or, pour cela , il suffit de se rappeler que la divination par les songes , ôvei£f)te/lix4) , jouait un grand rôle dans les superstitions grecques; qu’elle avait des oracles célèbres, tels que l’antre de Trophonius1, et le temple d’Amphiaraüs , à Orope2; des sanctuaires révérés, tels que les temples d’Esculape et de Sérapis3; et qu’enfm elle s’exerçait, la plupart du temps, au moyen de petits tableaux peints , EHNAKIA ovei^yrc^/hxdc, qui constituaient une branche populaire de l’art, chez les Grecs, particulièrement à Athènes. Nous connaissons par le témoignage de Plutarque4 un de ces interprètes de songes, dont l’industrie faisait vivre toute une classe d’artistes d’un ordre subalterne , employés à l’exécution de pareils tableaux, et qui vivaient euxmêmes de l'explication de ces tableaux; celui-là se tenait près de Ylaccheion , ou temple d’Iacchus, où il donnait à tout venant l’interprétation de songes, d’après un tableau suspendu en cet endroit: U ictvlov ètc IHNAKIOT rivo$ ’ONEIPOKPITIKOT 7 ro ’lcocyyiov Àe^asvov e/3 oo-xx-, et ce qui ajoute à

l’intérêt de cette notion, empruntée par Plutarque à Démétrius de Pbalère , c’est quelle concerne un des petits-fds d’Aristide, réduit à cette triste condition dans une ville sauvée par le génie et remplie de la gloire de son aïeul. On voit donc qu’il se trouvait à Athènes des tableaux servant à la divination

1 Pausan. ix, 3g, 5. Voy. plus haut, ôn'tpoiç 7ra.vnccr d'ici Si rn'v rdfyv tZv vvtnup p. 22, 5). i7nq>a.vuuv w iarpitai t iyyYi awiav/i- Cf. Th.

! Pausan. x , 34,3: K ciïivJ'oumv àva/xi- Gai. Animach. ad h. I. p. 219. rom? iNiKoùoiv ontparoç. 4 Plutarch. in Aristid. § 27, t. II, p.

5 Jamblic. de Myster. § ni , c. 3 : Ovrcoç 542 , Rcisk. Voy. plus haut, p. 23. îv Acxahtt/ov fxiv TCt VOn/XCtTO. to7ç ÿllOIÇ

par les songes , Tavccuct et que ces tableaux étaient

placés dans les lieux les plus fréquentés, au voisinage et sous les portiques mêmes des temples, tels que celui d’Iacchus. Mais ailleurs encore qu’à Athènes, des tableaux de ce genre avaient été placés dans les temples , à la fois comme objets de culte et comme moyens de décoration. Nous en avons un exemple dans cette image de Sôsipolis, génie national des Eléens, exécutée en peinture, d’après une apparition en songe; ce sont les propres expressions de Pausanias 1 : Kocix Si o^iv ’ONEI- PATOS ypûcÇri fxefxifxriixivoç, êcrih o êe oc, ; et nous savons par le témoignage du même auteur que ce tableau était placé dans un petit édicule, h oikyi/aclIi où , qui faisait partie d’un

temple de Tyché. Il ne saurait donc plus y avoir la moindre difficulté contre l’existence de pareilles peintures, placées dans le Lycée d’Athènes ; et le témoignage de Xénophon , ce témoignage si grave et si formel , qu’il faudrait admettre dans tous les cas, fussions-nous réduits à ne pouvoir le justifier par aucun exemple , doit être maintenu dans toute son autorité , comme dans sa vraie leçon. Il va sans dire que ces peintures de Cléagoras2, faites pour servir de textes à des entretiens de

1 Pausan. vi, 25, 4. Je reviendrai ailleurs encore sur cetle peinture , dont la connaissance , si importante pour l’histoire de l’art, n’avait pas moins échappé que celle de tant d’autres aux recherches du savant académicien.

2 Le nom de cet artiste, omis par tous les historiens de l’art, manque pareillement dans le Catalogue de M. Sillig, et il n’a été rejeté dans Y Appendice, p. 470, qu’avec des réserves , qui tendraient à exclure ce nom de la liste des anciens artistes. Après avoir rapporté le texte de Xénophon , où il lit pourtant : 7 et ivvTrvia. (v Avmico ytypa.<po70ç,

M. Sillig fait observer que ce texte est devenu fort incertain , à cause des variantes qui s’y rencontrent dans les manuscrits ; et il ajoute qu’à l’exemple de M. Dindorf, il n’oserait rien inférer de ce qu’avait écrit Xénophon à ce sujet. Mais je pense à mon tour que ni les scrupules de M. Dindorf, ni les doutes de M. Sillig, ne sont suffisamment fondés ; et je maintiens sans hésitation notre Cléagoras, en qualité de peintre de songes, dans la liste des anciens artistes, comme l’a fait aussi, en dernier lieu, M. K. Ott. Müller, Handbuch der Arcbàol. § i35 , 1 , p. i3i.

