‹ Peintures antiques inéditesChapitre 19 sur 28 · CONCLUSION · texte numérisé non relu

CONCLUSION

Arrivé au terme du vaste travail que j’avais entrepris, il convient de résumer en peu de mots les principaux faits que je crois y avoir établis.

L’usage de la peinture sur mur, pour la décoration des édifices sacrés, n’appartient qu’aux temps de la naissance et à ceux de la décadence de l’art. Mais dans la première période, ce n’était proprement encore qu’une enluminure appliquée aux contours de figures dessinées au simple trait. Telles étaient sans doute les peintures des anciens temples du Latium, et telles nous ont apparu celles des tombeaux étrusques du territoire romain, et même des tombeaux grecs de la Pouille et de la Campanie. Dans la dernière période , ce n’était plus qu’une pratique subalterne, telle que nous la connaissons par les plaintes de Vitruve, de Pline et de Pétrone, et mieux encore, par les peintures de Pompeï et d’Herculanum.

C’est donc seulement dans les temps intermédiaires, où l’art des Grecs avait acquis toutes ses ressources , et où il déploya toutes ses facultés , que la peinture proprement dite prit une certaine part à la décoration des temples et des grands édifices publics. Mais alors elle s’exerça généralement sur des tables de bois; et c’étaient ces tableaux , de style historique, et produits par la main des plus habiles maîtres, qui figuraient sur les parois des temples, sur les murailles des portiques, de manière à offrir, comme dans le Théseion et au Pœcile d’Athènes, un ensemble de peintures insérées dans le mur, qui pouvaient paraître exécutées sur le mur, mais qui, le plus souvent, formaient de véritables galeries de tableaux, ce que l’on appela d’abord des trésors, et plus tard des pinacothèques, ainsi qu’on en eut des

CHEZ LES GRECS ET CHEZ LES ROMAINS. 56 î exemples dans YHéræon de Samos, dans YArtémision d’Éphèse , dans le temple de Jupiter Sauveur, du Pirée, dans celui d'Apollon, à Delphes, dans YAsclêpieion de Côs, aux Propylées d’Athènes, et sans doute encore dans un assez grand nombre des principaux édifices de la Grèce, tels que ceux de Sicyone , d 'Ambracie, de Corinthe, de Syracuses, de Tarente, de Crotone, à' Acjricjente , et enfin d 'Athènes.

S il y eut , dans le cours de cette période , des peintures sur mur, sorties de la main d’artistes célèbres, telles que celles de Polygnote à Thespies, de Panænus à Elis et à Olympie, telles encore que celle qui fut enlevée d’un édifice de Lacédémone, et dont on ignore le sujet et l’auteur; ce ne furent là que des faits accidentels, qui n’eurent que peu d’influence sur la direction générale de fart ; et tous les grands artistes , attiques et autres, y compris Polygnote et Panænus, n’en continuèrent pas moins de se signaler par l’exécution de peintures sur bois , comme Pline le dit formellement.

Ainsi furent produits tous ces chefs-d’œuvre de la peinture grecque, dont la violence des Piomains dépouilla la Grèce, durant plus de trois siècles de brigandages publics et particuliers. Ainsi se trouvèrent entassés à Piome , dans les temples et sous les portiques, ce grand nombre de tableaux , productions des plus illustres maîtres des écoles de Corinthe, de Sicyone, d’Athènes et d’Asie, que Pline avait sous les yeux, lorsqu’il appréciait avec tant de sens et de raison les œuvres de la peinture grecque , qui étaient sur bois, par comparaison avec les peintures de son temps, qui étaient sur mur, et lorsqu’en présence de tous ces monuments de l’art, perdus irrévocablement pour nous , il déplorait la décadence de la peinture.

Tels sont, en ce qui concerne la Grèce, les résultats cer-

seraient de recourir à ces témoignages , pour acquérir la preuve d’une pratique aussi vulgaire.

Mais, indépendamment de ces tables ou tablettes, peintes ou sculptées, en vertu d’un vœu accompli \ d’un songe, relatif à la république ou à l’empereur1 2, et dans bien d’autres circonstances, il se fit, chez les anciens , un si fréquent usage de tables de bois, de marbre ou de bronze, qui s’attachaient aux murailles des temples et des édifices publics, que nous ne saurions nous empêcher d’y voir une sorte de revêtement qui devait couvrir la presque totalité de ces murailles. Si les temples d’Esculape, tels que ceux d’Epidaure, de Côs et de Tricca, avaient pu offrir à un Hippocrate, dans le nombre infini de tablettes avec inscriptions ou peintures qui s’y trouvaient déposées d’âge en âge, la matière toute préparée de traités de médecine pratique3 * ; si les portiques, avec les parapegmes et les tables géographigues 4 dont ils étaient remplis , avaient pu servir d’écoles publiques, où les monuments de la science étaient incessamment exposés à tous les regards ; si, en beaucoup d’édifices publics, des tablettes de marbre, telles que celles qui nous ont offert de si précieux lambeaux des Fastes de Rome5, avaient été encastrées dans le mur, de manière à rendre

1 Je comprendrais parmi ces sortes de tablettes celles qui contenaient les catalogues ou inventaires d’objets sacrés, et qui devaient se trouver dans les principaux temples de l’antiquité ; voy. à ce sujet les observations d’Ernesti, ad Sueton. in Galb. § 12; cf. Ebert. ’Zuie'kiwv , i32, 12). J’y ajouterais les tablettes relatives aux oracles rendus, Diodor. Sic. xvi, 27; celles qui se suspendaient à l’entrée des temples, Lucian. de Sacrif. § 1 3 ; et in Hermot. Su.

2 C’est ce qu’Artémidore désigne de cette manière, Oneirocrit. 1, 2, p. i3, ed. Reifi. : Ûveipove Sypoatovs, oâs ■KpoKrjpv^avre; y TPÀ- Ÿ ANTES nal ÜPO0ÉNTES, n. t. X. Il est fait allusion à ce trait de mœurs romaines par Suétone, dans ce passage de sa Vie d’Auguste, Sgi: Somnia neque sua negue aliéna de se ne- (jliqebat ; et cette déclaration de songes se fai-

sait, suivant l’observation de Casaubon, reproduite par le dernier éditeur d’Artémidore,

au moyen d'une tablette exposée en public, proposito pittacio; voy. Reiff, sur Artémidore, t. II,

5 Voyez les témoignages déjà rapportés à ce sujet, p. 97 , not. 4~

4 Cicéron se sert, ad Attic. vi, 2 , du mot tabuler, correspondant à celui de rsivane; , pour indiquer les cartes géographiques de Dicéarque; voy. Ernesti , Ind. Latin. Cicéron, v. tabula.

5 Voy. les Fastorum ann. Roman. Reliquiœ, etc. rassemblés par Foggini , Romæ, 1779, p. 99, sqq. Nous savons par des témoignages dignes de foi, que les Fastes, d’abord tracés au pinceau sur tables de bois, s'exposaient en cet état sous les portiques du Forum, Tit. Liv. ix, 46 : Fastos circà Forum, in At.r.o proposuit; et qu'ensuite, ils se plaçaient dans les temples. C’est en effet ce qui résulte du trait rapporté par Macrobe , au sujet de Fulvius Nobilior, Sat. I, 12 : in. Fastis , c/uos in œile Herculis Musarum posuit ; cf. Martial, xi, 5, 6. Rien n’est, d’ailleurs, plus avéré que l’usage de colorer en rouge ces sortes d'inscriptions gravées sur marbre; d’où vinrent les expressions, Fasti picti, Ovid. Fast. 1, 11, Fasti purpurei, Martial, xi, 5, 5; xir, 26, 5, qui se rencontrent si souvent chez les auteurs.

présente en tout lieu la série des fêtes ou des triomphes de l’empire; si de longues inscriptions historiques , telles que celle qui contenait le détail des principales actions d’Auguste , rédigé de sa propre main , et qui devait être gravée sur des tables de bronze h étaient destinées à se placer dans les temples; si les chants des Saliens, tracés sur des ais de bois, axamenta1 2 * * S, si les lois des xn Tables, s’exposaient en public pour être appris par cœur; il en était de même de cette foule d’actes de l’autorité publique, lois et décrets politiques , traités d’alliance , concessions d’honneurs, d’immunités et de privilèges, qui se gravaient le plus souvent sur des tables de bronze, ou des ta-

blettes de bois, mviiuct11, pour être conservés dans les temples ou dans les curies. A cet égard, les témoignages fournis par l’antiquité grecque, résultant d’un si grand nombre d’inscriptions de presque toutes les cités helléniques, sont trop connus pour avoir besoin d’être cités. Je me bornerai donc à rapporter quelques traits appartenant à l’antiquité romaine.

Dès l’origine de la république, ou, du moins, dès une époque très-voisine de sa fonda don, il est notoire que les principaux événements qui intéressaient le gouvernement de l’état, les élections de magistrats, les guerres, les traités de paix ou d’alliance, s’inscrivaient sur des tables de bois, lesquelles demeuraient exposées dans la maison du Grand-Prêtre, regia, durant un certain temps; après quoi, elles étaient sans doute placées, au fur et à mesure

1 Sueton. in Angust. § 101 : Indicem remm gestarum, guem vellet incidi in æneis tabülis, g aœ ante Mausoleum statuerentur. L’exemple des inscriptions, sut tables de marbre, érigées sur la façade du tombeau des Plautius , nous apprend de quelle manière Auguste entendait que la sienne fût placée devant son Mausolée

2 Festus, v. Axamenta, p. 3 et 3oi , ed. Lin-

demann; Cicéron, de Legib. u, a3, S 5q.

5 Voyez, en fait d’exemples, l’inscription d’Agrigente, apud Torremuz. cl. vin, n. î , p. 'jS, 74-, où se trouve la formule suivante : t o Sè

S oypa xd\ai\/divTas ês X VA K 12 M' AT A Svo , t à Sè f tèv ëv dvctOépeiv és t o j3ovùevTijpiov ; cf. Van- Dal. Dissert, ix, p. 769, ed. Amstel. 1742. Polybe emploie la même expression, au sujet des tables de bronze où se gravaient les traités, lesquelles tables se conservaient à Rome, sur le Capitole, dansl’Ærarium des Ediles, m, 26,1:

Tt) povp.évav twv gwStikcov éti vvv êv XAAKI2- MASI , ëv r&v àyopavbp-Mv Taptetcp.

4 On en a un exemple qui appartient à la haute antiquité attique, et qui concerne Epiménide, dans ce trait rapporté par Plutarque, Reipubl. ger. Prœcept. tom. IX, p. 2 64, Reisk. : Éthyp aÇné tis âpxsï, xal OTNÀKION, xaï \prf<pn7pta,... cis ÈTrifzsvlSrjs iXaëev é? àxpo'Boksws , xaOéipas rrfv «dXm. Mais l’exemple le plus authentique de cet emploi du mot iuvolkiov , c’est celui que nous fournit le même Plutarque , et qui se rapporte au trop fameux décret Mégarique, cause de la guerre du Péloponnèse ; voici ce texte curieux, Plutarch. in Pericl. S 3o, t. I, p. 65o, Reisk. : II epixhéovs vàpcov rtvà irpoêix\o[jiévov , xcahvovra icads'Xeïv to IIINÀKION, êv Si r o ipn- (piapa (to Meyaputov) ysypogip-évov êvjyyavev ,

elrcscj Do'Kvocpxn • où Sè p) xaQé^yjs, àXKà

aTpéipov e'iacv t o IIINÀKION.

quelles se succédaient, dans quelque édifice sacré. Cette notion résulte surtout du témoignage de Denys d’Halicarnasse 1 , qui se sert à cette occasion du mot niNAKOX ; et tant d’autres témoignages viennent à l’appui de celui-là2, qu’il serait inutile de s’y arrêter. C’est pareillement un fait avéré, que l’usage qui s’établit plus tard d’exposer en public, sur des talles de bois enduites de plâtre ou de craie , et au moyen de caractères tracés en rouge, les édits des Préteurs, et les autres actes de l’autorité judiciaire 5. On sait d’ailleurs que les sènatas-consultes , gravés sur tables de bronze11, s’attachaient aux murailles, soit dans le Capitole, soit dans le Comice, ou dans les temples de Gérés et d’Opis, soit enfin dans 1 ' Ærariam du temple de Saturne5; et il y est fait de fréquentes allusions dans les harangues de Cicéron6. Il en était de même pour les lois et les dénombrements effectués sous l’autorité des Censeurs , qui se plaçaient dans l'Atrium Libertatis, ou dans la Villa Publica du

1 Dionys. HaL Antiq. Rom. i, 74, tom. I, p. 188, ed. Reisk. : O va’ ênl t ov zsapà. t oie kp%iepev<ji KSI f ISVOO IHNAK02. J 'ai lu ici Àp^tepeSai, an lieu de Ày^iceücn, que portent les éditions ; c’est une correction , aussi certaine qu’ingénieuse , proposée par Niebuhr , Rôm. Geschicht. 1 , 176 , et admise par M. Ideler, Handbuch der Chronolog. II, 162, 2).

2 Serv. ad Virg. Æn. 1 , 373 , tom. I , p. 68, ed. Lion. : tabulam dealbatam quotannis Pontifex Maximus habuit. , in quâ præscriptis consulum uominibus et aliorum magistratuum , digna memoratu notare consueverat; cf. Cicéron. de Orator. 11, 12 , 5a : Ab initio rerum romanarurn usque ad P. Mucium , P. M. , res omnes singulorum annorum mandabat litteris P. M. efferebatque in album , et proponebat tabulam donii.

3 Quintilian. Instit. orat. xii , 3 : Alii se ad album ac RUBBicAStranstulerunt; Senec. Epistol. xLViii : Sedere ad album-, cf. Paul. Sentent, lib. 1, c. 1 4. Il y eut de même l'album des Juges, Sueton. in Claud. S 16 : ALBO judicum; cf. in Tiber. S 5i ; et in Domitian. S 8; ceux des Sénateurs, des Décurions, et, pour tout dire enfin, l'Album des Citharœdes, Sueton. in Néron. S 21 : in albo Citharœdoram. Le témoignage le plus positif à cet égard est celui qui se trouve sur la célèbre iable de brome publiée par Muratori, Thés. p.

DLXXXII , col. XI : IN. TABULAS. PUBLICAS. REFE- RUNDA. CURATO. EADEMQUE. OMNIA. QUAE. UTEI- QUE. IN. TABULAS. RETULERIT. 1TA. IN. TABULAM.

IN. album, referunda , laquelle me dispense d’alléguer d’autres textes.

4 Voy. à ce sujet le témoignage de Pline, qui embrasse l’universalité de ces actes publics, xxxiv , 9 : tabulis aereis , in (juibus publics; constitutiones inciduntur. C’est à cet usage que fait allusion Virgile, Æn. vi, 622 ; cf. Serv. ad h. I.; add. Digest. xlviii, i3, 8 : Qui tabulam æream Legis refixerit.

5 Témoin ce passage de Suétone, in Cæsar. S 28 : Lege jàm in æs incisâ, et in Ærarium conditâ ; cf. eumd. in August. § g4. Je me borne à ce témoignage, à l’appui duquel je rappelle qu’une de ces lois romaines, rendue sous Vespasien, et gravée sur table de bronze, resta durant tout le moyen âge scellée dans un mur de la basilique de Saint-Jean-de-Latran. L’exemple avait frappé les interprètes de Suétone, et le monument est connu de tous les antiquaires.

6 Cicéron. Philipp. 1, 1 , 3 : Ne qua tabula ullius decreti Cæsaris figeretur ; cf. ibid. 11, 36 , 92 : Inspectantibus vobis, toto Capitolio tabuLae figebantur; Idem, in Pison. 1 5 , 36 : Hoc cert'e video, quod indicant tabulae publicae (in Comitio positæ ) ; cf. Sueton. in Claud. S 2 1 : tabulam illico misit.

Champ de Mars1. Cette coutume, qui avait été pratiquée à toutes les époques de la république, ne cessa même point d’avoir lieu sous l’empire. Rien n’est plus célèbre que le trait rapporté par Suétone, des trois mille tables d’airain, ærearum tabularum tria mil lia2, qui avaient péri dans l’incendie du Capitole, et qui y furent rétablies par Vespasien; et l’on apprend, par un passage d’une lettre de Pline le jeune , que plus tard encore il était d’usage que les sénatus-consultes , gravés sur tables de bronze, se fixassent dans le mur da Capitole, près de la statue de Jules-César 3 4. C’était aussi sur des tables, mais probablement sur des tables de bois, que s’inscrivaient, en présence du sénat et du peuple, les vœux que proféraient les Consuls et les Préteurs en partant pour quelque expédition; on appelait ces sortes de vœux, vota nuncnpata11 ; et les tables où ils étaient inscrits demeuraient attachées aux murs du Capitole jusqu’à l’époque de leur accomplissement. On n’a pas oublié ce qui a été dit plus haut5, au sujet des tables de bois, avec inscriptions relatives aux Triomphes, tituli Victoriarum; lesquelles tables se dédiaient dans le Capitole, où elles demeuraient comme autant de monuments authentiques des conquêtes du peuple romain. On sait que plus tard ces glorieux instruments du triomphe, insignia triumphorum, durent se déposer dans le temple de Mars Ultor, du Forum d’Auguste6 ; mais je rappelle le trait qui nous est fourni par Tite-Live, de deux de ces tables, offrant la même inscription, en mémoire de la victoire navale de L. Æmilius Regillus, et placées,

1 Festus, v. Probrum Virginis Vestalis : Lex fixa in Atrio Libertatis cum multis aliis legibus incendio consumpta est. Tous les témoignages relatifs à ce trait d'antiquité romaine , y compris ce qui a rapport â ï Atrium Libertatis et à la Villa Publica , ont été recueillis par Mazzochi , ad Tabul. Hcracl., p. 463, 464-

2 Suelon. in Vcspas. § 8. Vid. Interpr. ad h. I.

s Plin. Epistol. Vin, 6 : Senatusque consulta de

bis rebus facta in œre inciderentur, idque aes FIGERETUR AD STATüAM LORICATAM DIVI IDlI. C’est cet usage qui explique les expressions de Cicéron, in Catilin. ni, 8, i 9 : Letjtim aéra in Capitolio liquefacta ; et celles-ci d’Ovide, Metamnrj>h. 1, 91 : Nec vincla minantia fixo AERE ligabanlur ; vid. Interprett. ad h. I.

4 Festus, v. Nuncupata : Vota nuncupata

dicuntur, qaæ consules , p œtores, cùm inprovin-

ciam proficiscantur , j'aciunt ; ea in tabulas prccsentibus multis referuntur. L’histoire romaine ' tout entière est pleine d’allusions à cet usage voy. Tomasini, de Donar. c. I, p. 9-10; et la pratique s’en continua jusque sous l’empire; ce qui résulte du trait rapporté par Suétone , in August. S 9 y : Nam se , quamquàm conscriptis paratisque jàm tabulis , negavit suscepturum quæ non esset soluturus ; cf. Sueton. in Calig. § 1 4 ; et in Néron. S 46 ; voy. Morcelli , de Styl. Inscript, tom. I, p. 33o.

5 Voyez pag. 3i3, 3i4.

6 Sueton. in August. § 29. Ailleurs encore, S 38 , et in Tiber. S 9 et 20, il est question des triumphalia ornamenta; mais ce n’étaient là que des marques de distinction , propres à la personne , telles que la couronne de laurier, la toga picta, le sceptre d'ivoire, etc.

l’une sur les battants de la porte du temple des Lares Marins, au Champ de Mars, l’autre sur les battants de la porte du temple de Jupiter Capitolin l.

C’était pareillement sur des tables de bronze, ou de bois, que s’inscrivaient les décrets rendus en faveur des villes ou des peuples admis au droit de cité ; ceux qui concédaient l’immunité , ou qui conféraient quelque privilège du même genre. On peut voir dans les Harangues de Cicéron contre M. Antoine 2 la preuve de cet usage , en même temps que l’abus qui se faisait , à cette dernière époque de la république, des concessions dont il s’agit. Les lois et ordonnances des magistrats, qui s’exposaient en public, tracées sur une table de bois enduite de craie blanche, A iuxu/act , album 5, devaient être fréquemment renouvelées, â raison de leur objet et de leur matière. Mais les concessions de Patronage, d 'Hospitalité ou de Privilèges importants, que les

1 Tit. Liv. xl, 52 : Supra valvas templi (Larium Permarinum in Campo) tabula cum titulo hoc fixa est.... Eodem exemplo tabula in æde Jovis in Capitolio supra valvas fixa est.

- Cicéron. Philipp. u, 36, 91 : Ne qua postidus Martias immunitatis tabula, neve cujusquam beneficii figeretur-, ibicl 38, 97 : Nuper fixa tabula est, quâ civitates locupletissimæ Cretensium vectigalibus liberantur; Idem, Philipp. m, 12, 3o : Falsas leges C. Cæsaris nomine, et falsa décréta in aes incidenda et in Capitolio figenda curaverit.

