LES ATHÉNIENNES AU TOMBEAU DE LEURS PROCHES
d’après un vase attique, de salamine.
Planches VIII, IX, X et XI. (Voyez page 212.)
Le vase dont je présente ici une copie fidèle est un monument, sinon unique dans son genre , du moins le plus considérable, le plus parfait et le mieux conservé de toute une branche de la céramique attique , la plus précieuse sans doute. Il est peint h. fond blanc, de cjuatre couleurs , jaune , rouge , bleue et verte, auxquelles il faut ajouter le noir, qui servit pour le trait des figures : ce sont là les six couleurs qu’on trouve universellement employées dans l’antiquité, en Egypte1, en Grèce, en Sicile2, dans ce qui constitua la décoration proprement dite ; et elles sont couchées ici à teintes plates, sans dégradation, sans mélange; comme on les trouve dans tout ce qui s’est conservé jusqu’à nous de peintures de ce genre, soit sur murs, soit sur meubles 3. Il 11e fallait pas moins que l’apparition d’un pareil vase attique, un des phénomènes de notre science moderne, pour nous révéler la véritable pensée de Pindare, dans ce passage d’une de ses Néméennesi :
Taicf. Sè xavOsiau itvpl xapxos iXalas Êpo'Xev Üpaç tov eCdvopa. 'Xaov èv àfyéoiv ëpxsaiv rtAMnOIKIAOIS.
frise de VErcchiheion d’Athènes : A tOov npo s Si t à itpu, où des figures en bronze étaient rapportées sur le marbre ; Wilkins, Athéniens, p. 206 ; Stuart , II , 2 , pl. A ; Ott. Müller , Æd. Min. Poliad. 38 ; et je profite de cette occasion pour faire remarquer qu’il n’existe aucune indication de peinture dans l’inscription si célèbre qui a rapport aux diverses parties de cet édifice, soit achevées en totalité, soit exécutées à demi, êÇetpyaap-éva, xaï rtplepya ; tandis qu’il y est fait une mention expresse du travail de poliment exécuté sur le marbre, "Xela ipyutjla, apud Boeckli. Corp. Inscr. gr. n. 160, S 1 1, 0, p. 285 ; cf. ibid. 11. 9, p. 23. Or, il y avait là, contre cet emploi de la peinture, qu’on ne craint pas d’appliquer à tous les édifices d’Athènes , et en particulier à celui-ci , une graveprésomption, dont on n’a pas tenu compte.
1 Boettiger, Archàol. der Malerei, p. 25,33,
ff. , 56, ff. Sur la manière dont ces couleurs sont appliquées, voyez les observations de Winckelmann, qui ont toujours la même justesse, Stor. delV Arle, 1 , 4, S 23 et 24 , t. I, p. 3o8 , 309.
2 Serradifalco, Antichità di Selinunte , p. 26- 3o; voy. Journ. des Sav. 1 83 5, janvier, p. 24-
5 Tels que le catafalque ou cénotaphe en bois, du tombeau de Panticapée, dont j’ai donné la description dans le Jour n. des Sav. i835 , juin, p. 338-g; tels qu’étaient sans doute les tympamim. et ustensiles sacrés qui se peignaient à Athènes, Demoslhen. de Fais. Légat, p. 464, Bekker. ; voy. plus haut, p. 197 , 2 ). Je n’ai pas besoin d’avertir que par les peintures sur mur, j’entends ici celles des tombeaux étrusques du territoire romain, ou des tombeaux grecs de la Campanie .
4 Pindar. Nem. x, 35, 36, ed. Dissen.
Après y avoir vu, comme le faisait Winckelmann b et, à son exemple, Visconti1 2, des vases peints, tels que nous en avons recueillis par milliers, la plupart a figures jaunes sur fond noir, on s’était cru autorisé, par une interprétation inepte d’un Scoliaste, à prêter au poète l’idée de vases de bronze travaillés avec art'3 ; et ce que des antiquaires et des philologues du premier ordre, tels que M. Welcker4, avaient pu gagner sur cette fausse opinion , c’était de reconnaître dans les vases peints de terre cuite que Pindare avait en vue, des amphores panathénaïgues , telles que celle de M. Burgon5 *, dont nous possédons maintenant tant de répétitions , trouvées en Campanie, à Vulci, dans le territoire étrusque, et jusque dans la Cyrénaïque0. Mais, à l’aspect de notre vase attique de Salamine, peint aux six couleurs, il n’est plus possible de douter que Pindare n’ait voulu désigner par ces paroles : Èv àyytw epK&tnv iTAMnoïKl AOI2 7, des vases de cette espèce, où se déployait le même luxe de couleurs, qui avait lieu pour les peintures décoratives sur mur, dans les temples et dans les tombeaux.