CHEZ LES GRECS ET CHEZ LES ROMAINS. 195 philosophes, et sans doute exécutées avec plus de soin et de talent que celles qui provenaient de peintres d’enseignes, à l’usage de devins de carrefour, étaient des peintures sur bois, 7nvcLXAou; c’est une notion qui résulte ici de la nature même des choses et du mot employé pour désigner ces tableaux. Mais il n’est pas inutile d’observer que le fils de cet artiste , l’Euclide , duquel Xénophon reçut à Lampsaque les services qu’il en rapporte, était précisément un Devin, M â/liç; et ce rapport si frappant entre le talent du père et la profession du fils aurait dû avertir les critiques , s’ils y avaient fait attention, qu’il n’y avait rien à changer au texte de Xénophon.

J’ai épuisé tout ce que l’antiquité nous a fourni de notions concernant les peintures des temples ou des édifices publics d’Athènes. J’aurais pu y comprendre un tableau chorac/ic/ue dont Aristote fait mention1, comme ayant été consacré par Thrasippus, qui avait fait les frais du chœur d’un drame comique d’Ecphantide , mais malheureusement sans nous apprendre en quel lieu était exposé ce tableau. Je suppose cependant que ce pouvait être dans les Propylées ; et je présume encore qu’un tableau du même genre, consacré à la même occasion par Thémistocle, et cité par Plutarque2, était pareillement placé aux Propylées ; car nous avons déjà vu que ce magnifique vestibule de l’Acropole renfermait dans ses édicules toute une collection de tableaux, parmi lesquels nous acquerrons bientôt la preuve qu’il y en eut d’un genre analogue à ceux qui viennent d’être indiqués. Dans tous les cas, la manière dont s’expriment Aristote et Plutarque, au sujet de ces tableaux consacrés, ne

1 Aristot. Politic. vm ,6,7: Ama ov J'Hk ed. Reisk. : ni'NAKA tvÏ? vmç ’ANE'OH-

rrov IIINAKO'S, oY ANE0HKE Optbwr- KE, TOiavryii' (’mypcttpvi/ t^ovrcf Oi/unno- 7 toç Ex<pat"7v<Lj yopYiywaç. kaviç wpiapioç i^opéya , $>puvi%oç i<5)JbLeMv,

2 Plutarcli. in Thcmist. §5, t. I, p. 449, ' AAi'/uuvtoç ùpxiv-

laisse aucun lieu de douter que ce ne fussent des peintures sur bois ; et c’est encore une notion précieuse pour l’histoire de l’art, que celle qui résulte de ces deux exemples de tableaux choragicjues, lesquels durent constituer toute une classe de peintures sur bois, produites à la plus belle épocpie des arts de la Grèce1. J’ajoute ici, pour ne rien omettre de ce qui peut se rapporter à mon sujet, la mention des peintures exécutées aux frais de ce même Thémistocle dans le Tèlestêrion de Phlyê, sanctuaire commun aux membres de la famille des Lycomèdes, à laquelle appartenait ce grand homme. C’est à Plutarque2 * * que nous devons la connaissance de ce fait curieux, malheureusement encore sans que nous puissions inférer avec certitude , des expressions qu’il emploie , cpie les peintures en question fussent exécutées sur mur; et si j’accordais cet exemple aux partisans de cette opinion, ce ne serait là qu’une concession tout à fait gratuite5.

Mais il existe un dernier témoignage qui semblerait embrasser la généralité des édifices sacrés d’Athènes, et qui n’aurait pas dû échapper aux investigations de l’architecte, ni à celles du critique, dans le besoin commun qu’ils avaient de rencontrer quelque part au moins un texte , pour tous ces édifices coloriés ou peints en masse par la main de l’un , avec l’assentiment de l’autre. C’est dans un passage de Platon que se

1 Voy. plus bas, p. 220-22 1.

5 Plutarch. in Themist. Si, 1. I , p. A3g , ed. Reisk. : To y à.p <Ê>A vyhn TiAitrrvipiov , 0 7tip

y\v AuKOpcYiJüoi/ KOIVOV,... CCV7QÇ Kj

FPA<MI 2 ix.oo[/,Y\aw.