3 Voyez sur ce point d’antiquité romaine , Mazzocbi , ad Tabul. Ileracl., p. 3o9, 3 10; Ménage, sur Diogène Laërte, vi, 89. Il existait quelque chose d’analogue à Athènes, pour les actes d’accusation politique, Hesych. v. ’ï.avls' t.eoxwpa , ei> <3 ai ypaÇ> aï ÀSrjugaiv êypâ<fiovro Tspài roiis uaitovpyovs. C’est ce qui résulte surtout du témoignage de l’orateur Æschine, contr. Ctesipli. p. 589, Reisk. : Èr raïs ypaÇaïs... napâxenai xavœv tou ètKatou, tovt! toSANIMON; cf. Aristopban. Thesmosph. 94.7 ; Vesp. 348 ; voy. aussi dans Athénée, ix, 407 , C, t. III, p. 5o8, un trait curieux , qui se rapporte au siècle d'Alcibiade, et qui montre bien de quelle nature étaient ces inscriptions surplanches, déposées dans le Mêtroon. L’usage en question se liait aveccer lui des tables de bois, carrées, âl-oves, ou triangulaires, Kvpëeis, sur lesquelles avaient été écrites

ou tracées au pinceau, ennoir, Stà pfKavos, les lois et règlements politiques , les listes de citoyens, les catalogues d’objets sacrés, Plutarch. in Solon. §19, 23, 24 et 25; Ammon. v. AÇovs;. La notion d’un mur blanchi, pour y tracer, en rouge ou en noir, les ordonnances de police des magistrats , telle qu’elle se trouve énoncée par Suidas, v. Aeéixwpa' rotyos yb-\us céAjjAifZfzéros , 7 -pos ypa (py)v -woA tTixùv •npayp.aTCtiv , et telle qu'on aurait pu la présumer d’après l’exemple de murs trouvés en cet état à Pompeï, appartient à une autre époque de l'antiquité; et ce serait pécher contre la critique, que de confondre deux choses aussi distinctes, et deux époques aussi différentes. On pourrait cependant s’autoriser jusqu’à un certain point de ce passage de Polybe, v, 33, 5 '■ Êti tous ypovoy parlais it:op.vr)p.anX6p.svoi.... sis toOs TOlXOTS, passage qui a beaucoup em barrassé les interprètes ; vid. Schweigh. ad h. L, et oh des antiquaires, tels que Grund, Maler. d. Griecli. II, 544, 2), enadmettant la leçonbarbare, ypaparoy pariais , ont vu des peintures sur mur. Mais ce texte de Pobybe peut tout aussi bien s’entendre de tables de bois placées sur le mur, que de toute autre chose; et dans tous les cas, le fait même de ces murs blanchis ne contredit pas celui des tables blanchies pour le même usage : ce sont deux pratiques qui ne s’excluent, ni ne se contredisent , même en admettant qu’elles fussent contemporaines.

magistrats romains recevaient de villes alliées ou de municipes , et qui étaient le plus souvent gravées sur des tables de bronze, restaient scellées dans le mur de quelque temple, ainsi qu’on en a plus d’un exemple h C’est aussi ce quiava.it lieu pour les diplômes de Congé militaire, honesta Missio, accordés par les empereurs; une trentaine desquels, arrivés jusqu’à nous, sont autant de copies ou de transcriptions légales de l’acte authentique gravé sur table de bronze, et Jixé dans quelque endroit du Capitole. Nous possédons de ces diplômes rendus sous Galba, sous Vespasien, sous Trajan, et plus tard encore, toujours avec l’indication du lieu où était scellé le monument original, conçue en ces termes1 2 : Descriptum et recognitum ex tabula aenea gaœ fixa est Romœ in Capitolio ad Aram Gentis Juliœ ; avec des variantes telles que celle-ci, d’un diplôme de Vespasien3 : ex tabula aene[a guæ fixa e]st

Romœ in Capitolio post tropœa t ad ædem Fidei P. R.; ou bien cette

autre, d’un diplôme de Trajan4: ex tabula aenea guæ fixa est Romœ in muro post templam Divi Aug. ad Minervam ; et la notion qui résulte de ces expressions est trop claire et trop positive, sans compter que les monuments quelle concerne étaient trop nombreux et trop authentiques, pour qu’il y ait la moindre incertitude sur cet usage de sceller dans le mur des tables de bronze contenant une foule d’actes de l’autorité publique5. L’en-

1 Relativement aux concessions de Patronage, voyez , entre autres exemples , l’inscription du

recueil de Gruter, p. 1101, 1; cf. Van-Dal.

Dissertât, ix, p. 76 5 4 et pour celles (T Hospitalité, voy. ibid. p. 362, 1 et 2 ; 363, 1 et 3; 364, 1 ; 4oo, 8; 4oi, 1. La circonstance de l'insertion de ces tables d’Hospitalité clans le mur d’un temple, se trouve énoncée sur la plupart de ces inscriptions; et Gori, qui en a publié quelques-unes, Inscript. Etrur. t. I, n. clxxxiv, p. 65-67, et ibid. t. II, p. ig3, 200, 2o3, 208, n’a pas manqué d’en faire l’observation. Mais il s’est trompé, en interprétant de cette manière, sur la table de Florence qu'il avait sous les yeux, les mots : ad august. tem. c. p. , qui doivent s’entendre ainsi : Ad Augustalé T emperamentum Comprobatum Pondus ; voy. il ce sujet, Orelli, Inscript, lut. select, n. 764; et quant aux tables cl' Hospitalité, dans l’antiquité grecque et romaine, consult. la dissertation de Spalletti , Dichiarazione cli una

Tavola ospitale ritrovata in Roma, Rom. 1777,4°,

où sont réunies et discutées presque toutes les

notions qui nous restent sur ce point d’archéologie.

2 On en connaît trois de Galba, publiés par Muratori, p. cccvi, 3, cccvii, 1. Voy. du reste, sur cette classe si curieuse de monuments épigraphiques, le mémoire de M. Gazzera, Not'zia cli alcun. nuov. Diplom. imper., Torino, i832, et celui de M. Cavedoni, Notizia e dichiarazione di un diplomâ militare , Modena, i832.

3 Ap. Spallett. Dichiaraz. p. 1 3g ; cf. ibid. 1 4i .

4 La même formule se reproduit sur deux de ces diplômes, l’un de Septime Sevère, de lan 208 de Jésus-Christ, l’autre des deux Philipipes, de l’an 2 48, publiés en dernier lieu par M. Labus, Mus. di Mantov. t. II, p. 1 43- 1 47 ; voy. surtout p. 147, 2) , où cet antiquaire annonce , avec l’intérêt qu’il excite et qu il ne peut manquer de justifier, la publication prochaine d'un travail complet de M. Cl. Carclinali sur ce sujet.

5 Voy. les nombreux détails donnés à ce sujet par Spalletti, dans sa Dichiaraz. di una Tavola ospitale, p. 129-145.

combrement que dut produire avec le temps cette multitude de tables attachées à tous les murs , suspendues de toutes parts aux colonnes et aux portes des temples, fut tel qu’il fallut à plusieurs reprises effectuer un enlèvement général de ces sortes d’objets votifs ou commémoratifs, déposés dans les lieux publics. Tite-Live nous en fournit un exemple1 qui se rapporte à l’an de Rome 5 7 3 , avant notre ère 179; et deux siècles ne s’étaient pas encore écoulés , qu’ Auguste fut obligé de recommencer , avec l’autorité du sénat, la même opération.

Les faits qui viennent d’être rappelés n’ont, il est vrai, avec les peintures sur bois, encastrées dans le mur , qu’un rapport indirect, bien que l’usage même dont ils nous fournissent tant d’applications variées ne soit pas sans quelque analogie avec un pareil emploi de l’art de peindre , pour la décoration des édifices sacrés et publics. Il est certain du moins que, pour moi, l’une et l’autre de ces pratiques tiennent au même principe; quelles s’expliquent et se justifient d’après le même ordre d’idées. Mais nous allons avoir , dans tout un ensemble de faits qui appartiennent proprement au mode de décoration usité chez les Romains, et où la peinture avait pris une part plus ou moins considérable , la preuve positive que cette pratique d'insérer dans le mur des tables de matières diverses, peintes ou sculptées, faisait partie d’un vaste système , dont les applications nombreuses étaient toutes d’accord avec ce principe, et dont les premiers modèles, fournis par l’antiquité asiatique, se rapportaient à l’origine même de la civilisation grecque.

Rien n’est plus connu que l’usage qui avait régné chez les Romains, à

1 Tit. Liv.XL, 5i : M. Æmilius Lepidus censor... œdem Jovis in Capitolio, columnasque circà poliendas ALBO locavit ; et ab his columnis, c/uæ incommodé opposita videbantur , signa amovit, clypea que de columnis et signa militaria allixa omnis < jeneris dempsit. Dans ce passage si important et si curieux à plusieurs égards, on remarquera , entre autres particularités, celle qui concerne la réparation du péristyle extérieur, dont les colonnes devaient être remises à neuf et enduites de stuc blanc ; ce qui est exprimé par Cicéron, in Verr. m, 55, d’une manière analogue: Omnes illæ columnæ, quas dealbatas videtis;cf. Epistol. l'amil. vu, 29 ; et ce qui est positivement contraire a la notion de temples coloriés, comme 011 1 admet abusivement, du moins dans sa généra-

lité ; car la double opération de revêtement en stuc et de peinture d'ornement, telle quelle dut avoir lieu pour un certain nombre de temples et d’édifices publics, se trouve indiquée en tête du célèbre calendrier Maffeï, de la manière qui suit : expoliendum. et. piNGENDUM ; voyez ce qui a été observé plus haut , p. agi , 2 ) , au sujet de ce fragment de Fastes, qui durent être placés dans quelque temple , dans un Atrium, ou dans un Hemicyclum tel que celui du Forum de Præneste, o fi étaient encastrés les Fastes mis en ordre par Verrius Flaccus, Sueton. de illustr. Grammal. S 17 : in quo (Hemicyclo) Fastos à se ordinalos et marmoreo parieti incisos (lis. inclusos) publicarat.

presque toutes les époques de la république, d’orner les édifices sacrés de bas-reliefs d’argile coloriée, qui s’inséraient dans les murs, en forme de frises, de corniches, de consoles et d’autres membres d’architecture. Ce qui ne l’est pas moins, c’est qu’à mesure que l’intelligence et le goût des arts de la Grèce pénétrèrent à Rome, avec les progrès de la puissance publique et avec les trophées mêmes de la victoire, le luxe toujours croissant des Romains s’empara des matières les plus précieuses pour les employer au même usage, h' ivoire surtout devint , par le prix qu’on y attachait, et par la facilité avec laquelle cette matière, si propre à être coloriée, se prêtait au travail du statuaire1, un des principaux objets sur lesquels s’exerça ce goût de décoration2. Je n’ai pas besoin de rappeler l’emploi qui avait été fait de l 'ivoire dans la statuaire grecque par excellence, la sculpture chryséléphantine3; cette notion est maintenant vulgaire, comme le nom du grand antiquaire de nos jours qui a contribué plus que personne à l’établir et à la répandre. On sait aussi que la Grèce, même dans son âge héroïque, s’était servie de V ivoire , pour orner les meubles et jusqu’aux habitations des grands, au moyen de jicjures ou de bas-reliefs incrustés; c’est Pausanias qui en a fait l’observation 4 : xXiva( [Av 0IKIA2 iXiÇavh ’rmttun ( 0[At)(yç ) Kvtoefjnifvlvctç ; et c’est lui aussi qui nous a fourni, dans sa description du coffre de Cypsélus5, l’exemple le plus curieux et le plus important pour la haute époque de l’art à laquelle appartenait ce monument de l’industrie des Corinthiens et de l’opulence des Cypsélides. Mais pour ne pas nous arrêter à des détails qui pourraient paraître ici oiseux ou superflus, c’est dans le temps de la puissance romaine, où le déclin de l’art n’était encore sensible que par l’emploi immodéré des matières précieuses, «que nous trouverions le plus de témoignages sur cette pratique de l’antiquité,

1 Les artistes employés à ce genre de travail, chez les Romains, se nommaient Fabri Eburarii; j'ai eu occasion de citer plusieurs de ces artistes, qui nous sont connus par des inscriptions; voy. ma Lettre à M. Schorn, p. 71, 1).

2 Nous possédons deux savantes Dissertations de Heyne, sur les divers travaux en ivoire des anciens, publiées dans les Nov. Comment. Soc. Reg. Gôtting , t. I, p. ii , p. 96, sqq. , et Neue Biblioth. der schôn. Wissenschajt. B. XV, St. I. et IL

3 Voy. le catalogue des statues d’or et d'i-

voire dressé par Heyne, d’après Pausanias, dans

ses Antic/uar. Aufsâtze, II, 166, t), Leipsig, 1778.

4 Pausan. 1, 12, 4; cf. Homer. Odyss. iv, 73. En fait de meubles sacrés, ornés de figures d'ivoire, en relief, incrustées, jeciteraile témoignage de Cicéron, in Verr. îv, 46, concernant le temple de Junon, à Malte : Erat... magna vis ebobis, milita ornamentain guibus eburneœ Victoria:, aniu/uo opéré et summà arte perfecta.

5 Pausan. v, 17, 2; cf. Dion. Chrysost. Orat. xi, p. i63. Voy. à ce sujet la Dissertation de Heyne, über den Kasten des Cypsélus, Gôttingen , 1770, p. 7-9.

qui faisait servir l 'ivoire réduit en minces tablettes, sculptées et coloriées, à l’ornement des murs et des plafonds dans les habitations des lâches citoyens1. Il en était de même des métaux précieux , for et surtout f argent, dont on faisait des has-reliefs , de forme ronde ou rectangulaire , pour les incruster dans les murailles, ainsi qu’on en a recueilli plus d’un exemple2; de l 'ambre même, du crystal e t de plusieurs sortes de gemmes 3 *, qu’on employait aussi comme éléments de cette décoration somptueuse, qui mettait à contribution toutes les richesses de la terre et toutes les ressources de

l’art; du verre enfin, qui devint, comme j’aurai bientôt occasion de le montrer, la matière la plus généralement mise en œuvre pour cet usage, avec un luxe inouï, comme avec une industrie extraordinaire.

Entre tous les antiquaires modernes, Buonarotti est le premier qui ait constaté le grand usage qui s’était fait de l 'ivoire, dans l’antiquité, pour en décorer les chars11, les tables, les sièges, les portes, les sojfites et jusqu’à des appartements entiers, et qui, en publiant un certain nombre de petits basreliefs d'ivoire qui n’avaient pu avoir que cette destination, et qui offraient presque tous le mérite du travail joint à l’intérêt de la représentation5 * * * * *, ait signalé cet usage comme un trait d’antiquité digne d’un haut intérêt. Depuis l’époque où l’illustre sénateur florentin avait appelé sur ce point l’at-

1 Je puis citer à cet égard un témoignage qui

contient à lui seul plus d’indications, réduites

à l'expression la plus concise, qu’on ne saurait en trouver ailleurs; c’est celui-ci de Dion Clirysostôme, Orat. de Vénal, vu, t. I, p. 262, cd. Reisk. : É Tl Sè èv OÎKION opoÇais k ai t oiyoïs «ai èSd<pst, toc pèv ^pehpacn, rà Sè AI0OIS, rà Sè WT'S.Ûi, rà Sè ËAÉ<£ANTI nOIKIAAÔNTÛN , rà Sè avTÔov (lis. au tôjv) TOlXÛN y’XvÇiaîs, «. t.

Cf. Themist. Orat. xvi, p. 3g3 ; vid. Elmenliorst. ad Apul. de Deo Socrat. p. 54.; Abr. Willet. ad Galen. Coliorl. ad Art. c. vin, Annot. p. 101.

5 En fait de bas-reliefs d'argent, employés à

cet usage, je citerai particulièrement le disque

représentant Phèdre désolée, et trouvé dans un

appartement d'Herculanum, avec deux autres

bas-reliefs sur laines d’argent recueillis au

même endroit; voy. Bronzi d Ercolano, t. I,

p. 257-67, et 261, 263. Voy. du reste, sur l'usage de revêtir des appartements entiers de lames d’argent avec médailles et camées incrustés.

les témoignages de Sidoine Apollinaire, Epistol. 11, 10, et viii, 8; cf. Interprett. ad hh. II.

5 Sur les nombreux fragments d'ambre, de crystal, et d’autres matières précieuses, qui se trouvent journellement dans les fouilles de Rome, et qui sont encore scellés dans des enduits, voy. l’observation de Caylus, Recueil IV, 179-80, qui est encore vraie de notre temps, comme elle l’était dans le sien.

4 Des fragments d'ivoire employés à la décoration d’un char, de travail étrusque, et trouvés, avec d’autres débris de sculptures étrusques, de brome et d’argent dorés, près de Perugia, en 1812, ont été publiés par M. Vermiglioli, Bronzi Etraschi, etc., p. xxiii-xxv.

5 Voy. Buonarotti, Osservaz. istorich. sopr. aie. Medaglion. Proem. p. xxm. Les bas-reliefs d'ivoire dont il s’agit se trouvent gravés, en guise de vignettes, et distribués dans le cours de l’ouvrage, p. 1, 70, 262, 294, 3i4, 328, 336, 348, 362, 365, 382, 395, 402, 426, 45 1 .

tention des antiquaires, Caylus, dont la curiosité se portait sur toutes les branches de l’archéologie avec un zèle toujours louable et avec une intelligence souvent heureuse, avait publié plusieurs fragments de bas-reliefs à' ivoire, provenant de la décoration de meubles antiques1, ou même de celle d’appartements du palais des Césars 2 3, sur le Palatin, qui lui avaient fourni l’occasion de justilier son opinion sur ces petits ouvrages de matière lisse et polie, ce sont ses expressions, qui décoraient l’intérieur des appartements romains, sur ces petits bas-reliefs de différentes matières, qui s’appliquaient sur des panneaux distribués eux-mêmes par compartiments7’ . Les découvertes qui ont eu lieu, depuis les temps de Buonarotti et de Caylus, de tant d’objets d 'ivoire employés comme ornements dans les maisons de Pompeï et d’Herculanum, dans des tombeaux grecs et romains de la Campanie, dans les sépultures mêmes des anciens Etrusques, et jusque dans les cimetières sacrés de Rome, n’ont pu que confirmer cette notion curieuse, si conforme d’ailleurs au témoignage exprès des anciens. Pline nous avait appris que, pour satisfaire aux exigences toujours croissantes d’un luxe insatiable, on avait commencé par teindre les cornes des animaux ; d’où l’on s’était trouvé conduit à rapporter dans le bois des ornements d’ivoire, on même â couvrir le bois d’ivoire; et comme s’il ne suffisait pas d’avoir ainsi doublé le prix de la matière, on en était venu à peindre l’écaille de tortue de couleurs propres à imiter les bois les plus rares, de manière à joindre l’illusion qui résultait d’un pareil artifice à la valeur intrinsèque des matières4 * *.

C’est à l’époque de Néron que se rapportent, suivant le témoignage de Pline, la plupart de ces prodiges de luxe et d’industrie; et c’est en effet ce qui résulte du peu de détails qui nous restent sur la Maison Dorée de

1 Caylus, Recueil IV, pl. lxx, p. 221, et 179, 180 ; pl. lxxxviii, 5,p. 292.

2 Le même, Recueil V , pl. lxxxiv, 1,2, 3, p. 23o.

3 Jerappeile à l’appui de cette observation de

Caylus, que les portes du temple d’Apollon Palatin, bâti par Auguste, étaient ornées de basreliefs cl’ ivoire, représentant, sur un des battants, la Défaite des Gaulois, à Delphes, sur l’autre, la Destruction des Niobides; c’est ce que nous apprend Properce, Eleg. 11, 28, 1 2-i4 :

Et valvæ libyci nobile dentis opus :

Altéra dejcctos Painassi vertice Galles,

Altéra mœrebat funcra Tantalidos.

4 Plin. xvi, 43, 84. Le passage entier de Pline mérite d’être rapporté ici textuellement : Cœpere tingi animalium cornua, dentes secari ; lignumque ebore distingui, mox operiri. Placuit deindè materiam et in mari quæri. Testudo in hoc secta. Nuperque portentosis ingeniis principatu Neronis inventum , ut pigmentis perderetse, plurisque væniret imita ta lignum. Sic lectis (tectis?) pretia quæruntur; sic terebintlium vinci jubent; sic citrum pretiosius fieri ; sic acer decipi. Modo luxuria non fuerat contenta ligno-, jàm lignum emi testudinem facit; cf. Salmas. Exercit. Plin. p. 4 16, B, 4 17, A.

Néron. Ainsi, nous lisons dans Suétone que les salies de festin avaient un plafond formé de tablettes d’ivoire mobiles, qui s’ouvraient pour laisser tomber des fleurs ou couler des parfums, et qui se changeaient à chaque service1. Or, il n’est pas douteux que ces caissons d’ivoire ne fussent sculptés ou peints, pour être d’accord avec le système entier de décoration pratiqué dans cette Maison Dorée-, où tout était peint ou doré , et où la recherche d’un luxe, démesuré comme l’empire de Néron, insensé comme son caractère, avait été portée au point que les lambris intérieurs étaient ornés de gemmes et de perles incrustées2 * *. Ce luxe, tout extraordinaire qu’il peut nous paraître, n’a rien d’incroyable, quand on lit dans Sénèque que les Romains de cet âge ne pouvaient plus marcher (/ne sur des pierres précieuses5, et comme pour justifier Sénèque, sinon d’avoir eu sous ses pieds un pavé semblable, du moins de l’avoir dit, il fut trouvé, au xvne siècle, dans une vigne sur l’ Aventin, une chambre dont le pavé était d’agate et de cornaline, et les murs revêtus de lames de bronze doré avec des médailles incrustées11. Les fouilles du Palatin ont pareillement offert, entre autres débris de la magnificence romaine, qui rendent croyable et presque vulgaire tout ce qu’on raconte de la Maison Dorée de Néron, une chambre tout incrustée de lames d’argent ornées de pierres précieuses5. Or, il n’est pas douteux que ce système de placage, de revêtement en lames de bronze, ou d’argent, ou même d’or6, ne fut pour les Romains une tradition et une continuation de l’usage grec de revêtir de panneaux de bois peint les murailles qu’ils voulaient décorer; et ce qui est évident par l’histoire de l’art des anciens, c’est que l’une et l’autre de ces pratiques avaient été puisées dans les habitudes de l’art asiatique7.

