IV
Des Portraits ou Images, soit en pied, soit en demi-figure, des personnages historiques de la Grèce , exposés dans les lieux publics , ou consacrés dans les temples.
11 ne s’agit pas ici de rechercher à quelle époque de l’antiquité put s’établir, et dans quelles limites put s’exercer, chez les Grecs, l’usage de consacrer les portraits dans les
1 Plin. xxxv, 9,35: Hic Delphis ædem tiques désignent une opération semblable à pinxit ; voy. l’observation faite plus haut, celle que Cicéron attribue a Zeuxis ; et dans
p 180, î ). toutes ces circonstances, il s agit d une déco-
1 Idem, xxxv, îo, 36 : Cùm Athenis... ration de peinture, executee au moyen de Propylæon pingeret. Ces trois locutions iden- plusieurs tableaux, conxpluribus t ABU lis.
CHEZ LES GRECS ET CHEZ LES ROMAINS. 209 temples. Cette question, qui a été récemment agitée, plutôt que traitée à fond, par deux des plus illustres philologues de notre âge, M. Boeckh et M. Hermann1, embrasse tant de faits, et touche à tant de points d’antiquité, que je ne saurais m’y arrêter sans perdre trop longtemps de vue l’objet principal de mes recherches. En me bornant aux seuls monuments de ce genre qui furent produits par l’art de peindre , il me suffira d’en trouver des exemples qui datent du vie siècle avant notre ère, conséquemment d’une époque bien antérieure à celle où la peinture des Grecs avait acquis tout son développement; et je n’aurai plus qu’à suivre, à partir de cette époque , dans toute la durée de l’art grec , les principales applications de cet usage que nous fournira l’histoire de l’art.
Le plus ancien exemple qui nous soit connu d’un portrait peint de personnage historique , consacré de cette manière , est sans doute celui du portrait d’Amasis, roi d’Egypte, que ce prince envoya aux habitants de Cyrène. Le trait est rapporté par Hérodote2, et la date peut en être fixée approximativement vers le milieu du vie siècle avant notre ère3. On ne m’opposera pas que ce portrait d’un roi d’Egypte était un monument étranger à l’art grec, puisque Amasis, en envoyant son image à un peuple grec, pour être consacrée dans un temple grec, n’avait pu que se conformer à un usage grec. Je dirai plus : ce portrait ne pouvait être que l’ouvrage d’un peintre grec, d’un des artistes de cette nation qu’Amasis
1 Boeckh , Corp. Inscr. gr. t. I, p. 18-19; Hermarm’s Hier Boeckh’s Behandl. cl. Inschrift. 2o3 ; avec ta réponse de M. Boeckh , dans YAppeml. p. 872-73.
Herodot. 11 , 182 : A if A tccù àva-
Ç^uoLTa à ”Afxam;iç 711V 'iLWcîéSc- toCVo pciv, tç K vpnnv aya.\y.a. iTri'^pviroy ’A^nva.lt\ç , zal
El’KO'NA îwvtov rPA$Hh i\v.cLsfxiyy\v .
Voy. sur ce passage ta note du dernier éditeur d’Hérodote , t. I , p. 888 , Creuzer.
5 Piosellini , Monum. clcll’ Ecjitto e délia Nuira, t. Il, p. i5o-57 , où le règne d’Amasis est fixé entre les années 569 à 52 5 avant J. G.
DE LA PEINTURE avait fixés dans ses états. Je présume que ce devait être un Samien , d’après les relations particulières qui s’étaient établies à cette époque entre le roi d’Egypte Amasis et le tyran de Samos, Polycrate, relations dont Hérodote nous fait connaître un monument authentique , consistant en deux statues cle bois sculptées à son image , et consacrées par le même prince dans YHérœon de Samos1 2 *; et je trouve, de l’antiquité d’une école de peinture à Samos , un indice bien curieux , dans cette particularité de la vie de Pythagore rapportée par son biographe , que le philosophe avait été mis dans sa jeunesse à Y école du peintre*1, de, Zuy&Çov ( (fiJW^Àsîov ) ; c’est un trait de l’histoire de l’art qui méritait bien de n’être pas négligé, comme il l’a été , par les critiques modernes qui se sont occupés de cette histoire.
Il existe d’ailleurs, dans toute la littérature grecque, de nombreuses preuves de cet usage de consacrer aux dieux les portraits de personnes chéries ; et de bonne heure aussi , ces sortes de portraits, exécutés de toute main, sur des tablettes de bois, prirent place dans les lieux sacrés. Dès le temps d’Æschyle0, nous voyons les simulacres des dieux parés de ces tablettes votives , sans cesse renouvelées, qui devaient offrir les portraits des dévots. Plus tard., on sait que les temples de Bacchus, de Vénus, surtout ceux des Nymphes et d 'Esculapek, et
1 Herodot. u, 192 : ToûVo iç IcLpcov Cpirici MUfmaou tolJï ; conf. Schol. ad h. I.
tm Hbw iix-ôvaç tavroïï Jupaïuaç ‘çuAiva.ç. 4 5 Voyez, pour les temples des Nymphes,
2 Porphyr. de vit. Pythagor. § 11. Al’ap- le Proëmium du roman de Longus, p. 1-2 ,
pui de ce témoignage, je pourrais citer ed. Sinner., qui ne peut faire allusion qu’à celui de Thaïes, qui se plaignait que, de un usage général; et quant aux temples son temps , l’éducation de la jeunesse corn- d ’Esculape , particulièrement ceux de Cos ,
mençât par le pædotribe et le peintre ; le d’Epidaure et de Tricca , voy. Strabon , xiv, trait rapporté par Stobée est cité par Vos- 65y, et vin, 3 7 A- Dans sa description de sius , de Graphie. S 6. Y Asclêpieion d’Epidaure, cet auteur nous le
5 Æscliyl. SuppL A66 : Nïo/f ITI NAEI représente comme rempli d’un grand nombre
CHEZ LES GRECS ET CHEZ LES ROMAINS, enfin de Sérapis1, furent remplis de tableaux votifs, 7nvouu<, cwocxei/xevoi , représentant tantôt des portraits de personnes vouées aux dieux, tantôt des guérisons obtenues, des dangers évités, des songes, des apparitions*1 . Nous avons déjà vu un exemple de dédicaces pareilles , consistant en une suite de portraits de femmes Hiérodules de Corinthe, exécutés sur un seul tableau, et consacrés dans le temple de Vénus0. C’est un portrait du même genre que la belle Kallô consacra dans le temple de la même déesse , et que nous connaissons par une charmante épigramme de la Lesbienne Nossis4; et quant à l’usage populaire qui se faisait de ces peintures du dernier ordre, pour des personnes de la dernière condition, on peut s’en laire une idée d’après le petit poëme de Léonidas de Tarente, où il est fait allusion à ces tableaux votifs, consistant en portraits de pauvres gens 5.
Mais sans entrer ici dans le détail d’une des applications de l’art de peindre, qui appartient à l’histoire générale de cet
de tableaux relatifs aux guérisons opérées par la bienfaisante influence du Dieu : 'lipàv 7rAv\piç... ra>v d.va.x.u/uivu>v riINA'mN , iv oiç àvayiypay,füiyai Tvyyjtvovtm ai ÿipa7n7ui. Les tableaux consacrés dans YAsclêpieion de Cos étaient accompagnés d’inscriptions explicatives qui devinrent, suivant une tradition rapportée aussi par Pline , xxix, 1 , le principal élément de la doctrine d’Hippocrate. Voy. à ce sujet Pacciaudi, Monum.
Peloponn. t. II, p. 167-175; Middleton, Antiquit. p. i3g-i4o.
1 Cicéron, de Divinat. 11, 59; cf. Middleton. Antiquit. p. i52-3.
5 Telles que celles dont on avait été frappé dans l’antre de Trophonius , et dont c’était l’usage de laisser une image ou un souvenir sur une tablette , àva^éïvai yiypa/xpctva iv üTNAKI, Pausan. ix3 3q , 5;
voy. plus haut, p. 22, 5), etp. ig3, 2), 3). 5 Allien. xm, 32 , t. V, p. 71 , Scliw.
4 Nossis, Epjgramm. apud Valckenaer. ad Theocrit. Adoniaz. 82 , p. 373 ;
ToV IIINAKA j'avdaç KaAAÙ Sd/xov iç ’AtppoJiraç
El’KC/NA ypafa/uéva 77Wt’ ANE^QH- KEN TSAN.
vid. Brunck. Analect. I, 196, Carm. x; conf. Jacobs. Animadv. VI, 4ig. D’autres portraits de femmes, exécutés de même en peinture , sur table de bois : Qv/aapiraç /aop- <pàv d npNAE iyyt , sont décrits dans les Epigram. vin etix, ibid. p. 195.
5 Leonid. Tar. Carm. xv, p. 33-34, ed.
Meinecke. Voy. sur cette épigramme les observations de M. Welcker, Syllog. uiscript. p. 98 , qui y a vu un exemple de celte p amypatpia , opposée à la /uiya\o-
art chez les anciens, et qui trouvera sa place ailleurs1, je dois me borner à rechercher quelle fut la nature des portraits de personnages historiques, et de quelle manière ces portraits étaient disposés dans les édifices sacrés ou publics.
Il exista de bonne heure, chez les Grecs, deux sortes de portraits peints, exposés à la vénération publique, c’est à savoir des portraits de figures entières, et des portraits en buste exécutés sur bouchers. Ces deux classes de monuments iconographiques méritent d’être traitées séparément, attendu que les témoignages qui s’y rapportent n’ont pas encore acquis toute la certitude et toute la valeur qu’ils comportent. Il n’est pas nécessaire d’avertir que ces portraits, de quelque forme qu’ils fussent, étaient peints sur bois ou sur métal, et non sur mur ; ce qui résulte de la condition même du portrait, qui ne pouvait être exécuté que dans l’atelier de l’artiste et en présence du modèle. Aussi verrons-nous, dans un autre endroit de ces recherches, que même les portraits de personnages mythologiques , ces portraits de convention , exécutés d’après un modèle idéal , sans autre but que de rendre populaires et présentes en tout lieu les images du beau personnifiées sous des noms héroïques, tels que ceux de Nirèe, d’ Hyacin the , de Narcisse, des Dioscures, se faisaient toujours sur des tables cle bois, niNAKESSI2, parle procédé de X encaustique0 . Mais nous ne devons nous occuper ici que des
ypocçia., dont il avait déjà rassemblé plus d’un témoignage dans ses Olsei'vations sur Philostrate, p. 3g6-8.
1 J’ai déjà eu occasion de traiter une partie de cette question , considérée dans ses rapports avec une pratique analogue du christianisme , dans un Mémoire sur les peintures chrétiennes du premier âge. Ce mémoire , lu à l’Académie des Belles-Lettres , est destiné au recueil de cette Académie.
2 Oppian. Cyneget. i, 36o-365. Je reviendrai ailleurs sur ce trait curieux de mœurs grecques , qui me fournit un témoignage authentique et un nouvel exemple à l’appui de Y Iconographie héroïque, dont j’ai exposé ailleurs l’idée générale ; voyez mes Monuments inédits, Odysséide , p. 2 42-
5 Anacreont. Carm. xxix , g ; conf. xlix , 7 : 'O M KHPO'2 ou db'vnlai. Add. Ovid.
portraits de personnages historiques, de la belle époque de l’art.
Sur une curieuse inscription grecque, du troisième siècle avant notre ère, contenant le détail des distinctions honorifiques accordées par un collège d’artistes scéniques à un musicien célèbre, il est fait mention d’un portrait peint en pied de ce personnage, cjm devait être consacré dans le temple de Bacchus : ’ANA0EINAI JV clvtov w El’KONA êv roo A iovv<riu rPAEtTHN t£à eiccv1 : telles sont les expressions du décret, qui ne me semblent offrir aucune incertitude; bien que le savant éditeur de ce marbre grec, M. Osann, se soit obstiné à ne voir, dans un texte si clair et si positif, ni une image peinte, ni une figure en pied , mais tout simplement un portrait sculpté en buste. Les raisons alléguées par cet habile philologue à l’appui d’une interprétation si étrange ne sont, à mes yeux, qu’un abus de la critique; et M. Hermann en a jugé de même, d’après la manière dont il explique ce texte2, et qui s’accorde tout à fait avec la mienne. C’est également d’un portrait peint , et probablement aussi d’une figure entière, consacré dans un temple d’Hercule, qu’il faut entendre ces expressions d’un décret de Délos , depuis longtemps connu0: ’ANAQEINAI Si ocvrov El KO NA rPAEtTH'N èv roi re^évet rov 'H^jcà éovç,-, et de pareilles autorités ne permettent plus de conserver le moindre doute sur le sens de quelques autres témoignages du même genre , qui nous
Heroïd. xm , i52-i56. Sur ces portraits à l encaustique , voy. d’Hancarville , Antiq. d Hamdton , IV, 221 , 28) , qui s’est trompé pourtant dans ce qu’il rapporte, p. 199, 168) , du portrait de Sapho, peint de cette manière par Léon.
1 Osann, Sylloq. inscript, p. 2,84, lin. 53; vid. p. 244-6.
Hermann , de Pictur. p. 7-8. M. Rob.
Walpole , qui avait publié le premier cette
inscription , Travels in various Countries of tlie East, etc. Append. 1 , suiv. , et un philologue anglais qui s’en est occupé dans le Mus. crit. Cantabr. VII, 477, avaient vu pareillement dans ce passage un portrait peint en pied.
3 Publié d’abord par Spon , Miscellan.
sect. x , p. 344. Voyez ce qui a été dit à ce sujet par M. Osann , Sylloq. inscript, p. 244, et par M. Welcker, Sylloq. inscript, p. 162.
sont restés de l’antiquité. Tel est, entre autres, celui de Strabon , concernant un citharœde de Magnésie, auquel sa patrie avait accordé une statue de bronze érigée dans le théâtre , en même temps qu’un portrait peint en pied , qui fut placé dans l'Agora 1 : vgJécLvny v\ TPAIITH' El’KdN è/ucÇicLutfi y h Tri Le rapprochement des deux portraits, l’un en bronze, éixÀiv %ocA)ov, l’autre en peinture, y^g-vriri eixxjv, indique bien qu’il s’agit ici d’une figure entière; du reste, la circonstance même pour laquelle Strabon cite cette image, c’est à savoir, que Magnésie avait honoré le personnage en question de la pourpre sacrée du sacerdoce de Jupiter Sôsipolis, ainsi que le montrait son portrait peint placé dans l’ Agora, cette circonstance , dis-je, prouve bien que la figure était peinte , puisque tout autre procédé n’eût pu rendre sensible aux yeux la couleur de la pourpre, alléguée ici par Strabon; et cette observation, si simple et si naturelle, avait eu cependant besoin d’être rappelée par AI. Hermann 1 2 *, à des critiques tels que M. Osann , qui n’avaient pu se résoudre encore à voir ici un portrait peint d’une figure entière. C’est effectivement de cette manière que le passage du géographe grec avait été entendu par un habile antiquaire, feu M. Vôlkel5;et ce petit nombre de textes grecs, fournis par les marbres et par les écrivains, suffirait déjà pour établir la notion qui résulte de tant d’autres témoignages de l’antiquité, et qu’un orateur exprime d’une manière générale, en nous représentant les places publiques des villes grecques ornées des portraits cle citoyens illustres, comme les temples de ceux des Héros et des Princes qui avaient dirigé la destinée des peuples \ 11 ne nous reste plus qu’à faire connaître les monu-
1 Strabon. xiv, 648. 4 Dion Chrysost. Oral, lxxii, p. 628,
3 Hermann, de Piclur. p. 7. D (II, 383 , Reisk. ) : Kai civS'puv iimvclç
5 Vôlkel’s archüoloçj. Nachlass , p. g3. 0 pu<ri ttoaituv thV 7tÔmuç iv t h àyopa x.a.1
CHEZ LES GRECS ET CHEZ LES ROMAINS, ments indiqués dans l’histoire de l’art antique, qui déposent à l’appui de cette notion générale.
L’exemple le plus illustre que je puisse citer d’une pratique dont il dut se faire, chez les anciens, tant de mémorables applications, et qui produisit tant de chefs-d’œuvre de l’art, est sans contredit celui des vingt-sept portraits de Rois et de Tyrans de la Sicile, qui avaient été consacrés dans le temple de Minerve, à Syracuses, et qui en furent enlevés par Verrès, au témoignage de Cicéron1. Ce fait qui constitua, dans l’opinion de l’orateur romain , un des principaux chefs d’accusation contre Verrès, devient pour nous un des principaux éléments de la question qui nous occupe; car je ne présume pas que personne se refuse à voir dans les vingt-sept tableaux dont il s’agit autant de portraits de figures entières, peints sur bois, et appligués sur la muraille, de manière à servir, comme les autres pointures de style historique, à la décoration intérieure du lieu sacré : les expressions de Cicéron sont trop claires et trop positives pour laisser le moindre doute à cet égard. Un lait analogue à celui-là, et dont on peut tirer une conséquence toute pareille , est celui que nous apprend Plutarque 2, et qui
tv toiç kpoiç ILrpetTnyav Kai Bcotimuv outuç àvcüm/aivaç. J’admets ici, avec M. Osann, Syllog. p. 2 45,84), la leçon d’un manuscrit proposée par M. Boissonade , ad Eu nap. t. I , p. 33g , laquelle donne ces deux mots : K ou Barnhiav.
1 Cicéron, in Verr. iv, 55 : Viginti etseptem prætereà tabulas pulcherrimè pictas ex eâdem æde sustulit, in quibus erant imagines Siciliæ Regum et Tyrannorum, quæ non solùm pictorum artificio delectabant, sed etiam hominum commemoratione et cognitione formarum. Dans le nombre de ces tyrans figurait sans doute ce Pollis ,
d’Argos , oç iÇcunhivat üvpaxovinoûv , dont le nom n’est venu à la postérité qu’à cause des soins qu’il avait donnés à la culture de la vigne , Athen. i , p. 3 1 , B , c. lvi , p. 1 1 8, Schw. L’historien Phanias avait composé un livre sur les Tyrans de la Sicile , 7npi 7cov iv S/xêA/a T vpou/vcnv , qui est cite par Athénée, vi, 282, C, c. xxi, p. 392, Schw., et qui devait contenir la biographie des personnages dont le temple de Minerve avait reçu les portraits.