5 Ce qui semblerait en effet contrarier celte supposition, c’est que Pausanias, qui fait mention de ce sanctuaire de Phlyê, i, 3 1 , 2 , ne dit pas qu’il s’y trouvât des pein-

tures ; d’où l’on serait autorisé à conclure que ces peintures en avaient été enlevées. Voyez, du reste, au sujet d’un bas-relief altique, qui représente un Personnage du dême de Phlyê , et une Femme vouée au culte d’Isis , bas-relief qui fait partie du musée de Mantoue , les savantes observations de l'interprète, M. le D. Labus, Mus. di Mantova, t. II, tav. xvn, p. 113-117.

trouve cette indication , qui serait si importante pour la question actuelle, si elle avait effectivement la valeur qu’on pourrait être disposé à lui attribuer; et quoi qu’il en puisse être à cet égard, il faut convenir que le savant académicien, qui s’était chargé de justifier et de compléter le travail de peinture entrepris par l’architecte sur les édifices d’Athènes, qui devait lui fournir des textes à l’appui de ses couleurs, a été bien mal servi par son zèle ou par sa mémoire , en négligeant de puiser à la source attique la plus pure, chez Xénophon, comme nous venons de le voir, et chez Platon, comme je vais le montrer, des renseignements dont il eût pu faire un si bon usage, pour peindre, à sa façon, en style historique , non-seulement le Lycée, mais tous les temples d’Athènes.

Voici ce passage de Platon qui se lit dans Y Eutyphron , et dont je ne rapporte ici textuellement que la partie qui a trait à notre sujet1 : ^ vtto rd>v ccpccôuv PPA<I>E£1N tol re 3,AAAA IEP'A r\fLïv KATAriEIIOfKIATAL 11 s’agit là évidemment de peintures exécutées par des artistes habiles, mais non pas clans des temples, et encore moins sur les murailles de ces temples, comme sembleraient le faire croire les mots : tcl ts ’ AAAA 'IE- P'A ct7T67ro (yj?Ci ct\ ; car il est seulement question ici des divers

objets ou meubles sacrés qui étaient ornés de peintures 2; et c’est ce qui résulte , à n’en pouvoir douter , des paroles qui suivent immédiatement, et qui concernent le pépins des Grandes P ana-

1 Platon, in Eutyphron. 6, p. 26-27, ed. Fischer. : Kcd vom/iov clou. Ÿiyu trv ùvcu 7 S ôvn tv toi; Oioiç Ttpoç ùwéhovç , Kj tyj)pctç dliva.ç Kj fXCf^CLÇ , Kj CtXXO. 70IOLV7U. 7T0Xha, oia x{yi7cu V7ro twv 7toiyi7Cûv , ^ uVo 7UV dyetÿccv ypatpîù! v 7a té d.\hcL hpoi Ÿ\fxiv xarrami- 7rci)UX7ca, jt, JM 7 aiç ju-iyolxoïç Tla.va.^yivex.ioiç

C 7ri7TX0Ç pxla 70Ç 7 UV 7010V7UV 7ronUK/ACl7CôV.

' C’est ce dont on a un exemple dans la

profession du frère d’Æschine , Philocharès , que Démosthène désigne comme rà?

cè.Aeiëü.<r7po§y\Kct,ç ypoi(foV7a. xai 7 à 7 vf^Ttcuct. ;

défais. Légat, p. 464 , Bekker.; ce qui n’empêchait pas qu’il ne fùl un peintre distingué, dont il existait à Rome un tableau placé dans la curie d’Auguste, Plin. xxxv, 4, 10 -, voy. à ce sujet Creuzer, ein ait Athenisclies Gefüsse, etc. p. 62-64 , 3 x), 3a).

thénées , xsq tÿA to7$ MeyctAoiç, TIclvclQywolioiç, o ITETlAOS, un de ces divers objets sacrés , ra re a. Met leçjc , qui recevaient des ornements de ce genre, pvecrloc, tcùv toiovtocv ttoiuA/xcctuv . Il n’y a donc rien là qui ait rapport à la peinture des temples; conséquemment il n’y a rien à inférer de ce témoignage de Platon, pour ou contre la peinture sur mur. Mais ce n’en est pas moins un texte éminemment classique , pour ce qui concerne les diverses applications qui se firent de la peinture dans l’antiquité grecque. Tel il avait paru à l’illustre M. Boeckh qui le cite au sujet de la Gig antomachie , figurée suri e péplus panathénaïque1, mais sans s’expliquer sur la valeur qu’il attachait au reste de la phrase de Platon. Tel l’avait jugé aussi le savant antiquaire M. K. Ott. Müllcr, qui avait cru y voir, mais d’abord avec quelque hésitation, des peintures de temples 2. Je pourrais me croire autorisé à mon tour à dire qu’un pareil doute ne devait pas s’offrir à la pensée d’un critique de cet ordre, qui joint toute

1 Boeckh, Græc. Tragœd. Princip. etc.

p. 1 g3-A ; voy. sur ce passage de Platon , et sur les témoignages des Scoliastes , qui en expliquent la partie relative au péplus panathénaïque , et au sujet de la Gig antomachie , qui s’y voyait brodée, mon Mémoire sur les représentations figurées d’Atlas, p. 5o.