Je ne m’étendrai pas sur l’explication de ce vase, dont le sujet ne présente rien d’assez important ou d’assez neuf, mais qui se recommande surtout par ce goût exquis de dessin , par ce style si pur et si élevé , par ce sentiment si fin et si délicat, caractères essentiels de l’art attique. C’est une de ces scènes funéraires qui se reproduisent fréquemment sur les vases peints, comme sur ceux de marbre , et sur les stèles sépulcrales, provenant du territoire d’Athènes. Trois Femmes , à l’exclusion des hommes, figurent sur notre vase8.
1 Slor. delï Arle , m , 4, § 3o, t. II, p. i52.
2 Dans son Mémoire posthume sur un vase du cabinet Pourtalès , p. 3 , 2 ) .
5 C’est le rlocte Heyne qui s’était laissé induire ainsi en erreur par un des Scohastes de Pindare , ad Nem. x , 67 ; car un autre Scoliaste avait dit : ÈZDrPÂ4>HNTO y dp ai vSpiai. La même idée, reproduite, à ce qu’il paraît, par M. Siebelis (voyez la note sur Winckelmann , t. II , p. 1 5 2 , 71 ), ed. Prat.), a été condamnée avec raison par M. Dissen , Explicat. ad Nem. x , t. II, p. 4G8 , ed. Boeckh.
4 Welcker apud Dissen. loc. supr. laud. Ajout. Brôndsted, Mèm. sur les vases panathénaïcjues , p. 18 , 35).
5 Millingen, Ane. uned. Monum. P. I, pl. I-
iv ; voy. sur cette classe si importante de vases
peints , de style et de fabrique proprement altiques , le mémoire précédemment cité de M. le ch. Brôndsted.
6 Je renvoie aux détails que j’ai donnés à ce sujet , dans ma Lettre à M. Ed. Gerhard, sur deux vases peints étrusques , p. 2 4-2 5, 2).
7 C’est probablement de vases peints de ce genre, qu’il faut entendre ce passage du poète Alexis, apud Athen. ix, 367, F ; Tj}i> TpdmeÇoiv... ÜOIKIAON napoipiSccv KÔ2M0Y fipûovcav , où l'on n’a vu que des vases divers; et il existe dans la littérature attique plus d’une indication du même genre , dont je ferai usage ailleurs.
8 On ne voit également que des Femmes , au nombre de sept, chacune accompagnée de l’acclamation KAAE, sur le lêltythos attique publié parlVI. R. Walpole, dans ses Memoirs, p. 323.
Celle qui occupe le milieu est assise sur les degrés d’un tombeau, dans une attitude qui exprime admirablement la douleur; ses cheveux épars,
xôuœç, sa main quelle porte à sa tête, rappellent cette image touchante de la vieille Ilécube, si bien tracée par Euripide, le poëte de Salamine 1 :
Uo'Atov t’ sut xpS.ro. pcénjp,
Téxvwv Oavdiv'luv, rldsTai X,^pa-
Mais , du reste , la loi de Solon , le législateur de Salamine , qui prescrivait aux femmes de s’abstenir, dans le deuil, de cris et de gestes violents2, est respectée ici, comme cette autre loi suprême de l’art grec, qui ne permettait pas de porter atteinte au sentiment de la beauté par l’exagération de l’expression. Les deux femmes qui se tiennent debout de chaque côté , s’associent au deuil de leur amie, par leur tête inclinée , comme par tout l’ensemble de leur physionomie et de leur attitude; le même port de tête, la même expression, calme et profonde autant que religieuse et solennelle, se remarquent sur le beau vase attique du cabinet Pourtalès 3, où quatre Hommes, d’âge et de condition différents, accomplissent, comme ici, un devoir funèbre : de part et d’autre, c’est l’image du deuil domestique dans toute sa noblesse , c’est le sentiment de l’art grec dans toute sa pureté. Ces deux femmes portent chacune une de ces corbeilles, z'nmu , d’usage attique 4 , où sont placés deux de ces lêkythos, h fond blanc etâ fond noir, qui étaient précisément aussi, comme l’on sait, des vases peints d’art et d’usage attaques, d’une destination exclusivement funéraire5. La femme placée à gauche tient de plus à la main droite un lêkythos sans anses, ou alabaston, propre à contenir des parfums.