2 Plutarch. in Arat. § i3, t. V , p. 527, Reisk. : A iû tclç /aiv clhKaç El KO NAS 7U>v Tvpanav civil mv evd ùç 0 Aparoç, h. t. à.
concerne les portraits des Tyrans de Sicyone, enlevés par Ara tus à l’époque où il affranchit cette ville, sa patrie. Ces portraits, ouvrages des plus habiles maîtres de l’école nationale , étaient certainement placés, soit dans le principal temple de la cité, comme à Syracuses, soit dans le Prytanée , ou le Pœcile, ou quelque autre grand édifice public; et l’on doit croire qu’ils étaient exécutés en pied, d’après l’exemple cité par Plutarque, de celui du tyran Aristrate l, qui ne fut sauvé de la proscription générale qu’à cause de l’extrême mérite de l’art et du talent de son auteur, Mélanthius, qui s’était fait aider par Apelle. Or, suivant l’idée que nous donne Plutarque de ce tableau, le tyran Aristrate s’y voyait représenté debout, près d’un char portant la jicjure de la Victoire : Ù^/xcch vixnÇiopo) 7m. yz<r- /là>ç 0 ’AcJiAiçyc )o$; et ce portrait même était bien peint sur bois; ce qui résulte encore des expressions de Plutarque : rov ’Aeji</le/lov êyd> 7cu,^ycùçyv\>]cL rov ITI NAKOS. Le peintre Néalcès, ami d’Aratus, pour concilier les intérêts de l’art avec ceux de la liberté, qui exigeait la suppression de la figure du tyran, se chargea d’ effacer cette figure odieuse, à la place de laquelle il peignit un palmier : ViyAëiÇiëv 0 NêctÀjtuç rov ’A çj.crigjclor Vie, Si ràv yàçc/L^ ÇoiviKse ft-ovov evéyçy-fëv ; mais cette opération fut faite sans doute avec quelque précipitation ; car les pieds de la figure du tyran effacée restèrent par inadvertance audessous du char. J’ai dû insister sur ces détails , qui contiennent une des particularités les plus curieuses de l’histoire de l’art, et qui nous fournissent, sur la manière dont étaient
1 II est fait mention de cet Aristrate dans p. 324, Reisk. : ~2ikvuviovç, ’ kpicTparrop. le discours de Démosthène, sur la Couronne, C’était d’ailleurs un ami des arts et des p. 242, comme cl’un de ces tyrans, créa- lettres , autant qu’on en peut juger d’après turcs de Philippe, et victimes de sa poli- le trait rapporté par Pline, xxxv, 10, tique : T/ P’ ’ Api<npcnoç îv Xihvcovi ; yj/ùj ri 36 ; voy. plus haut, p. 166 , not. 1) . UipiAaoç iv M iyapotç ; ovx. àr7rtpptlu/J.îyoi ; et
CHEZ LES GRECS ET CHEZ LES ROMAINS, généralement conçus ces portraits de Princes ou de Tyrans de la Grèce , un renseignement positif et un exemple authentique, l’un et l’autre appartenant à la plus célèbre des écoles grecques de peinture. Un autre type de ces sortes de figures nous est indiqué par Pline ; et ce type , concernant Aratus lui-même , qui avait été peint par Léontiscus, en vaimjiieur, portant un trophée, Aratum victorem cum tropæo *, se retrouve dans ces figures de Mars Ultor, ou G radions , avec un trophée, qui nous sont connues par tant de monuments grecs et romains.
H importe maintenant d’être bien fixé sur le point qui forme précisément le nœud de la question actuelle, c’est à savoir sur la manière dont étaient généralement placés, dans les temples ou édifices publics, les portraits dont il s’agit, en qualité de peintures votives ou de tableaux consacrés. Or, Pausanias nous fournit à ce sujet deux renseignements bien précieux, l’un et l’autre pourtant négligés par le savant académicien, aussi bien que le fait même si important pour l’histoire de l’art et si grave en soi, des portraits des Tyrans de Sicyone. Le premier de ces témoignages a rapport aux portraits peints des Jeunes filles qui avaient obtenu le prix de la course dans le stade d’Olympie, portraits qu’il leur était permis de consacrer dans le temple de Junon, à Elis2 : KaJj i\î ^ ’ANA0EINAl' o-ç>tcr\i écrit ytyçjyfxfxéycv, EfKONAS; et nous pouvons encore ici nuos faire une idée de ces portraits de Vierges victorieuses à la course olympique , d’après la manière dont Pausanias nous les représente, les cheveux épars , vêtues d’une simple tunique, qui descend ci peine audessus du genou, et qui laisse l’épaule droite découverte jusqu’au
1 Plin. xxxv, ii, £o. ajoute, se rapportent à la célébration des
2 Pausanias ne dit point que ces por- jeux Héræens d’Élis et au culte de Junon , traits fussent consacrés dans le temple de il est évident qu’on doit suppléer ainsi à Junon, à Elis; mais comme les courses dont son silence, en ce qui concerne le temple il parle ici , et tous les auires détails qu’il y où cette consécration de portraits avait lieu.
sein; car nous possédons, dans une charmante statue du musée du Vatican1, d’ancien style et de travail grec, un modèle d’une figure semblable, que l’illustre Visconti n’avait pu manquer d’y reconnaître. L’autre trait, rapporté par Pausanias, cpii présente une notion du même genre, avec l’indication précise du lieu où les portraits étaient exposés, et de la manière dont ils y étaient placés, devient, à ce double titre, un des plus précieux documents qui nous soient restés de l’antiquité. Il s’agit de toute une collection de portraits que renfermait un portique de la ville d’Elis; ce portique consistait en une double colonnade , avec un mur au milieu ; et c’était sur ce mur même qu étaient encastrés, de chacjue côté, les portraits en question2 : ’ANA'KEINTAI Si xrf Ef ICONES êi&léfa>9ev roiyoû ; expressions qui ne laissent aucun doute sur la nature non plus que sur le mode de cette décoration. Entre tous ces portraits, celui que Pausanias avait distingué et qu’il cite de préférence, celui de Pyrrhon, fondateur de la secte qui porta son nom , nous autorise à penser que c’était une réunion de portraits de Sages et de Philosophes , appartenant à lElide, ou à la Grèce entière, qui formait l’ornement de ce portique d’Elis; et c’était bien là en effet la décoration la plus convenable pour ce genre d’édifice.
Nous allons retrouver en beaucoup d’autres endroits de la
1 Mus. P. Clem. III, xxvii.
2 Pausan. vi,24, 4- Le mot «/xovîç signifie certainement ici, comme dans la plupart des cas où il se produit, des portraits, en général, soit peints, soit sculptés; et bien que le mot yiypctp.ju.tvou , qui serait necessaire pour désigner expressément des portraits peints, n’ait pas été ajouté par Pausanias , il me semble évident que c’est de cette sorte de portraits qu’il s’agit ici. Quant
aux mots : Avclx.uv'tcu yrpoç tS t oiyu>, ils ne peuvent avoir d’autre sens que d’indiquer que ces portraits étaient appliqués sur le mur ; Pausanias se sert toujours d une locution semblable pour exprimer la même idée , notamment dans l’endroit où il parle du tableau des Grâces , de Pylhagore, placé de cette manière dans le Pythion de Pergame , ix , 35, 2 : Upoç toi TIvÿiüj Xctpntç
ivr ctuÿct iici , ïlui)a.yopov ypçL-^cLvroç.
Grèce le même emploi de portraits de personnages célèbres, exécutés en peinture , et dédiés dans les édifices sacrés ou publics, soit par un motif religieux, soit dans des vues politiques. Tels sont, en premier lieu, les portraits du général athénien Léosthène et de ses enfants, placés sous un des portiques du temple de Jupiter, au Pirée, ce même temple que nous avons déjà cité plusieurs fois, sur la foi de Strabon , comme renfermant dans ses petits portiques une nombreuse collection de tableaux du premier ordre1; notion si curieuse, à l’appui de laquelle je puis de nouveau produire ce trait, si remarquable aussi, des portraits de Léosthène et de sa famille, ouvrage d’Arcésilas, dont nous avons dû la connaissance à Pausanias2. Tel est aussi le portrait de Thémistocle qui fut consacré par ses enfants, rétablis dans leur patrie , et dédié par eux dans le Parthénon , comme un monument public d’expiation pour Pinjustice avec laquelle le peuple d’Athènes avait traité le vainqueur de Salamine. Sur tous ces points , le témoignage de Pausanias est clair et positif0; et l’on aura peine à concevoir que le savant académicien ait pu voir dans ce portrait, consacré par les enfants de Thémistocle dans le Parthénon, une peinture sur mur exécutée à l’époque même de la construction du temple : car l’idée de dédicace, ctvccSêvlëç , et la condition même de portrait, repoussent une pareille supposition , à laquelle s’oppose également tout ce
1 II s’y trouvait aussi des statues de bronze , érigées en l’honneur de citoyens illustres , ou dédiées par eux-mêmes , une desquelles , représentant le père de Léocratès, fournit à l’orateur Lycurgue un beau mouvement d’éloquence , dans sa célèbre harangue contre ce même Léocratès :
7rpoJïJh)KiVctl TkV ïix.0VCl 70V 7TOLTf>0Ç, 7 A £ V
7 ai 7 ou A io ç 70v ~S.cû7vipoç àvaKii/j-ivviv ; Lycurg. contr. Lcocrat. p. 23 1 , ed. Reisk. Ce
temple devait donc être , presque à l’égal du Parthénon , une sorte de sanctuaire public et de musée national ; voy. à ce sujet l’observation faite plus haut, p. 109, î ).
2 Pausan. 1 , 1 , 3 ; cf. Sillig. Catal. vei Artif. v. Arcesilaus, p. 80.
0 Pausan. 1 , 1,2: $>cuvov')m Ji oi 7rai<ftç oi QifAKv'loKAiOVÇ, Kj H.u1(Adov1(Ç, X) r PA$H'N iç tov ÏIccpGivavœ. ÀNA0ENTE2, iv » 0£jUitrloxAtiç £ (777 ytypccfA-juivo ç.
DE LA PEINTURE que nous savons de l’histoire de cet édifice et de sa fondation.
C’étaient certainement aussi des tableaux du même genre que les deux célèbres portraits cl’Alcibiade, ouvrage d’Aglaophon , l’un desquels représentait cet Athénien , debout, entre Olympias et Pythias , cjui le couronnaient, l’autre, couché sur les genoux de Némée , qui semblait s’énorgueillir des caresses du plus beau des hommes. La manière dont Plutarque nous montre le peuple athénien , enthousiaste du héros et du peintre , s’empressant dans l’atelier de l’artiste pour contempler ce tableau1; les expressions claires et positives d’un autre auteur ancien , Satyrus, cité par Athénée, qui nous apprend que c’étaient deux tableaux dédiés par Alcibiade et peints par Aglaophon : olÇim- [xevoç, JV’A ôïbvicriv ’O A.vfA7nous, «Luo IIl'NAKAS ccvéêriKev , ’AyAocc-
(pûvloç ygytpvv2; enfin, la notion que nous devons à Pausanias que le portrait d’Alcibiade, vainqueur aux jeux de Némée, se trouvait placé de son temps dans l’édifice à gauche des Propylées , parmi d ’ autres peintures que renfermait cet édifice 0 : tous ces détails, puisés aux sources les plus pures de l’antiquité, concernant deux des plus beaux monuments de cette branche de l’art, établissent , de la manière la plus péremptoire, que ces portraits d’Alcibiade étaient des tableaux sur bois , dédiés dans les Propylées. J’ajoute ici la mention d’un autre portrait peint ,
1 Plu tarcli . in Alcibiad. § 1 6 , t. II , p. 3 1 , Reisk. : Ap/<r%fa>v1oç N i/uiciv ypci^a.v'loç iv Icaç ày*-ct\cu; a.ù'lviç x-a.tyviju.ivov ’AhxiCiâAv iyooaav , ’ityici >v% K) (rvvtlpi^ov %a/pov1iç. Sur Terreur commise ici par Plutarque, au sujet du nom d’ Aristophon , voy. Boettiger, Arclüiol. dcr Malerei , p. 269 , mais surtout l’article consacré à Aglaophon , dans le Vôlkel’s archüol. Nuchlass, p. 11 3-117.
2 Satyrus apud Athen. xn , 534, D.
5 Pausan. 1 , 22 , 6. L’exemple de ce ta-
bleau dédié , que Pausanias comprend parmi les autres peintures placées au même endroit : ypatpai Si ùai éxxat %çp A aki€iolS>iç, k. t. A. , fournit une présomption nouvelle à l’appui de l’opinion établie plus haut, que toutes ces peintures étaient dans le même cas, c’est-à-dire, sur bois, en leur qualité commune d’civetÇhî/uccla. ; et c’est ici encore un de ces cas où le mot ypctycu , dans le langage de Pausanias , s’applique à des peintures sur bois.
consacré aussi sur l’Acropole, dans le Parthénon, et cité par Pausanias1, le portrait d’Héliodore, qui prouve, joint à celui de Thémistocle, qu’il dut y avoir un certain nombre de portraits d’ Athéniens illustres dédiés dans ce grand sanctuaire de la religion attique; et je rappelle que, dans la Galerie de tableaux des Propylées, ruv Iv n^y7üj\a\Q[c, IHNA'lLQN 2 3, galerie décrite par Polémon , figuraient aussi le portrait d’un Athlète vainqueur et celui du poète Musée , l’un et l’autre vus encore en place et distingués par Pausanias
On doit croire que le Pompeion, cet édifice d’Athènes, qui servait à la célébration des Pompes ou fêtes publiques4, était décoré d’une suite de portraits de personnages célèbres dans les lettres. Celui de l’orateur Isocrate , qui en faisait partie , est cité par Plutarque5 * : vv ’clvtov ycpq TPAIITH' EfKGÈN iv roi Uo/uivaioo-, Diogène de Laërte parle aussi d’une statue en bronze de Socrate, ouvrage de Lysippe , que les Athéniens érigèrent dans le même édifice, Iv roi Ylo/xrreioû^, lorsqu’ils eurent reconnu leur injustice envers ce grand homme ; et cette notion nous aide à saisir le véritable sens d’un passage de Pline, qui a été, de la part des critiques, l’objet de beaucoup de conjectures hasardées et de suppositions arbitraires. C’est celui où il est dit que le peintre Cratinus exécuta à Athènes, dans le Pompeion, les portraits des poètes comiques 7. La fille de cet artiste, nommée Irène, qui se dis-
1 Pausan. 1, 37, 1 : rH\iôJh)poç Akiç'
70V%U ypo((f>XV \SilV ia)l HC/uj iv 7 U) VolSj 7(0 px.tyd.Kco 7 nç ’Ativwciç.
2 Polemon apucl Harpocrat. v. Aap.7idç ; voy. plus haut, p. 177.
3 Pausan. 1, 22, 7; voy. plus haut, p. 195.
Idem, 1 , 2 , 4 ; cf. Pollue, ix, 45.
5 Pseudo - Plutarch. in X Rhetor. vit.
Isocrat. t. IX, p. 338, Reisk.
Diogen. Laert. 11, 43.
7 Plin. xxxv, n , 4o : Cratinus Comœdos Atlienis in Pompeo pinxit. Sur ce passage , où l’on a voulu lire Comœdus , leçon qui ne pouvait provenir que d’une erreur des copistes trompés par la célébrité du poète comique Cratinus, voy. Sillig, Catal. vet. Artijic. v. Cratinus , p. 1 6 1 -2 . Le nom et la profession du peintre athénien Cratinus, sonc positivement établis par cet autre passage de Pline : trene Cratini pictoris film
tingua aussi clans l’exercice du même art, peignit une Jeune fille, qui était placée clans le temple d’Eleusis1; ce devait donc être un portrait, s’il n était plus probable, d’après une ingénieuse conjecture de M. Lévesque2, cpie par le mot Puella, qui répondait au grec Kopn, Pline a voulu désigner la déesse Pore, la divinité même d’Eleusis. Effectivement, il y a, dans l’antiquité grecque , plus d’un exemple de ces peintures représentant une divinité sous une forme iconique et en quelque sorte individuelle ; et c’est un trait de l’histoire de l’art qui n’a pas encore obtenu tous les éclaircissements qu’il comporte. L’exemple le plus sensible que je puisse citer est Y effigie de Minerve Aléa, exécutée en peinture, laquelle se plaçait, aux jours de solennité , sur le siège ou lit sacré qui se conservait dans son temple à Tégée ; voici le texte de Pausanias qui nous a fait connaître cette particularité curieuse0 : jcÀ/i/r re kçf rviç, ’AS'uvclç, clotyiç, El’KEÊN y^Ç>ri /xe/xi/xr/tiévY] ; et un autre exemple, non moins curieux, que je crois devoir ajouter à celui-là, sur la foi du même écrivain, est celui du Dieu Sosipohs , adoré à Elis, et représenté en peinture tel auil avait apparu en songe 4 : xjlIcl ài ofiv ovelçgfloç y rAè/xi/xv/Aévoç. La manière dont Pausanias s’exprime au sujet de ces deux représentations montre qu’il s’agissait ici de peintures exécutées
et discipula Puellam Eleusine pinxisse traditur.
Plin. xxxv, ii, 4o ; voy. le passage même de notre auteur cité textuellement dans la note précédente. Saint Clément d’Alexandrie, Strom. iv, p. 523, B, Sylburg. , fait aussi mention d'Irène, en qualité de peintre; voy. Sillig, aux mots Cratinus , p. 162 , et Irene, p. 234- 2 Mém. del’lnstit. t. 1, p. 46 1.
5 Pausan. vin, 47,2. L’explication de
ce passage , telle qu’elle a été donnée par M. Siebelis, cf. adx, 32 , 8, rend inutile la réfutation des erreurs commises par le commentateur italien de Winckelmann, C. Fea, qui voyait ici un ejigure de Minerve peinte sur le Lectisterne même ; voy. Stor. dell’ Art. iv , 1 , § 28 , t. II, p. 23 1 , 1 43 ) et i44).
4 Pausan. vi, 2 5, 4- Ce traiL vient encore à l’appui des exemples depeintures exécutées d’après des songes ou des apparitions , dont il a été question plus haut, p. 193-194.
CHEZ LES GRECS ET CHEZ LES ROMAINS. 225 dans le goût du portrait, et conséquemment dans les conditions de ce genre de peinture. Mais il y aurait, sur ce point curieux et neuf de l’histoire de l’art, plus d’une considération importante à développer, que je suis obligé de supprimer, pour ne pas m’éloigner du principal objet de mes recherches ; et j’y reviens en plaçant ici l’indication d’un portrait de l’historien Phylargue , ouvrage célèbre d’Athénion , qui se trouvait dans le temple d’Eleusis \ et qui prouve que ce grand édifice n’était pas non plus dépourvu du genre de décoration qui nous occupe, c’est-à-dire de portraits de personnages historiques.
Mais l’édifice d’Athènes qui renferma la suite de portraits la plus considérable à tous égards dut être la curie, ou le sénat des cincj cents, roc v 7nv7aLMo-iuv /3ovAev7v&iov , où se trouvaient les portraits des Thesmothètes , peints par Protogène, avec celui du général athénien Callippus, ouvrage d’Olbiade1 2. J’admets sans contestation la leçon de ce passage, telle quelle a été proposée par Clavier, admise par M. Siebelis et M. Bekker, approuvée en dernier lieu par M. Hermann; sur ce point, il ne saurait donc plus y avoir de difficulté. Mais il reste à relever ici une erreur, la plus grave qu’on pût commettre , et à laquelle le texte de Pausanias 11e fournissait aucun prétexte ; c’est celle qui concerne les travaux de Protogène, que l’on n’a pas hésité à déclarer exécutés sur mur. Cependant Pausanias s’était contenté de dire : rovc, àè ©èa-fxo^érou; Tlpcoloyiniç Kctv-
vioç, Protogène de Caune a peint les Thesmothètes ; ce qui permettait d’entendre ce passage d’après la nature bien connue des autres travaux de Protogène , d’après le caractère particulier
1 Plin. xxxv, 11 , 4o : Pinxit in templo lion , v. UclpaAoi , comme auteur d’un grand
Eieusine Phylarchum. L’historien Phy- ouvrage sur les antiquités de l’Attique. larque est connu par plusieurs témoi- 3 Pausan. i , 3 , 4 ; voy. Hermann , (le
gnages, entre autres, par celui d’Harpocra- Pictur. p. i3.