1 Sueton. in Néron. S 3 1 : Cœnaliones laqueatœ tabulis eburneis , versatilibus , ut flores, fistulaüs, ut anguenta elesuper spargerentur. C'est certainement à ces excès d’un luxe extravagant que fait allusion Sénèque, dans ce passage, Epistol. xc : Versatilia cœnationum laquearia ità coagmcntat , ut subindè alia faciès atque alia succédât, et totics tecta, quoties fercula mntentur ; voy. Casaubon, sur Athénée, iv, p. i3o, A, t. VII, 398-9, Sclnv. C'est ce passage de Sénèque qui m'a donné lieu de proposer de lire tectis, au lieu de lectis , dans la phrase de Pline citée plus haut.

2 Sueton. ibid. : In cœteris partibus cuncta auro

lita , distincta gemmis unionum que conchis

erant. C’est sans doute à ce trait d’un luxe in-

sensé que Pline fait allusion , dans ce passage ,

XXXVil, 2 : Neronis principis , qui cubicula via-

toria unionibus construebat.

5 Senec. Epistol. lxxxvi:... Nisi gemmas calcare nolumus.

4 Fl. Vacca, Memorie, n. 101, 102, 1 18.

5 Bartoli, Memorie, n. 7 et 8.

0 Vopisc. in Aurelian. § 46 : Ut aurum neque in caméras.... initier etur.... aurum per varios bractearum usas; cf. Salmas. ad h. I. t. II, page 549-5o.

7 C’est ce qui sera démontré jusqu’à l’évidence dans le premier livre de mon Histoire générale de l'Art des Anciens, où je traiterai de 1 art asiatique.

Il est certain d’ailleurs que l’usage dépeindre et de dorer, qui avait lieu pour le marbre, s’appliquait aussi à l’ivoire1 , c’est ce qui pourrait se déduire par la seule analogie, indépendamment même de toute notion positive; et le critique qui avait affirmé que l’on ne peignait pas T ivoire chez les anciens2, ne prouvait qu’une chose , c’est qu’il était alors bien peu familier avec l’antiquité. Quand bien même nous ne posséderions pas le témoignage de Plutarque, qui comprend les peintres d’ivoire, ihîça/loç Çwypàçoi, parmi les artistes d’Athènes employés aux travaux de Périclès5, nous en aurions la preuve par cet autre

passage du même écrivain, qui avait

1 L’usage de colorer l’ivoire en pourpre était déjà connu d’Homère, Iliacl. iv, i4i ; et c’était un usage asiatique, Didym. ad h. I. ; cf. Plutarch. de El ap. Delph. VII, 545, Reisk. Quant à l’existence de figurines d’ivoire dorées, telles que le II<xAAd<5<oy êXeSpdvTtvov itepiy^pvaov , d’üne inscription attique, apud Boeckh, n. i5o, 1. 42, p. 237 , les exemples fournis par ces inscriptions suffiraient, à défaut d’autres témoignages, pour constater ce fait.

- Journ. des Savants, i83o, p. 5o4.

5 Plutarch. in Pericl. § 1 2 ; voy. l’observation faite plus haut à ce sujet, p. 29, 4). Je profite de cette occasion pour y ajouter quelques éclaircissements nouveaux. En reproduisant dans le Real Museo Borbonico , t. VII , tav. ni , la peinture qui représente une Femme occupée à peindre, l’antiquaire napolitain a cru voir à sa main une espèce de palette, au lieu d’une tablette d’ivoire, comme l’avaient énoncé les Académiciens d'Herculanum, et comme je l’avais pensé moi-même. Or, en examinant bien attentivement cette peinture, dont j’ai fait exécuter à Naples, sous mes yeux, une copie fidèle, je n’ai pu que m’affermir dans mon opinion. Je remarque de plus que la palette, avec les couleurs préparées, se voit représentée dans un curieux fragment de peinture antique de Pompeï, publié par M. Mazois, Ruines de Pompeï, t. II, p. 68, sous la forme d une petite table à quatre pieds : ce qui constitue un meuble tout différent de celui qui est à la main de notre femme. Du reste, ce fragment de peinture que je viens de citer mérite sous plus d un rapport d’être signalé à l’attention de mes

certainement échappé à l’attention du

lecteurs. On y voit le Peintre ayant près de lui la palette et le vase servant à essuyer les pinceaux , avec la planchette posée sur le chevalet ; plus loin, le broyeur de couleurs occupé dans un coin de l’atelier à faire fondre les cires colorèes, dans un vase placé sur des charbons ardents ; et ce sont là autant de témoignages positifs à l’appui des notions grammaticales que nous avait fournies Pollux; voy. plus haut, p. 24-3o. Une autre peinture antique, que je dois encore rappeler ici par le même motif, c’est celle du célèbre manuscrit de Dioscoride, où l’on voit un Peintre occupé à copier la racine de la mandragore, que lui présente une Femme, l'Invention personnifiée, GYPGCIC; voy. un dessin de cette miniature donné par Visconti , dans son Iconographie grecque, pl. 36, t. I, p. 3o4. Tous les détails de cette peinture, en ce qui concerne les meubles et ustensiles employés au travail de l’artiste, se retrouvent absolument conformes, pour cette époque du ve siècle de notre ère, à tout ce que nous connaissons d’ailleurs, par le témoignage de Pollux et par l’histoire de l’art. La tablette de bois est placée sur le chevalet à trois pieds; devant elle, est assis sur un siège pliant l’artiste, tenant de la main gauche une petite tablette chargée de couleurs; c’est évidemment ici la palette, telle que la porte à sa main, sur une des peintures récemment découvertes à Pompeï, (Zahns Ornament. aus Pompeji,) Taf.. 2 , une ligure de Femme ailée, que M. Welcker prend pour la Peinture encaustique , personnifiée; voy. les Hjperbor. Iiomisch. Studien, p. 807- 3og, et Bullet. dell lnstit. archeol. j 833 , n. ix ,

critique en question, et qui constate l’usage de la peinture sur ivoire 1 : ihïfywli À ta-S'lmu ^on^iùVTo noiKiAMATi rPA<î>HS. C’est à cet usage que font allusion les expressions d’Ovide 2 : eeore tincto; et il n’est pas possible en effet, quand on sait que l’on peignait la corne et l'écaille, comme nous l’apprenons de Pline5 ; et quand cet emploi des couleurs est si bien constaté pour le marbre et pour les métaux, il n’est pas possible, encore une fois, de supposer que l’ivoire fût resté seul étranger à cette application delà peinture 4. Il ne nous resterait d’autre renseignement à cet égard que la description du trône d’Olympie, orné de figures en relief, d’or, d'ébène, de pierres précieuses et d 'ivoire, parmi lesquelles se trouvaient d’autres figures exécutées en peinture : %<f\t t s Iw’ uvtvv rPA<J>H/ inpupwpnvct5-, il ne nous

resterait, dis-je, d’autre renseignement que ce texte de Pausanias, qu’il faudrait nécessairement admettre que, dans la plupart des cas semblables à celui-ci, l’ivoire avait été colorié. Mais d’ailleurs nous avons recueilli dans plusieurs localités antiques des fragments de fiâtes cl’ivoire teintes en noir, probablement parce qu’ elles avaient servi dans la célébration des funérailles6, et qui ont donné lieu à Caylus d’observer que les anciens avaient pu teindre aussi aisément l 'ivoire de toute sorte de couleurs1. On a trouvé,

p. i35-6; telle que l'indique Plutarque, IIINÀ- KION ■^pwfidnwv , dans un passage qui n’est pas un des moins curieux que renferment ses écrits, relativement aux arts d’imitation , bien qu’il ait été omis par Faeius , Plutarch. de TranqaiU. t. II, Part. II, p. 93 1 , Wyttenbach.; et c’est aussi une notion qui manque dans l'inventaire de l’atelier du peintre, dressé par Pollux, tel quejel’ai rapporté moi-même; voy. plus haut, p. 2 4-2 6. De l’autre main, le peintre tient le cestrum ou vericulum, avec lequel il achève d’exécuter le trait de l’objet qu’on lui montre; et près de lui, se voit le même meuble, avec des cires colorées, que nous a montré la peinture de Pompeï, dans le dessin de M. Mazois : en sorte qu’à en juger d'après celte peinture de manuscrit, le mécanisme de l’art n’avait subi aucun changement essentiel , dans l’emploi des instruments et des matières, du Ier au v° siècle de notre ère; or, c'est là une notion, fournie par les monuments eux-mêmes, qui n'était pas indifférente à consigner ici.

Plutarch. Fracjm. x, t. VIII, p. 292, edit.

Hutten. Les textes ordinaires portent noixûfj.au TpoÇrjs, leçon qui n'offre aucun sens. La correction de Wyttenbach, qui lisait -KoiHiXpom ypaCprfs, Not. crit. ad. Plutarch. Fragm. p. 763, est aussi certaine qu’elle était nécessaire.

2 Ovid. Meiam. iv, 332.

3 Voy. le passage de Pline cité plus haut, p. 373, 4).

4 Je ne sais si l’on a jamais fait usage de ce passage curieux de Lucien, de Conscrib. Histor. S 5 1 , t. IV, p. 211, Bipont., où il décrit les divers travaux de Phidias et des autres grands artistes qui employaient l’iroire, et où sont indiquées la dorure et la peinture sur ivoire : Oi Sè é-nptov ~ov eké (pavia, «al éÇeov, na'i ènoXkœv, «al êppvdfuZov, «al ÉIIHN@IZON t £> y^poaœ.

5 Pausan. v, 1 1 , 2 ; cf. Heyn. Antig. Aufsâtz. II, i65, 9).

6 Je ne puis m empêcher de citer, comme un exemple analogue à celui-là, le masque de larve, en marbre, peint en noir, monument curieux du Museo diMantova, t. II, tav. h, n. v, p. 3o5.

7 Caylus, Recueil V, pl. xcviit, n. iv, p. 275.

dans une fouille près de Perugia, une petite figure d 'ivoire, de travail antique, qui avait eu les cheveux dorés1, et sans doute les vêtements coloriés, d’après le même principe que la Diane d’Herculanum , dont les cheveux sont aussi dorés, et la figure en partie coloriée 2. Les bas-reliefs d’ivoire provenant de cassettes, de travail étrusque, publiés en dernier lieu par M. Micali3, offraient pareillement des traces de couleurs et de dorure, qu’on aurait remarquées sans nul doute à tous les morceaux d’ivoire antique que nous possédons, si cette matière était moins susceptible d’altération à sa surface et de décomposition dans sa substance4. Comment enfin pourrait-on se représenter les figures en ivoire , eburneæ effigies, des morts illustres, qu’il était d’usage de faire paraître dans la célébration des jeux du cirque5 * ; et les figures de Villes captives, pareillement exécutées en ivoire, Oppida eburnea0 , que l’on promenait dans la pompe du triomphe, si l’on n’admettait pas que ces sortes de figures d’ivoire étaient coloriées, comme les images en cire des Ancêtres, et comme les autres simulacres de Villes et de Peuples personnifiés, au sujet desquels cet emploi des couleurs n’est sujet à aucun doute7 ?

J’ai déjà eu occasion de citer le témoignage de Pline, qui nous apprend qu’une des branches de la peinture encaustique était précisément celle qui consistait à peindre sur ivoire, avec le cestrum 8 ; et rien n’est plus connu que cet autre passage du même auteur, concernant la célèbre Lala, de Cyzique, qui peignait les portraits dans les deux genres pratiqués de son temps à Rome, sur le bois, au pinceau, et sur l’ivoire, au cestrum 9. Il avait donc fallu au savant académicien une bien grande préoccupation d’esprit pour ignorer tous ces faits, et pour soutenir, contre toute évidence, que l’on ne peignait pas l’ivoire. Mais je dois remarquer encore que, suivant l’opinion bien probable des antiquaires, c’étaient des tablettes d’ivoire, avec des sujets licencieux tirés des livres d’Eléphantis , que portaient sur eux les petits-

1 Verrai glioli, Bronzi Etrusclii. p. xxvn, xxvm. Cette figurine est gravée sur le titre de cet ouvrage.

2 Voy. planche vit.

5 Monum. per serv. ail. Stor. degl. ant. Popoli Ital. tav. xli, n. 8, 9, 12 et i3, t. III, p. 65.

4 Voy. à ce sujet une lettre curieuse et ins-

tructive du professeur L. Canali, publiée par

M. Vermiglioli, à la suite de ses Bronzi Etruschi ,

5 Tacit. Annal, n, 83.

6 Ovid. Ex Pont. Epist. III, 4, io5 : Oppida turritis pingantur (vulg. cingantur ) eburnea tnuris.

7 Voy. plus haut, p. 3o4, suiv. , et p. 3i6, 3).

8 Plin. xxxv, il, 4 1 : Encausta pingendi duo fuisse généra anliguitàs constat, cerâ et in ebore cestro ; voy. plus haut, p. 29, 3).

5 Plin. Ibid. 4o : Lala et penicillo pinxit, et in EBORE cestro.

maîtres de Rome1, comme nous avons vu ailleurs que ceux d’Athènes en portaient du même genre, qui étaient peintes sur bois ; et j’ajoute un renseignement bien curieux que me fournit M. Haus, et dont il n’a été fait encore aucun usage dans l’histoire de l’art; c’est qu’il existait dans l’ancienne collection du prélat Casali , à Rome, une tablette d’ivoire, où se voyaient plusieurs figures gravées en creux avec les traits du burin remplis de cires diversement colorées, dans le goût des Nielles de la renaissance 2 : monument unique sans doute de la peinture encaustigue sur ivoire, dont j’aurais désiré pouvoir offrir â mes lecteurs un fac simile , dans l’intention où j’étais de réunir entre leurs mains et sous leurs yeux les principaux éléments écrits et figurés de la question que j’ai entrepris de traiter ; mais après des recherches exactes qu’a bien voulu faire, à ma prière, M. Bunsen, dans les collections actuelles de la maison Casali, et qui n’ont obtenu aucun résultat, j’ai dû renoncer à cet espoir.

Je n’ai pas été plus heureux, au sujet d’un autre fragment de peinture sur ivoire, tout récemment découvert à Pompei. C’est à l’amitié de l’architecte, M. C. Bonucci, que j’ai dû la première nouvelle de cette découverte intéressante, opérée le 27 novembre i83û, dans une petite maison voisine de celle qui fut déterrée dans le cours de la même année, et qu’on a nommée la maison de Dédale 3. Entre divers objets, plus ou moins remarquables par l’art ou par la matière, qui furent trouvés dans cette fouille, figuraient plusieurs lames d’ivoire très-minces qui formaient un meuble ou instrument de toilette difficile à déterminer, dans l’état de décomposition où il se présentait. Mais ce qui rendait ces fragments précieux au plus haut degré, c’est que Yivoire en avait été peint à plusieurs couleurs, d’ornements divers et de figures,

1 Auct. Priap. upucl Tomasin. de Donar. c. vu, p. 6G : Obscœnas rigido Deo taeeelas duceas ex Elephantidos libellis dat donum Lalage; cf.

Sueton. in Tiber. § A3 : Cuhicula... libris Elephantidis instruxit. J’ai montré ailleurs , voy. p. 258, A), que les livres de Philænis avaient été traduits en peintures par la main des Grecs; et à cette occasion, je rappelle le témoignage du philosophe Çbrysippe , qu’on ne s’attendrait pas à trouver parmi les admirateurs des œuvres de Philænis ; voy. les passages cités par Athénée , viii, 335, t. III, p. 236-7, Schw.

• Haus, suUa Piltura aU’encausto , p. 76 :

Rivolgendo per altro i nostri sguardi ai pochi avanzi antichi d'avorio, una tavoletta ci viene sotto l’occhio conservata in Pioma presso Msrc Casali, ove si veggono diverse figure intagliate, ed i cavi dell’intaglio riempiti di vario colore, quasi a quel modo che si facevano una volta le opéré di Niello.

5 Quelques détails sur la découverte de cette maison, située dans la grande rue de la Fortune, au voisinage de la maison du Faune, sont donnés dans le Bullet. dell’ Instit. archeol., Marzo, i835, p. 38, 3g, et dans le Topo lelierato di Napoli, n. 1 A, p. 106,107.

de style égyptien; d’où résultait, selon l’observation de M. C. Bonucci, la preuve péremptoire de l’ancienneté de l’art de la miniature sur ivoire l. J’ai appris depuis que cet unique débris de toute une branche de l’art antique avait été donné par le jeune prince de Capoue, en présence de qui s’exécutait la fouille, à une dame anglaise que la curiosité avait conduite sur les lieux; et malgré tous les soins que s’est donnés l’architecte de Pompeï pour obtenir au moins un dessin de ce monument si inconsidérément abandonné à des mains étrangères , il n’a pas été possible de retrouver même la personne qui le possède. Le fait de la découverte de ces fragments d 'ivoire peint est donc la seule chose que je puisse constater; et ce fait méritait bien de trouver ici sa place.

Il serait superflu d’avertir que tous ces travaux en ivoire peint ou sculpté, incrustés dans les lambris ou dans les parois des appartements2 3, tenaient au même principe que les peintures sur bois insérées dans le mur. Nous allons trouver une autre application du même système, plus frappante encore et plus décisive, s’il est possible, dans l’emploi qui se fit chez les Romains de tablettes de verre colorié5, pour en décorer des appartements entiers.

On sait que la fabrication du verre, qui, de temps immémorial, se pratiquait en Phénicie4, en Perse 5, et en Egypte6, ne commença à s’introduire

1 J'emprunte ici les propres expressions dont s’est servi M. C. Bonucci, dans son rapport inséré au Topo letterato, n. 1 4, p. 107:» Di avorio,.. «varie sottilissime lamine clie formavano un or- « namento sconosciuto, ma sommamente curioso «per vedervisi dipinti a diversi colori de’ fregi e «delle figure egizie; scoverta, che fa conoscere «quanto sia antica farte délia miniatura suif «avorio.» Ce que j'ai ajouté à ces détails est tiré de la correspondance qu’entretient avec moi cet actif et zélé architecte.

2 Calpurn. Eclog. vu, 5o, apud Wernsdorf. Poët. Min. Latin, t. II, p. 1 69 : Sternitur adjunctis ebur admirabile truncis.

3 J’avertis ici, une fois pour toutes, que, sous

ce nom de verre peint ou colorié, j’entends, suivant l’occasion, le verre proprement dit, ou ce

qu’on nomme pâte de verre. J’ai adopté, pour être court, une expression uniforme, dont mes lecteurs sauront faire l’application convenable

aux monuments qui seront cités.

4 Plin. v, 1 9, et xxxvi ,26: Sidon artifex vitri ; voy. Middleton, Antupiitat. p. 54-57. On connaît un de ces artistes, Artas de Sidon, par quelques fragments de vases de verre, du musée Bartholdy, p. 157, trois ou quatre desquels tout semblables existent dans notre cabinet des Antiques.

5 Témoins les vases de verre, où le Grand Roi faisait boire les ambassadeurs athéniens, Aristophan. Acharn. v. 74; témoin le sarcophage de verre, où se conservait le corps de Bélus , à Babylone, Ælian. H. V. xm, 3; cf. Ctes. Fragm. p. 1 54-5, ed. Baebr.

0 Cicéron, pro Babir. i4. Ce fut de l’Égypte, où la fabrication du verre était alors portée à un haut degré de perfection , notamment à Alexandrie , Strabon. xvi, 758, que le goût de ces sortes de travaux arriva aux contemporains de Cicéron. Mais, du reste, on sait que les Égyptiens excellaient de toute antiquité dans la fabrication du verre , jusque-là qu’ils se servaient de cette matière pour faire même des miroirs ,

chez les Romains qu’assez tard, à la suite de leurs conquêtes d’Asie, et vers l’époque de Cicéron. Mais avec le concours d’artistes habiles qui affluaient de toutes parts à Rome, et au milieu de ce grand nombre d’hommes opulents qui remplissaient la capitale du monde, cette fabrication y fit des progrès rapides; et le goût des ouvrages en verre y fut porté de bonne heure à des excès inouïs. L’anecdote racontée par Pétrone sur cet ouvrier en verre qui fut si cruellement puni par Tibère de sa prodigieuse habileté 1, suffirait seule à le prouver; et les détails que nous devons à Sénèque sur l’abus incroyable qui se faisait déjà de son temps du verre travaillé sous toutes les formes et distribué dans toute la hauteur des appartements, sur les murs et sur les plafonds 2, achèveraient de nous en convaincre. A la vérité, la manière déclamatoire dont s’exprime ici, comme presque partout, le précepteur de Néron, ne nous permettrait guère de nous former de ce genre de décoration une idée juste et précise, si nous n’avions pour y suppléer que quelques rares et courtes notions fournies par Vitruve et par Pline. Cependant, en réunissant tous ces témoignages , et en y joignant quelques indications données par les poètes , nous acquérons la certitude que les appartements des riches citoyens, où la peinture sur mur ne jouait déjà plus qu’un rôle tout à fait secondaire, avaient pour revêtements des plaques de marbres précieux , déformé ronde, orbes, ou carrée, abaci 3, insérées dans l’enduit; telles que ce superbe fragment de bas-relief, sur lapis

un desquels, encore encastré, au moyen d’un cercle de bois , dans le siège d’une petite figure , en pierre blanche, se voit au musée égyptien de Turin , avec un autre pareillement encadré , qui dut avoir la même destination. Le témoignage classique sur l’habileté des Alexandrins à travailler le verre, est celui d’Athénée, xi, p. 78/1, C, t. IV, p. 224.