1 Euripid. Hecub. 643-44, ed. Matthiæ.
8 Solon apud Cicéron, de Leyib. n, 23, 5g, ed. Moser. et Creuzer.
! Cabinet Pourtalès , pl. xxv, p. 70, 71 -, comparez le vase du même cabinet, que j’ai publié dans mes Monum. inèd. , Orestéide, pl. xxxi A, p. i56, 157.
4 Plutarcb. in Themistocl. S 7 , 1. 1, p. 453, Reisk. : Èt> nier ri) Seîxvov Sprwv xat xpewv. C’est une corbeille absolument pareille, avec des bandelettes et des branches de myrte , que porte la figure de femme, Electre ou Chrysothémis, debout, près d'Oreste assis au tombeau de son père, sur le vase attique que j’ai publié, Orestéide, pl. xxxx A.
s Le témoignage classique est celui d’Aris-
tophane, Ecclesiaz. v. io4i (988) :
Ôs t oïs vsKpoïcrt ÇcoypaÇ>eï tSs 'kr\xôQovi.
Je possède dans mon cabinet un de ces lêltythos attùjues , peints, à fond blanc, avec figures dessinées au trait en roucje ; ainsi qu’un lêkythos , à fond noir, avec les figures (jravèes an trait; ce dernier, provenant d’un tombeau d’Agrigente, qui avait appartenu à M. Dufourni , et qui est publié dans le recueil de M. Maisonneuve, pl. li, n. 4, page 27. Quant aux lêkythos sans anses, et peints de la manière ordinaire, tels que celui qui appartient àM. Creuzer, et qu’il a publié, je ne saurais rien ajouter aux notions recueillies dans le savant travail de l’illustre professeur d’Heidelberg ; voy. Alt-Athenisches Gefàsse mit Malerei und Inschrift , etc. p. 1-78.
Les bandelettes , au nombre de trois dans chaque corbeille, de couleur bleue, rouge et verte, pourraient avoir rapport aux trois bandelettes , bordées de pourpre, tribus riciniis clavatis purpurâ1, qui étaient aussi, dans les usages funéraires de la civilisation romaine, un emprunt fait à celle d’Athènes. Mais ce qui mérite ici par-dessus tout notre attention , c’est le tombeau même , sous la forme qu’il nous présente, et avec les ornements qui le décorent.
Ce tombeau est en effet l 'édifice sépulcral , tipuov, ju.viï/ua- m.onumentum2, et non pas simplement le cippe , cfléxv , columella 3, dont on a recueilli tant d’exemples, soit sur les vases peints, soit dans les marbres attiques. 11 est de cette forme ronde de lliolos , qu’on sait aussi avoir été propre à une certaine classe de tombeaux antiques, et dont il s’est conservé pareillement plus d’un exemple 4. Le faîte en est couronné de palmettes, de cette même
1 Cicéron, de Legib. n, 23, sqq. ; ubi vid. Interprett. p. 543, 544, ed. Moser. et Creuzer.
2 Idem, ibid. ir, 26,64 : De sepuicris autem nihil est apud Solonem amplius, quàm ne qais ea dcleat, neve alienum inférai : pœnaque est , si guis bustum ( nam id puto appellari vvf i§ov) aul monumentum, inquit, aut colaninani violant,
, fregerit.