22 k DE LA PEINTURE
de son talent qui consistait dans un soin , dans un fini d’exécution porté jusqu’à l’excès; enfin, d’après les conditions mêmes de la peinture de portrait, qui ne s’exécutait généralement que dans l’atelier. Mais, puisqu’on a persisté à voir dans ces portraits des Thesmothètes , ouvrage de Protogène, des peintures sur mur, contre toute vraisemblance et contre le texte même de Pausanias, il faut bien combattre cette assertion; et je regrette d’autant moins de me trouver réduit à cette nécessité , que j’aurai lieu d’éclaircir, au sujet des travaux de Protogène, plus d’une particularité curieuse dont la connaissance importe à l’histoire de cette branche de l’art.
Le seul témoignage tant soit peu détaillé que nous possédions sur ce grand peintre, est, comme tout le monde sait, celui de Pline1, et le trait le plus remarquable qui y soit rapporté, de la vie de Protogène , est sans contredit la circonstance que cet artiste, né dans une extrême pauvreté, s’était vu obligé, jusqu à l’âge de cinquante ans, de peindre les vaisseaux. Or, s’il résulte de ce fait quelque chose de positif, c’est qu’e/z peignant les vaisseaux, Protogène avait dû s’exercer à la peinture sur bois ; et si cette conséquence se trouve d’accord avec tout ce qu’on connaît des autres peintures de Protogène , lesquelles étaient pareillement sur bois 2, on conviendra que, pour admettre une exception à cette pratique constante de l’artiste, et une exception si peu vraisemblable en soi que celle qui aurait pour objet une suite de portraits, il faudrait un témoignage bien grave et une assertion bien formelle; et je n’ai pas besoin de dire que ce témoignage et cette assertion manquent
1 Plin. xxxv, iO, 36; voy. sur ce texte mais qui laisse encore beaucoup à dé-
important et difficile le travail critique de sirer, et quelque chose à reprendre.
M. Sillig, Calai, vet. Artijic. v. Protogenes , 2 Plin. ibid. : Palmam habet tabularum
p. 3g2-g6 , qui a droit à plus d’un éloge, ejus Jalysus, etc.
également. Du reste, je dois observer, au sujet de cette peinture des vaisseaux, que Protogène ne fut pas le seul peintre célèbre de l’antiquité qui eût été réduit, par la triste condition de sa fortune, à se livrer d’abord à un genre de travail aussi peu digne de son talent. Pline cite d’autres artistes qui s’étaient trouvés dans le même cas, entre autres Héraclide : gui naves initio pinxit1. J’ajoute que, par cette peinture de vaisseaux, il ne faut pas entendre le grossier enduit de couleurs2 3 que devaient recevoir extérieurement les navires pour être préservés des effets de l’humidité et de la chaleur, mais bien la Figure peinte ou sculptée à la proue, figure ordinairement empruntée à la mythologie ou à l’histoire locale, et qui donnait son nom au vaisseau. C’est ce que l’on appelait en grec , o-yi/xeïov,
<TY\fxcL, en latin tutela ( navium f, parce que cette figure était celle de la divinité tutélaire; et l’on a un exemple intéressant de ces figures de divinités tutélaires, qui donnaient leur nom au vaisseau dont leur image ornait la proue, dans le trait de la vie de Timoléon rapporté par Plutarque4. C’est de cette figure peinte à la proue des vaisseaux qu’il est fait mention dans une foule de textes antiques5; et l’on peut voir, d’après un brillant passage de Y Iphigénie en Aulide d’Euripide6, avec quel goût l’art s’était emparé de bonne heure de ce champ , en apparence si ingrat et si borné, pour y représenter des sujets sacrés ou héroïques , chers aux
1 Plin. xxxv, 11, 4o.
2 C’est ce qui est désigné par les mots inceramenta navium, dans Tite-Live , xxvm, 45; voy. M. K. Ott. Müller, die Etrusher , i , 2 , î ; cf. iv, 3 , 6.
3 Ovid. Trist. Eleg. i, 10; vid. Bur-
niann. ad h. 1. et ad. Sil. Ital. xiv, 543.
" Plutarcli. in Timol. § 5, t. III, p. 182 , Reisk : A 10 ig rpiwpvi x.ala.irx.ivd.iray'ltç hptxv
01 Kopiviïioi , t cav Qictiv tTruvo/j-curav. On doit
présumer que les images de Cèrès et de Proserpine , telles qu’elles avaient apparu ensonge, furent peintes à la proue de ce vaisseau sacré, bien que l’écrivain n’en fasse pas expressément mention.
5 Arislophan. Ran. 960 : Iyi/aCiov îv -rou<; vaviriv inyîypciTrTO ; conf. Beck. Comment. t. V , p. 235.
6 Euripid. Iphig. Aid. v. 241-276.
divers peuples de la Grèce1. Un peu plus tard, à une époque où les arts avaient acquis tout leur développement, et où le génie des peuples ne cessait d’être excité par l’opulence des princes , tels que les premiers successeurs d’Alexandre , l’histoire nous a conservé, dans la description du magnifique navire tessaracontère de Ptolémée Philopator, un exemple insigne de cet emploi de la peinture dans la décoration des vaisseaux2 *. La proue et la poupe de ce bâtiment étaient ornées de figures qui n’avaient pas moins de douze coudées de proportion0; et le corps entier du vaisseau était un vaste champ où la peinture encaustique avait déployé toutes ses richesses : 7 nzç T07roç clvtyiç yjtiçfy ^cCp'ict yocïë7rt7roixA?vio. Il en était de même du célèbre vaisseau d’Hiéron II, véritable merveille des arts de la Grèce, qui était entièrement peint, et dont les peintures ne se distinguaient pas moins par le choix des sujets que par le mérite de l’exécution 4 : vî Si vcuU tuzo-cl o/Wouç y^tycuc, £7m rvvrflo. C’est de peintures de cette espèce, usitées surtout chez les Alexandrins5, que Winckelmann s’était expliqué le passage de Pline , en ce qui concerne les premiers travaux de
1 J’en ai cité un exemple clans mon Orestèide , p. 2i5, 2); voy. aussi Odyssèide , p. 384 , 3). Il existe d’ailleurs, sur ce point d’antiquité , une savante dissertation de Rulinkenius, de Tutelis et insignibus navium, qui fait partie de ses Opuscula philologica, p. 2 57-3o5 ; et quant à l’usage qui se fit de ces sortes de peintures , jusque dans le dernier âge de l’antiquité , on peut voir les témoignages recueillis par Ansaldi , de sacr. Tabul. pict. Usu, p. 187-189.
2 Callixen. apud Athen. v, p. 204, B,
t. H, p. 286 , Schw.
5 On peut se faire une idée de ces sortes
de figures, d’après les ITcaxaJiût, ou statues
de Pallas, en lois doré, ctycth/xcna fjhtva. yyo<roop.i\a., qui se plaçaient à la proue des trirèmes attiques , Schol. ad Aristoplian. Adam. 552 (546); cf. Suid. v. naA\aJicov. Add. Virgil. Æn. 11, 127 : Aurato fulgebat Apolline puppis ; Pers. Sat. vi , 3o : Ingentes de puppe Dei.
4 Moscliion apud Atlien. v, p. 208, B, t. II, p. 3oi , Schw.
5 Voy. à ce sujet le témoignage de Théophylacte , in Act. Apostol. c. xxvm , 11 : E0of yàp \citi 7ra)( îv rcuç’ AM^av^puuv pia.- Mtrlcc vavtr'i 71 pôç yi 7» 7ipwpa. SlfycL Tfc Xj liç ivüjyvpcci IP A'PA'S ilvcu Toictv'la.ç ; cf. ad h. 1. Selden. de D. Syr. Synt. 11, c. 16, p. 281 .
Protogène1; et il n’est pas sans intérêt de voir comment l’antiquaire Grund a cherché à rendre compte du procédé encaustique qui avait dû être employé à ce genre de peinture2.
Jusqu’ici toutes les notions de l’antiquité, d’accord avec le témoignage exprès de Pline, nous autorisent à croire que Protogène, ayant peint longtemps des vaisseaux, et s’étant depuis rendu célèbre par ses tableaux sur bois, n’avait pu peindre des portraits que de cette manière; puisque Pausanias ne dit absolument rien qui indique que ces portraits eussent été exécutés autrement. On pourrait cependant se faire, d’un passage de Pline, un argument en faveur de cette supposition ; c’est celui où il est dit que Protogène avait peint les Propylées d’Athènes, et qu’il y avait placé, parmi les accessoires, de petits vaisseaux longs , pour indiquer quelle avait été l’occupation de ses premières années, et le long et obscur apprentissage d’un talent destiné à tant de gloire3. Si l’on s’en tenait rigoureusement au texte de Pline : cum Athenis... Propylæon pingeret, il faudrait en conclure que Protogène peig nit l’édifice entier des Propylées; et si l’on admettait la manière dont l’académicien français interprète, clans tous les cas, les locutions de Pline analogues à celle-là , il s’ensuivrait également que cette peinture des Propylées dut être sur mur. Cependant l’une et l’autre induction , contraires à tous les témoignages que nous possédons, seraient réfutées par le fait même. L’édifice des Propylées existe
1 Stor. dell’ Art. X , I , § 1 9 , t. II, p. 4g3, 68 ) , ed. Prat.
5 Malerei der Griech. II, 44 1. La mention des peintres, Za-ypoLyoi , qui se trouve dans l’article consacré à la fabrication des vaisseaux, 7rtpi , dans le livre de
Pollux , x , 84 , ne peut avoir rapport qu’à cette peinture des vaisseaux.
5 Plin. xxxv, 10, 36 : Argumentum esse, cjuod , ciim Athenis celeberrimo loco Minerva: delnbri Propylæon pingeret,.... adjecerit parvulas naves longas in iis quæ pictores parerga vocant, ut appareret à guibus initiis ad arcem (arlis?) ostentationis (ostentationem ?) opéra sua pervenissent.
encore en partie, et l’on n’y a trouvé nulle part de vestiges de peintures historiques sur mur. De plus, nous avons déjà appris, par le livre dePolémon, qu’il y eut, dans les Propylées, une galerie de tableaux sur bois , 7mccxe$, ouvrages de différents maîtres ; enfin nous savons par Pausanias , qui décrit quelques-uns de ces tableaux placés dans l’édifice à gauche, que, dans le nombre, il s’en trouvait d’Aglaophon, de Timænetos, de Polygnote, et d’autres peintres qu’il ne nomme pas : conséquemment, le témoignage de Pline doit s’entendre ici, comme ailleurs, de peintures de Protogène placées dans les Propylées; ce qui permet de se faire , de ces peintures, une idée conforme à ce que nous connaissons du talent de cet artiste , et à la nature des autres tableaux exposés dans le même édifice.
Ce point éclairci, il ne serait peut-être pas impossible de découvrir en quoi consistaient précisément, et en quel endroit des Propylées se trouvaient les peintures de Protogène citées par Pline, comme ayant fait partie de la décoration de cet édifice. Voici en effet de quelle manière Pline désigne les peintures en question : Propylœon.... ubifecit Nobilem Paralum et Ammoniada , quant quidam Nausicaam vocant. Ce passage même , d’une concision si désespérante , n’est pas exempt de difficultés ; et la plupart des interprètes , en s’accordant à voir dans ces tableaux du Paralos et de Y Ammonias , la représentation des deux vaisseaux sacrés d’Athènes, qui se nommaient effectivement Paralos et Ammonias l, n’ont échappé à un embarras que pour tomber dans une absurdité : car à qui persuadera-t-on que deux des chefs-d’œuvre de Protogène, l’un desquels est qualifié nobilis par Pline lui-même, aient consisté en la représentation de deux navires? Et comment accorderait-
1 Ilarpocration. v. A/xpt-côviç-, Idem, v. lia- did. m, 33 et 77 ; vm, ; Plutarch. p axoç. Conf. Suid. v. U.ctpa.xoç. Add. Thucy- in Lysandr. § 11 ; Ulpian. ad Demosthen.
CHEZ LES GRECS ET CHEZ LES ROMAINS. 229 on, avec un pareil sujet, la notion de ces petits vaisseaux longs , ajoutés, en guise d’ accessoires , parerga, par l’artiste , dans quelque coin de son tableau? Singulière combinaison, qui aurait placé de petits vaisseaux pour accessoires dans la peinture d’un vaisseau ! Mais on n’a pas fait attention que Cicéron cite précisément la peinture du Paralos comme une des merveilles d’Athènes, en l’associant à ïlacchus, ligure en marbre, de Praxitèle, et à la Génisse , en bronze, chef-d’œuvre de Myron1. On ne s’est pas souvenu non plus que Paralos était un des anciens héros de l’ Attique2, celui-là même à qui la tradition attribuait l’invention des navires de forme allongée 3. Enfin on avait oublié que le nom de ce héros se trouvait employé par Euripide, comme la personnification poétique de cette partie de la population attique qui habitait le rivage de la mer k. Or, en réunissant toutes ces données, il est impossible de ne pas reconnaître, dans le Paralos de Protogène, l’image du héros attique de ce nom ; et dans l’accessoire du vaisseau long, ajouté par le peintre, un symbole qui se rapportait, par une double intention, au héros et à l’artiste.
Le second tableau de Protogène, dont on a fait aussi une représentation du vaisseau Ammonis , ou Ammonias , devait être dans le même cas, c’est-à-dire qu’il devait offrir un sujet mythologique ; et le double nom de Nausicaa, donné à ce
contr. Mid. p. 216, G (p. 570, Reisk. )
1 Cicéron, in Verr. iv, 60 : Quicl Athenienses, ut ex marmore Iacchum, aut Paralum pictum , aut ex ære Myronis Buculam ?
2 Harpocration. et Suid. v. TlupaLAo;' duo tivoç HPOOS t ovvo/ua. ActCooaa. TloipciAou.
5 Plin. vii , 56 , 207 , ed. Sillig. : Longa nave Jasonem primum navigasse , Philostephanus auctorest, -Idegesias , Pakalum.
4 Euripid. Suppl. 669 :
Au’IoV Ji IT AP A AO N i<r%Aicr/uùo'/ tfbpî. Je maintiens ici la leçon av%v , de préférence à celle de ncaôv , proposée par Marldand et adoptée par Matthias , in Euripid. t. VII, p. 282 ; et je présume que le héros Paralos , peint par Protogène, devait être représenté suivant le type indiqué par Euripide , î<r1oAtir/Uivoç do pi ; car c’est là le type des figures héroïques, dites Achilleæ, Plin. xxxiv , 10, 35.
tableau, justifie cette induction , en même temps qu’il nous met sur la voie du sujet représenté. Nous trouvons dans Pausanias une nouvelle indication qui achève de nous expliquer la composition de cette peinture; c’est le trait homérique de Naasicaa , se rendant au rivage de la mer , sur un char attelé de deux mules, avec une de ses jeunes compagnes, tel qu’il était sculpté, d’après l’auteur de Y Odyssée, sur le coffre de Cypsélus 1 : IlûLfQévXç, Si èvn 'HMIO'NHN.... NATXIKÂN ts vo/JÇtf- <r i v êïvct j t >iv ’AÀ>ovo& Qe&Tnuvcu/ -, car, pour retrouver la
même image dans le tableau de Protogène, il ne faut qu’admettre la leçon Hemionida, c’est-à-dire la Femme portée par des mules, leçon tout aussi conforme au texte des manuscrits que celle à' Ammoniacla , préférée par quelques éditeurs2, et la seule qui puisse s’accorder avec le second titre de Nausicaa ; et dans ce sujet encore, l’accessoire du vaisseau long, qui faisait allusion à la navigation des Phéaciens, comme à la profession du peintre, trouvait un emploi convenable et une application heureuse. Jusque-là donc tout se montre parfaitement d’accord dans les renseignements divers que nous fournit l’histoire de l’art; mais que dirait-on si, dans le nombre des peintures qui décoraient l’édihce à gauche des Propylées, il s’en trouvait une qui offrît précisément le sujet de Nausicaa? C’est encore à Pausanias que nous devons cette indication précieuse 0 : ey^y^s Si ^ xfçjc, tS WlcçaS) tcliç o/x'd NATXI-
1 Pausan. v , 19 , 2.
5 La leçon Hemionida , de l’édition d’Hermolaüs , appuyée par ce savant sur le texte de Pausanias , v , 1 9 , 2 , et approuvée par plusieurs critiques , méritait bien que M. Sillig donnât quelques raisons à l’appui de la préférence qu’il accordait à la leçon Hammomada de l’édition d’Hardouin ; voy.
à ce sujet la remarque de Durand , sur le
xxxve livre de Pline, p. 276 , { R) ; mais ce qui eût exigé surtout des explications de la part de M. Sillig , c’était l’idée qu’il se faisait du Paralus, vaisseau, et de YAmmonias, vaisseau , peints par Protogène; et comment il entendait le double nom de Nausicaa.
3 Pausan, 1 , 22,6; voy. ce passage entier , tel qu’il est lu par M. Hermann , de Pictur. p. 19.
K A A/ 'srÀuvtfcrcuç èÇncCiccfAèvov 0<Vi htctBol, xjl,cl tol clvtc t, xse Ôcl
x&ï "OfA-yfos êvroiria-e. A la vérité, Pausanias semble attribuer cette peinture à Polygnote , si toutefois il n’y a pas quelque altération dans son texte , dont la leçon , telle quelle a été récemment rétablie par M. Hermann, laisse encore quelque chose à désirer. Mais, en tout cas, ce ne serait là qu’une faute de mémoire commise par Pausanias, qui aurait cité sous Je nom de Polygnote une peinture de Protogène; car il n’est pas possible, d’après des rapports si frappants de sujet, de nom et de lieu, que cette peinture de Nansicaa, placée dans cet édifice des Propylées, ne soit pas la Nausiccia de Protogène , exposée au même lieu , suivant le témoignage de Pline.