2 K. Oit. Muller, Handbuch der Archaolog. S 1 35 , 2 , p. 119 : Mit denen die Tempel (?) bemahlt waren. Ce qui me surprend , c’est qu’ après avoir exprimé dans sa seconde édition , § i35, 2, p. i32, la même indécision , M. K. Ott. Müller reproduit ailleurs , § 319, 5, p. 432, le même passage de Platon , en l’interprétant , cette fois sans hésitation , cl e peintures de temples. Le savant auteur devait se mettre ici un peu mieux d’accord avec lui-même. La peinture de mur qu’il cite à l’appui , d’après Lucien ,

de conscrib. Histor. 29 , t. TV, p. 193 : Mu A K.ond 'Toiyjïv yi-ypap,p/.{vov 'noKipxm , n’a rien , dans ce témoignage de Lucien , qui se rapporte à la peinture sacrée, nia l’art attique, ni même à la haute antiquité grecque :

c’est tout simplement un trait de l’usage de peindre sur mur , devenu général au temps de Lucien, et bien avant cet écrivain. Or, que peut-on inférer d’un pareil témoignage, en faveur de l’idée que les temples d’Athènes fussent peints sur mur, du temps de Platon ? C’est à peu près comme si l’on prétendait qu’avant sa destruction par Mummius , Corinthe était décorée extérieurement de peintures sur tous ses murs, attendu que c’est ainsi que nous la représente Aristide, Orat. isthm. in Neptun. p. 43 (t. I, p. 4o , Dindorf. ) : Toctovtci ÿviaciupo'i rPAMMATflN 7rd<rav aùiùv , ott 01 Kj pxôvov ci.7ro£ tiç,

l’habileté d’un philologue à tout le savoir d’un antiquaire. Mais ce qui était peut-être encore moins permis à un critique qui avait entrepris de traiter spécialement la question de la peinture sur mur, c’était de négliger un témoignage si grave , si favorable en apparence à son opinion, et déjà signalé par deux des maîtres de la science.

S’il était question de rechercher ailleurs qu’à Athènes les exemples qui purent exister de temples ou d’édifices publics, ornés de peintures, autres que ceux qui ont été déjà allégués, ou qui seront produits dans le chapitre suivant, je ne trouverais, à mon grand regret, dans le travail du savant académicien, aucun élément nouveau ajouté par lui-même aux faits employés jusqu’ici. La peinture sur mur de Polygnote, au temple de Thespies; celles de Panænus, sur la barrière du trône de Jupiter Olympien !, et dans le temple de Minerve à Elis, trois monuments cités dans mes Observations 2, resteraient, avec la peinture enlevée d’une muraille de Lacédémone, les seuls exemples certains de ce genre de peinture que nous fournisse l’histoire de l’art. S’il y eut, dans le temple même de Jupiter Olympien, cl 'autres peintures de Panænus, en grand nombre et d’un mérite excellent, comme on a cru pouvoir l’inférer des paroles de Strabon °, ce devaient être des

Koroi 7ciç ôJ'oùç ccvTciç Kj t àç ittoolç, La littérature grecque est remplie de pareilles indications , à partir de l’époque romaine , telles que celle-ci, d’un discours de Dion Chrysostôme, Orat. xxx , 1. 1 , p. bby , Reisk. :

OlKOUÇ... ÔpZifAW KcniirKlVaiT/IAiVOVÇ aTecÿ/Uoîç

Koù x/oay x.où pipeau Ka'i rPA$AÎ2 (nalol) tmY opoçùv, kcl'i riî^Yi (leg. t oi^ouç) ncù ÿupav iipyct<rp,évctç (leg. tipyairpâvouç) ; et cette autre , d’une harangue deThémistius, Orat. xvi, 3g3 : 2 ti JV ro7ç piiv TOl'XOIS

iyypdtyuç 'sroAAoi kcli '^aixi'Ka.. Mais ce serait manquer de critique que d’appliquer indistinctement des témoignages de cet âge aux monuments de la haute époque grecque .

1 Au sujet de cette peinture de Panænus , mal à-propos qualifiée bas-relief par un savant critique , je renvoie à ce qui a été dit dans mon Mémoire sur les représentations figurées d’Atias, p. ia-i4.

2 Voy. ces Observations, p. 12-i4-

5 Strabon. vin', 354 , A : A è/jtvvv'leu ^

DE LA PEINTURE peintures sur bois, puisque Pausanias, qui avait observé avec tant d’intérêt ce temple dans tous ses détails, et qui l’a décrit avec tant de soin , n’y vit aucune peinture , ni au dedans ni au dehors , et n’en a fait du moins aucune mention : ce qui prouverait que ces peintures, si elles s’y trouvaient effectivement au telles de Strabon, en avaient été enlevées près de deux siècles plus tard, à l’époque où Pausanias visita l’Elide; et comme on n’a pas ici la ressource de supposer que les murs du temple eussent été sciés pour en détacher la peinture, ressource commode, empruntée d’un procédé fort incommode, mais à laquelle le témoignage si formel et si détaillé de Pausanias ne saurait se prêter en aucune façon, il faudrait, de toute nécessité, conclure de celui de Strabon que les peintures dont il parle étaient réellement sur bois. C’est en effet de cette manière que l’a entendu le traducteur français, feu M. Coray, qui connaissait parfaitement la valeur du mot yçy.<p<x\, et qui y a vu sans hésiter des tableaux admirables. Mais il me paraît encore plus probable que, par ces peintures de Panænus, qui se trouvaient au sein de l’édifice sacré :