5 Idem, ibid. 26, 66 : Nam super terrœ tamulum noluit quid statui , nisi columellam.
4 Cette forme circulaire était dérivée de celle du tumulus , x,Æfza , qui était propre à l’âge héroïque , à en juger par les nombreux exemples qui en sont cités dans le livre de Pausanias, vn, 17, 4, et pass. , par les trésors deMinyas et d’Atrée, et par les tumulus de la plaine de Troie, connus de tout le monde. Les tombeaux circulaires de Corneto et de Vollerra , rapportés à la même origine , ont été récemment signalés à l’attention des antiquaires par un observateur éclairé, dans les Annal, dell’ Instit. archeol. t. V , p. 27, sgg. ; et les grands tombeaux romains, de forme ronde, tels que les mausolées de Cæcilia Metella, de la famille Plautia, de Munatius Plancus, d’Auguste et d'Hadrien, sont au nombre des plus magnifiques restes de l’antiquité romaine. Il existe encore dans la Cyrénaïque, dans l’Asie-Mineure, notamment à Telmissus, et ailleurs, plus d’un de ces tombeaux ronds; Pacho, Voyage en Cyré-
naïque, pl. xxiv ; Hammer, Topograph. Ansicht. etc., p. 101 , 102. On remarquera que la voûte de notre tombeau attique est légèrement arquée ; d’où il suit que ce tombeau était proprement ce que l’on appelait ÔdAos et camara. Cette forme de tholos , généralement adoptée à Athènes pour les salles de bain, xvxXosiSrj va 7s xaia- (Txevuïs ôvvx, Athen. xi, 5oi , F, t. IV, p. 363, de même que pour les tombeaux, avait passé , avec cette double destination, dans les habitudes romaines; et de là vint que les mots tholi et cameræ s’employaient comme synonymes, à l’égard des bains et des tombeaux, dans le langage des Romains ; Plin. xxxvi , 25, 64 : In Thermis... caméras; cf. Amm. Marcell. xxvm, 4,9: Tholos b aine arum ; vid. Salmas. ad H. A. t. II, p. 549-5o. De là vint aussi l’emploi qui se fit à Rome du mot camara, pour signifier un tombeau; et, à cet égard, je ne saurais citer un témoignage qui s’applique mieux à mon sujet que celui-ci de Varron, où il s'agit de chambres sépulcrales , enduites de stuc, de R. lï. 111 , 7 , 3-4, 2 9 2 , ed. Schneider. : Levissimo marmorato toti parietes ac camaræ oblinuntar ; voyez, en fait d’inscriptions grecques et latines , où les mots xapâpa etcamarasont employés pourdésignerla chambre sépulcrale, Marm. Oxon. lxxv , lxxvi , lxxx , et alib. ; Muratori, Thés. p. i563, n. 5; Doni, cl . xiv , n. 66 , p. 43 5 ; Orti , Lapida inedita , etc., Verona , i834 , p- 1 2 ; et en fait de monuments
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forme qui se remarque au-dessus de la colonne ionique, type le plus ordinaire du monument funèbre, sur les vases et sur les stèles attiques l, et qui devint plus tard l’élément essentiel de l’espèce d’ornement architec tonique appelé, dans le langage attique, uvdipuov 2. Si le motif de cette palmette fut pris dans la nature, comme il y a tout lieu de le croire, ce dut être l 'acanthe qui en fournit le premier modèle ; on sait en effet que l’acanthe, ainsi que Y asphodèle et le myrte , se plaçaient avec une intention funéraire sur les tombeaux des anciens 5, et qu’à Athènes , particulièrement , des branches d’acanthe et de laurier se suspendaient à la porte de la maison du mort4; d’où il suit que l’anecdote rapportée par Vitruve5, sur l’origine
de cette forme de ccimara couronnée par une coupole , voyez t’exempte que nous offre un beau bas-relief Barberini, dans V Jdmiranda, tab. 73. C’est sans doute de pareilles locutions justifiées par de pareils monuments, qu’avait en vue Saumaise quand il faisait, sur un passage de Vopiscus, in Aurelian. § 46, t. II, p. 548, l’observation que voici : Non ignoro tamen quævis tecta, caméras recentioribus dici, atqueindè etiam caméras cœnutiones ipsas appellatas; observation qui vieut à l’appui de ce qui a été dit plus baut, p. 137 , 3).