Il serait maintenant bien superflu de s’arrêter à prouver que le célèbre tableau du Paralos, de Protogène, cité par Cicéron comme une de ces merveilles de l’art dont les villes grecques se montraient fières et jalouses, au point de se consoler de la perte de leur liberté par la possession de pareils trésors; que ce chef-d’œuvre, placé par l’ opinion au même rang que le Cupidon de Thespies, la Vénus de Cos, Y Alexandre d’Eplièse, la Médèe et YAjax de Cyzique, et, pour tout dire enfin, YJalysus de Pdiodes, autre chef-d’œuvre de Protogène1, était une peinture sur bois; car s’il était quelqu’un qui pût en douter, il ne se trouverait personne qui prît la peine de l’en convaincre. Mais ce qui est bien digne de remarque, c’est que la plupart de ces chefs-d’œuvre de l’art grec, cités ici par Cicéron comme faisant encore à cette époque l’orgueil et la consolation des villes grecques, leur furent enlevés plus tard, pour ajouter à l’humiliation de la Grèce, en même temps qu’à l’ornement de Home. Ainsi le Cupidon de Thespies
1 Cicéron. Orator, 2,5: Qui aut Jalysi , Coæ Veneris pulcliriludinem imitari ; cf. ad
quem Rhodi vidimus, non potuerunt, aut Attic. 11,21.
se voyait, au temps de Pline, sous les portiques d’Octavie; la Vénus de Cos, dans le temple de Jules César; XAjax et la Mèdée de Cyzique, dans le temple de Vénus Génitrix1; et enfin X Joly sus, que Strabon avait encore vu à Rhodes, où il excitait les mêmes transports d’admiration et le même concours de peuple que le fameux colosse, Pline, qui écrivait un siècle après, l’avait sous les yeux, dans le temple de la Paix, où Plutarque nous apprend qu’il périt, quelques années plus tard, dans l’incendie de cet édifice2 3. On voit ainsi comment, à toutes les époques, la Grèce continua d’être dépouillée de ses ornements, et comment, en particulier, les chefsd’œuvre de la peinture grecque, arrachés successivement de leurs sanctuaires, vinrent s’entasser et se perdre dans ce grand gouffre de Rome.
Mais pour ne pas nous écarter de notre sujet , nous venons de voir en quoi consistaient les peintures de Protogène aux Propylées d’Athènes ; nous savons maintenant que c’étaient deux tableaux, le Paralos et la Nausicaa, le dernier desquels s’y trouvait encore du temps de Pausanias , dans l’édifice situé à gauche. Nous acquérons ainsi la preuve que ces deux ouvrages faisaient partie de la galerie de tableaux décrite par Polémon ; et nous pouvons apprécier , d’après ce nouvel exemple ajouté à tant d’autres, la véritable portée de ces expressions de Pline : cum Athenis Propylœon pingeret , qui ne signifient pas
1 Sur ces deux tableaux célèbres de Tiruomaque qu’Ovide avait en vue , Trist.
n , 52 5 , voy. d’excellentes observations de M. Boettiger , de Medeâ Euripideâ, i , p. 1 6 , sqq. , et de M. Welcker, Hier den Ajas des Sophokles y p. 82 , 98 ).
3 L’histoire de ce tableau célèbre se compose de traits divers recueillis par Pline, xxxv, 10, 36 ; cf. vu, 08; par Plu-
tarque, in Demetr. §22; par Aulu-Gelle, N. A. xv, 3 ; et par Strabon, xiv, p. 652 ; et l’on a pu remarquer que Strabon et Plutarque , en parlant du même ouvrage , se servaient alternativement des mots ypcKprï? et 7riva.x.oç àvcotiifiivov , l’un pour désigner l'ouvrage du peintre , l’autre , pour signifier le tableau , qui avait été consacré dans un temple.
que Protogène avait peint sur mur les Propylées, mais qu'il avait exécuté des tableaux pour être placés dans les Propylées.
Parmi les tableaux de Protogène qui sont cités par Pline, on compte cinq portraits, ceux du poète tragique Philiscus, d’un Athlète vainqueur, du Roi Antigone, de la Mère d’Aristote, et d 'Alexandre. Ce serait trop hasarder sans doute que de supposer que quelques-uns de ces portraits appartenaient aussi à la galerie des Propylées, bien qu’il soit avéré par de nombreux témoignages, produits en divers endroits de ces recherches1, que plusieurs portraits de personnages célèbres, écrivains ou poètes, athlètes ou vainqueurs dans les jeux publics, figuraient parmi les peintures de cette galerie. Mais, ce qui n’est pas une supposition , c’est que les portraits des Thesmothètes, de la main du même maître, placés dans la curie d’Athènes, fussent, comme tous ses autres tableaux, des peintures sur bois 2 *, puisqu’il n’y a aucune raison de présumer le contraire. J’en dirai autant du portrait de Sophocle, placé dans le Pœcile0 ; de celui de Corinne, dans le Gymnase de Tanagra4 5; et nul doute qu’il n’en fût ainsi de cette foule de portraits de personnages célèbres qui durent exister dans les édifices publics de la Grèce. Je n’en citerai qu’un seul exemple, qui eût bien dû ne pas échapper aux recherches de l’académicien finançais, à cause de l’extrême importance de ce monument iconographique. Je veux parler de toute une suite de portraits de
1 Voy. plus haut, p. 176-178, 195, et
1 C’est aussi l’opinion de M. Waclismuth,
Hellenisch,. Altcrthumslcunde , vi , 1 44 , t. II, p. 348 : Gemàhlden im Athenisclien Bouleuterion aufgehangen.
5 Voy. plus haut, p. 169, 3). A l’appui de cette notion curieuse d’un portrait de Sophocle exposé dans le Pœcile, j’aurais
dû citer le trait qui nous est fourni par Corn. Nepos, in Attic. S 3, d’une statue d’Alticus érigée au même endroit, et qui prouve que le Pœcile était devenu , à 1 époque romaine , une sorte de musée public , ouvert aux étrangers illustres, comme il l’avait été en tout temps aux grands citoyens d’Athènes.
1 Pausan. ix, 22 , 3.
personnel) es héroïques, la plupart souverains de la Messénie, avant et depuis le retour des Héraclides *, laquelle suite , placée dans l’opisthodome d’un temple de Messène , formait ainsi une galerie, tout à la fois d’ornement sacré et d’intérêt national, qui devait être aussi d’un grand mérite sous le rapport de l’art, puisque son auteur, Omphalion, s'était formé à l’école de Nicias. Et le silence qu’a gardé notre académicien sur cette grande collection d e portraits héroïques aurait d’autant plus lieu de nous surprendre, que la manière dont Pausanias parle de ces peintures, en se servant, suivant son usage, du mot yçy-- <Pcli, semblerait venir à l’appui de sa manière de voir. Mais cette omission , jointe à tant d’autres, nous confirme de plus en plus dans l’idée que ce critique n’avait pas étudié suffisamment la question qu’il entreprenait de traiter ; et c’est là en effet tout ce qui résulte de son silence.
Je devrais maintenant, pour compléter l’exposition des faits qui ont rapport aux portraits peints placés dans les lieux publics, ou consacrés dans les temples, traiter en détail de la seconde classe de ces portraits , exécutés en demi-figure , sur boucliers métalliques ; mais ici la condition même de ces portraits peints sur métal est si sûrement déterminée, qu’il ne saurait y avoir lieu à la moindre méprise, ni au moindre prétexte pour en faire des peintures sur mur. Je me bornerai donc à justifier ou à rétablir quelques notions, relatives à ce genre de monuments iconographiques, qui sont loin d’avoir reçu, par le travail récent de M. Hermann, tous les éclaircissements qu’ils comportent.
Je remarquerai d’abord que l’usage de cette forme de portraits sur bouclier, èv o7rAo) , fut bien plus ancien, et sans doute
1 Pausan. iv , 3i , 9 : Tpa(pa.i Jï v.amx tov d’iconographie héroïque à joindre à ceux vccoü to oTnaïïtv ol BuaiAtvactvTiç l'un M mt ■ que j’ai cités ailleurs , sans préjudice d’au- (rHvtK. C’est encore là un nouveau irait très qui seront produits plus bas.
CHEZ LES GRECS ET CHEZ LES ROMAINS, aussi bien plus répandu chez les Grecs, que ne l’avait cru M. Boeckh1, et même M. Hermann, qui l’a combattu sur ce point. L’exemple cité d’après Aristote par le Scoliaste de Pindare, du portrait sur boucher du thébain Timomaque, consacré par les Spartiates dans un temple d’Amycles2 *, suffirait pour le prouver; les portraits de c/uatre anciens législateurs , exécutés cle bas-relief sur un cippe carré, érigé dans l’Agora de Tégée0, en fourniraient une nouvelle preuve ; et c’est uniquement la faute du temps qui nous a privés de tant de monuments de l’art et de livres historiques , si de pareils traits ne sont pas arrivés jusqu’à nous en plus grand nombre. 11 est probable que, dans les premiers temps, ces sortes de portraits sur bouclier s’exécutaient en relief, et qu’ils étaient coloriés. De là sans doute l’usage qui s’établit plus tard de peindre ces portraits sur un fond de bronze doré. Certainement l’usage de la langue , d’accord avec l’histoire de l’art , veut que nous entendions de cette manière des expressions telles que celles-ci , d’un décret athénien4 5: rr\ $ yç^v/Cnc ebcovoe, èv ovrAoo-, et celleci d’un décret de Cume 5 : ehdvoc y^-vrG'v èv o7rÀoj èy^pvo-op , où il est question d’un portrait peint sur bouclier doré, de même que dans ces paroles d’une autre inscription d’Asie : ekovi
1 Boeckh, Corp. Inscr. gr. 1. 1 , p. 18.
2 Aristot. apad Scliol. Pindar. ad Isthm. vu , 21 : O yâ.’hvjiaç a.v'lcç ÿccpaïç 7rpo'h-
ÿt'lcu ' rovlov Jï QwCaioi 'Gn AON Îkccaovv, voy. Visconti, Mus. P. Clem. t. VI , Prefaz.
p. IX, i).
5 Pausan. vm, 48, 1. Je rappelle à cette occasion le trait curieux rapporté par Suétone, in Vespasian. $ j, de vases antiques découverts à Tégée, avec une figure qui ressemblait à Vespasien : EJfossa sunt sacrato loeo vasa operis antiqui , atque in iis assimilis
Vespasiano imago. C’était probablement une tête de face, telle qu’on en voit sur beaucoup de vases peints, et jusque sur des verres peints du dernier âge ; voy. à ce sujet les observations de Buonarotti, Ve tn antichi, p. i49-i5o.
4 Biagi, Decret. Athen. p. xvm , sqq. Le marbre , transporté d’Athènes à Venise , et longtemps conservé au musée Nani , offrait dans le fronton le bouclier sculpté avec le buste en relief.
5 Caylus, Piecueil II, pl. lvii , 1. 35.
y&'7r% Ê7rt^uVct) *; et les critiques qui contestent ici la part accordée à la peinture en de pareils travaux2 * 4, me paraissent tout à fait hors de la vérité. J’admets également, avec M. Osann 0 et avec M. Boeckh k, le sens que l’un et l’autre adoptent pour les expressions eïxôvcc svottAov, comme équivalant à êlydvct èv ottAoi, sur un décret d’Olbia5, expressions que j’avais traduites différemment, et qui ont donné lieu à une critique fondée de la part de M. de Koehler6 7; et dans tous les monuments écrits où se reproduit la formule : eixàv y^yvriv êv 07 rAo) , je reconnais sans hésiter un portrait peint sur bouclier. Pour penser différemment, pour trouver dans de pareilles expressions l’œuvre du statuaire ou du peintre indistinctement, comme M. Hermann semble disposé à le faire, il faut, suivant moi, abuser beaucoup de la critique; il faut se refuser à voir une pratique liée à celle-là, dans cet autre usage, qui remonte jusqu’aux siècles héroïques, de représenter sur les boucliers de guerre toute sorte de sujets ou symboles, h ri<rm[x<L, qui purent bien être d’abord figurés en relief, mais qui furent ensuite exécutés le plus souvent en peinture1, comme nous le montrent une foule de vases peints.
1 Walpole’s Travels, p. 582 ; Os&nn, Syllog. Inscript, p. 244-6.
* Hermann, de Pictur. p. 8.
5 Osann, Syllog. Inscript. 245, 91).
4 Boeckh, Corp. Inscr. gr. t. II, p. 128, B.
6 Voy. mes Antiq. du Bosphore, p. 201.
6 Remarq. sur l’ouvr. précéd. p. 123.
7 Aristophane Pum. 960; cf. Schol. ad h. I. •' F, lûÿcart ycep ZnrPAïŒIN tiç rccç cccr7ri- JSlç a.k%dç. Cf. Pausan. V , 19 , 1 : ®o£oç di i7n t ou Aya/uîfxvovcç un càmiSi iwia'hv, iyyvv thV Kicpu^nv ydo/loç ; add. Plin. xxxv, 3. Le témoignage classique qui pourrait à lui seul tenir lieu de tous les autres, sur l’u-
sage héroïque de peindre des symboles ou des Jîgures sur les boucliers, est celui d’Euripide, in Phœniss. v. 1 3 1-2 : ’A<r%pcü7roç iv rPA't'AfSIN ; etrursus, v. iii4-h42:
A a"7riS’ iK7rAytpav PPA^H/ XJW?; cf. ad hh. II. Valckenaer. p. 202-203, et 288 ; et quant au luxe de décoration qui s’introduisit à cet égard dans les habitudes des siècles historiques, on peut en juger d’après le trait rapporté par Plutarque , concernant les boucliers peints en pourpre sur fond d’or, avec incrustations d’èlectrum et d’ivoire, Plutarcli. in Timoleon. S 3i : Ta'? S' oa'lpuoypa.Çiîç Kj xyv<riAi(pca,1nM)i]povç
Le même savant ne s’est pas fait une plus juste idée de ces sortes de portraits sur bouclier, qu’il a cru généralement exécutés de profil, obliquas imagines1. En admettant que ces dernières expressions aient toujours le sens qu’il leur attribue, de visages de prof l, ce qui pourrait être encore contesté2, je soutiens, et je me crois fondé à le faire, que les portraits de profil, tels que celui d’Antigone par Apelle5, furent une exception très-rare à l’usage de l’antiquité grecque ; et ce qui le prouve, c’est que toutes les imitations ou réminiscences de ces anciens boucliers métalliques , que nous possédons en marbre 4, et en peinture sur verre 5, ou même sur mur 6, sur les pierres gravées ou sur les médailles , offrent des têtes de face ou de trois quarts, et jamais de profil. La pratique constante des Romains, qui ne fut qu’une tradition de celle des Grecs, vient encore à l’appui de cette observation; et il suffirait, pour s’en convaincre, de se rappeler les monnaies de la famille Mescinia, avec le portrait d’Auguste , sculpté de face sur bouclier, qui forme le type de ces monnaies7. L’exemple des monnaies des rois grecs,
â.(T7rlJbcç ; cf. Jacobs. Antholog. Pal. adespot. 606, t. XII, p. 201-2.
1 C’était aussi l’opinion de l’habile antiquaire feu M. Volkel ; voy. son archàol. Nachlass, p. 90.
2 Voyez, à ce sujet, Lanzi, de Vasi dipinti , p. i54.
5 Plin. xxxv, 10, 36 ; cf. ibid. 34 : Hic catagrapha invenit, hoc est obliquas imagines. Voy. sur ce point assez embarrassant de l’histoire^ de l’art, les témoignages recueillis par M. Boettiger, Archàol. d. Mater. p. 235 -y , et joignez-y les observations récentes de M. Hermann , de Pictur. p. 8-9.
4 Je citerai pour exemples les portraits de Sophocle et de Ménandre , sur boucliers ou médaillons de marbre, depuis longtemps
connus, et reproduits par Visconti, Iconoyr. qrecq. pl. iv, n. 3, et pl. vi, n. 8, t. i, p. 81 et 89 ; et j’ajouterai à ces deux exemples celui de la tête de face , exécutée de haut-relief, sur bouclier de marbre, et placée au milieu du tympan des Propylées d’Eleusis : sans doute l’image idéale d’un Hiérophante ; voy. Hitlorff, Antiq. inéd. de l’Attiq. c. 11 , pl. n , fig. 2 .
5 Je reviendrai dans un autre endroit de ces recherches sur ces portraits en médaillon, peints de face sur verre.
6 Tels que les portraits avec tête de face , que nous offrent quelques jolies peintures d’Herculanum , entre autres, Pittur. d’Ercolan. t. III , tav. xlv.
7 Voy. Ecldiel , D. N. t. VI, p. 102 ;add.
avec leurs têtes de profil, ne saurait être allégué contre cette opinion; puisque le champ étroit de la monnaie ne permettait guère d’y sculpter des têtes de face, qui n’y apparaissent en effet que très- rarement , tandis que pour les bouchers, dont la condition était toute différente, un motif analogue dut rendre très-rares les visages de profil.
Les portraits peints sur bouclier, formant chez les Grecs une des classes les plus nombreuses des Anathêmata , et l’un des principaux éléments de la décoration des lieux publics, se plaçaient dans les théâtres, les temples, les prytanées, les gymnases, les portiques, et généralement dans tous les édifices sacrés ou publics de quelque importance. C’est ce qu’attestent les décrets mêmes des villes grecques où il est question de ces sortes de distinctions accordées par un état ou par un ordre de citoyens. On doit croire que ces portraits y étaient disposés de la même manière que les autres boucliers , c’est-àdire qu’ils étaient appliqués ou insérés sur les murs des portic/ues, sur la frise des temples l, ou même sur les colonnes ; nous en avons vu un exemple remarquable dans les cfivAcv tviclyacl
ibid. 12 1-122. Le type de ce bouclier avec le portrait d’Auguste est sans doute emprunté du bouclier d’argent , clypeum argenteum , offrant le portrait de cet empereur , et placé dans la curie , dont il est parlé dans un fragment d’une harangue d’Hadrien, apud Sosipatr. Cliaris. lib. n, p. 197. C’est une imitation de ce même portrait d’Auguste sur bouclier , que je reconnais sur un superbe camée du cabinet Carpegna, maintenant au musée du Vatican , où Buonarotti, qui l’a publié, Medaglioni antichi , p. 45 , a vu par erreur un globe derrière la iête, au lieu d’y voir l’indication du bouclier. 11 existe , parmi les bronzes d’Herculanum ,
un petit disque ou médaillon d’argent, avec la tête d’Auguste , de face; voy. Bronz. d’Ercolan. t. I, p. 4o ; et la tête de face d’une prétendue Livie, sculptée sur un camée antique, Buonarotti, Medagl. antich. p. 4i 5, est aussi une de ces imitations de portraits peints ou sculptés sur bouclier, qui furent si communs dans l’antiquité romaine.
1 Comme preuves de cet usage, je me contenterai de citer deux passages de Pausanias, v, 10, 2; et x, 19, 3: Otta a tV;
7uv t7no%Ai'uv yjvaa. ; add. Æsch. contr. Ctesiph. p. 100 : To;f yjivocL; airTridoLç Trpoç rov kcuvov vitov ; cf. Harpocration. v. pd<?a.aÿcti, cum Vales. Annot.; Liv. xxxv, 10.