TTD^céf T£ GaLVjXOLtrlcLf 7 Vif). T0 îë£J?V , èxtlVOV [TloLVcéjvOV ) éfyoi ,

Strabon n’a voulu désigner que les peintures de cet artiste qui décoraient la barrière placée en avant du trône, sur trois de ses côtés; c’est l’opinion de M. Piatligeber, l’antiquaire de notre âge qui a recueilli avec le plus de soin et discuté avec le plus de critique toutes les notions qui ont rapport au temple et au colosse d’Olympie1; c’était aussi l’avis de M. Boettiger2, partagé par d’autres antiquaires0 ; et quant à moi , j’adopte en toute

IPA<ï>Al' TTOh^ai ri K, ^oLvju.aala'i vripi to 2 Boettiger , Arclulol. d. Malerei, p. 245.

itpov , itctlvou tpya.\ voy. Trad. franc, t. III, ! Waclismuth, Hellenisclie Alterthunu-

p. i83. hunde, II, 34g, 3 1 ) ; Sillig , Catalocj. vet.

1 Voy. Yallgem. Encyclop. au mol Olym- Artific. v. Panænus, p. 3i5. pisclier Jupiter , p. 281 , 61 ).

CHEZ LES GRECS ET CHEZ LES ROMAINS, confiance cette interprétation qui met d’accord le texte de Strabon avec celui de Pausanias , tout en laissant à la volonté du critique le choix de la première , qui ne saurait profiter en rien à son opinion. Car, pour s’en servir à cet effet, il lui faudrait supposer, ou que les murs du temple qui possédait ces peintures avaient été sciés, ou que le texte de Pausanias, qui avait dû faire mention de ces peintures , s’il les avait vues en place, a été tronqué en cet endroit; or, c’est une dure alternative, pour un critique qui voudrait à toute force trouver partout des peintures sur mur, que d’avoir à supposer toujours des murailles sciées ou des textes mutilés; et il est fâcheux d’avoir à exercer de pareils ravages dans l’antiquité écrite ou figurée, pour soutenir, seul contre tout le monde, une opinion qui a contre elle tous les faits.

Mais je puis lui fournir, à défaut de ce témoignage équivoque, deux exemples d’édifices ornés de peintures qui ont échappé, comme tant d’autres, à ses curieuses investigations, et où il ne tiendra qu’à lui de trouver sans peine et sans effort des peintures sur mur : l’un serait le Polèmarcheion de Phliunte , portique cjui avait été peint de la main cle Sillcix, de Rhégium, dès le cinquième siècle au moins avant notre ère , puisque cet artiste avait reçu les éloges d’Epicharme et de Simonide1; le monument, comme on le voit, valait bien la peine d’être cité; l’autre, qui n’en aurait pas été moins digne, serait le péribole, ou Y enceinte de la fontaine Pirène, à Corinthe, où il se trouvait une peinture représentant la victoire d’Ulysse sur les Prétendants12. Toutefois, ce ne serait encore là qu’une conjecture, en

1 Polemon apiicl Athen. v , 55 , p. 2 10 , tiré de quelqu’un des ouvrages de cet au- B : K ald tmV ïïoAif/.a.pyptiov <r%ccy yiypa.fx- teur, 7Tipî Tlivcîx.a>v ; d’où il suivrait que les /uîvnv v7ro 2/aaouco? tou 'Vyiyivou, ou /xvyfxo- peintures de Sillax auraient dû être des nvoumv ‘E7ny^apjuoç £ S/powv/ctiiç. Ce témoi- tableaux.

gnage , emprunté àPolémon, devait être 2 Pausan. 11, 3, 3 : nipISoAoç ts%r ti

DE LA PEINTURE ce qui concerne l’un et l’autre de ces édifices, attendu que rien, dans les témoignages qui y ont rapport, n’indique positivement quelle était la nature de ces peintures. Quant au portu/ue de l’Altis, situé à Olympie , et non à Delphes , comme on l’a imprimé quelque part1, portic/ue c/ui avait été jadis orné de peintures, mais (jiii ne les conservait plus, du temps de Pausanias2, il ne pourrait être compris dans cette catégorie sans faire violence au texte de cet écrivain ; car Pausanias se serait exprimé d’une tout autre manière s’il avait voulu désigner des peintures sur mur, effacées ou détruites par la vétusté et si j’ai vu sans surprise que l’académicien français ait admis sans difficulté l’interprétation favorable à son système, j’ai regretté qu’un critique tel que M. Hermann , libre d’une pareille préoccupation , ait laissé subsister ici l’alternative de peintures de mur effacées, ou de tableaux enlevés \ quand il était constant, d’après le langage habituel de Pausanias, et suivant la théorie même de M. Hermann, qu’il s’agissait ici d e peintures placées sur les murs, à une épocjue ancienne, qui ne s’y trouvaient plus, du temps de Pausanias, conséquemment de tableaux.