1 J’en citerai pour exemples le vase du cabinet Pourtalès, que j’ai publié, Orestèide , pl. xxxi A , et l’autre vase du même cabinet , pl. xxv. L’habile interprète de ce cabinet dit, à cette occasion , p. 70, qu’il ignore si, parmi les marbres de nos musées , il s’en trouve du même dessin. Cet aveu d’ignorance de sa part ne provient que d’un excès de modestie; car, pour n'en pas citer d’autres exemples, tels que celui qui avait été donné par Stuart, t. III, pl. xv, fig. 1, trad. fr. , M. Panofka connaît certainement les deux belles stèles attiques de Philoclès, deDécélie, et de Numênius, de Citium, gravées, en dernier lieu, dans les Anticjuilies of Athens, t. IV, London, i83o, à la suite d’un mémoire de l’architecte anglais W. Kinnard, sur les Athcnian sépulcral marbles and ornament , p . h, n. 1 et 2 , qui a précisément pour objet de faire connaître le type primitif et les transformations successives du genre d’ornement nommé palmeüe , dont il s’agit ici ; voy. surtout,
p. i3, les exemples nouveaux que l'auteur en publie, d’après des monuments attiques, et qu’il accompagne d’observations curieuses et savantes.
2 C’est le nom sous lequel est désigné cet ornement dans la célèbre inscription du temple de Minerve Poliade, bien qu’il ait été diversement interprété par un an tiquaire et un philologue du premier ordre, M. K. Ott. Muller, de Æd. Minerv. Pol. p. 36 et 4g ; mais , sans m’arrêter ici à discuter ce point d’archéologie, ce qui m’entraînerait beaucoup trop loin , et ce qui est étranger à l’objet actuel de mes recherches, je suis l’opinion de l’architecte anglais cité plus baut, M. W. Kinnard ; voy. p. 1 1- 1 9, laquelle estaussi celle del’illustreM. Boeckh, Corp. Inscr. <jr. n. 160 , p. 277 , fig. xi. jS,
5 Virgil. Cir. § 3g4-6, ed. Sillig. : Tumalas formalam çrevit in obbgm... liic et ACANTHUS et rosa purparea crescit , etc. Quant à l 'asphodèle et au myrte, employés par les anciens pour l’ornement des sépultures, le fait est si notoire, que je me crois dispensé de citer des témoignages-, mais je fais observer, sur la foi de M. Rob. Walpole, que l’usage s’en est conservé chez les Turcs par une tradition non interrompue; voy. dans ses Manoirs relut to European and Asiatic Turlsej, les notes qu’il a jointes au travail du D. Sibthorp sur les Plants of Greece, p. 243 , 34-
6 Theopbrast. H. Pl. 111, 17; cf. Diogen. Laert. iv, 57 ; Magn. Etymol. v. Avt rjvovs.
6 Vitruv. IV, 1,9; cf. Schneider. Comment, ad h. I. t. II, p. 233.
du chapiteau à feuilles d'acanthe , né d’une corbeille placée sur un tombeau, se fonde certainement , quelle qu’en soit la valeur historique , sur un fait réel et sur une pratique usuelle.
Après la forme générale du tombeau, ce que l’on remarquera, en second lieu, dans celui-ci, c’est la manière dont l’intérieur en est représenté, orné dans le haut d’une bande d’ores peints de deux couleurs, bleue et rouge y sur un fond blanc , d’accord avec le ton bleu donné aux palmettes d’acanthe qui couronnent le monument1. Nous avons là une indication, bien que réduite sans doute à la plus simple expression, du système de décoration employé à l’intérieur des tombeaux; et nous pouvons, d’après cet exemple véritablement atti que, apprécier en quoi consistait la part accordée à la peinture dans cette décoration de la chambre sépulcrale. Or, cette peinture de tombeau, exécutée comme nous la voyons ici, doit être ce qui est indiqué dans ce texte de loi attique , tel que nous l’a rendu Cicéron2 : Neque ul sepulcrum opéré tectorio exornari licebat ; car Yopus tectorium de l’écrivain latin, répondant à ce que les Grecs appelaient Mvictmç 3, ne pouvait être qu’un enduit
1 II est impossible de ne pas voir, dans cet emploi de la couleur bleue, une preuve à l’appui du témoignage de Vitruve , iv, 2,2: Eas (tabellas ) cerâ cæruleâ depinxerunt.