CHEZ LES GRECS ET CHEZ LES ROMAINS, d’un temple de Cyzique, qui n’avaient pu être produits, de l’aveu de tous les critiques , que par l’usage d 'attacher aux colonnes ou aux pilastres des tableaux de cette espèce ; et d’autres traits du même genre viendraient à l’appui de cette induction. Pausanias parle d’un masque cle Méduse doré, qui se trouvai t encastré dans le mur attenant au théâtre d’Athènes1; ailleurs, il avait remarqué un masque ou tête de face d’Acratos inséré de la même manière dans le mur d’un édifice sacré d’Athènes2: ^Axqxtlo^' 'nrçycroiYirôv êcrlfv oi /xôvov èvooyco^biixniiAëvov xo'iyxo ; ici, le langage de notre auteur n’est sujet à aucun doute, à aucune équivoque ; et il eût été à désirer qu’il se fût exprimé partout avec autant de clarté et de précision. Faute d’autres témoignages, on serait du moins autorisé à inférer de ceux-ci, avec toute certitude , que ce qui avait lieu pour ces sortes de masques de bronze ou de marbre , se pratiquait également pour les boucliers ou médaillons de bois ou de métal. Nous savons d’ailleurs, par l’exemple des Romains, qui ne faisaient qu’approprier à leur
1 Pausan. i , 2 1 , 4-
2 Idem , 1 , 2 , 4- Le mot 7rpdirù)7rov signifie bien certainement ici une tête de face, comme devaient être la plupart des portraits sur boucher, comme l’était celui d’ Euphorbe , exécuté en ivoire sur un bouclier consacré dans un temple d’Apollon, Diogen. Laërt. vin , 5 : Avctiïuvcu rq> ’Ato'aa&> vi tmV daTTidix, Slctaiirv\7rvia.v vichr /uôvov Si SicLpiivuv 70 t\t(pctv1mv 'Zd-po<Tu>7Tov ; cf. Menag. ad h. I. t. II, p. 349; comme l’était le masque de Méduse sur le bouclier doré , <pia.\ctv yjpvaiav, du fronton d’Olympie , Pausan. v, 10,2. Nous en avons , d’ailleurs, la preuve par cet autre passage de Pausanias, où il est dit que les Trœzéniens avaient adopté pour types de leur monnaie , d’un côté , le trident, de l’autre , la tête de face de Mi-
nerve, ’AQhvccç 7rpo<rci)7rov , n, 3o , 6. Or, il nous reste en effet des monnaies de Trœzène , du plus ancien style , avec ce double type, le trident et la tête de face; une desquelles est publiée dans le Cabin. de M- Allier, pl. vi , n. 19 : cette rare et curieuse médaille fait maintenant partie de notre Cabinet du Pioi. Le masque de la Vertu, 'zvpd- <rco7rov ’Apt%ç, attaché ou cousu sur une couronne d’or, vers le milieu, acSla. /aioov , dont il est parlé dans Athénée, V, 211, B , c. xlvii , p. 3i3 , Schw. , était certainement dans le même cas ; et , pour ne pas multiplier les exemples, on peut s’en faire une idée d’après ces têtes de la Clémence et de la Modération, gravées de face sur boucher, au revers des monnaies de Tibère , Eckhel. D. N. t. VI, p. 18.
usage une foule de coutumes grecques, que les bouchers avec portraits s’attachaient le plus généralement aux colonnes des temples et il nous reste de cette pratique romaine, tradition positive de l’usage grec, un témoignage aussi curieux que décisif, dans une inscription latine du second siècle de notre ère, où il est question du portrait d’une Jeune Vierge d’Albe, lequel portrait, peint siir boucher, d’une proportion plus forte c/ue nature, avait du être placé sur la façade du temple neuf1 2 * : in clypeo cjuod ei posuerunt ante templum novum pingere efficjiem ma (jorem vero ) Severinæ vircjinis Albanæ. La manière dont j’ai suppléé ici à une lacune de quelques lettres, ma (jorem vero), m’a été suggérée par un passage de Macrobe , très-curieux aussi et très-important pour la question qui nous occupe; c’est celui où il nous a conservé une plaisanterie de Cicéron, au sujet d’un portrait de son frère Quintus, peint sur bouclier, en demifigure, selon l’usage , mais de si grande proportion que Cicéron ne put s’empêcher de dire en riant0 : Mon frère en buste est plus grand que dans toute sa personne ; et ce témoignage est surtout remarquable, en ce qu’il concerne une production de l’art grec, et qu’il nous atteste la généralité de l’usage grec4.
1 Tït. Liv. xl, 5i : CLYPEAque de co-
lumnis... dempsit.
1 Apud Marin. Fratr. Arval. Il, 654 ; cf. Orell. Inscript, lut. select, n. o'jo 1 . Rapprochez cette inscription latine du passage d’Æschine cité, p. 238, not. i, où il est question aussi d’une dédicace de boucliers placés : 7rpoç rov kouvov nav.
Macrob. Sat. n, 3 : Cùm in eâ. provinciâ , quam ille rexerat , vidisset clypea- TAM IMAGINER! ejuS INGENTIBÜS LINEAMEN- TS usque ad pectus ex more pictam ait : Frater meus dimidius major est quàm totus ; v. Visconti . Mus. P. Clem. Pref. p. vm.
4 On pourrait voir une tradition de l’antiquité dans cette suite de portraits des quarante-deux premiers évêques de Rome , qui avaient été peints sur la frise intérieure de la grande nef de la basilique de Saint- Paul hors des murs. L’exécution de ces peintures , qui se terminaient au pape Symmaque , élu en 490 , était attribuée au pontificat de saint Léon-le-Grand ; et l’on voit encore, dans la célèbre basilique de Saint-Apollinaire in classe, près de Ravenne, une suite de portraits semblables, peints également sur la frise, dont la première exécution doit se rapporter à la même épo-
Il serait difficile, dans l’imperfection actuelle de nos connaissances , de déterminer de combien de manières différentes on put, à toutes les époques de l’antiquité, disposer dans les temples et les autres édifices publics, les portraits peints en médaillon y sur bouchers , ou sur tableaux ronds. Nous apprenons de Pausanias que, dans le célèbre temple de Minerve Area, à Platées j orné de peintures de Polygnote et d’Onatas, le portrait d’ Arimnestos , général des Platéens, était placé aux pieds de la statue de la déesse 1 : ; aîrctf Js roZ xyLXfxx'ïoe, 'zz‘ç}c, roîc, 7 rocr/v eitouv Mais en quoi consistait ce portrait? était-il
peint ou sculpté? se trouvait-il exécuté, de l’une ou de l’autre manière, sur la base qui portait la statue, ou en un autre endroit plus rapproché encore des pieds de la déesse? Ce sont là autant de questions auxquelles peut donner lieu le texte de Pausanias, sans qu’il nous fournisse aucun moyen d’y répondre. M. Boettiger a vu ici sans difficulté un portrait peint, de la main de Polygnote, et attaché au piédestal de la statue 2; mais ce ne sont là que des suppositions arbitraires; et je ne pourrais prendre à mon tour la même liberté sans encourir le même reproche.
Une particularité non moins curieuse et mieux avérée, est celle qui résulte d’un fragment d’inscription attique, où il est fait mention de la place réservée pour la niche ou Y armoire qui devait contenir Y image en bouclier 0 : ro7rav rr 1 cu/cc9éo-ei rZç omrAoôyxjiç. L’illustre M. Boeckli, qui a publié le premier ce
que, et qui nous offrent une réminiscence du même genre. Voyez , au sujet de ces portraits, maintenant détruits, de Saint-Paul hors des murs, Fiorillo , Kunstgeschichte , I, 337; et Miinter, Simibilder und Kunstvorstellungen der ait. Christen, P. I, p. 1 1, 57), et P. Il , p. 125, i3 ).
1 Pausan. ix , 4 , 1. M. Siebelis n’a
fait aucune observ ation sur ce passage ; et
M. Boeckh, qui a fait mention, en dernier lieu, de ce portrait d’ Arimnestos , le désigne en ces termes : Ad pedes Minervæ Arimnesti imago, Corp. Inscr. gr. 1. 1, p. 18. Ce sont là deux manières différentes d’éluder la difficulté.
2 Boettiger, Archàol. der Maler. p. 365.
3 Boeckh, Corp. Inscript, gr. n. 125, t. I,
fragment, avait cru d’abord qu’il s’agissait ici d’un portrait peint à placer dans un arsenal ; ce qui est effectivement la signification la plus usuelle du mot 07 rÀoôww?1; mais ce qui ne pouvait s’entendre dans ce cas-ci. Plus tard, il a reconnu qu’il ne pouvait être question que de Y armoire ou niche , ôrw , armaruim, destinée à contenir le portrait sur bouclier, eixàni ëvo- 7rAo$, o7rÀov 2; et il est évident que ces sortes d eportraits en demifujure, qui devaient s’exécuter aussi habituellement sur des. tableaux de bois ronds que sur des boucliers proprement dits, avaient en effet besoin, pour être consacrés dans un lieu public , d’une niche ou d’un encadrement pratiqué à cette intention ; de là, la formule contenue dans notre inscription : ro-mv rr\ hj/cLÛéo-ei Twç ovrAoQyxnç. Nous avons donc ici, pour les portraits de personnages historiques placés dans les lieux publics, un témoignage tout à fait équivalent à ceux que nous avons déjà produits pour les peintures de style historique ; témoignage fourni par un monument attique qui nous offre , dans le mot ovrAo- , employé pour désigner la niche, Y encadrement du portrait ,
1 Pollux, ix , 44 : Kca oVa o0MJca/ vt’trav , /Va t a ottacc âiittii >1o. A l’appui de ce témoignage, on a pu remarquer que Stra-
bon, ix , 395 , se sert du même mot pour désigner Y arsenal du Pirée , construit par Philon : « oVao9hx.ii <£>/a covoç i'pyov , et que Plutarque emploie aussi cette expression en parlant du même ouvrage, in Syll.
§ 1 4 ; voy. encore d’autres témoignages recueillis par Meursius, in Pir. § iii, p. i3. Mais l’usage du mot oVaoOmxh , pour signifier un arsenal , ne me semble pourtant pas avoir été propre aux Attiques , du moins dans la haute antiquité ; ce mot ne se rencontre, à ma connaissance, ni chez les historiens , ni chez les orateurs d’Athènes , tandis que ces écrivains se servent
en pareil cas du mot <m uo9hxh ; c’est Pollux qui en a fait l’observation , x , 1 o , en citant à l’appui des passages d’ /Eschyle etde l’orateur Æschine,le dernier desquels se lit en effet dans la Harangue contre Ctêsiphon, A7 , 27 : Ka/ mcivo^yiKviv ÙKoJUfAovv. Quant au mot oVao0h*h , il signifiait proprement le meuble destiné à recevoir le bouclier ; il se trouve , avec cette signification , dans Pollux lui-même , vu , i54, où il a été interprété à tort par armamentarium ; et dans ce sens , qui est primitivement et proprement attique, il répondait à d’autres termes, tels que o’ïtrlod tuoi, Kpa.yo9nx.tt, <toopo9my\ ou SbvpodoKYt , cités ailleurs par Pollux, x, i43.
2 Boeckh, Corp. Inscr. gr. n. 2o5g, t. II , p. 128, 13.
CHEZ LES GRECS ET CHEZ LES ROMAINS. 245 une expression analogue à celle de , qui dut être usitée
aussi dans le langage attique , pour exprimer la niche ou Y encadrement du tableau1; et nous acquérons, par cette notion curieuse , une preuve nouvelle de la nature de ces portraits sur bois ou sur métal, placés dans les édifices publics, qui confirme toutes nos idées sur la manière dont étaient généralement insérées dans la muraille les peintures employées à la décoration de ces édifices.
Une autre notion, qui se place naturellement à la suite de ces recherches, et qui ne vient pas moins à l’appui de cet emploi d'images peintes sur bois, c’est la connaissance que nous avons récemment acquise de toute une classe de portraits peints de cette manière, pour un usage funéraire. Je veux parler de ces portraits qui s’exécutaient en Egypte, par la main des Grecs établis en ce pays, et qui se plaçaient sur le cercueil des momies. Nous possédons , dans notre musée égyptien du Louvre , plusieurs de ces portraits, peints de face sur des planchettes de cèdre , représentant des individus de l’un et de l’autre sexe , de la famille gréco-égyptienne d’un Pollius Soter, archonte de Tlièbes, sous le règne d’Hadrien ; on les trouve désignés de cette manière dans la Notice du Musée publiée par Champollion2; et en les citant ailleurs, comme des productions d’un art grec, j’avais déjà remarqué que c’étaient des portraits peints, à ce qu’on présumait, par le procédé de ï 'encaustique0 . Un examen plus attentif que j’ai été dans le cas de faire de ces peintures, avec l’assistance d’artistes qui ont pratiqué avec succès le même genre de peinture encaustique à la cire, ne m’a laissé aucun doute à cet égard. J’ajouterai maintenant que M. de Mi-
1 Voy. plus haut, p. 166-167. tembre i834, la note ajoutée à la lin de
2 Notice du Musée Charles X , p. 122. mon second article sur l’Iconographie ègyp-
5 Voy. dans le Journal des Savants, Sep- tienne de M. Rosellini, p. 536 , 2 ).
nutoli avait eu l'occasion de faire la même observation au sujet de quelques portraits placés sur clés cercueils de momies , du temps des Ptolémées, et découverts durant son séjour à Thèbes. Ces portraits, qui lui offrirent, dans le maniement du pinceau et dans l’emploi des couleurs, l’apparence sensible et tout le caractère de notre peinture à l’huile, ne pouvaient, suivant son opinion, avoir été exécutés que par le procédé de l’ encaustique1; et l’on déplorera sans doute , avec cet illustre antiquaire, le fatal accident qui a privé la science de ces monuments précieux, devenus, comme on sait, la proie des Ilots avec beaucoup d’autres objets d’antiquité égyptienne.
11 existe dans la galerie de Florence un de ces portraits rapportés d’Égypte par M. Rosellini : c’est une tête de femme peinte sur une planche très -mince de sycomore, évidemment de la main d’un artiste grec, de même que le modèle appartenait à la race grecque; et l’antiquaire italien, d’accord avec un habile chimiste de son pays, M. Migliarini, est pareillement d’avis que ce portrait, aussi bien que ceux de notre musée, est peint à l'encaustique 2. Du reste, tous les antiquaires s’accordent à dire que ces portraits sur planchettes de bois de cèdre ou de sycomore, étaient faits pour être fixés sur la face des momies : ce quine peut être, quand il s’agit de travaux de mains grecques, regardé que comme la continuation de la pratique grecque . d’exécuter sur bois les portraits de toute nature , puisque , dans
1 Minutoli , iiber die Pigmente uni die Malertechnik der Alten , dans ses Abliandhing. verm. Inhalts , iv, p. 67-68.
2 Rosellini , i Monumenti dell’ Egitto e délia Nulia, Part. IP, t. II, p. 206 : Un ritratto di donna, dipinto sopra una fina tavoletta di sicomoro , il quale è manifestamentc opéra di greco artefice. Cela n’em-
pêche pas l’auteur de citer ce monument comme la preuve que les Egyptiens connurent lu peinture encaustique ; tant est grande la préoccupation de cet antiquaire , qui lui fait rapporter tout à la civilisation égyptienne , même les œuvres de l’art grec, produites à une époque grecque et d’après des personnages grecs.
CHEZ LES GRECS ET CHEZ LES ROMAINS. 245 le système contraire, celui des portraits peints sur enduit, rien n’eût été plus naturel et plus conséquent que de peindre ces images sur la caisse même ou sur l’enveloppe des momies.
Mais nous venons d’acquérir à cet égard une preuve matérielle qui ne laisse subsister aucun doute. Une momie de femme grecque, rapportée d’Egypte cette année même par M. de Cadalvène1, nous a offert la particularité nouvelle, ou du moins bien rare jusqu’ici, d’une enveloppe de stuc peint, avec des ornements, en relief, dorés ; et sur la face de la momie était encastrée, dans cette enveloppe de stuc, une tablette carrée , de bois de sycomore, sur laquelle avait été peint de face, à T encaustique, le portrait de la personne. Je me suis assuré en effet que les couleurs employées dans cette peinture avaient été mélangées avec la cire, puisqu’il suffit, pour la mettre en fusion, d’en approcher un fer chaud; du reste, la planchette est si mince, comme toutes celles qui ont servi pour de pareils portraits, que l’on conçoit à peine comment une peinture , exécutée sur une base si fragile, a pu se conserver durant tant de siècles en cet état, et que l’on s’explique en même temps comment les grands travaux de la peinture grecque encaustique , tels que ceux de Polygnote, de Micon, de Panænus et des autres maîtres de la même époque, purent être exécutés sur des
1 Cette momie acquise pour notre Cabinet des Antiques porte sur la poitrine l’inscription grecque : ETŸTXEI AIOE- KOPOT, en lettres formées en relief et dorées ; inscription dont il est assez difficile de s’expliquer la présence sur une momie de femme , mais qui ne laisse du moins aucun lieu de douter que cette momie même n’appartienne à un individu grec. Le portrait de femme , peint à la manière grecque, avec des bijoux consistant
en collier, bagues et bracelets , et formés de pâtes en verre coloré rapportées dans le stuc , en fournit une autre preuve , qui n’est pas moins péremptoire. Malheureusement, ce portrait a été brisé par des mains barbares, qui cherchent toujours des trésors dans les momies. Il ne x'este qu’un fragment de la tablette peinte; mais ce fragment suffît pour apprécier la nature et le caractère de la peinture.
tables de bois, sans doute très-minces aussi, et fixés dans le revêtement en stuc de murailles de temples et de portiques, comme l’était ce portrait dans une enveloppe de même matière. Le fait est si positif, et l’analogie est si sensible, qu’ils dispensent de tout commentaire; et sans insister davantage sur ce point, je le recommande à l’attention de mes lecteurs.
11 s’en faut bien que j’aie épuisé tous les témoignages que me fournit l’histoire de l’art , relativement à l’emploi qui se fit dans l’antiquité grecque de peintures sur bois de tout genre, et toujours d’un ordre historique. Il me reste à signaler encore toute une classe de ces peintures, dont je me suis réservé de traiter en dernier lieu avec quelques détails , et que je comprendrai sous le titre général de Pornographie ; peintures qui durent être nécessairement sur bois, ül'NAKI, et à l’encaustigue , 7n7mnÀ./xévct> xjjfSi1, et qui, par le talent de leurs auteurs, et par le mérite même de leur exécution, appartinrent indubitablement à la peinture du grand style.
De la Pornographie.
11 s'agit de ces compositions licencieuses, dont on ne se ferait pas une idée suffisamment exacte , si l’on croyait quelles représentassent uniquement des images lascives 2, telles que nous les
1 Liban. Declamat. t. IV, p. 1097, ed. çovtn ^ 'srpdfyiç ci'lc'z'ovç ivioi , JtaSaVi/).... Reisk. ; cf. ibid. p. 1019 : T à Ji /auto. àKohdunovç cpuhlctç yvvctnuûv TS’poç avSpa.ç;c(. a vi'lai <uoM/uoviuiva, toi Ï'vAûû. ad h. I. Wittenbach. Animadv. p. 200; Fac.
’ Plutarcb. de and. Poët. p. 18, B : Tpa- Excerpt. p. 196 ; Sillig. v. Chærephanes.