A' avlci) rPA<I>H to’O Sïitraicc; iç, -to'jç Mva- <r'liïpaç iyovaa. toa /xriju-a..

1 L’auteur d’un Mémoire sur les représentations figurées d’Atlas, 2me édit. , p. i42; voy. mon Mémoire sur le même sujet, p. 4-

2 Pausan. V, 21 , 7 : Il po r v\ç Uoouaviç ff'iodç Jta.Aov/uévt]ç , oh ’HSAN tm roov toi- ■yoov ypcttyoù t 0 APXAION.

3 Pausanias eût dit, comme en parlant des peintures de Micon au Thèseion , 1 , 17, 2 : H ypoLtpm... ov sa. Sut roi /^povov, ou de celles de Polygnote aux Propylées, 1, 22, 6 : TpctipoLç, ônoirouç ptd KddttrltiKiv 0 %po*oç aïhoç ÀçoLVtmv ùvou ; ou de celles d’un tombeau, en Achaïe, vu, 25, 7 :

’A/avS'poiv ypuçvtv ; ou bien , enfin , de celles d’un temple, en Locride, x, 38, 9 : Tpctycu Si iir'i rocv roiyuvv ifyhiAoi n vtVav viré rov XfOVOV , Kj Oujïv il/ iAi/TTilo iç OiaV avlèév ; mais il n’eût jamais dit, comme dans ce cas-ci : Tlpo th? TIooc/am? orocLç kola ov/u.ivt)ç, on ’HSAN iir'i roov roiyun ypoKpou to AP- XAÎON , c’est à savoir, qu’iL y eut autrefois des peintures sur les murs de ce portique ; car cette manière de les désigner indique suffisamment qu elles en avaient été enlevées depuis.

4 Hermann, de Pictur. p. 19 : Quod incertum est parietum picturas deletas, an demptas tabulas dicat.

C’est encore ce qu’il faut admettre, et cela sans la moindre difficulté, au sujet du Pœcile de Sicyone , portique orné de peintures, dont la connaissance a échappé aussi au savant académicien, et dont la description, due à Polémon, à l’auteur de l’ouvrage sur les tableaux de Sicyone, a été citée deux fois par Athénée1. C’est sans doute de cet édifice qu’avaient été tirés, en partie, les tableaux acquis par Scaurus ; et cette notion d’un Pœcile cà Sicyone, patrie de la peinture sur bois, conforme à ce que nous savons du Pœcile cl’Athènes et de celui d’Olympie, tous portiques revêtus intérieurement sur leurs murailles de peintures sur bois, nous autoriserait, à défaut d’autres renseignements, à nous faire la même idée du Pœcile de Lacédémone. Cette circonstance servirait aussi à nous expliquer le silence gardé par Pausanias sur le Pœcile de Sicyone , qu’il ne nomme même pas dans sa description de cette ville ; et généralement le peu de peintures qu’il cite dans tant d’édifices de la Grèce, qui avaient dû en être décorés, mais qui, ayant perdu ce genre d ornement dans le cours de plus de cinq siècles de brigandages, n’offraient plus , aux regards de Pausanias, que des murailles dépouillées.

Cette rareté de peintures, dans le livre de Pausanias, et dans la Grèce même, telle quelle était devenue de son temps, n’en rend que plus précieux pour nous l’exemple qu’y a découvert M. Hermann, de peintures sur mur, exécutées dans un édifice sacré, et appartenant à la haute époque de l’art; car cet exemple authentique est un élément nouveau ajouté à la question; et la discussion actuelle s’enrichira plus de ce seul trait, fourni

1 Athen. vx , 253, B, c. lxii , p. A6g, sous un autre titre, le même qui est cité ed. Schw. : flç çyiji HoM/xav iv tu> Uip'i t y\ç ailleurs par Athénée, xiii, p. 567,6, comme 17 oiKihvi ç <rrociç rviç iv IntvZvi ; cf. ibid. ayant pour objet la description des tableaux xiii, 577, C, t. V, p. 86, Schw. Il ne de Sicyone; et dans ce cas, il serait positiserait pas impossible que cet ouvrage de vement avéré que les peintures de ce Pœcile Polémon, sur le Pœcile de Sicyone, fût, étaient des tableaux.

par l’antiquité même , que d’une foule d’observations critiques portant toutes sur des faits connus, qui ne servent qu’à couvrir sous un vulgaire appareil de subtilités la pauvreté d’un travail réduit aux notions les plus communes. Le trait cité par M. Hermann est celui d’un temple de Diane, en Locride, qui avait dû être peint sur ses murailles, et dont le temps avait effacé la peinture, au point quon ne pouvait plus rien y distinguer1 . Ce serait donc là un cinquième exemple de peintures sur mur dans les temples de la Grèce antique , connu par un texte classique, sans préjudice d’autres exemples semblables qui purent exister et que nous ne connaissons plus d’aucune manière; ce serait là, en un mot, l’une des rares exceptions au système général de la peinture grecque , qui s’exerçait sur le bois.