2 Cicéron, de Lecjib. 11, 26 , 65.
5 C’est le mot employé sur la célèbre inscription de Vérone , Ventura, Mus. lapid. di Veron. u. xxii, pour exprimer le revêtement en stuc d’un paslophorion : Trjv xoviaoiv r 00 xacj oQopiov : et j’ai déjà eu occasion de citer , d’après feu M. Vôlkel , Archaol. Ncicldass, p. 87, l’exemple d’un petit temple de Neptune, décrit par Pausanias, x, 36, 4, lequel temple, construit en matériaux de mauvaise qualité : Aoyâatv ipxoêopnpévov X/- Ooi; , avait eu à l’intérieur ses murs enduits de stuc : Keiioviatai Sè rà êvros ; voy. mes Observât ■ sur la peint. 1 5 , 4). Les tombeaux creusés dans le roc avaient certainement besoin d’un pareil enduit; et de là l’expression TaÇ>os xsxoviapévos , qui s’appliquerait très-bien au monument funéraire représenté sur notre vase. Les caves, les citernes, qui se trouvaient dans le même cas , recevaient le même enduit , Schol. Aristopb. ad Ecclesiaz. v. 1 54 : Opoypaja,... xal TaCra xoviüvtcs ; cf. Xenophont. Anabas. iv, 2 , 1 4 : Ëv Xa'«-
xois xoviaroTs-, depareils témoignages ne laissent aucun doute sur la nature de ces revêtements en stuc. Plus tard , le mot xoviapa dut signifier un enduit peint, ainsi qu’on en a la preuve par ce passage de Philon d’Alexandrie, de Cherubim, 1. 1, p. 157, ed. Mangey. : KaÔairep yàp KONIA- MATA xai rPA<I>AÎ xai ÜINÀKIA xai AdW ®oAu TeXœv SiaOsasis , aii ov povov r oiyovs, àXXà xai rà êSâÇ>n 'ZôotxiXXoven ; passage curieux surtout par l’énumération à peu près complète qui s’y trouve des moyens de décoration employés à cette époque de l’antiquité, et consistant en enduits, avec les peintures d’ornement, et avec les petits tableaux qui s’y encastraient, sans compter les marbres précieux insérés de même dans les murailles. Le même mot se rencontre, avec la signification plus expresse encore de jifjurcs peintes sur enduit, dans des textes d’auteurs grecs, qui vivaient à une époque où, depuis plus de trois siècles , l’usage de peindre sur mur était devenu général. Tel est celui-ci de saint Grégoire de Nysse, où il est question des mauvaises mœurs d’un homme, qu’on peut facilement reconnaître d’après les figures peintes des enduits , xovidpa ta., de sa maison , t. I , p. 1 99 , D : Ôt av iv tovtm peu
en stuc , rehaussé d’ornements \ en rapport avec la destination du lieu sacré. Le tombeau attique dont nous avons ici l’image sous les yeux est donc un de ces 7 ûtpot MKovictfûvoi , comme les appelle l’écrivain sacré 2 -, et l’antiquaire qui voudrait voir ici un ensemble de peintures historiques sur mur 3 s’éloi-
£7r< tûiv toi%ou KONIAMÀTQN § ehivvTou rtapà rrjs Téyyns Sià EÎAQAQN TtvSv rà Trjs êpnadovs fiSovrjs ÔTiexHctéipcna. Mais l’idée primitive de stuc , d’ enduit formé de petits morceaux de marbre, resta toujours attachée à ce mot et à ses dérivés, jusque dans le dernier âge de l’antiquité ; témoin l’exemple que nous fournit une inscription grecque, qui se lisait sur une mosaïque de Nîmes, et que je rapporterai ici, parce que je la crois peu connue , et qu'elle a besoin d’être restituée : la voici, telle que la donne l’auteur des Antiquités deNismes, Ménard, t. VII, Dissert. 5, p. ig5, et d’après lui, M. Artaud, dans son Ilist. abrèg. de la Peinture en mosaïque, p. i4 :
ME00IAAO2 KA2 2IM0T0TA0TSET0 MANIKOS KEKONIAKE Je la lis ainsi, en ne tenant presque aucun compte des fausses leçons qui s’y trouvent, et qui ne peuvent provenir que de l’ignorance des copistes :
ME0TAAOS KAT[E2KEY] AZETO TO M0Y2EI0N MANIKOS KEKONIAKE.