CHEZ LES GRECS ET CHEZ LES ROMAINS, connaissons par quelques vases peints1, ou des scènes voluptueuses, telles que nous les offrent deux charmantes peintures d’Herculanum 2; et que ces compositions mêmes fussent exclusivement et dans le principe , destinées à des usages domestiques. La théologie des Grecs admettait, dans un sens positif ou allégorique, une foule d’images contraires à l’honnêteté, qui , d’abord , présentées sous une forme sacerdotale , dans un style de convention hiératique , n’exprimaient que des dogmes sacrés, et ne s’adressaient qu’au sentiment religieux ; mais qui , plus tard, à mesure cpie l’art s’était perfectionné, au sein d’une civilisation corrompue, devinrent, entre les mains de peintres habiles , des moyens propres à séduire des imaginations ardentes et à flatter des passions immorales. Pour une société qui n’avait plus de pudeur, l’art n’eut plus de scrupules, et la religion elle-même plus de sanctuaires. Des tableaux obscènes furent exposés aux regards jusque dans l’enceinte des lieux sacrés; de grands artistes se signalèrent par des compositions de ce genre, soit pour se délasser de travaux plus graves, soit par l'effet d’une direction vicieuse du goût
1 Un cle ces vases a été publié par d’Hancarville , dans le premier Recueil d'Hamil-
ton , t. IV , pl. cxxm ; trois autres , du musée de Naples , l’ont été depuis par Millin , dans une dissertation particulière , où il a jeté, sur ce genre de travaux de l’art antique , un coup d’œil rapide et superficiel. Un assez grand nombre de ces sortes de peintures sont sorties en dernier lieu des tombeaux de Vulci et de Corneto ; et je crois avoir été le premier à signaler ce fait curieux, dans ma Notice sur les Collections de M.Dorow, p. 17-18. Depuis, les fouilles de Canino ont produit beaucoup de découvertes de ce genre; et l’on ne sait, à l’as-
pect de ces vases , généralement du style de dessin le plus élevé et le plus pur, de l’exécution la plus élégante et la plus soignée , ce qui doit étonner le plus , ou de ce mérite même, porté à un si haut degré dans des compositions de cette espèce , ou du motif qui fit choisir de pareilles images pour ornements d’une chambre sépulcrale.
Plusieurs de ces vases font partie de la belle collection de feu M. Durand; etfon ne saurait trop regretter qu’ils se refusent, par leur sujet , à toute publication , quand ils en seraient si dignes par leur dessin.
Pittur. d’Ercolan. 1. 1, tav. xv et. xvi.
individuel qui ne trouvait que trop de sympathie dans la dépravation publique. C’est alors que des peintures exécutées pour des particuliers, dans le seul objet de flatteries sens et de charmer les yeux, à la fois, par la licence du sujet et par le talent de l’artiste, devinrent l’ornement effronté des habitations privées. C’est alors enfin que des tableaux , qu’en d’autres temps on aurait pu rougir de voir et de posséder, furent affichés dans un testament et légués à un empereur sous la condition d’opter entre une image impudique et une somme énorme; et que, placé dans cette alternative, aux yeux du monde entier , le choix du prince , en se prononçant pour la peinture, donna à la société payenne la mesure de tout ce quelle avait de vices, jusque dans les talents quelle estimait : grande leçon que reçut alors la conscience du genre humain , et qui ne doit pas être perdue pour l’intérêt de l’art. C’est aussi parce qu’il s’y trouve une haute moralité qu’il doit m’être permis de rétablir cette page de son histoire, en exposant en détail la preuve des faits qui viennent d’être énoncés d’une manière générale; et, ce qui importe surtout à notre objet, en montrant que les tableaux dont il s’agit, à quelque époque et de quelque main qu’ils fussent exécutés, quelle qu’en fût la destination, chez les Grecs, comme chez les Romains, étaient nécessairement des peintures sur bois.
Le témoignage classique à tous égards, concernant ces peintures obscènes, produites par la religion des Grecs, est celui d’Aristote qui, dans sa Politique1, recommande aux ma-
1 Aristot. Polit, vu , i5 (vulg. 17 ) , 8, la leçon a dyovç avec le mot ypatpetç, n’avait ed. Schneider. : ’EttÛ Si ro a t'ytiy 71. rZv réellement aucun fondement : ces deux t oiov'luv ifypiÇopAiv , cpo-vipov ôl/ jt, 70 Çkupi7v mots expriment chacun une idée qui peut n" T P AO AS tj a ôyovç diry^juova.ç. ’E7r/fAi AêV très-bien se concilier avec le sens du verbe utv ovv i’/rlco 7o7ç ap^outri, z. 7. A. La diffi- §ia>piïv ; et je crois voir, dans cette phrase culté que trouvait Schneider à admettre ici d’Aristote, une allusion à un passage cé-
CHEZ LES GRECS ET CHEZ LES ROMAINS. 249 gistrats d’écarter soigneusement de la vue et de l’oreille des jeunes gens toute image malhonnête, soit en peintures, soit en discours , et qui n’admet à cet égard d’exceptions que pour certaines divinités dont le culte comportait ce genre d’abus qu’il déplore : fxv\re ccyctA/xoL /xvre EPAçPHN eîvcui roiotfluv
fALfXYicrlV , 61 fxn Tlcrl ($60l$ Toiovloiç, Oiç -XgLj TOV
TuOcLcrfAov olttoSïS^o-iv o N<DMO£. Il est clair, d’après cela, que la loi même autorisait, en certains cas, l’exposition publique de peintures indécentes clans un lieu sacré; et il est facile de deviner quelles étaient, à Athènes et ailleurs, les divinités dont le culte provoquait l’art à de pareils travaux. Mais nous ne sommes pas réduits ici à de simples conjectures ; nous savons cpie V Impudeur personnifiée, ’Avctéh/ct, avait un temple à Athènes h et qu’il y existait en outre toute une classe de Génies pnapujucs, en rapport avec Aphrodite, tels que cet Orthcinès , assimilé au dieu de Lampsaque h tels encore que Konissalos, Tychon, Tnphalès û, et autres semblables, en l’hon-
lèbre de Y Hippolyte d’Euripide , qui viendrait à l’appui de cette observation ; c’est celui-ci, v. 1001-2, ed. Matthiæ. , dont je ferai usage plus bas : O A o/<A rpôÜfyv ryicfï, 'STMiV AOTm xAilav, rPA$H< té Mvtrtraiv.
1 Suid. v. Qioç i'h/na.% M ^ AG yivvuriv n Ai vouSticc, àj kpov av'liïç.
2 Scol. Lycopliron. v. 538 : ’0/>9a->nç (lis. ’Op^évYiç) , Jhttpicov <Zïrpia.7rw<hiç tïïipt tuV 'AçpoJi%r ; cf. Rachmann. ad h. I. On peut se représenter ce Génie d’après l’indication donnée par Hésychius, v. ’0/>6aVnr îvlt- '}a.pt,ivov ixuv ai<fb7ov. Son vrai nom attique , tel qu’il était exprimé dans le titre d’une comédie d’Eubulus, était ’O pÿctvnç, apud Allien. 111, 108 , D, c. lxxii , p. 4ao , Schw. ; et c’est aussi sous ce nom qu’il ligure dans un passage curieux de Strabon ,
qui concerne toute cette classe de Génies attiques, xm, 588 : ’Aaa’ toim (0 llpîct7roç) toiç ’ATIikolç ’Opdavyi KovnrircLAcp Kj Tv- Xuv‘ j é T°h TOIOT'TOIS ; voy. surtout le fragment de Platon le comique, où sont cités ces Dieux des femmes ivres , fragment qui nous a été conservé par Athénée, x, p. 44i, F, c. LVin, p. 118, Scliw.
3 Outre le passage précédemment cité de Strabon , qui nous fait connaître Konissalos, Tychon et leurs pareils , Konissalos est nommé dans Aristophane, Lysistrat. v.
982 ; et suivant le témoignage du Scoliaste , c’était aussi le nom d’une danse orthophallique, m rcov èvl i1aluiyct>y tol oûJdict, , tralvpix.Y\ <jx.lp%mç. Quant à Triphalès, si ce nom n’avait pas été forgé par Aristophane , apud Scol. Platon. Ruhnken., p. io, comme
neur desquels s’exécutaient des chœurs orthophalliques \ et dont les images peintes devaient être d’accord avec les danses licencieuses qui en avaient sans doute fourni le type. La religion grecque tout entière fournissait d’ailleurs, pour des compositions de ce genre, un fonds véritablement inépuisable; l’Olympe était le vaste champ où le libertinage de l’art pouvait puiser à son choix des inspirations de toute espèce; et il n’y avait pas d’impureté qui ne trouvât de modèle dans le mythe de quelque dieu. La célébration des orgies bachiques était accompagnée de scènes d’ivresse et de débauche, dont les vases peints, les bas-reliefs de sarcophages et les peintures funéraires, avec toute leur liberté, sont bien loin sans doute de nous donner une idée complète. Les aventures de Vénus formaient tout un cycle de sujets voluptueux, dont l’art avait dû s’emparer , et qu’il pouvait traiter à son gré , sans respecter la décence et sans manquer à la religion. Mais c’étaient surtout les nombreuses amours du maître des dieux qui avaient offert au génie des peintres, comme à celui des poètes, une source féconde d’images érotiques dont nous pourrions à
celui des Show <zs ap atrial ou v de Konissalos l’avait été par Platon le comique , ce devait être un Génie de même espèce que le TripTiallus de Varron, modèle du Trimalchion de Pétrone, Weîcker, Præfat. ad Philostrat. Imag. p. lx , 3 ) ; voy. sur ce passage de la Lysistrate les observations des commentateurs, t. VIII, p. 2o3, ed. Beck. Il est superflu d’observer que l’antiquité romaine avait eu des Dieux d’un genre analogue, qu’elle honorait sans doute d’un culte pareil. Tel était le Mutinus Tutinus, qui avait eu à Rome un sacellum, objet d une si grande vénération , depuis la fon dation delà ville jusqu’au règne d’Auguste, et où les femmes sacrifiaient, togis prœtex-
tisvelatæ; Festus, v. Mutini Tutini, p. io3, 1 72 ; cf. Interprett. ad h. I. p. 5og , ed. Lindemann. ; add. Middleton. Antiquit. p. 68- 69. Sans doute aussi les peintures obscènes n’étaient pas épargnées dans la décoration de ces sortes de sanctuaires ; et à défaut de témoignages directs , on peut se faire une idée de la composition de ces peintures , d’après des bas-reliefs du même sujet qui sont venus jusqu’à nous, l un desquels , d’excellent travail , a été publié par Winckelmann, Monum. ined. n. 26.
1 C’est ce qui résulte du nom même de Konissalos donné à la fois au Diea et à la danse célébrée en son honneur. J’exposerai de nouveaux motifs à l’appui de cette idée.
CHEZ LES GRECS ET CHEZ LES ROMAINS. 251 peine, d’après quelques faibles traits qui nous en restent, nous figurer quelles avaient pu être l’audace et l’effronterie. La caricature elle-même n’avait pas craint de s’attaquer, en la personne du dieu suprême, aux mystères les plus sacrés de la religion. Un peintre formé à l’école d’Apelle, Ctésiloque, s’était signalé par un tableau qui représentait Jupiter accouchant de Bacchus, où la liberté du pinceau répondait sans doute à la hardiesse du sujet, petulanti pictura1; et nous possédons, sur un célèbre vase peint du Vatican2 * * 5, une parodie des Amours de Jupiter et d’Alcmène , qui prouve que les licences de la peinture n’étaient point restées au-dessous de celles du théâtre.
Mais , pour ne pas nous écarter de l’objet de nos recherches, il est évident que ces peintures, qui étaient à la fois, par leur sujet même, licencieuses et sacrées, n’avaient pu être exécutées, dans le principe, que par un motif religieux, qu’avec l’intention d’être dédiées dans un temple. Telles étaient certainement celles qu’avait en vue Euripide dans son Jlippolyte °, lorsque, par une licence familière aux poètes, il attribuait au siècle de Thésée un usage qui ne pouvait appartenir qu’au sien. Ce qui ne paraît pas moins constant, c’est qu’à cette première époque , où la peinture put être chargée de représenter des images obscènes, en rapport avec le culte, la sévérité du sentiment religieux jointe à l’imperfection même de
1 Plin. xxxv, il, 4o : Apellis discipu-
lus,’ petulanti picturâ innotuit : Jove Libe-
rum parturiente depicto mitrato, et muliebriter ingemiscente inter obstetricia
Dearum.
5 D’Hancarville, Vases d’Hamilton, t. IV, pl. cv ; Winckelmann, Monum. inecl. n. 1 90. Il s’en trouve une répétition , avec quelques variantes, dans le cabinet Pourtal'es, pl. x ,
où l’interprète a cru voir, sans raison, à mon avis , une Visite nocturne, traitée dans le style des scènes de la vie commune.
3 Aoy. plus haut, p. 248, not. 1, le texte d’Euripide. J’ajoute ici que la traduction de ce passage , par Louis Racine , dans les Mém. de l’Acad. t. VIII, p. 3o8 , a reçu les éloges de Valckenaer et son approbation , ad Hippolyt. p. 271.
l’art, ne permettait guère que ces images fussent dangereuses pour les mœurs; et l’on doit croire que , si de pareils tableaux eussent existé réellement dans le siècle de Thésée, c’est à tort que l’innocence d’Hippolyte s’en fût elfaroucliée. Nous ne savons pas de quelle manière Ulysse couché avec Circé avait pu être représenté sur le coffre de Cypsélus1; mais je suis convaincu que ce groupe, conçu dans le style hiératique de l’époque , n’offrait qu’une image bien peu propre à enflammer les sens; et tant que la Grèce eut des mœurs pures et des yeux chastes, elle put trouver innocentes des peintures qui ne l’étaient pas , et souffrir dans ses temples des tableaux qui devaient être plus tard un écueil pour l’honnêteté et un scandale pour la philosophie. A cet égard, le témoignage d’Aristote que j’ai rapporté plus haut n’a pu nous laisser aucun doute. Mais cet abus avait été porté si loin que, pour s’en faire une idée juste, il faut recourir à d’autres témoignages; et voici le plus expressif, celui qui , dans sa généralité même , embrasse le plus de monuments de ce genre , de toute époque et de tout pays.
Ce témoignage est celui du rhéteur Aristide, qui, après avoir décrit quelqu’une de ces peintures faites pour être placées dans les temples de Neptune , ou figurait le jeune dieu Palœmon souriant à son père, qui le reçoit dans son manteau, entre Thalassa et Galênê personnifiées2, ajoute la réflexion sui-
1 Pausan. v, 19,2; voy. mon Odyssèide , p. 358. Sur un vase du cabinet Pourtalès , l’interprète a cru voir Circè couchée dans sa grotte , pl. vin , p. 1 10 ; mais, même en
admettant cette explication qui me paraît très -douteuse, ce sujet n’aurait aucun rapport avec la composition du coffre de Cypsélus.
2 Aristid. Oral, ni, Isthm. in Neptun.
t. I, p. 46 , ed. Dindorf. ; T otroa'îû t iç ïpci-
poç TT/JoVêaA TU, THOilS) Kj idiîv yt Kj iV P-PA^MM ATI... Kj ©ocAallay etv%v TZ,cipiiva.i iv rPA'MMATI Xj TocMvnv, k. t. a. Ce passage n’a pas été entendu par l’interprète latin , qui traduit : Nec indecenter mare tranquilîum ibidem appingïtur ; et cela,
vante : « Voilà ce qu’on devrait se borner à peindre, et non «pas ces sujets odieux ou impies, dont je ne saurais assez « m’étonner qu’on ait d’abord souffert l’exposition sans en dé- « tourner la vue, sans en repousser avec indignation les au- «teurs, et qu’encore aujourd’hui, on tolère ces coupables « peintures au milieu même cle nos temples : » OÏa êna-^ov là (fiodée^yc Te ctcrgêvi EPÀMMATA, àey à QcLVfxàêco 7 ro>ç virole ygcf rvecr^ovlo 01 vrpcoloi tclvtol iàbvle$, y^cf 00 /uoel opyy ïiÀtJoy em rôtis Tovlcdv S\/u,iovpyovç re X5V oivlo^eipcbs , ri eh ycfij NTNl' axé ’xpêlcui ev MEXOIS TOI S 'IEPOÎS. A l’appui de ce témoignage, qui s’applique, comme on le voit, à un assez grand nombre de peintures de tout ordre, toutes exposées dans des temples, je dois rappeler le trait que j’ai déjà cité 1 d’une peinture obscène, représentant Junon et Jupiter, et placée dans YHérœon de Samos. A la vérité , cette peinture avait été supposée par Chrysippe , pour servir d’appui à une théorie physiologique ; et c’était une invention de ce philosophe , que ses adversaires avaient réfutée , en faisant observer que la peinture en question ne se trouvait décrite dans aucun des catalogues de tableaux qui avaient cours à cette époque de l’antiquité 2 : 'En re Tuaçjc roîç, vnp\ EHNAKHN ypà^curi... vj^cLxxyœpicr- /xérnv) ( îo-iopiavy Mais il n’en résulte pas moins de cette circonstance, premièrement, qu’à l’époque de Chrysippe, il existait, dans les temples grecs les plus célèbres, assez de
faute d’avoir su que Thalassa et Galênê , ligurées comme personnages accessoires sur ce tableau , étaient deux de ces personnifications souvent employées par l’art antique. Je cite, à-cette occasion, un mémoire publié dans le Berliner Kunslblatt , 1828, et intitulé : Die Nereicle Galerie in plasticher und malerischer Darstellung ah symbolische
Personnification der Meeresstille , dont je regrette de n’avoir pas connaissance.
1 Voy. plus haut , p. 94-95.
2 Diogen. Laërt. vu, 187. Voy. sur ce passage les observations de Ménage , t. II , p. 34o , où se trouve rectifiée la méprise du grand Casaubon , au sujet des mots 7rtpi ntvàxœv.
peintures licencieuses, ayant pour objets des divinités du premier ordre, pour que ce philosophe ait pu se permettre d’en inventer une qui lui semblât propre à être expliquée dans un sens philosophique; car s’il en eût été autrement, l’imposture de Chrysippe eût été trop grossière, et ses ennemis auraient eu trop beau jeu pour le confondre; en second lieu, que ces peintures devaient être sur bois, 7nvecx6$, puisque le principal moyen de réfutation employé par les adversaires de Chrysippe, était qu’il ne se trouvait aucune mention de celle-ci dans les catalogues de tableaux : argument qui eût été sans valeur, s’il y eût eu de ces sortes de peintures exécutées sur mur.