' Petron. Sat. c. 5i ; cf. Senec. Epistol. xc.

2 Senec. Epistol. lxxxvii : Pauper sibi videtur ac sordidus, nisi parietes magnis et pretiosis ORbibüs refulserant; nisi Alexandrina marmora numidicis crustis distincta sunt; nisi illis undiquè operosa et in picturæ modum variata circumlitio prœtexitur; nisi VITRO absconditur CAMERA. C’est la même notion qui résulte de ce passage de la description du Bain d’Hétruscus , par Stace , Sylv. 1, 5, 42 :

Effulgent CAMERÆ , VARIO fastigia VITRO In species animoscjue nitent.

5 Ces plaques de marbre insérées dans le revêtement des murailles, s’appelaient en général, et quelle que fûtleur forme, TcXanes etcrustœ, Vilruv. vu, 3, 10; Senec. Epistol. lxxxvii ;Plin. xxxv, 1 ; cf. Dion. Cass, liii, 23 : n-Xali ’kiôîvais ; Isidor. Orig. xix, i3 : Crustæ tabula: sunt marmoris. On leur donnait le nom d'orbes et de spécula quand elles étaient rondes, Senec. loc. laud. : Nisi parietes magnis et pretiosis ORBibus refulserant; cf. Juven. Sat. xi, 173: orbem lacedæmonium ; vid. Rupert. Comment, ad h. I. t. II, p. 489-90, par opposition au mot abaci , qui désignait les plaques de forme carrée. Cette distinction, conforme aux diverses acceptions du mot abacus , ainsi qu'à l’emploi de ce mot, pour signifier un membre connu d’architecture, et fondée spécia-

lazzali, du Musée Britannique1; et nous savons d’ailleurs que, dans ce progrès toujours croissant d’un luxe effréné, ces plaques de marbre incrustées furent souvent remplacées par des tablettes de stuc peint ou de verre peint, de la même forme.

C’étaient ces tablettes de verre peint, en médaillon, que l’on nommait généralement spécula, nom qui était commun aux tablettes de marbre et de pierre transparente 2, aussi bien qu’aux plaques de crystal de roche employées au même usage5. Et indépendamment des témoignages de Sénèque et de Stace, qui prouvent que le verre formait habituellement la matière de cette décoration , du moins dans les voûtes et les plafonds , nous apprenons , par l’exemple de la maison de Firmus 4, revêtue tout entière de plaques de verre carrées et scellées dans le mur, au moyen de matières bitumineuses et autres ingrédients, que ce luxe inouï d’un empereur de quelques jours avait dû se répéter fréquemment dans la demeure des riches citoyens, sinon pour la totalité de l’habitation, du moins pour l’appartement principal.

lement sur l’autorité de Vitruve, vu, 3, 1 o : IpsaquetectoriaABACORDM et specülorum divisionibus; et rurs. ibid. : Itaque veteribus parietibus nonnulli crustas excidentcs, pro abacis utuntur, a été parfaitement établie par les critiques , Salmas. ad Histor. Aug. II, 694.; cf. Interpret. ad Plin. xxxv, 1.

1 Cette plaque , de forme carrée , représentant la partie supérieure d’une figure de Bonus Eventas , est gravée sur le titre du troisième volume des Ancient Marlles in the British Muséum, London , 1818, in-4°.

2 Plin. xxxvi, 26 : In généré vitri et obsidiaria numerantur, ad simïlitudinem lapidis,.... crassiore visu atane in specdi.ts parietum pro imagine umbras reddente. Nous trouvons dans la vie de Domitien un trait curieux de cet emploi du marbre transparent , nommé Phcngites , Sueton. in Domitian. S 1 i : Porticuum.... parietes phengite lapide distinxit, è cujus splendore per imagines quidquid à tergo jieret , provideret.

3 Idem , xxxv, 1 : Non placent jàm abaci nec specla montis in cubiculo nitentia. J’ai lu ce passage suivant l'ingénieuse correction de Saumaise, ad Hist. August. t. II, p. 6g 4 , au lieu de spatia montis in cubiculo dehtentia.

paroles qui n’offrent véritablement aucun sens.

4 Vopisc. inFirm. c. 3 : De hujus divitiis milita dicuntur. Nam et vitreis qüadratdris bitumine aliisque medicamentis insertis domum induxit. Ces plaques de verre carrées, vitreæ quadratures , sont bien ce que Vitruve et Pline appelaient abaci, comme l’a démontré Saumaise, ad h. loc. ; et quant à la manière dont ces morceaux de verre étaient insérés dans le mur, il n’est pas possible non plus d’en donner une explication plus claire et plus satisfaisante que ne l’a fait ce grand critique. J’ajoute, sur la foi d’un voyageur français, qui a longtemps résidé à Bagdad, M. Raymond, que l’usage d’encastrer des plaques de verre dans les parois des appariements, subsiste toujours dans cette partie de la Perse; voy. ses Observations sur le Voyage de M. Ricli aux Ruines de Babylone, p. 222, 35); et c’est encore là une de ces traditions de l’antiquité asiatique, telles que ce revêtement des mosquées en terre émaillée peinte, qui rappelle les as-reliefs en argile peints des principaux édifices de l'antique Babylone, Diodor. Sic. 11, 8 : UavroSattà (piXoréyvws r ois rs XPÛMA2I )iai roîs vSv tÔhwv àitopipripaGi Hcnecniîvacrpéva.

C’est d’ailleurs ce qui résulterait, à défaut des témoignages de l’antiquité classique , de cette quantité de fragments de verre peint qui se recueillent partout aux portes de Rome, et qui proviennent du revêtement des murs et des plafonds des thermes et des villa qui entouraient cette cité merveilleuse. C’est un fait connu de tous les antiquaires qui ont séjourné quelque temps à Rome, que le sol antique y est pour ainsi dire semé, à une certaine profondeur, de morceaux de verre peint, consistant en jleurs, oiseaux, masques, figures d’animaux et motifs d’arabesques , d’une variété infinie, d’un goût exquis, d’un travail charmant, qui formaient, dans l’enduit peint des murailles où ils étaient enchâssés, le principal élément de la décoration. Ces verres sont peints par un procédé qui prouve â quel point de perfection avait dû être portée par les anciens cette fabrication, pour être devenue chez eux d’un usage si familier. La peinture traverse et pénètre la masse entière du verre , de manière qu’en la sciant en tranches minces et légères, on puisse multiplier autant de fois que le comporte l’épaisseur du morceau, les exemplaires du motif qu’il représente1. C’est sur de pareilles peintures que déjà dans le dernier siècle s’était fixée l’attention de Caylus , qui en avait apprécié le mérite et expliqué le mécanisme avec

1 C’est de ce verre peint que Wmckelmann parlait, Gesch. d. K. i, 2, S 22, comme d’une espèce de mosaïque coulée ou fondue en masse , von viclfarbigen , zusammengesetzten Glaswerhen , ce que te traducteur italien a rendu par specie di musaïco faso. La manière dont l’illustre antiquaire avait clierclié à se rendre compte du procédé qui avait produit ces étonnants travaux de peinture sur verre, n’estpasaussi satisfaisante que celle de Caylus, dont il ne paraît pas avoir eu connaissance ; voy. à ce sujet les observations de C. Fea, dans l’édit, italienne delà Sior. dell Arte, t. I, p. 82, 1 16), et 83, 1 17), et la lettre de Reiffenstein, adressée à Winckelmann lui-même, intorno ai lavori in vetro degli anticlù , et insérée dans les Aggiunie ail lstor. dell Arte, t. XI, p. 76- 86. Mais, avec le petit tableau, peint de cette manière, et représentant un oiseau sur fond bleu, qui avait tant excité l’admiration de Winckelmann, je ne puis m’empêcher de citer ici un autre petit tableau du même genre , représentant aussi un oiseau, de forme ovale, et trouvé, en

1790, près de Cortone, avec sa monture antique d’anneau en or. Ces deux charmants bijoux de peinture antique nous expliquent ce qu’on doit entendre par le Sainv'Xtos -/^poaoôs (o-ùr) IIINA- KÎO(, dont il est parlé dans une inscription grecque, apud Boeekh. Corp. inscr. gr. n. i5o, 1. 33. L’illustre critique a cru qu’il s’agissait ici d’un petit tableau en mosaïque, tabella operis tessellati, p. 237 ; mais à cette époque de l'antiquité grecque, on ne pratiquait encore la mosaïque, si même on la connaissait, qu’en travaux de grande dimension, et seulement pour les pavés; et l’on n'y employait que des pierres dures, X/- Ocvv , \f/r }<pcvv ; ce qui ne permettait pas d’exécuter de ces petits tableaux, luvama, propres à être enchâssés dans des anneaux; tandis que, déjà à cette époque, on se servait à Athènes de cachets en pâtes de verre diversement colorées , a (ppayïëes ôd'Kivai noixi'Aar, il en est fait mention dans cette même inscription attique, n. i5o; et j’avais signalé ce fait curieux dans ma Lettre à M. Schorn, p. 58, 1 ).

une l’are intelligence 1-, c’est à la recherche de pareils monuments que des antiquaires de nos jours, feu M. Bartholdy 2, et feu M. Dodwell3, avaient donné tous leurs soins, pendant un long séjour à Rome. Mais avant eux, Winckelmann, de qui cependant les observations et les expériences de notre Caylus étaient restées ignorées , n’avait pu s’empêcher d’être frappé du prodigieux mérite de quelques-uns de ces fragments de peinture sur verre qu’il avait été dans le cas d’examiner4; et plus anciennement encore, l’illustre Buonarotti avait fourni aux antiquaires de son temps et du nôtre presque tous les éléments d’étude et de comparaison que pouvait offrir cette classe si curieuse et si fragile d’objets antiques5.

Mais ce qu’il nous importe d’observer pour l’objet actuel de nos re-

1Gaytus, Recueil!, pi. cvn, p. 293, suiv. Je ne puis m’empêcher de rapporter textuellement le passage suivant, qui s’accorde si bien avec le résultat de toutes les observations faites depuis sur le même sujet; et, en le citant pour en faire honneur à la mémoire de cet antiquaire habile autant que zélé, je crois pouvoir dire sans exagération, que ce que nous possédons de mieux sur le verre des anciens est encore ce qu’a écrit Caylus, p. 297 : «Il est bon de remar- « quer qu’en prolongeant autant que l’on aura «voulu un carré pareil à celui-ci (n° x), on a eu « des morceaux d’ornement toujours égaux dans « toutes leurs parties et dans toutes leurs cou- « leurs; et par le moyen de la scie, on les aura «de l’épaisseur désirée. Un poliment facile à « donner met ensuite ces morceaux en état «d’être employés. » Ce que dit ici Caylus est précisément ce qui se pratique à Rome; et c’est de cette manière que des tranches de la même peinture, si je puis m’ exprimer ainsi, se multiplient au gré de l’amateur qui les recherche et du marchand qui les exploite. J’en possède moimême plusieurs échantillons.

2 La section du Museo Bartoldiano consacrée à la description des fragments de verre, Vetri e Poste, a. 1-253 , et i-53, p. 157-176, ne peut donner de cette collection d’objets antiques formée avec tant de soin et de goût par M. Bartholdy, qu’une idée trop incomplète ; et il est à regretter que l’ouvrage préparé par l’auteur

même de cette collection, acquise depuis au musée de Berlin, soit resté jusqu’ici inédit. Mais un travail complet sur cette matière, dont s’occupe depuis longtemps M. de Minutoli, remplira bientôt, je n’en doute pas, ce vœu de la science; ce qui me fait attacher plus de prix encore à la bonté qu’a eue un habile et célèbre antiquaire, M. Ed. Gerhard, de faire exécuter pour moi un dessin de deux fragments de verre peint de la collection de Berlin, qui pourront donner à mes lecteurs une idée de ce genre de travaux antiques ; on les trouvera , coloriés avec tout le soin possible, planche XIV. Depuis, je suis devenu possesseur d’un morceau tout pareil à celui de ces deux fragments qui représente un masque ; ce morceau avait fait partie du cabinet de M. Révil, à Paris, et il venait de Rome.

3 Le cabinet formé à Rome par M. Dodwell , renfermait beaucoup d’objets en verre, la plupart desquels s’étaient déjà dispersés entre beau coup de mains, avant la mort du propriétaire. Mais j’ai pu voir encore, dans cette collection, à l’époque où je me trouvais à Rome, en 1826 el 1827, une foule de jolis fragments, qui avaient fait partie de la décoration antique de villa romaines, tous trouvés aux portes de Rome.

4 Winckelmann, Slor. dell' Arte, 1. 1, c. 11,

§ 2 4 -3 3 , 1. 1, p. 75-go, ed.Prat.

3 D’abord, dans ses Osservaz. istor. sopr. aie. Medaql. ant. Proem. p. xvi, et p. hiq, 495 et ailleurs; puis, avec bien plus de détails, dans la

cherches, c’est bien moins encore cette innombrable quantité de petits objets de verre , semblables pour la forme , pour la dimension , pour la couleur et presque pour la matière, aux camées, aux gemmes, aux médailles , qui s’encastraient , comme autant d’éléments d’une décoration somptueuse, dans la demeure des grands, que ces tablettes de verre peint à plat ou en relief, qui formaient dans cette décoration des compartiments variés , vitreæ quadraturæ , de manière à rappeler le goût et l’usage des petits tableaux insérés dans le mur. Déjà Scaurus avait offert aux Romains, dans la construction de son fameux théâtre, le luxe inouï d’une scène dont 1 étage du milieu était revêtu de plaques de verre colorié : media (pars scenæ) è vitro, inaudito eticim posteà genere luxuriæ1 ; et si Pline observe que cet exemple d’une magnificence extraordinaire ne fut pas imité depuis , c’est uniquement de son application au théâtre qu’il a voulu parler ; car le luxe des pavés de verre, des murs et des plafonds plaqués en verre, dans les habitations des grands, est signalé ailleurs par lui-même en termes assez positifs2; et ici encore , à défaut de son témoignage , nous aurions le secours des monuments. Il fut découvert, du temps de Winckelmann, à l 'Isola Farnese , lieu qui répond au site de l’antique Veïes, des fragments considérables d’un pavé de verre5. Plus anciennement encore, Passeri raconte qu’ayant eu occasion d’examiner les ruines d’une villa antique, située entre l’église des saints Nérée et Achillée et la porte Saint-Sébastien, il reconnut, avec une surprise pour laquelle il ne put trouver d’expressions assez fortes, que le pavé avait été formé d’une masse compacte de verre, de la dimension même des appartements; ce qui

Préface de ses Osservaz. sopr. aie. Frammcnt. di vasi antichidi vetro, Roma, 1716; deux ouvrages pleins d'une érudition aussi solide que variée , riches de faits et d'observations neuves , et d’une portée bien supérieure à la plupart des travaux d'antiquité de celte époque.

1 Plin. xxxvi, i5, 2i: Scenaei triplex..,, ima pars scenæ é marniore fuit ; media è vitro, inaudito etiàm posteà genere luxuriœ. Ce passage, assez clair par lui-même , n’a été rendu obscur que par la faute des interprètes, qui se sont imaginé qu’il s'agissait ici de colonnes de verre. C. Fea lui-même était de cet avis ; voyez sa note sur Winckelmann, Stor. dell' Arte , tom. I, p. 75, id) , bien qu’il ait cité l'opinion de Passeri qui voyait avec raison dans ce texte de Pline , des

plac/ues de verre peint en relief. Il eût suffi , pour sortir d'incertitude à cet égard, de se rappeler l’autre passsage de Pline , qui sera cité à la note suivante.

2 Plin. xxxvi, 25. 64 : Puisa deind'e ex himo pavimenta in caméras transiere è vitro : novitium et hoc inventum. Agrippa certe in Thermis.... non duhi'e vitreas facturus caméras, si prius inventnm idfuisset, aut à parietibcs scenæ, ut diximus , Scauri, pervenisset in caméras. Ce passage , qui prouve l’emploi du verre pour les pavés, puis pour les murs et les plafonds , ne laisse subsister aucun doute sur la nature des ouvrages en verre dont était revêtue la scène de Scaurus.

5 Winckelmann, Stor. dell Arte, 1, 2, S 26, tom. I,p. 79 [Werhe, III, 4o).

lui arracha cette exclamation que je rapporte 1 : Quibus tamen ornamentis excultos tandem fuisse existimandum estparietes illarum ædium, in (juibus ipsapedam spatia non essent sine admiratione? O-r, il est sensible pour tout le monde, comme il l’a été pour Passeri, que les murs et les plafonds de maisons ainsi décorées dans leur -pavé, n’avaient pu rester privés du même ornement. Effectivement, nous avons recueilli dans les décombres des villa romaines plusieurs fragments de tableaux peints sur verre, qui avaient été enchâssés dans les parois. J’ai vu moi-même dans la collection de feu M. Bartholdy1 2 un de ces fragments de peinture avec le pan de muraille qui y était encore adhérent, et qui suffirait seul pour montrer quel avait dû être dans l’antiquité l’emploi de ces sortes de plaques de verre peint ou sculpté. Il en existe dans le musée du Vatican un morceau admirable publié par Buonarolti3, et décrit par Winckelmann4. Le fond est bleu d’azur, et sur ce fond se détachent en blanc, de très-bas relief, quatre figures d’une scène dionysiaque, d’un style et d’une exécution qui rappellent les plus beaux camées antiques, et précisément dans le goût du célèbre vase Portland, dont on sait que les figures se détachent aussi en blanc, de très-bas relief, sur le fond bleu5 *. Ce basrelief de verre peint est long d’un palme; on en connaît un autre, d’une longueur double de celle-là et d’un travail aussi achevé, représentant Apollon entre deux Muses5, et qui n’eût sans doute pas été indigne de figurer parmi les ornements du même genre et de la même matière dont était revêtue la scène de Scaurus. Mais le plus considérable à ma connaissance de tous ces bas-reliefs de verre peint, est celui qui appartint à Passeri, et qui a été publié par Olivieri7; il a près de trois pieds de long, et il représente

1 Lucern. jict. Mus. Passer., tom. I, p. 67.

2 Ce morceau est indiqué en ces termes, dans le Mus. Bartold. , pag. 170, n. 23o : Vetro ( del diam. onc. 5 ) tutt’ ora attaccalo ad un pezzo di inuro. On a cru reconnaître sur ce fragment de peinture , Ulysse et ses Compagnons devant les îles des Sirènes.

5 Buonar. Osserv. ist. sopr. aie. Medagl. p. 437.

4 Winckelmann, Stor. delf Arte, 1, 2, S 32, I, 87-88 ( Werhe , III, 44-45).

5 On reconnaît encore là une imitation des

bas-reliefs employés à la décoration des édifices antiques, tels que ceux de la frise des Panathé-

nées, au Parthénon d’Athènes, dont le fond

était colorié d’un ton bleu ; voy. à ce sujet les témoignages recueillis par M. Walpole, Memoirs, etc. , p. 384.

6 II a été publié par Passeri , dans ses Lucern. ûctïl. , tom. I, tab. lxxvi , pag. 66, 67 , et cité par C. Fea, dans ses notes sur Winckelmann, Stor. dcll' Arte, 1, 2 , S 32,1, 88, 1 23 ), ed. Prat.

7 Passeri lui-même en avait donné une indication succincte, Lucern. fict., tab. xc , p. 76; maison en peut prendre une connaissance plus exacte dans la dissertation rare et curieuse d’Olivieri , sopra due tavole di avorio, p. 69 , e S22. il en a été fait aussi mention dans la note

ou

deC. Fea, précédemment citée.

un Taurobolium, avec une foule de détails et d’accessoires, et avec une inscription , qui rendent ce monument aussi important pour la science qu’il est précieux par l'art et par la matière.

C’est à l’occasion du grand camée du Vatican que Winckelmann avait fait l’observation que je crois devoir rapporter ci-dessous dans son texte original1, et qu’il avait empruntée à Buonarotti 2, dont voici les propres expressions : Qaesta lastra cloveva essere fatta per incastrare fra miU’altri ornamenti ne’ mûri de lie stanze, le (jualisi solevano adornare di < pi este lastre di vetro 3. Et cette observation même de Buonarotti avait été suggérée à ce grand antiquaire par un fragment de peinture sur verre, non moins curieux et plus rare encore dans son genre que tous ceux dont il a été question jusqu’ici ; c’était une plaque carrée de verre bleu, peint en émail, au moyen de couleurs imprimées à l’encaustique dans des traits gravés en creux. C’est du moins de cette manière que Buonarotti a décrit ce monument curieux4, dont le procédé dut offrir beaucoup d’analogie avec celui de la peinture encaustique , au cestrum, sur ivoire. Quant à l’emploi qui avait dû être fait de ce morceau de peinture sur verre, pour être encastré dans le mur, ce n’est point une supposition ; c’est un fait qui résultait de la bordure de bronze dans laquelle le verre se trouvait encore enchâssé; et à cette occasion, je rappelle qu’il a été trouvé des plaques de crystal de roche, avec des figures d’animaux, ou même des figures d’hommes, gravées en creux et dorées, qui avaient été montées pareillement sur une bordure de bronze, pour être encastrées dans le mur. Trois de ces fragments de crystal, qui lui avaient offert cette particularité, ont été publiés par Buonarotti5, qui ne pouvait manquer d’être frappé de l’analogie quelle présentait avec tout ce système de décoration, au moyen de plaques d’ivoire, sculpté et peint, et de tablettes de verre peint en relief,

1 Winckelmann, Gesch. der Kunst, B. i, K.

2, S 27 ( Werke , III, h 4) : Es wurden solclie Stücke entweder in Marmor gefasst, oder atich twisclicn cjemaltem Laubwerke, und miter sogenannten Arabesken, als Zierruthen an den J'Vànden der Palldste angebraclü.