Mais, tout en l’admettant, il importe d’observer ici que la langue des Grecs manqua longtemps d’un terme propre à exprimer la peinture sur mur, et que l’absence d’un pareil mot, dans cette langue si riche et si abondante, d’accord avec le peu d’exemples de peintures sur mur qui nous sont connues par l’histoire de l’art, et avec le silence absolu des grammairiens, tels que Pollux, sur tout ce qui avait rapport au matériel de ce genre de peinture , tendrait à prouver que l’usage dut en être infiniment restreint dans la haute antiquité grecque et dans les beaux temps de l’art. D’un autre côté, l’on avait pu remarquer que l’apparition dans le vocabulaire grec d’une expression qui a rapport à la peinture sur mur, coïncidait avec l’invasion de ce genre de peinture dans le domaine de la vie privée des Romains, puisque, comme nous le verrons , le mot et la chose appartiennent au siècle d’Auguste ; et ce serait là

1 Pausan. x, 38, 5 ; voy. Hermann, de prétation qu’en a proposée M. Hermann, Pictur. p. ig. Le texte a été rapporté pré- bien qu’il fût possible delà contester, en cédemment , p, 202 , 3; et j’admets l’inter- l’opposant à sa propre doctrine.

CHEZ LES GRECS ET CHEZ LES ROMAINS. 205 encore une nouvelle et grave présomption à l’appui de notre manière de voir. Voilà des circonstances philologiques dont il y a lieu d’être surpris qu’un critique comme M. Hermann n’ait point été frappé. Quant au savant académicien , qui s’est contenté d’alléguer le témoignage du Grand Etymologique pour prouver que l’usage de peindre sur mur avait régné chez les Grecs *, je pourrais me contenter aussi de lui demander de quelle valeur peut être , pour les temps anciens de la Grèce , le témoignage du compilateur inconnu de cette œuvre étymologique, quand il parle d’après lui-même, sans citer aucun garant, et quand il ne peut avoir eu en vue, comme dans ce cas-ci, que la pratique de son siècle, qui fait partie de la période byzantine ? Que nous importe de savoir que , du temps de cet écrivain anonyme du Bas - Empire, les peintres de murs s’appelassent èyx^cvtricLi , quand il s’agit pour nous de rechercher, à l’aide de témoignages fournis par l’antiquité grecque, si la Grèce, aux beaux temps de l’art, pratiqua la peinture sur mur? Et quand l’usage de peindre qui lait l’objet de ces recherches s’arrête au siècle d’Auguste, à partir duquel nous savons, par tant de monuments palpables, qu’un autre usage prévalut, que nous veut-on avec le témoignage du Grand Etymologique , qui nous apprend, pour le siècle de Photius , ce que nous avait fait connaître la vue de Pompeï pour le siècle de Vespasien? Il eût mieux valu rechercher, dans cette littérature byzantine, les preuves qui pouvaient s’y trouver de la pratique ancienne de la peinture sur bots, et

1 Magn. Etymol. v. ’Eyxtxaupiivn- ifa- du moyen-âge, M. Emeric - David , avait ypaç^/uivi]' èVè/ lytccailaî (leg. iyxa.va'la.i ) déjà cité ce texte du Grand Etymologique, et Myov'ïat 01 fayp ccçoi ol tflaypd(poi/%ç tovç il n’y avait vu, avec raison, que 1 expression rolyyvç. Un membre de notre académie, d’un fait postérieur à l’antiquité grecque ; qui s’est occupé avec beaucoup de soin de voy. ses Discours historiques , p. 180, 1); l’histoire de la peinture du Bas-Empire et dès lors , à quoi bon le reproduire ?

DE LA PEINTURE ces preuves, comme je le montrerai ailleurs, n’auraient pas manqué. Ainsi, pour n’en citer ici qu’un exemple, dans ce passage de Théodoret1 : /xev SANl'SI TOl'XOIS

Tau; thlAcl icu, èyy^c<po\%<; 'ut'ioçj.clç , il s’agit évidemment des deux périodes diverses de l’art de peindre, la première, qui comprend toute la belle antiquité grecque, où l’on peignait sur panneaux de bois, crouifo-i, la seconde, qui embrasse la série entière des temps romains, où l’on peignait sur mur , Toiyoi;. Mais, même à cette époque de la décadence de l’art, amenée par l’usage de peindre sur mur, le peu de peintures de quelque mérite qui s’exécutaient encore par la main d’artistes Habiles, et non pas de simples décorateurs de murailles, étaient des peintures sur bois. C’est de pareils travaux en effet qu’il est question dans cette phrase de Plutarque2, qui parle de F usage de son temps, conséquemment du siècle de Trajan: Zcoy^ÿ.Ç>ov rivo tw Qea/xévcûv roo; rErPAMMENOTS ffl'NAKAX; et plus tard encore, dans le siècle de Julien, des allusions à l’usage de peindre sur bois, telles que celles qui se rencontrent dans les écrits de Libanius0, prouvent que cette branche de l’art continuait d’être cultivée avec succès.