Le fait de ces peintures obscènes , dédiées dans les temples , se trouvant ainsi constaté d’une manière qui ne saurait laisser prise au moindre doute, ce qu’il nous reste à prouver, c’est quelles appartenaient, par leur style et par leur exécution, comme par leur sujet, à l’école historique. Or, nous savons, par des témoignages authentiques, que des artistes du premier ordre , tels qu’Aristide , s’étaient exercés dans ce genre de peinture ; c’est ce qui avait été établi dans le livre de Polémon , cité par Athénée1: Heçj. rSv èv ’Encoun TIINAKON, et ce qui s’applique toujours , comme on le voit, à des peintures sur bois. D’autres peintres, Nicophane et Pausanias, compris dans la même catégorie , nous sont connus par le même témoignage. Il faut y ajouter Chæréphane, nommé par Plutarque2 en des
1 Athen. xm , p. 567 , B , c. xxi , p. 4 7 , Scliw. : nOPNOrPA'$ON KaXuv, ùç ’A-
HoLV(TCLVl'cLV, (Il *7£ N IKOÇctm , rT0VÇ Çwypoitpovç. M VYi/Lionvii Ji au’lcûv, ôoç toluIo. x-cthcuç ypa ço'vlm, TIoM/lcccv iv 7. II. t. iy 2. niNA KON. C’est sans motif suffisant que M. Sillig , v. Pausanias , a cru que ce nom de Pausanias avait pu être mis ici
par erreur, au lieu de celui de Pausias.
2 Plutarch. de aud. Poët. p. 18, B: Tpdtpoutri Kj -TTpatyiç aloyrovç ïvioi , Ka.^a.7rtp.... Xcupiipcivriç cly.0 Actir'lovc ôpuhia.ç yi hcukcL'V 71 poç avSpaç. L’analogie de nom et de talent entre ce peintre pornographe et le Nicopliane cité par Athénée et par Pline , rend très-probable la conjecture de Wyttenbacb,
CHEZ LES GRECS ET CHEZ LES ROMAINS. 255 termes qui ne s’accordent que trop bien avec certaines peintures de vases grecs, qu’on pourrait croire avoir été exécutées sur les dessins mêmes de ce peintre pornoqraphe. Mais entre tous ces artistes de l’antiquité grecque, qui n’avaient pas cru dégrader leur talent en l’employant à des ouvrages de ce genre, le plus illustre et celui dont la haute renommée garantit le mieux l’extrême perfection qui put s’y trouver jointe à une extrême licence , c’est sans doute Parrhasius.
On sait, en effet, par le témoignage exprès de Pline1, que Parrhasius s’était exercé, par manière de délassement, à des compositions du genre le plus lascif, exécutées de très-petite proportion : Pinxit et minoribus tabellis libidines, eo genere petulantibus jocis se refciens. A la vérité , un illustre antiquaire , M. Quatremère de Quincy 2, a cru qu’il s’agissait ici , non de peintures licencieuses , mais de caprices, de badinages , du genre de ce qu’on appela plus tard , des grylles , ou même des caricatures. Mais ce n’est pas là le sens du mot libidines, surtout associé, comme il l’est ici, aux mots qui suivent, petulantibus jocis Lorsque Pline veut parler défigurés obscènes sculptées sur des vases à boire, c’est de la même expression, libidines, qu’il se sert4 : Inpoculis libidines cœlare guvat, ac per obscœmtates bibere ; et l’on sait , par le témoignage d’un autre écrivain , concernant les vases du même genre, et par l’usage qu’en faisait l’infâme Élagabale, de quelle nature pouvaient être ces représenta-
Arnmadv. p. iA3, que c'est un seul et même personnage ; voy. aussi Sillig, Catal. vet. Artific., v. Chærephanes.
1 Plin. xxxv, 9 , 36.
4 Monuments et Ouvrages d’art antiques , restitués, t. II, p. 90. J’ai réfuté ailleurs cette opinion , Journ. des Sav. i83o, Janvier, p. 5 1 -53.
5 On remarquera que Pline se sert du même mot, petulanti picturâ, au sujet de la peinture indécente et satyrique de Ctésiloque, Plin. xxxv, 1 1 , 4o.
4 Plin. xxxiii, Proëm. cf. ibid. xiv, 22 : Vasa adulteriis cœlata , tanquam per se parum doceat libidines temulentia.
tions 1 : Vasa scliematibus libidinosissimis incjuinata. D’ailleurs , on connaît avec toute certitude un de ces petits tableaux licencieux de Parrliasius , son Atalante , au sujet de laquelle Suétone s’est exprimé de manière à ne laisser aucun doute sur la composition de cette peinture, en ajoutant que le tableau avait été légué à Tibère, sous la condition que, si le sujet déplaisait à l’empereur, il recevrait comme équivalent la somme d’un million de sesterces2. Mais, loin d’être scandalisé d’un pareil legs, ou tenté d’une pareille somme, Tibère accepta le tableau, qu’il plaça dans sa chambre à coucher, où se trouvait déjà une autre peinture du même genre et du même auteur, l’ Arch cj allas , cité par Pline parmi les principaux ouvrages de Parrliasius A De pareils faits n’ont pas besoin de commentaires : les tableaux dont il s’agit étaient bien des peintures obscènes11 , du plus grand prix, sous le rapport de l’art. C’étaient bien aussi des peintures sur bois , de petite dimension, minoribus tabellis, qui avaient pu être encastrées dans le mur d’une chambre à coucher : à cet égard encore, les expressions de Suétone et de Pline : in cubiculo dedicavit, cubiculo inclusit, ne comportent aucune incertitude; et cela posé, il est permis d’interpréter, de peintures du même genre, exécutées à l’imi-
' Lamprid. in Elagabal. c. 19.
5 Sueton. in Tiber. c. 44 •' Tïberius Cœsar tabulam Parrhasii , in quâ Meleagro Atalanta ore morigeratur , legatam sibi sub conditione , ut si argumento offenderetur, decies pro eâ H-S acciperet, non moclo prætalit, sed et in cubiculo dedicavit. Pour l’interprétation des mots : Decies H-S, j’ai suivi l’opinion de mon savant ami , le docteur Labus ; voy. la Dissertation de Morcelli , délie Tessere, publiée avec les observations de cet antiquaire, Milan, 1827 , Annot. xv, p. 4o-
4i . La somme équivaudrait à environ deux cent mille francs de notre monnaie.
5 Plin. xxxv, 9, 36 : Pinxit et archigallum , quam picturam amavit Tiberius princeps , atque.... cubiculo suo inclusit.
4 C’est de cette manière que l'ont entendu tous les critiques depuis Durand , Hist. de la peinture, p. 2 48; voy. entre autres, Wyttenbacli, Animadv. ad Plutarch I, i43 ; Ott. Müller, Prolegom. myth. p. 38o ; Sillig , v. Parrhasius.
CHEZ LES GRECS ET CHEZ LES ROMAINS. 257 tation de celles de Parrhasius , si ce n’est de la main même de cet artiste, certaines images licencieuses que les petits-maîtres d’Athènes avaient coutume de porter dans leurs tablettes 1 :
‘Ev mlutuai'oiç pcvmolai* Çofuv ’E (pttniïcL FP A’MMATA aclaol.
1 Anaxilaüs Comic. apud Athen. xn , 548, D, c. lxx, p. 537, Schw. C’est une conjecture de Fiorillo , Observât, in Athen. p. g5, qui se fonde, quoi qu’en dise Schweighâuser, sur la nature du talent de Parrhasius , et sur la patrie de cet artiste , né à Ephèse. Il y a néanmoins de graves objections à faire contre cette conjecture, lesquelles résultent du sens même des mots E (piaux. yooLfAfxa^a , employés par tant d’auteurs divers dans une acception toute particulière et différente de celle-là ; voy. Hesych. v. ’Ecpétria.- Ypct.[Xfici\ci ; et Interpret. ad h. I. ; cf. Schweigh. ad Athen. t. XI, p. 5og.
2 Au lieu de o-Kv'Japioiç , qui est la leçon ordinaire, Fiorillo avait déjà proposé <niu- 'ÏccaÎoiç, qui me paraît aussi la vraie leçon ; et si l’on lisait ypoL-7r%'iai , en guise de pa.Trroicrt , il semble que rien ne manquerait à l’idée du poète comique. On sait qu’il y avait des scy taies , en forme de planche ttes , ou de tablettes , 7TAa%îaiç <ntv1d.Aaiç , Scol. Pindar. ad Olymp. vi, 1 56 ; conf. Nitzsch. Histor. Homer. p. 76-76 , et que ces tablettes étaient entourées de peaux préparées pour écrire, ou pour peindre, au moyen d’une couche de blanc; de là les expressions , a ivx.ov Sip/j.ci , iy.âv'la. A ivkov , Scol. Aristophan. ad Av. 1288 , et ad Ecclesiaz. 76 , sqq. ; cf. Athen. x, 45 1 , D, par lesquelles on désignait ces sortes d epeaux. On sait déplus que l’usage de ces tablettes ou scytales, servant à écrire , était fort ancien dans la Grèce ; témoin ce fragment d’Archiloque, ayyvfxin\ <na/]c£Aw , Fracjm. xxxix , 3o8 , ed. Gais-
ford. ; lxviii , i6g-70 , ed. Liebel. , et que , de Lacédémone, où cet usage était général ,
( voyez-en un exemple bien remarquable , rapporté par Plutarque , in Lysandr. § 1 4 ) , la mode en avait passé à Athènes , au point que , du temps d’Aristophane , A cotuvo/actvouv était devenu synonyme de o-x.o'U'a/’ ê’<popovv , Aristophan. Av. 1283, et Scol. adh. L; cf. Casaubon. ad Theophrast. Caract. c. v, p. 75-77, ed. Fischer. Ce peu de notions suffirait pour justifier la manière dont je propose de lire le vers d’ Anaxilas : 'Ev cx.v'laa lotç ypctTrlohn ; mais j’ajouterai, à l’occasion du mot ypcc.7r%7(ri, que rien n’a dû être plus fréquent, dans les anciens manuscrits grecs, que la substitution du y au p , et réciproquement. C’est ainsi, pour n’en citer que quelques exemples , qu’un architecte et peintre de décorations, avxvoypdyoç , a été converti , par la seule substitution du p au y , en un fabricant de tentes, <rzv\voppd.çoç, dans le texte imprimé de Diogène Laërce , 11, 125 ; et c’est en se fondant sur de pareils exemples qu’un philologue a essayé tout récemment une interprétation nouvelle du fameux passage du Banquet de Platon , p. ig3 , B, en lisant xa'W pa<pv'v, au lieu de tcoclà ypatpnv , Platon. Conviv. p. 182 , ed. Hommel., Lips. i834- Quant à l’usage qui se fit des peaux étendues sur des tablettes, pour dessiner ou pour écrire , c’est un fait notoire , à l’appui duquel je ne saurais produire un exemple plus illustre , ni plus applicable à la question actuelle , que celui de Parrhasius lui-même. Or, nous savons, par
C’étaient, comme je l’ai déjà dit, et comme il serait naturel de le présumer, les aventures de Vénus et les amours de Jupiter qui formaient le sujet le plus ordinaire de ces peintures, d’une composition plus ou moins obscène, d’une exécution plus ou moins savante, comprises sous le nom général de 7 vDp\oyfcL(picL ; et de bonne heure, ces sortes de peintures avaient dû servir, chez les Grecs, de meubles et d’ornements dans la partie la plus secrète de leurs habitations. C’est ce qui résulte de l’indication donnée par Aristophane, au sujet de ces groupes lascifs placés dans certains appartements 1 : K civ roïo-iv S) uifxcLTioio-iv ’AcpçjSirwt; rpô 7Tcév. On sait, en effet, ce qu’il faut entendre ici par ’A (pçjSîrvç rpôvror ; ce que l’auteur de Y Art d’aimer appelait Veneris jicjuræ 0 ; et ce qui avait fini par constituer une sorte de théorie lubrique , dont les motifs indécents, fournis, suivant toute apparence, par la danse des courtisanes, ê^ofyp\crct/xévetj clcrgÀy Y\fM(tlcL 4, avaient été fixés par le dessin
]e témoignage exprès de Pline, que ce grand maître avait laissé beaucoup de dessins sur peaux, qui servaient encore d’études aux artistes : Graphidis vestigia exstant in tabülis ac membranis ejus; et quoi de plus plausible que de supposer que la plupart des images licencieuses, libidines, produites en se jouant par le peintre d’Ephèse , fussent des dessins sur peaux, E tptirn'/'a. ypdjupialci ?
1 Aristophan. EcclesiaZ. v. 8 ; cf. Interpret. ad h. I. t. VI , p. 63o-3i , Beck.
2 Voyez, à ce sujet , Spanheim, de Pr. et Us. Num. t. II , p. 52 2.
0 Ovid. Trist. n , 523 : Sic quæ concubitus varios ven ERisque figuras Exprimât ; conf. Ovid. de Art. Amat. n , 68: Venerem jungunt per mille figuras. Sur ces sortes de groupes impudiques , nommés en grec , rpo7roi , jx\)^ctvai , a^p/uctra, en latin ,Jiguræ,
modi , schemata , et même schemæ , dont les Spinthriennes sont restées pour nous de honteux monuments , produits sans doute à l’occasion des jeux Floi'alia des Romains, plutôt qu’à l’usage de Tibère, comme on le croit communément, je me ferais scrupule de rien ajouter , quand j’en serais capable , aux savantes explications de Spanheim.
4 Suid. v. ’A <r1vttveur<rcL. C’est le nom d’une courtisane célèbre des temps héroïques , qui partageait avec Cyréné , Philænis et Eléphantis , cette tris te et honteuse célébrité ; voyez , au sujet de ces courtisanes , les témoignages rassemblés par Goeller, ad Tim. Fragm. xxxiv, p. 238- 4o, et par Jacobs, Antliol. Pcd. VI, 385-6. Le manuscrit du Vatican porte en tête de l’épigramme d’Æschrion , relative à Philænis, ces mots : E iç Qixcui/idù., rnv’’E\tçocv1nyiç
CHEZ LES GRECS ET CHEZ LES ROMAINS, et par Y écriture. Aristophane fait encore allusion à ce trait de mœurs grecques, quand il prête à Æschyle les paroles que voici 1 : ’A vol to S^S^njcf/.v^acvov KvfŸivnq /xeXoTroiuv ; et la même allusion avait été exprimée par Euripide dans un passage de son Hypsipyle, qui n’a pas été bien compris des interprètes2 : ’Avot ro' ocvlfov. C’est le mot oivl/ov, autre0, qui fait,
suivant eux, la difficulté de ce passage, et c’est pourtant ce mot qui aurait dû les mettre sur la voie. Il ne fallait, pour comprendre toute la pensée du poëte , que se rappeler cette indication de Suétone 4 : Prostantescjue per antra et cavas rnpes , ex utriuscjiie sexûs pube , Paniscorum et Nympharum habitu. Un nouveau trait de lumière nous est fourni par un fragment de Timée , sur les danses nocturnes qui se faisaient dans les maisons grecques de son pays, en l’honneur des Nymphes 5; et ce qui achève de nous éclairer sur ce point, c’est de trouver précisément , sur nos deux peintures d’Herculanum , deux de ces groupes lascifs de Nymphes et de Panisc/ues 6. Mais je puis ajouter à ce sujet un renseignement neuf et curieux qui appartient
iluipav , rriv rPAAA2AN iv EIl’NAKI rdç yvvaiKiiaç futytç iituvaç. Quoi qu’il en soit de l’invention de ces groupes obscènes , ty niveau, attribuée à Philænis, il est certain qu’il existait , dans l’antiquité grecque , un grand nombre de ces sortes de peintures, en petits tableaux; vid. Auct. Priap. Carm. : Rogatque tentes Si pictas opus edat ad figuras ; c’est ce qui résulte du témoignage exprès de Saint Clément d’Alexandrie, in Protrept. p. 53 , conforme à celui de Suétone , in Tiber. § 43 ; et ce passage d’un père de l’église mérite bien d’être rapporté textuellement :’'u.R JV dvacpavdov TtîV dx-oxa. triaç oxy\ç 7« SXH'MATA ANA'rPAnTA
7TavRfA.il ^idfAiVOt OUK attS^yViRi il T
hy\ç ’ErrPAçPO’MENOI rd d>txaiviRç
XXEbMÂTA, ù)Ç rd 'UpoLKAiOVÇ dtyh.YlfA.ala.
1 Aristopban. Ran. 1 355-6, ed. Beck.
2 Euripid. Hypsipyl. apud Scol. Aristopban. ad Ran. 1 356 ; vid. Matthiæ, Fragm. t. IX , p. 194.
5 Matthiæ cite la leçon atrlpo v, fournie par Suidas, et non moins inintelligible à son avis, sans se décider entre lune et l’autre ; mais atrlpov n’offre ici aucun sens , tandis que avlpov s’explique parfaitement.
4 Sueton. in Tiber. § 45.
5 Tirnæi Fragment, xxxii , p. 206, ed.
Goeller. : Emotif ovloç xala ’S.tttihtav tyvaiac rsotitatyat ttald rdç otxtaç ratç NTM$AI2, Ig <uip) rd dya.AfA.ala. <srawv^i(uv fA.ityvax.a~ /aivovç, àpyuatyal ri rapt rdç tyiaç.
6 Pitture d’Ercolano, t. 1 , tav. xv et xvi.
à l’histoire de l’art antique, et qui m’est fourni par un témoin digne de foi. Il fut découvert, il y a peu d’années, dans l’île d’Egine, un petit édifice souterrain, de forme ronde, soutenu intérieurement par trois colonnes , sur les murs duquel étaient dessinés au pinceau des groupes d’hommes et de femmes extrêmement lascifs. Le style de ces peintures, Lien que l’exécution en dût être assez négligée, et que la conservation n’en fût pas parfaite , annonçait une belle époque de fart, et appartenait certainement à une école grecque. Malheureusement, ce souterrain se trouvait dans un édifice de la ville actuelle , destiné à servir d’école publique ; et la peinture fut couverte d’une couche de plâtre par les ordres du magistrat, avant qu’on eût pu en prendre un calque ou un dessin 1. Cette circonstance , qu’il serait permis de regretter, dans l’intérêt de la science, nous a privés de l’occasion , sans doute unique , de connaître un de ces édifices souterrains qu’Euripide appelait : civlpov , et peut-être aussi du seul exemple de peinture grecque, sur mur, d’un certain ordre, qui se fût conservé jusqu’à nous.
Mais, pour ne pas trop nous écarter de notre sujet, c’était le mythe de Vénus qui offrait au libertinage de l’art le plus de ces motifs de compositions licencieuses, devenues farni-
1 C’est dans une lettre de M. Grasset, agent français, qui a résidé quelque temps à Egine , et qui eut occasion de voir à plusieurs reprises ce souterrain orné de peintures, au moment de sa découverte, que j’ai puisé ce renseignement ; et j’ai cru qu’à défaut du monument même , désormais perdu pour la science , il serait utile d’en consigner ici le souvenir. Le mur n’avait été orné de ces dessins que d’un seul côté , dans la partie qui se trouvait à droite , en entrant ; et ce qui en subsistait
offrait, entre autres sujets lubriques, des groupes de femmes nues dansant en rond, puis, deux individus , de sexe différent, se provoquant au plaisir par des gestes obscènes. Le dessin des figures annonçait une main habile et exercée ; quant aux couleurs, il ne restait plus que le noir avec lequel avaient été tracés les contours au pinceau ; mais sans doute que d’autres couleurs, telles que le jaune, le rouge et le blanc, couchées à teintes plates, avaient disparu par l’effet de la vétusté.