3 Osservaz. istor. etc. Proem. p. xvi.

5 Voy. aussi Boettiger , les Furies , p. 1 1 6, 3). trad. franç.

4 Publiépar Buonarotti, ibid. p. 495.

5 Buonarrotti, ibid. Proem. p. xxn : Ne’ piani poi e fra le colonne e pilastri, non è gran cosa che

vi avessero messo certe lastre di cristallo di monte, delle quali cene sono moite, intagliate

Corne si vede anche adesso da qualcbeduno, nell’ intaglio erano indcrati, e prima di mettergli in opéra gli circondavano con una lamina e cornicina dibronzo, e con quella gl’ incastravano. Les trois morceaux de crystal dont il s’agit, sont publiés, ibid. p. 298 , 345 et 385. J’ajoute qu’il se trouve dans notre cabinet des Antiques un fragment de crystal, avec une figure gravée en creux et dorée, dans le genre des travaux dont il est ici question; ce morceau a été publié par Caylus.

qui formaient la partie la plus riche du revêtement des maisons antiques.

Je ne pourrais, sans excéder de beaucoup les bornes où je dois me renfermer, épuiser tout ce que me fournirait ce sujet si neuf encore et si curieux de la peinture sur verre. En fait de monuments de ce genre , qui prouvent qu’aucune des applications de l’art de peindre auxquelles le verre pouvait se prêter, n’était restée étrangère aux anciens, je devrais citer ces vases de verre, à la superficie desquels les couleurs avaient été appliquées au pinceau, comme sur toute autre surface plane ou convexe. Middleton a publié un vase de verre sur la circonférence duquel était peint de cette manière un groupe à' Amour et Psyché, avec d’autres figures1. Un pJat de verre , à l’intérieur duquel était peint par le même procédé, je le présume, un paysage, fut trouvé, il y a quelques années, dans un tombeau de Cumes, en Campanie2- et nous possédons, dans notre cabinet des Antiques , un morceau d’un vase de verre blanc, où se voient peintes une suite de figures égyptiennes, dessinées au trait en noir, au pinceau, avec des couleurs t'ouge et jaune appliquées à teintes plates3 * 5 * *. Je ne doute pas que des plagues de verre peint de cette manière n’aient pu servir à la décoration des maisons romaines, en s’encastrant dans les murailles ; c’est une question que je me réserve de traiter à part dans mon Histoire de l’Art, où les détails concernant la peinture sur verre , formeront tout un chapitre , et où ils trouveront une place mieux appropriée, avec tous les développements convenables. Mais entre plusieurs observations que j’aurais encore à faire, en voici une que je ne puis m’abstenir de consigner ici, attendu quelle se rapporte directement à mon sujet, et que le trait qui me la suggère, et qui appartient au siècle d’Auguste, se recommande encore à notre attention par le nom d’un des grands écrivains de ce siècle.

C’est Suétone, ou l’auteur de la vie d’Horace , qui nous apprend que la chambre de ce poète était ornée de peintures lascives sur verre, distribuées en autant de compartiments de forme ronde11 : speculato cubiculo scorta dicitur

1 Middleton, Antiquitat. tab. v, p. 85-g3.

2 Jorio, Sepolcri antichi, p. 179, 180. Ce mo-

nument si précieux, et encore unique dans son

genre, doit se trouver actuellement au musée impérial de Vienne.

5 J’ai fait dessiner ce fragment curieux de

peinture sur verre, pour en former un des or-

nements de mon livre; on le trouvera gravé et

fidèlement colorié sur le frontispice même.

4 Sueton. in Vit. Horat. ; voyez plus haut, pag. 265 , 3). A l’appui de ma manière d’entendre ici les scorta disposita , je rappelle le passage du même auteur , Sueton. in Tiber. S. /|3 : Cubicula pbirifariàm dispositis tabellis.. ... idornavit.

habuisse disposita, ut quocumquè respexisset, ibi imago coitus referretar. Ce passage du grammairien latin, dont je crois que la véritable intelligence a échappé à la sagacité des interprètes, se trouve en effet parfaitement d’accord avec tout ce que nous savons de l’emploi des peintures obscènes, scorta, dans l’intérieur des appartements, et avec la notion des médaillons de verre peint, spécula, qui s’encastraient dans le mur. Il est évident pour moi que ces scorta disposita dans la chambre d’Horace sont des peintures du genre de la Pornographie , et il ne me paraît pas moins certain que ces peintures s’y trouvaient enchâssées sous la forme de spécula, speculato cubicuh. En ne voyant ici que des miroirs proprement dits, on était dans la nécessité d’admettre que des groupes d’hommes et de femmes, en des attitudes lascives, étaient disposés en réalité dans la chambre d’IIorace, de manière que des images lubriques pussent se réfléchir à lui de toutes parts : ce qui est véritablement absurde à supposer, malgré l’exemple honteux donné par l’infâme Hostius1; tandis que, dans l’autre hypothèse, tout s’explique aisément et se justifie sans peine, sinon sous le rapport de la morale , du moins sous celui de l’art. Or, on était tombé dans cette fausse interprétation, parce qu’on s’était mépris sur le sens du mot spécula, qui, dans la langue de l’art, s’entend de plaques de marbre, de stuc ou de verre, déformé ronde, encastrées dans le mur, ainsi que nous en avons eu la preuve par les nombreux témoignages de Vitruve et de Pline; et cette erreur des critiques est rendue sensible par l’omission du mot spéculum, avec cette acception, même dans le dictionnaire de Forcellini. Plus tard on employa le mot speculare, pour désigner les mêmes plaques de verre peint insérées dans le mur; et il en est fait usage, avec cette acception, en plusieurs endroits des lois romaines2.

1 Voyez à ce sujettes incroyables détails rapportés par Sénèque, Quœsl. naiur. i, 16. On rougit en lisant cette honteuse page delà corruption romaine , que Sénèque lui-même dut avoir honte d’écrire. Je fais observer, du reste, malgré la répugnance que j’éprouve à arrêter l’attention de mes lecteurs sur un pareil sujet, que des expressions telles que celles-ci : Spécula sibi per quæjlagida sua divuleret, disponeret^ue, circumdedit, et.... opus sibi suum per imagines offerebat, semblent offrir la même idée que celle qui se lit dans la vie d’Horace ; et toute-

fois, je ne saurais me résoudre à prêter même

à la corruption d’Horace l’infamie d’Hostius. J’ajoute, d’après Sénèque, ibid. S 17, que ces miroirs, de la grandeur même des personnes, se faisaient d’or et d’argent , avec incrustations de gemmes sur la bordure : Spécula totis paria corporibus auro argentogue cælata sunt , deniquè gemmis adornata ; voyez à ce sujet M. Boettiger, Sabine, scène vu, pag. 342 , 37 ).

2 Digest. xxxiii, 7, 25 : Specularia qnoque adfixa , magis puto domâs esse partent : nam et in emptione domâs et specularia et pegmata cedere, sive in œdijicio sunt posita , sive ad tempus detracta. L’assimilation faite des specularia aux peg-

A l’appui de ces observations, je remarque encore que plusieurs des médaillons de verre peint qui nous sont restés de l’antiquité ont dû provenir de ce genre de décoration. On a cru trop généralement que ces médaillons de verre, offrant des portraits peints d’hommes , de femmes, d’enfants, appartenaient exclusivement à des vases à boire, dont ils avaient formé le fond. Mais bien que ce puisse être là en effet la destination du plus grand nombre de ces verres peints, rien n’empêche que, dans l’emploi si familier qui se faisait du verre peint chez les anciens, et dans la manie des portraits qui était devenue si générale à une certaine époque de l’antiquité, on ait fait servir aussi des portraits peints sur verre, en forme de petits boucliers, à la décoration des appartements, comme on en a des exemples pour de petits boucliers ou médaillons d’arpent, avec têtes de divinités ou d’ empereurs , employés de cette manière dans les maisons d’IIerculanum1. Telle paraît avoir été la destination de ces médaillons de verre peint, avec portraits de famille, recueillis dans les ruines antiques de Géla, près de la ville moderne de Terranova, en Sicile, et publiés par Dorville2. Tel fut aussi, suivant toute apparence, l’usage de portraits peints sur médaillons de verre, qui avaient été trouvés près de Tivoli, et qui étaient entourés d’un cercle d’or 5 : ce qui prouvait positivement, aux yeux de l’antiquaire anglais Middleton qui les a fait connaître, que ce ne pouvaient être des fonds de tasse, comme on le croit communément, mais que c’étaient de véritables meubles de famille, dont on avait pu faire l’usage que j’ai indiqué. Les portraits de Commode en Hercule11, et d’un Tibicen avec un Enfant5, peints de cette manière sur verre, dont je ne puis parler que sur la foi des antiquaires romains qui les ont publiés, étaient sans doute aussi dans le même cas.

Quoi qu’il en soit à cet égard, je puis encore ajouter à toutes les observations qui précèdent une notion neuve et positive : c’est celle du nom qui servait à désigner, dans l’antiquité romaine, les artistes qui exécutaient ces

mata prouve qu’il s’agit ici de plaques de verre employées pour revêtement ; tandis qu'ailleurs , par exemple , ibid. 1 6 , le mot specularia doit se traduire par vitrages , comme dans les nombreux passages cités par Forcellini, h. v.

1 Voy. Bronzi d'Ercolano, tome I, p. 4o. Un médaillon d’argent plaqué, provenant d’une fouille récente d’Herculanum , et qui avait servi, avec quelques autres du même genre, à la décoration d’un appartement, a été publié

dans les Monum. delV Instit. archeol. t. I, tav. xiv.

2 Dorvill. Sicul. p. ia3 , A.

3 Middleton, Antiquitat. tab. m, n. 2, pag. 49-64.

4 Canin. Iconogr. tab. 82, p. 112.

5 Ficoron. Bolla d'oro, p. 12. Voy. plus haut, p. 237, les observations qui ont été faites au sujet de ces portraits peints sur verre en médaillon : toutes ces têtes sont de face, comme le sont les têtes-portraits , sur les vases peints.

travaux sur verre ; et je puis y joindre l’indication de quelques-uns de ces artistes employés à la décoration des résidences impériales. On trouve en effet dans les lois romaines1 un corps d’artistes désignés par le nom de specularii, qui ne peuvent être, de l’avis de Forcellini2, que des vitrarii, ouvriers en verre. Je remarque de plus qu’il existait à Piome un collège ou corporation de cette sorte d’artistes, ainsi désignés : collegium speclariorüm, sur un marbre antique3. Ce marbre sert à rectifier la leçon speciap.iae , que Spon4, et après lui Fabretti5, avaient cru trouver sur une inscription latine, où il était question d’une femme, Thalassia Mima, exerçant cette profession dans la maison de C. Pison Nothus; et j’ai déjà eu occasion de relever cette faute, reproduite encore en dernier lieu par M. Orelli6 7. Il ne resterait donc plus qu’à fixer, avec autant de certitude que cela se peut faire, le véritable sens du mot speclarius1, afin d’avoir une idée juste de la profession que ce mot désigne. Or, il me semble que les speclarii étaient, dans la classe des ouvriers en verre, vitrarii 8, ceux qui fabriquaient les pièces de verre, specla, destinées à entrer dans la décoration des maisons, plutôt que les miroirs proprement dits, qui se faisaient généralement en métal. Saumaise a déjà remarqué9 que ces specla domûs, nommés dans le texte grec des Basiliques, 7Ô <r7Â>tXa. rnZ chxv , y étaient assimilés,

1 Diqest. x, 64, 1. La loi est de Constantin.

- Forceilini, v. Specutarius, vetraio , qui specularia (il devait ajouter : et spécula) facit.

5 Inscript, apud Don. Cl. ix, n. 36, p. 3 5 1 .

4 Spon, Miscellan. sect. vi , p. 232.

5 Fabretti, Inscript. c. x, n. 599, p. 753.

6 Orelli, Inscr. sel. latin, tom. II, p. 266; voy. nia Lettre à M. Schorn , p. 56, 3).

7 II est inutile de réfuter l’idée de Spon , qui voyait dans la femme speciaria, dont il publiait l’inscription , une èpicïère. Forcellini, qui cite cette inscription, d’après Fabretti, v. Speciarius, ne s’explique pas sur le sens qu’il y attache; puis, il rapporte un passage de César, Bell. Civ. 111, 53, où le mot specianis se produit avec une autre acception. Mais la leçon des manuscrits diffère de celle-là ; et l’inscription a été mal lue; en sorte qu’il ne reste aucune autorité pour le mot speciarius.

8 Sénèque emploie ce mot, Epistol. xc, pour

désigner un souffleur en verre : cuperem Posidonio

aliquem vitrariüm ostendere, qui spiritu vitrum in habitus plurimos format. J’ai déjà eu occasion de faire connaître une autre classe d'artistes , travaillant le verre , un desquels était désigné de cette manière : opifex artis vitriæ (pour vitrariæ) , sur une inscription romaine de Lyon ; voyez ma Lettre à M. Schorn , p. 57 : c’étaient des sculpteurs en verre. On connaît aussi par le témoignage de Pétrone, qui l’appelle faber ( vitrarius ) , un fabricant de vases de verre, Sat. c. 5i. On voit par là combien le vocabulaire de l’art antique était riche en ce genre de professions; et conséquemment, avec quel succès était cultivée chez les anciens la fabrication du verre.

9 Salmas. ad Hist. Aug. II , 694, 6q5 : Spécula sic pars erant domûs, ut emblemata scyphorum argenteorum. Ita enim plané spécula inparietes inserebantur et immittebantur , ut emblemata in pocula; nec malè faceret, qui spécula, parietum emblemata vocaret.

comme faisant partie du mobilier des maisons romaines, aux bas-reliefs rapportés dans les vases domestiques : M<r7np nù î/uiCxriyM,7u mv âpyupéw v mvüv. Il y a là effectivement une analogie positive, sinon pour la matière, du moins quant au procédé, puisque les specla et les emblemata étaient pareillement des pièces de rapport insérées, les unes dans les mars, les autres dans des meubles. J’ajoute maintenant que sur le célèbre marbre d’Antium1, qui nous a donné, pour le règne de Claude, une liste nombreuse d’esclaves et d’affranchis de la maison impériale, avec l’indication des arts divers qu’ils y exerçaient, on voit figurer, à côté du TEctor, c’est-à-dire de l’artiste chargé de la confection des enduits, opas tectorium, un autre artiste désigné ainsi : spec, que l’antiquaire romain, interprète de ce monument, a mal à propos expliqué par speculator, titre militaire qui n’avait rien à faire ici2 *. C’est évidemment speclarias qu’il fallait lire-, et la preuve en est fournie par le marbre même, où on lit sur la même ligne, après une fracture, les lettres : peclar ii, qui ne peuvent se suppléer que de cette manière : speclarÛîs ii. Nous avons donc deux de ces artistes speclarii employés à ladécoration de la villa de Claude à Antium, l’un desquels, nommé Venustus, enrichira notre liste d’artistes romains de cette époque, avec l 'Aqathopus, tector, et avec le Myron, aüg. l. pictor, peintre, affrancliide l’empereur, qui manquaient également dans cette liste5.

lime reste à faire connaître une autre espèce de monuments antiques qui participaient, comme les bas-reliefs en verre peint, de la sculpture et de la peinture, et qui, par l’emploi qui s’en faisait dans ladécoration des édifices , tenaient au même principe que les peintures sur bois enchâssées dans le mur. Je veux parler des mosaïques en relief, qui constituaient, dans les travaux en mosaïque, une classe distincte, plus particulièrement affectée sans doute à l’ornement des murailles.

Ce n’est pas ici le lieu de traiter de la mosaïque avec les détails que ce sujet comporte. Je dois me borner au petit nombre de traits et de monuments qui se rapportent directement à la classe particulière de mosaïques que j’ai en vue. A quelque époque que se fût introduit dans la Grèce le goût des pavés en mosaïque, et sons quelque forme que fussent d’abord exécutés ces sortes de pavés , deux questions dont il ne sera peut-

1 Tabula Antiatina, interprète J. R. Vutpio, 5 Le nom d’un pavimentaeics , artiste en

lin. a3, p. 1 5 ; Romæ, 1726, in-4°. mosaïque, se trouvait aussi sur ce marbre ; mais

2 Sur les Speculatorcs , voy. Eckhel, D. N. VI, il a été enlevé par une fracture.

être jamais en notre pouvoir de donner une solution sure et précise, tout ce que l’on peut admettre à cet égard de plus probable, c’est que la décoration du pavé suivit le développement de celle du plafond, dans l’ordonnance générale des édifices grecs , et que l’une et l’autre furent dictées par le même principe, et exécutées dans le même goût. La sobriété d’ornements, qui est le caractère des ouvrages de l’ancien style grec, dut se retrouver surtout dans le pavé , qui n’offrait sans doute que des compartiments colorés de diverse manière, et répondant aux caissons du soffite, c’est du moins ce qu’au défaut de renseignements classiques, on pourrait inférer de la connaissance que nous avons acquise du pavé en mosaïque d’un des temples de Pæstum , et de celui du petit temple de l’acropole de Sélinonte ; si toutefois on accorde , sur ce point , à la restauration de ce temple par M. Hittorlf, la confiance qu’elle a dû perdre sur quelques autres1.

Mais, ce qui est certain, c’est que le luxe des pavés en mosaïque ne régna dans l’antiquité grecque, que dans le siècle qui suivit celui d’Alexandre2; et que cet exemple d’une magnificence jusqu’alors inouïe dut être donné à la cour des rois de Pergame3. Le pavé en mosaïque du vaisseau d’Hiéron II4; ceux de l’opulente habitation de Démétrius de Phalère , à Athènes 5, signalent, à la même époque , les progrès de ce luxe encore nouveau dans les habitudes de l’art grec, d’accord avec ceux de la peinture sur mur, qui paraît avoir pris naissance à Athènes dans la maison d’Alcibiade6; et dans

1 Voyez dans le Journal des Savants, i835, janvier, p. 16-17 , l'analyse qui a été donnée des Antichità di Selinunte , compaiées avec le travail de M. Hittorff; et joignez-y mes observations en réponse à la lettre de cet architecte , dans le même Journal, mai, p. 3o6-3i4-

2 Le seul motif allégué par Visconti, Mus. P. Clein. VII, 81, c), pour attribuer l’usage des pavés en mosaïque au siècle d’Alexandre , se tire du trait rapporté par Galien , Exhort. ad

Art. c. vin, p. 26, ed. Willet. cf.p. 101 ; maisle témoignage de Galien, pour ce qui concerne une

circonstance, vraie ou fausse, de la vie de Dio-

gène, est loin d’offrir toute la certitude désirable ; et ce qui le prouve, et ce qu’aurait dû remarquer Visconti, c’est que la même anecdote est rapportée , sous le nom d’Aristippe, par Diogène de Laërte, 11, 7 5 ; cf. Menag. ad h. I. Il n’y a donc

rien de positif à conclure de pareils récits.

3 C’est en effet ce qui paraît résulter du témoignage de Pline, xxxvi, 25, 60, en ce qui concerne l’origine des pavés en mosaïque en général , et le fameux Asarôton de Sôsus ; voy. à ce sujet, Furietti, de Musiv., p. 27, sqq.

4 Athen. v, 207, C, c. xli, p. 298 , Schw. : Taîira êè ■navra AÀIIEAON etyev èv àSanlaxoïs cniyiislpsvov êx navTotc cv 'Xidoiv. Voilà, sans contredit, le témoignage le plus positif sur ces pavés de mosaïque , composés à petits compartiments, uêanicniot , et faits de petits cubes de pierres diverses, èx navlolwv 'Aida v.

6 Duris apud Âtben. xii , 542, D, c. lx, p. 5i4, Schw. : kvOivà t s noXXà rwv êêatpüv èv rots dvSpüiri xal scyeudZel o SiansnoixiAp.éva ino êrifuovpyüv ; cf. Furiett. de Musiv., p. 35.