Mais que nous servirait de descendre dans le Bas-Empire pour y trouver des témoignages, tels que celui du Grand Etymologique, qui ne s’applique, encore un coup, qu’au siècle de Photius , quand nous avons besoin de connaître ce qui se pratiquait dans celui de Périclès ? Or , il nous reste à cet égard un témoignage dont on n’a pas suffisamment apprécié la valeur, et que j’avais réservé pour le faire servir de couronnement

1 Tlieodoret. Hist. Ecoles, i , 1 . banius prête à un peintre : Tpcctpw -rot

1 Plutarch. de Gen. Socrat. Init. t. VIII, À.7roA^wa ùç Jlzçvvv ^uac/hv, kcu tov H Tp. 271 , ed. Reisk. AOT /xti Sl^o/uuivov tco ^pû/ucera., Declamat.

5 Ce ne peut être que l’usage de peindre t. IV , p. 1019, ed. Reisk. : Ta M •^pùy.a.TO. sur bois qui ait motivé le discours que Li- Avtrai ’ïïoXîfÀ.ov/u.iva. ET AÜ.1 , etc.

CHEZ LES GRECS ET CHEZ LES ROMAINS, à cette partie de mon travail. Ce témoignage est celui de Cicéron, dans son Traité de l’Invention \ où il raconte comment s’y prirent les Crotoniates, à l’époque la plus florissante de leur république, pour satisfaire leur désir d’orner de peintures excellentes le temple , si vénéré parmi eux, de Junon Lacinia. Ils s’adressèrent à Zeuxis , le plus renommé des artistes de cet âge, qui mettait au poids de l’or le prix de ses travaux, et qui se chargea, pour une somme considérable, de cette décoration générale du temple. Zeuxis peignit donc un grand nombre de tableaux, dont quelques-uns, ajoute Cicéron, sont demeurés en place jusqu’à notre temps, protégés par la sainteté du lieu ; et l’une des peintures exécutées à cette occasion fut précisément, comme l’on sait, ce célèbre tableau d’Hélène qu’ Auguste, dans la génération suivante, ne se fit pas scrupule d’enlever de ce temple , dépouillé sans doute alors de tout ce qui lui restait d’ornements du même genre. Que l’on pèse attentivement toutes les paroles de ce texte classique; que l’on réfléchisse à la gravité de l’écrivain et à la célébrité de l’artiste ; que l’on songe enfin qu’il s’agit ici d’un monument du premier ordre , du sanctuaire le plus auguste de la Grande- Grèce; et l’on ne doutera pas que la peinture employée à la décoration des temples ne consistât, comme dans ce cas-ci, en une suite de tableaux, complures tabulas; et l’on sera convaincu que, dans d’autres occasions semblables, où il s’agit de travaux de peinture exécutés par des artistes célèbres, tels que ceux de Phidias, dans XOlympieion d’Athènes'2, de Poly-

1 Cicéron, de Invent. 11 , 1 : Crotoniatæ plures tabulas pinxit, quarum nonnulla

quondàm, càm Jlorerent omnibus copiis , pars usque ad nostram memoriam propter

temphim Junonis, quodreligiosissimè colerent, fani rehgionem remansit ; et.... Helenæ se egregiis picturis locupletare voluerunt. pingere simulacrum velle dixit.

Itaque Heracleotem Zeuxin,... magno pretio 2 Plin. xxxv, 8, 34 : Olympium Atheronductum adliibuerunt. Is et ceteras com- nis ab eo pietum.

DE LA PEINTURE gnote, au Lesché de Delphes1, de Protogène, aux Propylées 2, c’est toujours de cette manière qu’il faut entendre les témoignages classiques qui les concernent.

Il s’en faut Lien que nous ayons épuisé toutes les notions antiques qui se rapportent à notre sujet. Nous avons encore à examiner toute une importante classe de monuments : les portraits des personnages historiques; et en recherchant de quelle manière étaient exécutées, et comment étaient placées, dans les édifices publics de la Grèce, ces sortes de peintures, nous aurons lieu de nous convaincre, par de nombreux exemples, que, sauf quelques exceptions, la peinture, de style historique, la véritable peinture grecque, s’exerça toujours sur le bois: en sorte que, sur ce point encore, l’accord parfait qui se rencontrera entre toutes les notions de l’antiquité, de manière à nous offrir toujours le même résultat, équivaudra, pour tout lecteur impartial, à une démonstration complète.

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