CHEZ LES GRECS ET CHEZ LES ROMAINS. 261 lières à la corruption des Grecs. L 'Anthologie grecque est remplie de pièces de vers qui s’y rapportent; j’en citerai une, relative à l’un de ces petits tableaux , qui peut à lui seul nous tenir lieu de tous les autres , et dont la composition , telle quelle est indiquée par le poëte, peut se passer de commentaire1 :
Apict Kj Tlcupinv d Z cnyptztpoç iç piiuov oïttov ’AfA.q>mpi7rKty$' nv ytypouptv cL/x<pa‘'\ipovç.
Ce tableau était, comme on le voit , placé au centre cle l’habitation, dans quelque appartement secret; et il était peint à l’encaustique, sur bois; ce qui résulte des mots 67 n wçjb , employés plus bas par le poëte. On doit croire qu’un pareil sujet avait été varié de bien des manières et reproduit par bien des mains ; c’est celui que l’on a trouvé plus d’une fois à Pompeï , notamment dans un des cabinets du J enereum de la maison dite d’Actéon, avec d’autres peintures lascives2; c’est aussi celui dont la contemplation habituelle, déplorée par Ovide lui-même comme un signe de l’altération des mœurs romaines3, est reprochée aux Grecs de son temps, comme l’opprobre de leur civilisation , par un écrivain sacré, par un père de l’église, par saint Clément d’Alexandrie; et cela, en des termes dont je n’oserais me permettre d’imiter la liberté, même en les traduisant4, et qui sembleraient avoir été empruntés à un écrivain moins scrupuleux, tel que Lucien5. C’était probablement de peintures de ce genre
1 Brunck. Analect. t. III, p. 200, adespot. ccxliv ; cf. Jacobs, t. XII, p. i4- Le tableau de Mèdèe, peint à l'encaustique, était désigné de la même manière dans une épigramme de Philippe , Carra, xlii : E ppi jcj iv KHPÔ5 as au cfb kt on.
2 Mazois, Ruines de Pompeï, t. II, p. 79.
5 Ovid. Trot ri, 52 1 , sqq. :
Scilicet in domibus vestris, ut prisca virorum
Artifici fulgent corpora pîcta manu ;
Sic, quæ concubitus varios VENERisque figuras Exprimât, est aliquo parva tabella loco.
4 Clem. Alexandr. in Protrept. p. 53 :
Tlap ’ aù'laiç th tccç asipmAoKciç , àyopwtriv tlç ThV JA<ppOcti%V iHilVYlV , thV yv/xi/w , 7tjv îarl avfXTrXox n JlSipiivviv. Cf. Casaubon. ad Sueton. in Tiber. c. 43,
5 Lucian. D. D. xvii, 2 , t. II , p. 5o : ’E<p- Qovov v tm ’Apn... SithpeivV dulnÇ’ C’est un rapprochement qui avait échappé à tous
qu’il s’agissait, dans le passage cité plus haut et tiré d’un apologue de Babrius1, où l’on voit que des peintures propres, par leur sujet et leur variété, à tromper la douleur, à dissiper la mélancolie et la tristesse , s’inséraient clans les murs, au sein d’habitations privées. Mais ce qu’il y a pour nous de plus important à remarquer, dans ce déplorable égarement de la société grecque, c’est que cet abus de la peinture tenait, suivant toute apparence , au même principe qui avait donné lieu à une autre application, très-curieuse aussi, de l’art de peindre2: je veux parler de ces portraits de personnages hèroïgues, renommés pour leur beauté, que les Spartiates faisaient placer clans leur chambre à coucher, afin que leurs femmes eussent ces images sous les yeux, dans la circonstance indiquée par saint Clément, et que le résultat en fût conforme à cette impression. C’est là une particularité de mœurs grecques qui nous est attestée d’une manière non équivoque0; et ce n’était pas seulement, comme on pourrait le croire, une pratique vulgaire du dernier âge de la civilisation grecque ; mais un ancien usage , fondé sur une doctrine philosophique , car cela résulte positivement du témoignage de Galien, qui s’autorise de l’opinion d’Empédocle 4; et nous apprenons de Galien lui-même que les portraits destinés à cet usage étaient exécutés sur panneaux
les interprètes , même à M. Jacobs , qui a cité en dernier lieu ce passage de Lucien , pour expliquer le mot àju<pi7npi7r\îy<hiv , ad Anthol. Pal t. XII, p. i4- 1 Voy. plus haut, p. 168-69.
1 II semble que Plutarque ait eu en vue V usage dont il s’agit dans un passage curieux de son Amator. , 766, D , t. IX, p. 7 1 .
3 Oppian. Cyneget. 1, 36o-65 : Tpd- -^dvliç niNA^ESXI «mAetc ÿtirav ÀyAad xdhXri ; et il cite Nirèe, Narcisse , Hyacinthe
et les Dioscures. Ce sont là autant de traits nouveaux à ajouter à notre Iconographie héroïque, dont j’ai indiqué ailleurs le caractère et montré l’importance , l’un et l’autre mal appréciés jusqu’ici par les auteurs de Y Histoire de l’art ; voyez mes Monuments inédits, Odysséide, p. 244-246.
“ Voy. dans la note de l’éditeur français cl’Oppien , 1. 1 , p. 1 77 , le passage de Galien , qui s’y trouve rapporté en entier.
CHEZ LES GRECS ET CHEZ LES ROMAINS. 265 de bois, ev 'zs'Xaeleî %vA ai1; ce qui est conforme à tout ce que nous connaissons de l’histoire de cette branche de l’art. Cette notion ainsi établie , il nous est permis d’attacher quelque valeur au témoignage d’un romancier grec, sur cette reine d’Ethiopie dont la chambre était ornée de peintures représentant les Amours de Persée et d’ Andromède , et qui en avait eu l’imagination frappée au point de mettre au jour une fille semblable, pour la couleur, à l’héroïne du tableau2; car si cette anecdote est mensongère, comme la plupart des faits racontés dans le roman , l’usage même sur lequel elle se fonde n’en reste pas moins constaté par ce nouvel exemple ; et c’est un de ces traits de mœurs qu’on n’invente pas, dans des ouvrages où les personnages mêmes sont inventés.
Le mythe de Jupiter, avec le nombre de ses maîtresses, qui s’était accru pour ainsi dire dans la même progression que l’altération des mœurs publiques, ne fournissait pas un champ moins vaste ni moins favorable à l’imagination déréglée des artistes0. Il parait même que les adultères du maître des Dieux formaient à Rome le sujet le plus habituel de ces peintures, exposées jusque dans les lieux publics , et devenues ainsi un double monument de l’incontinence romaine, et par les objets quelles offraient aux yeux, et par les tableaux mêmes, conquis par la violence des Romains sur la corruption des Grecs. Properce nous représente le portique d’Apollon Palatin
1 Galen. Libr. de Theriac. ad Pison. :
Tuv dfAop(pu>v t iç Jbvodloç idpcop<pov 0éAO) v yiv- VYurca 'ïïaitht i7roiY[<ri rPAHAI EN ITAA- TEI HT A Cli ivuSiç «aao uzroLiJlov , k. t. a.
2 Heliodor. Æthiopica, iv, 8, 1, t. I, p. 1/19, ed. Coray. : Tovç JV ÇjoL^ujuovç loiç AvJpofiiJ<x.ç % jt, Tlipo-iuç ipwcriv ’EIIOI- KIAAON.... Tlapoi tuV ô/juxlca tmV Trpoç loV avJ'pa. , 7rpoaS)\{-\,ca thV ’ AvS'pofxicPx.v v T P A -
(PH' <7ïïapa.(rxovcoc, k. t. a. Cf. Coray. ad h. I.
3 On peut en juger par le discours que prête Libanius à un peintre vaincu luimême parla contemplation des images érotiques qu’il avait exécutées, et devenu amoureux d’une de ses peintures, à l’exemple de ses modèles , Jupiter , Apollon et Mars, Liban. Declamat. t. IV, p. 1097, Reisk. : Surù A0€ 7ri7ronaAjLvivci) KHP£Î/ ,
DE LA PEINTURE orné en grande partie d’images empruntées aux nombreuses amours de Jupiter1, et sans doute aussi dérobées à la Grèce, comme les petits tableaux d’un art antique qu’Ovide avait vus en si grand nombre dans le portique de Livie2 : priscis sparsa tabellis porticus. Mais c’est surtout contre les images obscènes placées dans l’intérieur des maisons que Properce s’élève avec indignation; c’est à la contemplation assidue de ces images, funestes à la vertu des femmes, qu’il attribue les désordres de son temps; et ses plaintes éloquentes3 méritent d’être consignées ici , à la fois comme une particularité des mœurs romaines de cette époque, et comme un trait de l’histoire de l’art contemporain :
Quæ manus obscœnas depinxit prima tabellas,
Et posuit castâ turpia visa domo :
Ilia puellarum ingenuos corrupit ocellos ,
Nequitiæque suæ noluit esse rudes.
Ah ! gemat in terris istâ qui protulit arte Jurgia sub tantâ condita lætitiâ!
Non istis olim variabant tecta figuris ;
Tum paries nullo crimine pictus erat.
Pour tout homme qui reçoit sans prévention ce témoignage de Properce, il est évident que les peintures dont il s’agit étaient de petits tableaux, tabellæ , et qu’à une époque plus ancienne, mais indéterminée, ces sortes de peintures, dont ses regards étaient à tout moment blessés , ne s’exécutaient jamais sur la muraille : tum paries nullo crimine pictus erat. A l’appui de ce témoignage, si précieux, si positif, et qui reçoit du
îov iipya.irfA.ivov îpav x.a')nvây>ta<ri rovlov.... ’îypa^a TrohAciiaç ipatvlav wWOêaïv , ^ J)i1 v- 7rovv XfoofAoLtri t à t ovlcov fAvtnépia, k. r. A.
' Propert. Ele g. n, 23, 18-20 (3o, 29. 3o, ed. Kuinoel.) :
Antiqui dulcia farta Jovis ;
Ut Semela est combustus; ut est deperditus lo ;
Dcuique ut ad Trojce tecta volârit avis.
Cf. Martial. Epigram. xiv, 175 et 180.
2 Ovid. De Art. Amator. 1,71. ^ If, fe. 'ài • l v
3 Propert. Eleg. 11 , 5, 19-26; vid.
Brouckhus. et Kuinoel. ad h. I
CHEZ LES GRECS ET CHEZ LES ROMAINS. 265 caractère même de son auteur une recommandation nouvelle, je puis alléguer d’autres indications de la même valeur et du même temps. C’est Ovide qui, attristé par la vieillesse et par l’exil, condamne ces jeux indécents du pinceau qu’il avait regardés d’un autre œil à une autre époque -de sa vie , lorsqu’il donnait à la jeunesse romaine des leçons de l’art d’aimer1. C’est encore un poète , placé sous le charme des mêmes images, qui nous représente son alcôve ornée de la même manière 2; c’est Horace qui ne rougissait pas d’étaler aux yeux de ses contemporains , dans la décoration de sa chambre à coucher, une peinture trop fidèle du désordre de ses mœurs5; c’est, pour citer enfin le plus haut degré de ce coupable égarement dans la plus haute fortune du monde, Tibère, disposant dans les nombreux appartements de sa retraite de Caprées, tout ce que la peinture pouvait fournir d’images de ce genre au dérèglement de son esprit4.
Mais il s’en fallait bien que l’antiquité romaine eût été aussi innocente d’un pareil abus, que Properce, dans l’indignation qu’il éprouvait pour son siècle, feignait de le croire, ou du moins qu’il affectait de le dire. Dans les temps mêmes de la vertu républicaine , dans le siècle de Caton , lfome ca-
quocunquè respexisset , ibi et imago coitûs referretur. J’aurai occasion de m'expliquer, dans un au Ire endroit de ces recherches, sur la nature des peintures qui sont désignées ici par les mots speculato cubiculo ; en attendant, je fais remarquer que les sujets , tels qu’ils sont indiqués par le mot scorta, appartiennent évidemment à la 7ropvoypci<pia.
4 Suelon. in Tiber. c. 43 : Cubicula plurifariàm dispositis tabellis ac sigillis lascivissimarum picturarum ac figurarum adornavit. Voyez, sur ce passage, les observations du grave Casaubon.
1 Ovid. de Art. Amat. n, 679-80 :
Utque velis, Venerem junguut per mille figuras ; Iuveniat plures nulla tabella modos.
Idem, Trist, 11, 523-4 :
Sic, quæ concubitus varios Venerisque figuras Exprimât, est aliquo pabva tabella loco.
2 Auclor Anonym. vet. Epigramm. apud Broucldius. ar/Propert. n, 5, 26 :
luque modos omnes, dulces imitata TABELLAS, Transcat, et lecto pcndeat ilia mco.
5 Suelon. in vit. Horat. : Ad res venereas intempérant ior traditnr ; nam speculato cubiculo scorta dicitur liabuisse disposita, ut
chait au sein de ses maisons des tableaux faits pour porter atteinte à la chasteté des femmes; et c’est le théâtre romain qui nous a mis dans la confidence de ce désordre domestique.
Plaute fait dire à un de ses acteurs 1 :
Me. Dicmiln, numquam tu vidisti tabulam pictam in pariete,
Ubi aquila Catamitum raperet, aut ubi Venus Adoneum?
Et l’interlocuteur répond :
Pe. Sæpe ; sed quid istæ picturæ ad me attinent?
Il s’agit évidemment de peintures souvent reproduites et répétées en tout lieu, lesquelles avaient pour objets, ici, Y Enlèvement de Ganymède, là, les Amours de Vénus et d’ Adonis, et d’autres fables du même genre. Nous avons donc la preuve que , déjà du temps de Plaute, ces sortes de peintures étaient devenues familières aux Romains; et de plus quelles étaient exécutées sur bois, et enchâssées dans le mur ; car c’est là le sens propre, c’est la valeur positive des mots : tabulam pictam in paiuete; et cette interprétation seule est d’accord avec l’ensemble des notions historiques, qui nous représentent toujours les peintures en question comme des tableaux. C’est d’ailleurs ce qui résulte indubitablement d’une autre indication, puisée à la même source, de ce passage si curieux d’une comédie de Térence2 * * :
.... Virgo in conclavi sedet , Suspecians tabulam quandam pictam , ubi inerat pictura hæc : Jovem Quo paclo Danaæ misisse aiunt quondam in gremium imbrem aureum.
Ici encore, il est question d’une peinture représentant la surprise faite à Danaé par Jupiter, converso in pretium Dco°; et
1 Plaut. Meneechm. 1,2, 34,sqq. rapporter ici : Ergô tabula picta altiùs
' Terent. Eunuch. ni , 5, 35-07, ecl. erat suspensa ad parietem.
Stallbaum. L’observation de ce savant édi- 5 Horat. Carra, ni, 16,8; cf. Mitscher-
teur, au mot suspecians , n’est pas inutile à lieb. ad h. 1.
cette peinture, exécutée sur bois -, tabula picta, était placée en haut sur la muraille : en sorte que c’est toujours la même notion qui ressort pour nous de tous les témoignages de l’histoire de l’art, dans ce genre de ses productions comme pour tous ses autres ouvrages.
Mais je puis produire un témoignage des plus graves, qui comprend la généralité même de ces peintures impudiques, et qui s’explique de la manière la plus précise sur leur nature et sur leur emploi. Ce témoignage est celui d’un père de l’église, qui ne saurait nous être suspect d’erreur ou de partialité quand il s’agit de faits aussi notoires, avérés, comme nous venons de le voir, par l’aveu des païens eux-mêmes. Aussi les plus savants critiques, tels que notre grand Casaubon, en ont-ils fait le même usage ; et ce témoignage imposant , rendu par un évêque chrétien, à la face de la société païenne, estil resté de sa part sans contradiction , comme il a été reçu par la science moderne. Voici donc en quels termes s’exprimait, dans un écrit adressé aux Grecs de son temps, saint Clément d’Alexandrie 1 : « Ce n’est pas ainsi qu’ils pensent pour la plu- « part, ces Romains qui, renonçant à toute pudeur, affranchis «de toute crainte, s’entourent dans leurs maisons de l’image «des passions de leurs dieux; ornent leurs chambres à cou- « cher de petits tableaux peints, qu’ils y suspendent au haut « de la muraille, pour y tenir sans cesse leurs regards attachés,
1 Clem. Alex, in Protrept. p. 52-53, ed. Potter. : ’Aaa’ ov t aula cppovovariv oi 'sroAAor à.-7roppî-^oivrliç Si tmV aiSù x-cù tov çôÇov, oïxOl tovçtwv Aai/uovuv ’ENrrPA<t>ONTAI «zae- XYi'lia.GjU-ovç' ITINAKIOIS yoîiv ']i<ti KATArPA'OOIS METEHPO'TEPON ’ANAKEI- MEAïOIS rzvpofcirxjnxo^ç àmKyiia t oùç
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A tiS'a TrtprTTtîcofAivov lov opviv toV ipulixov.... Oiai Si au Sj ax\ai vjuuv tiKoïtç; ITANI2- KOI t m's, g yvjumi KO'PAI, g 2A'TrPOI juîduofliç, K) /aopluv i'vlaaaç t ciïç TFA^AÎS àyroy.’fivov/uivai , k. t. a.
« et qui se complaisent ainsi dans leur incontinence comme « dans une sorte de culte. » Dans la chaleur de son zèle apostolique, saint Clément poursuit sans ménagement l’énumération de ces peintures licencieuses, où figuraient Vénus en proie aux embrassements de Mars1, Lèda surprise par Jupiter; puis, cette foule de Nymphes nues, de Satyres ivres de vin et de débauche, pour lesquels l’indignation du vertueux évêque trouvait à peine des expressions assez fortes dans la liberté de son langage, en même temps que dans la pureté de son âme. Je n’aurais pas, pour reproduire un pareil texte dans notre langue, ce double motif d’excuse; j’y renvoie donc mes lecteurs; mais je m’empare du fait important qu’il me fournit, de ces petits tableaux sur bois suspendus à la muraille, IIINAKf 012 i&\cLyçjc(poi<; fx&leufole^v ANAKEIMENOI2 : car c’est là une notion, conforme à tout ce cpie nous savons d’ailleurs, qui se trouve ici exprimée d’une manière qui n’est sujette à aucun doute , ni susceptible d’aucune équivoque. Saint Clément n’avait sans doute aucun intérêt à nous représenter comme étant sur bois, des peintures qui auraient été sur mur; à nous dire qu elles étaient suspendues au haut de la muraille, si elles avaient été exécutées sur la muraille même. Son raisonnement n’eût pas perdu de sa valeur quand la chose eût été autrement; mais son témoignage, d’accord sur ce point avec tous les faits de la science, et rendu à une époque où l’on peignait généralement sur mur, acquiert ici une grande importance, et donne à notre opinion une autorité nouvelle, ou pour mieux dire une sanction véritable.
1 On peut se faire une idée de la vogue Veneris, dans Wernsdorf, Poët. Lat. Minor. qu’avait obtenue ce sujet , à cette dernière t. IV , p. 3 1 q-345 ; pour ne point parler des époque de l’antiquité grecque , par le petit peintures de Pompeï, qui nous en ont offert poème de Pieposianus , Concubitus Martis el une image , presque dâns chaque maison.