6 Voyez les témoignages que j’ai rapportés à ce sujet , dans mes Observations sur la peinture, p. 24-26 , et auxquels je dois joindre celui-ci de

ce petit nombre d’exemples , comme dans tout ce que nous savons d’ailleurs de l’histoire de l’art, c’est toujours de pavés qu’il s’agit , en ce qui a rapport aux travaux en mosaïque de l’antiquité grecque; jamais, à ma connaissance , de parois ou de plafonds décorés de cette manière. Ce dernier emploi de la mosaïque doit appartenir en propre à l’antiquité romaine, comme celui du verre modelé en relief et peint; et l’un et l’autre durent être produits par la même cause , par cette affectation de la richesse et par cette recherche du luxe qui amenèrent, au jugement de Pline , la décadence de l’art, et qui en précipitèrent la chute , en substituant d’abord à l’emploi sobre et sévère de la peinture sur bois l’extension et l’abus de la peinture sur mur; puis, en remplaçant celle-ci, devenue trop vulgaire et trop économique , par le verre, par la dorure et par la mosaïque : dernier degré d’une opulence qui ne servit qu’à mieux faire éclater l’impuissance de l’art arrivée à son dernier terme h

C’est par l’effet des mêmes causes, et dans le cours de la même période, que les bas-reliefs en mosaïque devinrent un de ces éléments de la décoration romaine, par lesquels on s’efforçait à l’envi d’ajouter sans cesse, non pas à ce qui était convenable et beau , mais à ce qui paraissait rare et dispendieux. La société romaine était alors parée comme cette Hélène d’un peintre médiocre, qui avait fait dire à Zeuxis ou à Apelle : Ne pouvant la faire belle, ta l’as faite riche2. C’était une courtisane chargée d’ornements étrangers et de bijoux somptueux, dont le goût ne réglait plus ni le choix, ni la disposition. Si quelque ornement ambitieux avait été employé dans la Grèce; si quelque matière riche avait été mise en œuvre par elle, c’était à s’approprier ces exemples et à s’emparer de ces travaux, que Rome faisait consister tout son mérite , parce quelle y étalait tout son orgueil ; et c’est de cette manière que les mosaïques en relief, du temps de l’empire, succédèrent aux bas-reliefs d’argile coloriée, du temps de la république.

Galien , qui ne saurait pourtant être admis , d’après l’âge récent de cet écrivain , relativement au siècle de Diogène, qu’avec une certaine réserve, Exhortât, ad Art. c. Vin , p. 26, ed. Willet. : ToOs yàp TOIXOYS ânavras à^ioXdyoïe rPA<I>AÎS nsKoap^aSai , r b c5’ËAA<t>02, è)c ■ÿifÇ’wv tio'Xvlekùtv ovyne’ïaQai , ©etâv slxovas éyov èé, aÙT&v Sia- TeTvncopévas ; voy. l’observation faite plus haut, p. 392, 2), au sujet de ce témoignage deGalien.

1 C’était là l’opinion des anciens eux-mêmes, à en juger par les plaintes de Pline , reproduites en d’autres termes par Pétrone, Sat. c. 2 ; cf. ihid. c. 88. Sur ces passages célèbres, qui ont tant exercé les commentateurs, à peu près en pure perte, voy. les observations d’Ignarra, de Palœstr. Neapol. p. 1 2 /4.-1 2 5, 2) .

2 Clem. Alexand. Pœdag. ij , 12; Lessing, Laocoon, S xx, p. 178.

J’ai déjà eu occasion de citer l’exemple fourni par un des chapiteaux ioniques de ¥ Erechtheion d’Athènes, d’une incrustation de pâtes colorées1, comme moyen de décoration admis dans l’architecture grecque du meilleur temps. Bien que cet exemple soit encore unique, à ma connaissance, il n’en signale pas moins à mes yeux toute une pratique liée intimement au système de l’architecture polylithe et polychrome ; et c’est sans doute la faute du temps et celle de la barbarie, qui ont réduit à un état si déplorable le peu qui nous reste de monuments antiques , si nous n’avons pas recueilli d’autres exemples d’une décoration semblable. Deux charmantes fontaines de Pompeï nous ont offert en petit un exemple de ce revêtement de mosaïque en pâtes colorées, avec incrustation de coquillages, et l’on vient de découvrir une troisième fontaine ornée dans le même goût 2. Mais cette décoration s’était trouvée pratiquée en grand dans un des monuments les plus considérables de l’antiquité romaine, à la villa Hadriana, près de Tivoli. En effet, au milieu de l’effroyable dégradation qu’a subie cette immense et superbe habitation impériale , il s’y est conservé un cryptoporticus avec la voûte ornée de bas-reliefs en stuc , où sont incrustées des pâtes de verre, colorées de manière à offrir, ce sont les propres expressions d’un illustre antiquaire, l’apparence de bas-reliefs en cire, peints de couleurs naturelles. Winckelmann avait été frappé de ce mode de décoration3, mais sans se rendre un compte bien exact de son procédé. Visconti l’avait signalé le premier à l’attention des antiquaires, comme une application nouvelle autant que rare de la mosaïque 4 ; et il est maintenant évident que cet emploi romain de la mosaïque se rattachait à une pratique de l’art grec.

Mais ce qui offre surtout, avec V insertion dans le mur d’ouvrages de peinture et de plastique coloriée, une analogie frappante, c’est l’exécution en mosaïque de petits bas-reliefs, qui ne pouvaient être destinés qu’à cet usage, et qui formaient en effet une combinaison heureuse des ressources et des agréments de ces deux arts. Or, il nous est parvenu plusieurs fragments de ce genre, qui rendent sensible pour nous cette application nouvelle du système de décoration dans lequel ils furent employés, et qui en constatent de

1 Voy. mes Observât, sur la peinture , p. 23, 1). 4 Visconti, Mus. P. Clcm. t. VII, p. 80 , i) :

2 Cette découverte est annoncée dans le Bul- Sono bassi rilievi di fortissimo stucco, ricoperto

Ict delï Instit archeol., Marzo, 1 835, p. 3g. di sassolini osmalti di varj colori, e cheimitano

5 Winckelmann, Stor. delï Arte, vu, 4, S 20, i bassi rilievi di cera a colori naturali. t. II, p. 1012 , ed. Prat. ( Werhe , V, 2o5).

plus en plus le principe. Un de ces fragments, trouvé en 1788 dans les ruines mêmes de la villa Hadriana, et passé depuis dans la célèbre collection Borgia, à Velletri1, excita à Rome un vif intérêt parla rareté du procédé et par le mérite de l’exécution ; il représentait une figure à’Isis, traitée d’assez bas-relief, avec tout le luxe de couleurs que pouvait comporter le costume égyptien ; et ce n’était évidemment qu’un fragment d’une composition considérable qui avait dû être employée, en guise de frise, à la décoration de quelque salle construite dans le style égyptien. On jugera du goût et de l’effet de ce morceau de mosaïque en relief, d’après un dessin soigneusement colorié sur l’original que j’en présente2 *, bien mieux que d’après une description que j’en pourrais faire, si minutieuse et si détaillée qu’elle pût être. Je regrette de ne pouvoir mettre sous les yeux de mes lecteurs un fragment du même genre, que je ne connais que par une lettre de Winckelmann, où il est cité5. Ce fragment représentait une figure d' Hercule au jardin des Ilespérides , et il avait été emporté en Angleterre, vaste abîme , où vont s’entasser ou plutôt s’engloutir d’année en année tant de monuments perdus pour la science, et qui ne sont qu’un vain objet de luxe pour un orgueilleux possesseur. Mais, à défaut de celui-ci, je puis offrir un autre monument dont le mérite et l’intégrité ne laissent rien à désirer.

C’est une figure d 'Espérance , exécutée dans le style grec le plus pur, et dans ce même système de mosaïque en relief, dont je publie un dessin 4, de la même grandeur que l’original, lequel se conserve à Naples dans le cabinet de Mgr l’ancien archevêque de Tarente. Ce bas-relief a pour pendant une figure de Mercure debout, la main gauche étendue, et la droite appuyée sur la tête d’un bélier , animal symbolique de ce dieu, suivant le culte qu’il recevait dans plusieurs cités grecques, notamment à Tanagra5. Ces deux

1 Voy. la description détaillée de cette mosaïque, telle qu’elle a été donnée , avec un dessin gravé en noir à l’appui, dans les Memorie di Belle Arti, d’Onofrio Boni, t. IV, p. ci-cxit, et ccxxiv,Roma, 1789, 4-

2 J’aime à reconnaître que je dois cet excellent dessin au talent et à l’amitié de M. Mercuri. J’ai tâché, du reste, que la gravure que j’en ai fait exécuter par un artiste habile répon-

dît au mérite du dessin, comme à celui de l’ori-

ginal, et que cette gravure, coloriée avec tout

le soin possible , pût donner à mes lecteurs une

idée satisfaisante de ce précieux morceau de peinture en relief sur verre ; voy. pl. XIV.

5 Ce monument est indiqué, d’après une lettre de Winckelmann, dans la dissertation d’Onofrio Boni, citée à la note précédente, p. cvii. Un autre fragment du même genre , mais qui ne consistait qu’en une tête de femme, de profd , avait été publié par Caylus, Recueil III, pl. lix, n. 2, p. 228-9.

4 Voy. planche XII.

' Pausan. ix, 22, 2.

mosaïques en relief proviennent, suivant une tradition dont je ne garantirais pas la certitude1, de l’emplacement de l’antique Métaponte; mais quant à leur authenticité et à leur mérite, comme monuments de style grec, employés à la décoration de quelque temple ou de quelque grand édifice, d’une époque romaine, il ne saurait y avoir lieu au moindre doute. Il en existe une répétition, avec de très-légères variantes, dans notre cabinet des Antiques; c’est à savoir, les deux mêmes figures d 'Espérance et de Mercure , traitées du même style, dans le même procédé et à peu près de la même proportion : l’une desquelles, l 'Espérance, était depuis longtemps connue , si toutefois on peut dire quelle fût réellement connue par la gravure qu’en avait publiée M. de Caylus2. Cette publication n’avait eu en effet aucun résultat pour la science, ni en Italie, ni ailleurs. Winckelmann semble y être resté tout à fait étranger3. Le fragment de la figure d'Isis, trouvé en 1788, n’avait produit à cette époque à Rome tant de sensation parmi les antiquaires, qu’à cause de la nouveauté de ce genre de monuments dont il leur offrait le premier exemple ; et Visconti lui-même n’a connu notre figure d' Espérance, qu’il cite avec raison comme un morceau achevé \ que pendant son séjour à Paris, où il rédigea le texte du septième volume de son Musée Pie-Clémentin. Les deux mosaïques de l’archevêque de Tarente, parfaitement authentiques comme les nôtres, bien que presqu’en tout semblables aux nôtres , sont donc deux rares monuments de ce genre de travail en mosaïque, qui rappelait à la fois le goût des bas-reliefs coloriés et celui des peintures sur bois de l’antiquité grecque, en même temps que , par l'insertion clans le mur de ces travaux , où la plastique et la peinture avaient associé leurs ressources, comme dans ceux de Damophilus et de Gorgasus, elles nous offrent la continuation et la preuve de cette pratique grecque, sous la forme nouvelle quelle avait prise à l’époque romaine, par l’effet d’un luxe toujours croissant et d’un goût de décoration toujours plus opulent et plus ambitieux.

1 Je suis à cet égard du même avis que M. te

duc de Luynes, qui décrit ces deux mosaïques,

comme provenant des ruines de Métaponte, et qui ajoute : mais l’ authenticité tien est pas assez certaine-, voy. Métaponte, p. Z-]. Le doute exprimé ici par l’illustre antiquaire ne saurait en effet porter que sur la provenance, et non sur l’antiquité même des monuments.

2 Caylus , Recueil VI , planche Lxxxvt , 1 , pages 27 i, 275.

5 II est fait mention de cette mosaïque dans une note de l’éditeur milanais de l'Histoire de l'Art de Winckelmann, mais seulement d'après l’observation de Visconti; voy. Winckelmann’s IVcrkc, V, 11, 5i4, 818).

4 Visconti, Mus. P. Clcm. t. VII, p. 80, c).

GANAGÉ; PASIPHAË; SGYLLA ; M Y RRHA ; PHÈDRE.

Planches I, II, III, IV et V.

Les cinq figures dont je présente ici les dessins faisaient partie de la décoration d’une chambre, dans la villa de Munatia Procula, laquelle était située près de l’ancienne voie romaine qui conduisait à Ardée1. La réunion dans un même lieu de ces cinq héroïnes mythologiques, qui n’avaient dû une odieuse célébrité qu’à de grands crimes et à une mort tragique , constitue pour nous le principal mérite des peintures qui les représentent2; car ces peintures ne se recommandent d’ailleurs que faiblement à notre intérêt, sous le rapport du style ou de l’exécution. Une particularité qui les distingue encore , et qui ne laisse pas d’y ajouter quelque prix , c’est que chaque figure est accompagnée de son nom, en caractères latins : je ne sache pas, en effet, qu’il en existe beaucoup d’exemples sur des peintures romaines; et cette circonstance, jointe à la forme même de ces noms grecs latinisés,

1 Voyez tes détails donnés par Guattani, dans ses Memorie Enciclopediche , Pi onia , 1816, p. 119-123, sur la découverte de ces peintures, qui eut lieu dans une fouille entreprise, cette année-là même, par la duchesse de Chahlais, dans une ferme nommée Tor-Marancio, à deux milles et demi de la porte Saint-Sébastien ; voy. aussi la lettre adressée à Millin par M. Nibby, et insérée dans les Annales encyclopédiques de 181 7 , t. III, p. 333. Placées actuellement au musée du Vatican , dans une des salles de l'appartement Borgia , près de la Noce Aldobrandine , elles sont indiquées dans le Vaticano descritto , t. III, p. 98-100. J’en ai fait mention dans mes Observations sur le Gladiateur mourant, p. 1 1 , 2), où j’annonçais dès-lors l’intention de

lespublier, d’après des dessins faits en 1827.

2 Cette réunion semble, en effet, trahir quel' que intention particulière, et, comme je l’ai dit ailleurs , Observât, sur le Gladiateur mourant, p. 1 1 , 2 ) , elle pouvait tenir à une sorte de misogynie de la part du premier propriétaire de cette villa antique. C’est aussi l’idée qui était venue à M. Boettiger, à l’occasion du sujet de Pasiphaë , sculpté sur le bas-relief Spada : il s’était demandé si une galerie de femmes célèbres par leurs crimes n’avait pas quelque part réalisé la nombreuse série des coupables héroïnes d’Euripide, les Phèdres , les Sthénobées, les Mélanippes , du théâtre attique ; Aristophan. Tliesmophor. 553, sqq. La réunion des peintures que je publie répond en quelque sorte à cette question de l’illustre antiquaire; voy. ses Ideen zur Kunst-Mytholocjie , 34 1, 5j.

comme on les voit ici : Pasifaë , Mirrci, Feclra, et à la forme des caractères qui les expriment, indiquerait suffisamment que ces peintures appartiennent à une époque assez basse. Il est curieux de retrouver ainsi, presque aux deux extrémités de la carrière de l’art, le même procédé employé pour suppléer à son imperfection, je veux dire, les inscriptions ajoutées aux personnages, afin d’aider l’intelligence du spectateur et de servir le travail de l’artiste. C’est certainement dans ce double but qu’avaient été tracées , sur des monuments primitifs, tels que le coffre de Cypsélus, les noms des figures qui s’y trouvaient représentées ; et bien que cet usage , consacré sans doute dans les habitudes hiératiques de l’art, ait été continué à une autre époque, sans qu’il y eût la même nécessité, comme nous savons que cela eut lieu pour les peintures de Polygnote , à Delphes , et comme nous le voyons sur tant de vases peints , ce ne peut être que le même motif qui ait fait placer sur des peintures telles que les nôtres, appartenant à un siècle de décadence, les inscriptions qui s’y lisent. Du reste, il serait difficile de déterminer précisément l’époque où furent exécutées ces peintures. Feu l’illustre Niebuhr les regardait comme une production du milieu du me siècle, et comme un monument de l’extrême décadence1; et je pourrais partager cette opinion , sans être , plus qu’il ne l’était lui-même , en mesure d’en fournir la preuve.

La composition et le costume des figures , qui sont purement grecs ; la simplicité de l’attitude; la manière dont les symboles s’y trouvent réduits à l’expression la plus abrégée , sembleraient pourtant indiquer que l’artiste a suivi des modèles grecs de quelque mérite, et même d’une assez haute époque. C’est l’exécution surtout qui est ici défectueuse ; et à toutes les époques de l’art il y eut des artistes médiocres : en sorte qu’une exécution faible ou vicieuse n’est pas toujours un indice chronologique. Canacé'2, dans

1 C’est dans son Mémoire sur deux écrivains latins du me siècle , qui fait partie de ses Kleine philolog. Schriften, p. 346, que l’illustre critique énonçait cette opinion, reproduite , sur son autorité, parM. Welcker, Præfat. ad Philostr. Sen. Imacj. p. lx, mais sans aucune considération à l’appui.

2 Le témoignage classique sur la fable de Canacé est celui deSostratus, ap. Plutarch. Parallel. t. VII, p. 24 1, Reisk. ; cf. Ovid. Her. xi;

Hygin. Fab. 238, 242 et 243; vid. Muncker. ad hh. II. Je trouve dans un fragment d’Antiphane que nous a conservé Athénée, x, p. 444, D, t. IV, p. 128, Schw., un trait relatif à cette fable, qui a été omis par les inlerprètes d’Hygin , et qui doit appartenir à la tradition attique. On sait, du reste, que Winckelmann avait cru voir le sujet de Canacé dans le célèbre groupe dit d’Arria etPœtus, de la villa Ludovisi, Gesch. d. Kunst , xi, 2 , S 26-28 ; mais c’est une erreur

l’attitude qu’on lui voit ici , et qui paraît avoir été familière aux anciens pour exprimer une situation analogue1, avec le glaive nu : 7n/j,<p&tvroç vtto

toü warpoç, fatal présent envoyé par son père, et instrument de sa mort prochaine, est une figure de style grec, bien conçue, à laquelle il n’a manqué qu’une main habile pour nous rendre quelque belle peinture grecque. J’en dirai autant de la figure de Pasiphaë, appuyée sur son taureau blanc 2, et absorbée tout entière dans une contemplation passionnée : (b7\i7ru kjjJ.yjjA'ov ; figure qu’il ne sera pas sans intérêt de comparer avec la Pasiphaë du bas-relief Spada publié par Winckelmann3. C’est d’ailleurs une circonstance assez curieuse , qui nous fait retrouver dans ces deux premières figures d’héroïnes mythologiques deux des sujets de représentations mimiques qui paraissent avoir été le plus familières aux Romains du premier siècle de notre ère, et dans lesquelles on sait que l’insensé Néron n’avait pas rougi de jouer lui-même , sur le théâtre de Rome, le rôle principal4 : en sorte qu’on pourrait bien voir ici une copie de peintures exécutées à cette occasion et â la même époque.

Ce qui semblerait venir encore à l’appui de cette idée, c’est le choix de l’héroïne de notre troisième peinture, cette Scylla, fille de Nisus, qui avait trahi son père et sa patrie pour satisfaire une passion coupable 5. Ce trait de l’histoire héroïque , dont on rencontre à peine dans ce qui nous reste de la littérature grecque de faibles et rares indications 6 , avait acquis , à une

que j’ai déjà eu occasion de relever ailleurs; etje dois dire que jusqu’ici nous ne possédions encore aucune représentation certaine de Canacè.

1 C’est l’attitude de Y Iphigénie de l’autel de Florence, publié dans mes Monuments inédits, Orestéide, pl. xxvi ; voy. p. i32, 4). C’est aussi celle d 'Eurydice, sur le célèbre vase de la mort d’Arcliémore. Je me borne à ces deux exemples classiques.

2 Mytliograph. latin, ed. Mai., inClassic. Auctor. e Vatic. codic. t. III, c. 47, p. 20 : Taurus nimio candore perfusus ; voyez, sur cette fable, Creuzer, Hercules Buzyges, dans les Annal, de l'Instit. arcliéol. t. VII, p. 95-98.

3 Winckelmann , Monum. ined. n. g4- Joignez y le bas-relief Borgbèse publié aussi par Winckelmann , ibid. n. 93 , en le comparant avec la peinture décrite par Pbilostrate, Imag. 1, 16.

4 Sueton. in Néron. S 2 1 : Inter cœtera cantavit Canacem parturientem ; et ibid. S 1 7 : Inter Pyrrhicarum argumenta, Taurus Pasiphaën ligneo juvencœ simalacro abditam iniit , ut multi spectantium crediderunt. On sait, d’ailleurs, que Galba faisait remonter l’origine de sa maison à Pasiphaë dont Y image figurait dans son Stemma , Sueton. in Galb. S 2 ; cf. Sil. Ital. vm, 472 : Unie ( Galbæ ) genus orditur Minos illusaque tauro Pasiphaë ; et cette circonstance nous explique encore l’espèce de célébrité dont avait pu jouir chez les Romains de cet âge le sujet de Pasiphaë.

6 Voyez, sur cette fable, Hygin, Fab. cxcvm, et les auteurs cités par Muncker, ad h. I. Cf. Mythogr. Tr. Vatic. 1, 3 , 2 , ed. Bode.

6 Telle que celle qui se trouve exprimée dans un passage des Choëphores d’/Escbyle , v. 607.

époque récente , chez les Romains, assez de célébrité pour devenir le sujet d’un de ces petits poèmes attribués à Virgile , le Ciris et c’est, si je ne me trompe, sous l’influence des traditions mises en œuvre par le poète latin, qu a été exécutée notre peinture. Scylla s’y voit représentée au haut des murailles d’où elle contemple le camp ennemi, dans la situation même où la dépeint l’auteur du Ciris 1 2 :

Sæpe etiam tristes volvens in nocte quereias ,

Sedibus ex altis cœli (tecti?) speculatur amorem,

Castraque prospectât crebris lucentia flammis.