La notion la plus importante que nous procure cette inscription, et qui n’est du moins sujette à aucune difficulté , c’est celle du travail qui consistait à exécuter le lit en stuc , le fond même de la mosaïque ; travail exprimé par le mot kskoviane , attendu que ce mot se lit précisément sur une mosaïque. J'insiste sur ce point , et sans m’attacher à défendre la manière dont j’ai lu les deux premières lignes , qui n’offrent absolument aucun sens dans la copie de Ménard. Je fais observer seulement que l’auteur de la mosaïque , Mé- SvXXos , dut y être nommé avant le constructeur du pavé, Mai nxos-, de là, la restitution : xa- TecrxsvâÇsTo to Wovaeïov , que j’ai cru pouvoir hasarder, comme celle qui s’accorde le mieux , dans cette hypothèse , avec les lettres de l’ins-
cription , telle qu’elle nous a été transmise. L’emploi du verbe xaTzaxsoéftTo , en pareil cas, n’a pas besoin d’être justifié par des exemples ; quant à celui du mot M ovcreïov , avec le sens de pavé en mosaïque, qu’il aurait ici , j'avoue que je n’en connais aucun exemple grec ; mais , comme il est certain que le mot latin muséum, transcription exacte de M oorrsïov, s’employait à l’époque romaine pour signifier tout ouvrage de mosaïque, ainsi que le prouve ce passage de Trébellius Pollion, Trig. Tjrann. 2 5 : picturatam de mdseo, j’ai cru qu’il pouvait être permis d’attribuer la même valeur au terme grec original, surtout en le trouvant inscrit sur une mosaïque ; et c’est une supposition à laquelle s’était déjà trouvé conduit , par la nature même des choses, le savant antiquaire Gurlitt, über die Mosaik, S 1, dans ses Archclolog. Schrifl. p. i63. Si l’on admet la manière dont j’ai lu l’inscription de Nîmes, nous y gagnerons la connaissance de deux de ces artistes grecs , qui exerçaient dans la Gaule, à 1 époque romaine , l’art de la mosaïque , et dont les noms enrichiront la liste des artistes de cette époque.
1 Hesych. v. K oviovrss (lis. KovnSvrcs ) ■ ’hsvnalvovTts-, Suid.a. Korraraf ot robs t oiyoos irapa- XpiovTSS ; Pollue, vu, î 25 ; cf. Interprett. ad /t. I
2 Evangil. Matth. xxm , 27.
3 C’est l’idée qu’on pourrait être tenté d’attribuer à M. K. Oit. Müller , d’après la manière dont il cite ce texte de Cicéron, parmi d’autres témoignages grecs qui concernent des peintures sur mur, immédiatement avant la mention du tombeau peint par Nicias, Handbuch der Archaolog. S 3ig, 5, p. 43a ; si je n’avais des raisons personnelles de croire que l’illustre antiquaire n’entend sous l’optis tectorium de Cicéron que la chose nommée uovlacjis par les Grecs , conséquemment un enduit avec quelques ornements: ce qui revient à mon opinion.
gnerait certainement du sens littéral de la phrase de Cicéron, aussi bien que de la pensée originale de Solon et du génie de son siècle. On employait à ce genre de travaux, noviaepea., du marbre réduit en petits fragments , 4 «<po/, ainsi qu’il résulte d’un passage curieux d’Athénée 1 ; et l’on appelait à Athènes l’artiste qui exécutait de pareils travaux , > uviûinç, comme nous l’apprenons par le titre d’une des comédies perdues d’Alexis 2.
Telle était donc la manière générale de décorer à l’intérieur les tombeaux attiques , ainsi qu’on pouvait l’inférer du texte même de la législation de Solon, traduit par Cicéron, d’accord avec notre peinture de vase de Salamine5; et le petit nombre de tombeaux récemment découverts à Egine, à Milo, en Asie-Mineure et ailleurs4, qui avaient été peints à l’intérieur, n’ont offert,
1 Athen. xiii, 585, A, t. V, p. n3, Schvv.
3 Alexis apud Athen. xi, 5oo, E, t. IV, p. 358; Ampliis apud Pollue, vu, 125. Plus tard, on appela ces artistes a-rl^êunat et îvSiho- TrAdaTa i , en latin colorutores ; voy. Salmas. ad Vopisc. in Firm. § 3, t. II, p. 710 ; et c’est un de ces artistes, employé dans la maison deLivie sous le titre de colorator, qui nous est connu par une inscription romaine, Bianchini, Camer. Libertor. Amj. n. 1 1 6 ; voy. ma Lettre à M. Scliorn, p. 60 , n. 6.