Et ici encore, sans doute, l’attitude aussi bien que le choix de l’héroïne avaient été déterminés directement d’après les modèles offerts aux Romains sur leur théâtre national , qui ne faisaient que reproduire des monuments de l’art grec. Je ne sais si l’on doit en dire autant du personnage de Myrrha, cette fille incestueuse de Cyniras, dont la tradition, empruntée à Panyasis, est rapportée par Apollodore 3, mais dont aucun monument antique, à ma connaissance, ne nous avait encore montré la figure. Elle est ici représentée, échappant par la fuite à son père qui la poursuit, le fer à la main : o-TFcto-âfji woç %t(poç, tJïMXiv avT «V : c’était, en effet, la circonstance de ce sujet la plus significative comme la plus dramatique; et si l’expression de la figure répondait à la situation du personnage, et le costume au sujet, cette peinture ne serait pas sans intérêt. Telle quelle est, la rareté de la représentation en forme à peu près tout le mérite.

C’est aussi par le même motif que se recommande principalement à notre attention la figure de Phèdre , sujet de la cinquième de nos peintures ; non que le personnage même de Phèdre et son amour incestueux , représentés dans une de ces compositions que Pausanias avait en vue 4 : 6 re ’fuç thç <bal<fya.ç, j ta; tmç Tpotpou t'o \ç tyw Siumviclv To^fxn/j.a. , ne nous soient parvenus sur un assez grand nombre de monuments de l’art antique, vases peints5, bas-

1 P. Virgil. Maronis , quæ vulgà feruntur carmina , in Argument. Ciris , p. 1 6 1-1 63, ed. S-iilig.

1 Ciris , v. 172-174; cf. Annotât, crit. ad h. I. p. 253.

5 Panyasis apud Apotlodor. m , 1 4, 4; cf. Hygin. Fab. lviii, clxiv, cclxxi, ccli ; Ovid. Metum. x, 3oo, sqq. ; Mjtliogr. Tr. Vatican. I, 200 ; 11 , 34 ; ni , 11, 17 : Eam persequi cœpit gladio.

4 Pausan. 1, 22 , 1.

6 En fait de vases peints, je ne citerai pas celui de la galerie de Florence , Dempster , tab. lxii-lxiii ; Passeri, I, lviii-lix, que Visconti a expliqué par Phtdre et Hippoljde, feu M. Zannoni , par Hélène et Ménélas ; où j’ai cru voir à mon tour Thétis et Pelée ; il ne m’appartient pas de décider laquelle de ces interprétations si diverses doit fixer l’opinion des antiquaires. Un vase d’Hamilton , 1 , 5 , où se voit une Femme assise , avec sa Nourrice et une autre Femme ,

reliefs1 et peintures2, la plupart publiés ou encore inédits3 : mais je n’en connais aucun, avec la figure seule de Phèdre, telle qu’elle se voit ici, tenant à la main le fatal lacet qui devait terminer sa vie, d’après la tradition suivie par Polygnote 4 ; et, sous ce rapport, la peinture que je présente, toute faible quelle est d’exécution, n’était pas indigne d’être publiée.

UN SACRIFICE DES TEMPS HEROÏQUES, d’après des fragments d’un vase peint.

Planche VI. (Voy. p. 23.)

Ces fragments d’un vase peint, qui dut être d’une grande dimension, à en juger d’après l’épaisseur des parois , probablement de la forme de cratère , vase d’un très-beau style, et certainement sorti d’une des meilleures

pourrait être rapporté au sujet de Phèdre désolée. C’est le même sujet que représente, suivant moi, un vase du musée de Naples, Neapels ant. Bildwerlte, I, 354, publié par M. Millingen, Vases peints , pl. xli, qui y a vu un sacrifce à Vénus, tandis que d’autres y reconnaissaient Créüse, Pénélope , Junon ou Phèdre. La présence de l'Amour , qui détourne la tête, Amor aversus , donnerait, à mes yeux, beaucoup de probabilité à cette opinion , qu’il ne me serait pas difficile de soutenir par d’autres considérations , si c’était ici le lieu ; mais je n’ai en ce moment ni l’intention ni le loisir d’examiner cette question.

1 Zoëga , qui a publié deux de ces bas-reliefs, Bassirilievi di Borna, t. I, tav, xlix et l, en connaissait une dizaine , le plus fameux desquels est celui qui décore , avec trois autres compositions relatives au même sujet, la face principale du grand sarcophage d’Agrigente ; voyez , sur ce monument , que je me félicite d’avoir pu voir etétudier sur place, les indications données par M. Welcker, ad Philostrat. Sen. Imcuj. il, 4, p. 419-20. Mais il s’en faut bien que le nombre indiqué par Zoëga représente la totalité des monuments qui nous sont parvenus. Un beau sarcophage de la galerie de Florence, publié par Zannoni , Galler. di Firenze, ser. IV,

t. II, tav. 91 , 92, p. i63, sgg., mérite surtout d’être distingué. Il s’en trouve un , gravé dans les Antiquitates Beneventanæ , t. I, p. 384, mal à propos rapporté à la fable de Méléagre ; un autre, plus remarquable encore, dans la cathédrale de Pise , qui fut employé au xne siècle pour servir de cercueil à la comtesse Beatrix , mère de la fameuse Mathilde, et qui a été publié par Gori, Inscript, ant. Etrur. 1. 1, tab. xlii. J’en ai vu un troisième, resté jusqu’ici inconnu à tous les antiquaires, dans la cathédrale de Capoue, où je l’ai fait dessiner; sans parler de fragments de compositions semblables, que je connais dans diverses collections d’Italie.

2 Pilture d’Ercolano , t. III, tav. xv ; Pitture delle Terme di Tito , tav. xliii , Mirri ; cf. Bellor. Pict. Crypt. etc. tab. VI.

5 On connaît encore le bas-relief d’argent publié parmi les Bronzi d’Ercolano, t. I, p. 267, au sujet duquel Visconti , qui en a donné la meilleure interprétation, Mus. P. Clem. II, p. 89, c), et 62-63, h), a cité d’autres monuments, bas-reliefs ou peintures, et jusqu’à des diptyques, un desquels est publié dans le Thés. Dipt. t. III, tav. xvii, Append.

Pausan. x, 29, 2.

k02 PEINTURES ANTIQUES

fabriques de Tarente, ne nous offrent malheureusement, dans le peu qui en subsiste, aucun moyen d’en rétablir la composition, ni même d’en reconnaître le sujet. La partie supérieure d’une admirable figure de Minerve est la pièce la plus considérable qui en ait été recueillie ; mais la présence de Minerve est un élément de tant de représentations de vases peints, qu’à elle seule elle ne saurait fournir aucune lumière sur le sujet du vase. Il n’en est pas de même des cinq fragments que j’ai réunis sur cette planche, et qui appartiennent au côté principal de la peinture : les détails qu’ils nous présentent m’ont paru dignes, malgré leur état d’imperfection, d’être signalés à l’attention des antiquaires.

C’est évidemment une Scène de sacrijice qui est ici représentée , avec tous les éléments d’un pareil sujet propres à l’âge héroïque de la Grèce : car pour peu qu’on se rappelle la description que fait Apollonius d’un sacrifice des Argonautes, les principaux détails donnés par le poète alexandrin se retrouveront sur notre peinture de vase1. Un autel, construit de pierres brutes, àpy>) à/0oi 2, est le principal objet qui fixe l’attention. Sur cet autel, est dressé, en manière de bûcher, tw& f un amas de bois qui doit consumer la victime offerte en holocauste. L’espèce d’appendice qui termine ce bûcher, en forme de corne, et qui se voit à plus d’un autel antique, par exemple, à celui du sacrifice d’Iphigénie, sur notre peinture de Pompeï3, se rapporte à l’usage primitif d’orner les autels des cornes des victimes , usage qui doit avoir fourni le motif de la volute ionique , telle qu’on la voit en effet à beaucoup d’autels, sur des vases peints de tout âge4. Près de l’autel est érigé, sur une de ces colonnes de bois qu’employait l’architecture primitive des Grecs, un simulacre de bois, ^oaevov, qui fut aussi le premier objet du culte et de fart de ce peuple. La colonne, qui est déjà pourvue de tous les membres propres à l’ordre do-

1 Apollon. Rliod. i, 1117-1125. Dans cette description du sacrifice offert à la Mère des

Dieux, Mryrèp &tv§vpîy , figure d’abord le tronc d’arbre, cri Sapov trrvnos, destiné à former le sacré simulacre de la Déesse , iepov opéras \ot.lp.ovos

ovpetys, que l’art d’Argos a façonné , êt^eas S’Âpyos evicoopas , puis que l’on dresse sur une éminence, è-tt oitgiàevTi HoXcnvc 3 , à l’ombre de hêtres touffus, Çiriyto viro -rspépvw , Callimach. H. in

Dian. 239, près d’un autel construit de pierres brutes, (3cepov S’av yspdèos Tia.pevr\veov : ce sont

bien là les principaux traits d’un sacrijice de l’âge héroïque , tels qu’ils sont indiqués aussi sur notre peinture.

2 Inscript, attic. ap. Boeckli. Corp. inscr. gr. n. 160, § 1 1 , p. 284; cf. Pausan. 1 j 28, 5 ; voyez Boettiger, les Furies, 64, 106), trad. fr.

5 Publiée dans mes Monum. inéd. pl. xxvil.

4 Entre autres , sur un superbe vase de mon cabinet, représentant Mèdée qui égorge ses enfants, où l’un des fils , déjà frappé, expire sur un autel que couronne une volute ionique.

rique, est taillée à pans ou à facettes longitudinales provenant de l’équarissage ; et nulle part encore , peut-être, cette particularité qui donna naissance aux cannelures n’avait été indiquée d’une manière plus sensible et plus positive. Le xoanon est travaillé dans le même goût : le corps en forme de gaine, les pieds rapprochés l’un de l’autre, le vêtement tombant en nlis droits et réguliers-, toutes conditions propres à cette classe de simulacres primitifs , apportés de l’Egypte et de l’Asie, ou exécutés à leur imitation, que Pausanias appelait ffonva. cLiyorfla. ; et si la figure était entière , elle offrirait sans doute les deux bras écartés, portant de chaque main un arc ou un flambeau, avec la tête surmontée du polos : car je suppose que la divinité représentée ici était l'Artémis primitive ou asiatique , la Chrysê, telle que nous la voyons sur plus d’un vase peint, dont le sujet offre beaucoup d’analogie avec celui-ci1. De l’autre côté de l’autel est un de ces arbres sacrés, aux branches desquels se suspendaient des tablettes votives, •pnvûxja., et d’autres objets d’offrande, avabyipuna-, ayPh- [MTu,\ et l’on y voit effectivement, attachées à diverses hauteurs, trois de ces tablettes2, monuments primitifs de la religion et de la peinture grecques. Les deux figures de jeunes Ministres sacrés, Taperai, Née i, qui se tiennent debout de chaque côté de l’autel3, accomplissent un des premiers actes du sacrifice ; ils tiennent des deux mains deux broches, oùxci , où sont passées les chairs des victimes, S'ivrÀoct jutipla 4, qui doivent être consumées sur l’autel : c’est une notion qui résultait de témoignages classiques 5 ; c’est l’image

1 Vases de Lainière/, I , xxtii ; voy. aussi, dans la même collection , t. II , pl. xxiv , le vase qui représente la violence faite à Cassandre ; ajoutez les vases publiés par M. Millingen , Peint, de Vases, pl. l , li et lu ; celui de la première collection d’Hamilton, 1. 1, pl. i3o, où Winckelmann, Stor. delT Acte, ni, 4, S 4o , approuvé par Visccnti, Mus. P. Clem. t. II, p. 7, />), voyait la course proposée par Danaiis ; et comparez notre peinture du sacrifice d’ Iphigénie, où la statue de Diane, dressée sur une colonne , offre la forme des anciens xoanon.

2 Ces tablettes ont quelquefois la forme de diptyques, comme on le voit sur le vase d'Orcste réfugié à Delphes, publié par Millin , Monum.

inèd. I , xxix , et déjà cité plus haut, p! a3, 4) ; et j’observe la même particularité sur un autre

vase d’une collection de Catane , publié par Pas-

seri, Pict. Etr. in Vase. I, lxx, où ce diptyque ,

marqué de petits globules, se trouve à la main d’un Génie hermaphrodite , nu et ailé. L’antiquaire ultramontain avait vu dans l’objet en question une espèce de calendrier à l’usage des Etrusques ; et c’était à cette intention qu’il rapportait les tablettes suspendues auprès des Laraires , dont les exemples, tels qu’ils s’étaient offerts à lui sur les vases peints qu’il croyait étrusques, avaient à juste titre excité son attention ; voyez ibid. p- 77.

5 II est peut-être superflu d’avertir qu’une des deux figures en question manque en totalité; mais l’objet qu’elle portait, et dont l’extrémité seule est restée visible, rend indubitable la présence de cette seconde figure.

4 Apollon. Rh. 11, 699 ; cf. Scbol. ad h. I.

6 Pollux comprend les ôSeXol parmi les instruments de sacrifices, 1, 33 ; cf. ibid. ix, 77 ; vid. Interprett. ad h. I.

même homérique1, qui n’avait été exprimée encore, sur aucun monument de l’art grec, d’une manière aussi sensible que dans notre peintui’e, si ce n est sur un vase récemment découvert à Chiusi 2, et représentant aussi un sacrifice, où l’on voit un jeune Ministre agenouillé au pied d’un autel, au-dessus duquel il tient de la même manière deux broches avec les chairs des victimes5 ; et une image toute pareille se reproduit, avec quelques circonstances nouvelles, sur deux autres vases peints, sortis en dernier lieu des tombeaux de Canino 4. La figure d’homme barbu, dont il ne reste que la tête couronnée de laurier, qui s’incline, appuyée sur sa main, dans une attitude d’observation, est celle du Prêtre-Roi qui préside au sacrifice ; et la proportion de cette figure, par rapport à celle du jeune ministre sacré qui l’accompagne, est encore un trait caractéristique d’une représentation puisée dans les plus anciennes conventions de l’art.

Mais ce qui mérite surtout ici notre attention , ce sont les tablettes votives 5 suspendues â ï arbre sacré ; monument d’une des pratiques primitives de cet art qui eurent, à mon avis, le plus d'influence sur sa direction ultérieure, et en particulier sur la part qu’obtint la peinture dans la décoration des temples et des lieux sacrés. Dès lage homérique, cet usage de suspendre les divers objets de culte que suggérait la piété des peuples 6 :

IIoÀÀà <5’ÀrÀÀMAT’ àvfjipev , t s, y^pvGov te,

nous est attesté par des témoignages trop dignes de foi et trop bien connus des antiquaires, pour exiger que nous nous y arrêtions. Il en est de même de ce culte des arbres1, qui s’exprimait au moyen de riches offrandes qu’on y suspendait8 , et qui était une pratique dérivée de la haute civilisation asiatique; témoin le trait du platane orné par Xerxès, mt/xu

1 Odyss.iu, 46o-463 : NÉOI ,5è •7rap’ ctvTov &')(pv 7rsf mâëo'Xa yepoiv... Ùmcov §’ obcponopovs ÔBEA0Y2 èv yspaiv ëyovres.

2 Mus. Chiusin. 1. 1, tav. lxix.

5 Ammonius , v, ÔSeXos" sis èv Sianelpovtai là npéa peXXovTa omàcrOai.

4 Publiés par M. Micali , tav. xcvi , 2 , et xcvii, 2. Il existe dans le cabinet de M. le duc de Luynes des fragments de vases peints qui offrent aussi ce sujet représenté de la même manière.

5 Je rappelle à cette occasion le célèbre passage d’Euripide, in Alcest. 967-8 , ed. Kuinoel. : ® priverais èv SANI2I, ràs ÙpÇ>eia nardy paipe Frjpvs , qui se rapporte à cet usage de la haute

antiquité , d’écrire et de dessiner sur des tablettes de bois ; cf. Scbol. Euripid. in Hecub. 1267.

6 Odyss. 111, 274.; cf. Iliad. vi, 294, sqq. Voy. Terpstra, Antic/uit. Homer. 1, g, p. 56-38.

7 Voyez-en un exemple, curieux surtout parce qu’il appartient à l’époque romaine , dans une peinture de paysage , publiée par Winckelmann, qui n’a pas manqué d’y signaler ce trait de mœurs antiques. Monum.ined. n. 208.

8 Ovid. Melamorph. vm, 745 ; Virgil. Æn. Xii, 768; Apul. Metam. vi, 112, p. 387, ed. Oudendorp. : Videt dona speciosa et lacinias auro litteratas, ramis arborum postibuscjue sujjixas.

9 Herodot. vu, 3i, ed. Creuzer. t. III, p. 48g.

trait rapporté sérieusement, comme il devait l’être, par Hérodote, et si ridiculement commenté par Ælien1. Mais, pour ne pas nous étendre sur un sujet qui pourrait donner lieu à beaucoup de recherches et de rapprochements étrangers à ce travail2, qu’il nous suffise devoir, dans cet usage de suspendre toute sorte d'objets votifs , notamment des tablettes, aux branches des arbres sacrés , la première application qui se fit de l’art de peindre, dans l’enfance de la société grecque, et dont la tradition se perpétua, à presque toutes les époques de son histoire, sous plus d’une forme différente, et jusque chez les Romains3. Certainement ces tablettes, 7rivcaua., qui se suspendaient aux branches du peuplier planté sur Y Agora d’Athènes 4, étaient un reste de cette coutume primitive ; et la civilisation attique nous en fournit un second exemple dans ces tablettes blanches, XivrA/ucmi , avec inscriptions d’amendes infligées par les magistrats, lesquelles se suspendaient de la même manière au platane du Céramique5. On doit croire qu’il se fit usage de tablettes semblables dans beaucoup d’autres circonstances, notamment à l’occasion des victoires l’emportées dans les jeux publics. C’était dans un bois sacré, îtpov dx<roç, que se célébraient ces jeux, si chers à la civilisation grecque ; c’était d’une branche de l'arbre sacré que se tressait la couronne du vainqueur ; et rien n’était plus conforme au génie de la Grèce antique, ni mieux d’accord avec tout ce que nous en connaissons, que de suspendre à l 'olivier d’Olympie , au palmier de Délos , au laurier de Delphes , au saule de Samos, et à tant d’autres arbres sacrés, révérés dans la Grèce entière6,

1 Æiian. II. V. u , 1 4 : Ê^fj-^sv avrrjs nocrpov •noXoxsKrj, <t7 psitxoïs xaï xf/eXX/ois xipùv Tot)s «Xœ- Sovs; cf. ibid. ix, 39 ; Eustath. in lliad. B, v. 807.

2 Voy. sur te culte des arbres, propre à ta

haute antiquité asiatique , et resté familier aux Orientaux actuels , notamment en Perse, de savantes observations du voyageur W. Ouseley,

Travels, etc., 1. 1, Append. n. 1 , p. 36o-Ao2; et quant aux témoignages classiques qui concernent ce trait de superstition antique, consultez les recherches, pleines d’une vaste lecture, mais d’une érudition indigeste, du chan. Checozzi, sopra l’antica Idolatria de’ Boschi, dans les Ah. di Corton. t. I, P. II, p. g3-i 56 , et t. IV, p. i49-234; voy. aussi le Mus. Chiaramont. tav. xviii, p. 53, 5).

5 Témoin le bois sacré de la Diane de Nemi,

divinité d’origine asiatique, comme la Chrysê de Lemnos, qu’Ovide nous représente orné de tablettes votives, suspendues de même, par des bandelettes, aux branches des arbres, Fast. m, 266-7 :

Licia dépendent longas velantia sepes,

Et posita est meritæ mülta tabella Deæ.

4 Hesych. v. An’ aî-yeipwv. Ce témoignage a déjà été cité plus haut, p. 2 3,3).

6 Pollux, vin, 112 : K ai xàs £rjp/as aùxüv ypdCpovxes, èè,siiQcaav ènl 1 ÿjs likaxdvoo xrjs èv Kepapsixfi ; cf. Hesych. v. lïXdravos- èévàpov ,

7 rpàs o oi TvvaiKovôpot xàe Çripia; èv aetkA- MATÏ è^exideryctv. Add. Athen. vi, 245, A. Vid. Meurs. Att. Lect. p. 62 ; Petit, de Lerj. Att.

0 Pausan. vin, 23 , 3 et 4 v cf. Plin. xii , 1 ,

PEINTURES ANTIQUES la tablette relative à la victoire, qui fut le premier hommage d’un art réduit encore à une délinéation grossière, tel qu’on le voit indiqué sur notre vase.

Effectivement, les trois tablettes suspendues ici aux branches d’un olivier offrent des images qui ont rapport à la célébration des jeux : sur l’une, la figure d’un Athlète vainqueur , avec la tænia à la main; sur l’autre, une femme Lampadéphore, avec un Jlambleau allumé dans chaque main ; sur la troisième, un Homme courant à cheval, comme cela se pratiquait dans les jeux funèbres , cù^mv kTmatpioç 1 ; et ce sont des images analogues, pareillement tracées sur des tablettes votives, qui se voient sur un curieux vase peint, publié par M. Millingen, non plus attachées aux branches d’un arbre sacré , mais suspendues aux murs du temple , de chaque côté du simulacre de la divinité2 : d’où résulte pour nous la notion authentique d’une seconde application de la peinture sacrée , d’un second degré dans le développement de cet art. Par là s’explique aussi un passage de Pline, qui a beaucoup embarrassé les interprètes , et exercé en pure perte la sagacité de Lessing : c’est celui qui concerne le célèbre tableau de Nicias, représentant la nymphe Némèe, et un Vieillard, au-dessus de la tête duquel pendait une tablette avec un bige, et une inscription portant le nom de l’artiste 3 : Cujus supra caput, in tabulâ , biga dependet . Nicias scripsit se inussisse. Il est sensible , en effet , que cette tablette, avec l’image peinte cl’un bige , avait rapport au sujet principal de la peinture, qui était la nymphe Némèe personnifiée 4. C’était un accessoire en quelque sorte

et xvi, 44 : Vetustior àtitém Urbe in Vaticano ilex, in quel titülus æreis littéris Hetruscis religione arborent jàm tum dignam fuisse signijicat.

1 Voyez, à ce sujet, tes témoignages rassemblés dans mes Monam. inèd. Orestéide, pl. xxxv, p. 196 , 1). Du reste , il n’est pas sans intérêt de retrouver , sur un vase de fabrique tarentine , de pareilles images, relatives à des jeux publics, tels qu’il s’en célébrait en si grand nombre à T'arente, et dont il s’est conservé tant de réminiscences sur les médailles de cette ville ; c’est ce que j’ai eu lieu de montrer dans un Essai sar la Numismatique Tarentine, lu à l’Académie des Belles- Lettres, et destiné au recueil de cette Académie.

2 Peintnr. de vases grecs , pl. lu, p. 79, 6).

3 Plin. xxxv, 4, 11. J’ai suivi la leçon du plus ancien manuscrit de Dalecbamp, adoptée

avec raison par Durand, dont la note sur le xxxve livre de Pline, p. i85, (S), mérite d’être lue. Si Lessing, qui s’est occupé de ce passage, dans son Laohoon, S xxvir, p. 234-37, *), Berlin, 1 8o5 , eût consulté le livre de Durand , il se fut épargné la correction du mot bigæ en celui de 7tt v%iov ; et s’il eût connu les monuments que nous possédons aujourd’hui , les difficultés qui l’arrêtaient dans la phrase de Pline se seraient dissipées à ses yeux , comme elles le sont aux nôtres; voy. ce qui a été dit plus haut, p. 3Ao, 2).

4 Cette figure de Némèe est représentée assise, comme toutes les nymphes locales , et accompagnée de son nom, NEMEA, sur le célèbre vase d’Arcliémore, dernièrement trouvé à Ruvo, dont je possède un calque, et que je me propose de publier prochainement.

obligé d’une pareille représentation, accessoire fourni par l’antique usage de suspendre de ces sortes de tablettes aux branches des arbres sacrés, et mis à profit par l’artiste , pour y inscrire son nom , avec l’indication du procédé qu’il avait employé dans son ouvrage. Nous voyons de semblables tablettes , avec le nom de l’artiste , Evænétos , suspendues dans le champ , au-dessus du quadrige couronné par la Victoire, qui forme le type de plusieurs des plus belles médailles de Catane et de Syracuse s r; etLessing, qui a rappelé, sur la foi d’un auteur ancien1 2 3, l’usage des artistes grecs d’inscrire leur nom sur ces sortes de tablettes attachées au tableau ou à la statue , se trouvait ainsi sur la voie d’une explication , à laquelle il ne manquait dès lors que la connaissance de nos vases peints et de nos médailles grecques, pour acquérir toute la certitude possible. C’est enfin comme une tradition de cet usage des temps héroïques, que doit se prendre le trait deSimonide, consacrant un tableau h l’occasion de ses nombreuses victoires5 ; trait attesté par son propre témoignage, et doublement précieux à recueillir, comme appartenant à l’histoire littéraire de son siècle et à celle de l’art.

L’usage des tablettes votives, suspendues , d’abord aux rameaux des arbres sacrés , puis aux parois des temples, ou bien à la base et au trône des simulacres divins, et enfin aux statues mêmes, se trouvant ainsi constaté par des monuments de la haute antiquité grecque , il devient évident pour moi que ce fut là le premier emploi du dessin ou de la peinture qui eut lieu chez les Grecs , dans la plus haute époque de l’art. C’est à cette pratique d’une civilisation primitive que se rapporte ce vers des Suppliantes d’Æscbyle 4 : Néois IUNAEI (Zpérea Koap-naai ràès.

1 Voy. ces médailles gravées, à la suite de ma Lettre à M. le duc de Luynes, pl. i , n. 6 et 8 , et consult. les observations que j’ai exposées à l’appui, p. i5, t), et 19-22. J’aurais pu me prévaloir alors de l’opinion de Lessing qui m’avait échappé, et je répare ici cette omission.

2 Antigon. Caryst. apud Zenob. Cent, v, Proverb. 82 ; voy. la note de Lessing citée plus haut. Cette note vient d’être reproduite dans l’édition des Œuvres complètes de Winckelmann , donnée à Prato , t. III , p. io63-io65, sans aucune observation de la part des éditeurs allemands et italiens.

3 Simonid. Carm. lvii , in Brunck. Analect.

t. I, p. 137 : llp'tv jôvS’ dvÔéfievai EtfNAKA.

L’emploi des peintures sacrées en pareille circonstance, suffisamment justifié par les faits que j’ai cités, prouve que c'est à tort que de savants interprètes, tels que M. Jacobs, Animadv. t. VI, p. 237, ont cru qu’il s’agissait simplement ici d’un tableau avec inscription, aussi bien que dans le trait de la vie de Tbémistocle rapporté plus haut, p. ig5 ; et ce trait là même, d’accord avec celui que nous a fait connaître Aristote , établit de plus en plus l’usage qui se faisait de ces peintures votives , exécutées à l’occasion des victoires dans les jeux publics.

4 Æschyl. Suppl. 466 ; voy. plus haut, p. 210, 3).

Et c’est cet usage d’orner les statues des dieux de tant d'objets votifs, sous l’amas desquels restait souvient caché le simulacre de la divinité 1, qui motiva en partie ces cérémonies d 'ablations pratiquées dans la Grèce antique , telles que les Acvrpà d’Argos et les nxvrne/et d’Athènes, dont il nous est resté un si brillant témoignage dans l’hymne de Callimaque : E iç Aourpà. tùç naxxâ- Jbç 2. Je m’explique aussi de la même manière le passage d’Empédocle 3, où il est question de divers objets votifs offerts à Vénus, parmi lesquels sont comprises des figures peintes, ypcpnà. Çuu. : notion curieuse surtout par la haute antiquité du témoignage et par l’importance littéraire de son auteur, qui, rapprochée d’un texte de Platon4 cité et traduit par Cicéron5, ne peut s’entendre que d 'images exécutées en peinture, conséquemment, de petits tableaux , tels que ceux qu’avait en vue Æschyle ; et ce qui achève de mettre ce fait hors de doute , en nous fournissant une preuve nouvelle et péremptoire de l’emploi de peintures sur bois dédiées à Vénus, c’est cette épigramme de Simonide6, qu’il suffisait de rapprocher des vers d’Empédocle pour en acquérir la pleine et entière intelligence :

B olêtov ri ’vXrjrpis naï IhiOtàs , aï itol’ èpaalcù,

Soi, Kvnpt , r às '(oovas rds t e rPA<î>ÀS ëdsaav.

Èpirope , Hat (popTriyè , to aov fîaXkdvl tov oiSsv Ka < ■koÔsv ai %wvat, naï tioOsv oi ülNAKES.

1 La description si curieuse que nous a laissée Lucien, Philops. § 19, t. VIII, p. 269, Bipont. , de la statue du corinthien Pélichos : Tatvîae naï GTs(pdvovs Çripoùs éyovTa , nsypvi x&>pévov TtetdXoïs t o olriQo; , prouve que cet usage d’orner les statues d’une foule d’objets votifs se continua à travers toute l’antiquité.

2 Voy. sur ce poëme célèbre les observations de Spanbeim , qui a rassemblé tous les témoi-

gnages classiques sur ce trait important d’arehéologie grecque, sans oublier le passage d’Æs-

cliyle , p. 597-602.

5 Empedocl. apud Atben. xii, 5 1 o, D ; et apud Porpbyr. de Abstin. 11 , 2 1 , p. 1 4o :

oiy’ eùtjsÇésacriv ÀrÂAMASIN tXaa-

HOVTO ,

rPAÜTOÏS T£ ZfiOISI, pvpoicri ts êatSa - Xeo<5pois

Spvprrçs r’ccxpuTS Ovcriais ’Xtëdvov te Ôvûèovs ,

S ovdâv ts GTtovSàs p.e’Xhciûv ptitTOVTSs ês oùSas.

Ce passage, cité d’abord par M. Welcker, Syllog. Inscripl. p. 161, a été reproduit en dernier lieu par M. Hermann , de Pictur. p. 5-6 , qui , dans le doute s’il s’agissait ici défigurés peintes ou brodées , a paru incliner vers cette seconde hypothèse-, en quoi je me permets de n’êtrepas de son avis.

4 Platon, de Leg. xii , p. 956 , A : ©eiévcrra Sè Sapa ÔpviQss ts naï ÀrÂAMATA ocra itep àv êv pua ZOrPÂ<I>02 rpispa slsà-KOTs'Xrj. Il ne me semble pas douteux que les figures peintes dont il est ici question ne répondent aux ypaitToïs Çûoktl d’Empédocle.

6 Cicéron, de Legib. 11, 18 : Divinissima autem dona aves et FORMÆ ab uno pictore uno absolutæ die -, cf. Interprett. ad h. I. ed. Creuzer.

6 Simonid. Carm. lxiii, in Brunck. Analect- 1 , 1 33. On peut douter, comme l’a fait Schnei-

Mais ce qu’il m’importe d’établir de plus en plus par des exemples empruntés aux diverses époques de l’antiquité grecque et sur divers points de son domaine , c’est cet emploi des peintures votives tpiise suspendaient dans les temples , et qui s’exécutaient â cet effet sur bois \ dans la pins belle époque de l’art, comme une tradition de l’usage primitif que nous venons de voir consacré sur plus d’un vase peint. Or, voici de nouvelles preuves de cet emploi, que j’avais réservées pour venir à l’appui de l’explication de notre vase, en même temps que pour servir de complément à mon travail.

Le trait de la vie de Timoléon rapporté par Plutarque2 a pu nous apprendre de quelle manière le sanctuaire du temple de Delphes était chargé sur tous ses murs d 'offrandes suspendues, xjhumuÀvmv anaqhmatün , auxquelles s’attachaient des bandelettes peintes avec des figures de Victoires portant des couronnes ; et nous pouvons, d’après cette indication, nous faire une idée assez exacte de la décoration générale des temples grecs , en raison de leur importance et de leur illustration. Voici une autre indication , qui se rapporte pareillement à un temple d’Apollon, à Lacédémone : c’est celle d’un tableau votif , représentant la Faim personnifiée, Aipœç, lequel tableau était suspendu près du trône du Dieu; le trait était rapporté, avec toutes ses

der, que cette épigramme soit de Simonide ; mais il n’y a pas de raisons suffisantes de croire, avec M. Jacobs, Animadv. VI, 2 ii, qu’elle soit d 'Hédylus. Quoi qu’il en soit, à cet égard, ce qui ne laisse lieu à aucun doute, et ce qui devient d’une haute importance pour l’objet de mes recherches, c’est que, dans ce texte poétique , les mots ypaÇâe et zulvaxss sont employés comme équivalents l’un de l’autre. Ce que l’on remarquera encore , dans ce fait de peintures consacrées à Vénus par des courtisanes , c’est un trait analogue à celui du tableau des Hiérodules de Corinthe , dédié à la même déesse ; trait que j'ai déjà cité plus d une fois , d’après Athénée, xm, 573 , E , et qui est aussi rapporté sur la foi de Théopompe par le Scoliaste de Pindare , ad Oljmp. xm, 3a, p. 272, Boeckh. , et par Plutarque , de Malujnit. Herodot. t. II, p. 871 , B, avec cette circonstance nouvelle , que des statues de bronze des femmes en question ( les Matrones, suivant Plutarque) avaient été érigées à la même occasion.

' On voit une de ces tablettes votives, sus-

pendue à l’un des montants de la porte, dans l’atelier de la Femme occupée à peindre, que représente la peinture d’Herculanum , t. V, tav. 1 ; et à cette occasion je remarque que le critique qui a récemment fait mention de cette peinture, dans le Journ. des Sav., sept. 1 835 , p. 555, désigne à tort la tablette que cette femme tient à la main par le mot itivaxlSiov ; c’était xivaxtov qu’il fallait dire, attendu que le mot xivaxts et son diminutif xivaxtSiov s’employaient plutôt de tablettes servant à écrire; témoin ce passage d’Athénée, xiii , 582 , D. Eopnctêriv niNAKIAA xai yp/x<pe7ov êyovra..

2 Plutarch. in Timolcon. § 8, t. II , p. 182 : K al xaraêalvovios sis t o pavreiov avroù ylverai avpetov êx yàp tSv KPEMAMENI2N ÀNA0H- MÀTÜN, raiviu. ris ànoppveïaa xal Cpepopévv ols<pctvovs éyovaa. xai M/;ias êpxexoixi\p.évas , x. t. On remarquera ici un témoignage formel à l’appui de la conjecture énoncée plus haut sur l’emploi des bandelettes servant à attacher des tablettes consacrées en mémoire de victoires dans les jeux publics.

PEINTURES ANTIQUES circonstances , dans un passage des Helléniques de Callisthène , que nous a conservé Athénée h Je trouve encore, dans un autre temple d’Apollon Daphnéphore, du dôme de Phylæ, dans l’Attique, une peinture consacrée à l’occasion des danses qui se célébraient dans les fêtes Thargêlia, et dont cette peinture offrait l’image 2 : nouveau trait d’une pratique qui se liait aux plus anciennes habitudes de l’art. Mais l’exemple le plus remarquable peut-être que je puisse citer de peintures consacrées, toujours dans un temple d’Apollon, c’est celui que nous fait connaître Athénée , sans doute d’après l’ouvrage de Chamæléon cl'Héraclée3. Il s’agit d’un tableaii relatif à la guerre de Troie , et placé dans le temple d’Apollon, de Carthæa , dans file de Céos, dès une époque antérieure à Simonide4. Ce qui ajoute plus d’intérêt encore à cette notion précieuse, c’est que ce temple d’Hpollon, de Carthæa, le plus important de toute file de Céos, est un des édifices de la haute antiquité grecque, dont les ruines, retrouvées de nos jours , avec un fragment de la statue colossale du Dieu gissant sur le pavé , dans la niche même quelle avait occupée , et

1 Callisthen. apud Athen. x, 452 , B, t. IV , p. 1 57 : Aù'tîj ydp êcmv èv iw ÀIIOÀAONIÜi napà 7ov 706 À.tcoXXmvos dpovov AIÀ TPA<I>flS à.Tiop.ep.ip.y)p.évoi Aipos, éywv yvvamos popCpijv. Ce trait de l’histoire de l’art confirme l’observation du Grand Etymologique , v. Atpos' napà Sè rois Awpieîjui, drj’Xvxws 17 Aifzôs ; et c’est d’ailleurs une règle sans exception que les personnifications recevaient , dans la langue de l’art, le sexe correspondant au genre des mots de la langue parlée ou écrite.

2 Theoplirast. apud Athen. x, 425 , A, t. IV, p. 53 : Ù,pyovv70 §’ oôroi nepi 7 ov 700 Àtt oïèKwvos vewv 7 ov ArçX/ou. Ô <5è knoXhoiv 0076s èo7iv, w 76 Qapyrj^ia âyovar xal èiaadi^sTai (t>v~krj(7tv èv 7 ÿ Aa<pvn®opstCf> TPAd’H nspl 70Ô7U>v.

5 Athen. x, 456, F, t. IV, p. 176 : Kai ÀNArErpÂ<i>©Ai èv 7Û 70v knoXXavos Ispcp 7ov T poiïnov pvOov , èv ùi 6 Eneios vSpo(popsï 7 ois À.7pstSats, dis xal St nalyopos (drjaiv, h. t. à.

1 Relativement au mot àvayeypd<p9at , employé dans ce passage d’Athénée pour désigner une peinture , il n’est pas superflu d’avertir que ce mol se rencontre chez les auteurs grecs avec la même acception, bien plus souvent qu’on ne le trouve indiqué dans les lexiques. Ainsi, dans

ce passage d’Aristote, Elhic. 1,7: Ae? yàp loois virmvi xiûoai npà)70v, eiO’ xlo7epov ÀNArPA- <L>EIN, il s’agit évidemment de deux opèralions consécutives, l’une , qui consistait à produire le trait d’une figure, l’autre, qui y appliquait la couleur. Dans un passage de Cléarque, cité par Athénée, xn , 524, E, t. IV, p. 448, le mot •npouavaypail/dpevai s emploie à 1 occasion de dessins sur la peau, ajoutés par des femmes de Thrace, qui avaient éprouvé cette injure dans quelques parties de leurs corps : ÈnoiiuXXov rà tjdipcna, itspovais FPAd>HN evsTioat. Mais 1 exemple le plus péremptoire de cet emploi du verbe dvaypd<pso9ai, c’est sans contredit celui que me fournit cette autre phrase d’Athénée, xiii, 592, A, t. V , p. 1 37 : Kai an’ avrijs (<I>pvvris) knséXTjs 7r)v kvaSvopévriv k<ppoShrfv ÀNErPÂ''PATO. Fondé sur de pareils témoignages, j’ai dû me croire autorisé à voir des tablettes peintes , dans ce passage de Strabon, vm, Zyli : tepov n'Xfjpss... 7Üv dvauetp.év'jjv IIINÂKÛN , ev ois ÀNArErPAMMÉNAI 7-jyyfvo-joiv al depamîai ; et cette interprétation se trouverait parfaitement d’accord avec l’ensemble des faits concernant les peintures votives, qui viennent d être exposés.

avec quelques-unes des inscriptions, gravées sur tables de marbre , qui avaient été déposées dans l’édifice1, ont enrichi la science moderne, sans offrir du reste, ici non plus qu’ailleurs, la moindre trace de ces peintures historiques sur mur, qui auraient dû se rencontrer partout.

Je rapporterai, en finissant, le trait le plus curieux peut-être qui nous soit resté de toute l’antiquité grecque , concernant l’emploi qui se faisait de peintures votives de toute espèce , pour la décoration des édifices sacrés. Il s’agit du célèbre citliarœde Stratonicus, que le cours de ses voyages avait conduit dans une ville grecque , où le bain était mal chauffé et mal entretenu, tandis que tout à côté se trouvait un Hêrôon, richement orné sur tous ses murs ; ce qui lui donna lieu de dire en sortant du premier de ces édifices, et en contemplant le second : « Je ne suis pas étonné qu’il se voie ici tant de tableaux u consacrés, si chacun de ceux qui sont échappés du bain comme du nau- « frage, dépose à son tour un tableau2 » : rtpoç /3æA un/u <pctûhu KEK02-

MHMENON iSùv Ûpucv Xci/x7rf°oç , ù>ç I^mAÔ4 AsA ovfAvcç nçpwç’ ov Srcw^urfco , ’é<p» , oti nOAAOI ANAKEINTAI niNAKES' iy&rjov yiQ twv hovo/Àvuv , coç aabsvm , X NATI0E N ai . Ce fait est si positif et si explicite qu’il dispense de tout commentaire. On y trouve, dans une seule particularité, la preuve de tout un système de décoration qui dut être commun à beaucoup d’édifices de l’antiquité grecque. On n’a donc pas besoin de rechercher à quelle ville précisément de la Macédoine, de la Grèce ou de l’Asie-Mineure , s’applique cette anecdocte tirée du récit des nombreux voyages de Stratonicus. Mais la connaissance que nous possédons d’ailleurs3, que cet artiste célèbre, Athénien de naissance, était contemporain de Nicoclès, roi de Chypre, ajoute à ce trait de son histoire un nouveau degré d’importance ; puisqu’il en résulte avec certitude que cet usage de décorer de tableaux votifs les temples et les édifices sacrés, tels que les Ilêrôon, continuait de régner dans la plus belle époque des arts de la Grèce. Le portrait du Héros figurait sans doute en première ligne parmi les peintures employées à la décoration de Y Ilêrôon. Effectivement,

1 Voyez, sur ce temple d'Apollon , de Carthæa, les observations de M. le cb. Brôndsted , qui a rassemblé la plupart des témoignages classiques qui s’y rapportent, à l’appui des monuments qu’il y a lui-même découverts , et qui n’a pas négligé le passage si curieux d’ Athénée, où il a

vu, comme moi, dans la peinture relative à la

ijuerre de Troie, un tableau c/ui se trouvait dans ce

temple, et non pas une peinture sur le mur de ce temple ; V oyaejes et Recherches dans la Grèce, 1. 1 , pi. vin et îx , p. 18, suiv. ; p. 48 , 2 ) , g5 , 1) , et 98-100.

2 Clearchus apud Aihen. vm, 35t, C, t III,

5 Pbænias apud Atben. vm , 352 , D , t. III ,

nous savons que, dans un de ces édifices, ïHêrôon de Lycus , à Athènes , était placé le portrait de ce héros national, peint sur tablette de bois 1 : niNAKlON... lv u> yc^oLfjLixévoçyiv o Aukoç-, or, c’est là une notion qui, bien que transmise jusqu'à nous d’une manière indirecte et sous une forme plaisante , enrichit à la fois l’iconographie héroïque et l’histoire de l’art, d’un fait qui, indiqué par Aristophane, et fourni par la civilisation attique , acquiert ainsi la double valeur du siècle et du pays auxquels il appartient; et ce que nous apprend Plutarque, au sujet des portraits de l’ Athénien Timothée, qui s’exécutaient sar panneaux de bois 2 : Tçy.çôv'iw EN niNAHl Koipuapavov ixjiïvo v, prouve bien que c’était là en effet, à Athènes, dans le siège même de la civilisation grecque , la pratique usuelle et générale.

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