3 Je puis citer encore un lait du même genre. M. Fauvel avait découvert, dans des excavations faites près d’Athènes, des tombeaux formés avec des tuiles de trois pieds, parmi lesquelles il y en avait de peintes avec de beaux ornements, ce sont ses propres expressions; Mayas. Encyclop. mars 1812 , p. 92 ; il ajoute, pag. q3 , que plusieurs des petites colonnes ou stèles, qui accompagnaient ces tombeaux, lui offrirent des bas-reliefs qui avaient été peints.
4 II existe, près de Mylasa, un tombeau dont la chambre intérieure était peinte en bleu , Chandler, Voyages, etc. t. II , p. 24, trad. fr. ; et l’on doit croire que des ornements avaient été ajoutés sur ce fond bleu. Les catacombes de Milo ont offert, comme celles d 'Alexandrie, des guirlandes, nayndpmos eflé<$a.vos, peintes sur fond blanc. Dans une chambre souterraine , près du site où l’on suppose qu’était la grotte de Troplionius en Béotie , des traces de couleurs ont été remar-
quées sur l’enduit. Le même fait a été constaté pour les sépultures taillées dans le roc , près de Sidon, en Phénicie; et l’un de ces tombeaux a même offert des figures dessinées et coloriées, monument d’une époque très-récente, à la vérité, dont M. de Caylus a publié une description et une estampe , Becueil III, pl. xxxv, n. j, p. i34- 7. A l’appui de ces faits, la plupart desquels ont été recueillis déjà par M. Bob. Walpole , Memoirs , p. 381-87, je puis rappeler le témoignage que nous fournit une épigramme de Y Anthologie , où il s’agit de symboles et à'ornemenis peints sur un tombeau. Brunck, Analect.lll, 294 , Carm. dclxx ; Nrjos èpe Tfià xaî è'f iëo'Xa rÿo èn'i rûfiëcp; cf. Jacobs. XII, 243 ; et ces expressions d’une autre épigramme grecque , Analect. II, 4, Carm. IV : eV ijphp.... ypanlos téneos , où l’on peut voir une représentation peinte, aussi bien qu’un bas-relief colorié , dans le goût des stèles atiiques avec bas-reliefs peints , et des basreliefs en stuc peints, qui servaient à la décoration d’un tombeau de Cumes , Jorio , Schelet. Cumani, p. 10; Sickler, de Monument, aliq.græc. è sepulcr. Curnœo , etc., p. 6; 01 fers, ein Grab bei Cumæ, p. 4. Je ne parle pas des peintures de la Nécropole de Cyrène, qui appartiennent à une époque trop basse pour être comprises dans notre examen. Mais je remarque que, si des motifs de simple ornement , ou des figures dessinées légèrement au trait , ont pu se conserver avec plus ou moins d’altération sur des enduits gé-
en effet, que des peintures de la même espèce. S’il y eut, à une époque plus récente, où le luxe des funérailles et celui des tombeaux avaient fait les progrès attestés aussi par Cicéron et réprimés par Démétrius de Phalère1, des embellissements plus considérables et d’un goût plus recherché; et si la peinture proprement dite, la peinture historique, prit part à cette décoration nouvelle, c’est ce dont il n’existe aucune mention dans les dispositions législatives rappelées par Cicéron , y compris le témoignage de Platon2, ni dans aucun autre auteur, que je sache; et c’est ce qu’on ne peut admettre que par conjecture, à défaut de monuments mêmes, appartenant à la haute antiquité grecque ou attique. Nous savons, il est vrai, que des compositions avec figures, représentant des scènes religieuses ou domestiques, avaient été peintes sur les parois de tombeaux grecs et étrusques; et j’aurai bientôt lieu d’expliquer mes idées à ce sujet, en rendant compte d’une de ces peintures d’un tombeau grec de Ruvo, que je publie; mais quant à la Grèce même, et pour les temps de la belle époque de l’art, nous sommes toujours réduits au petit nombre d’indications fournies par Pausanias, que j’ai déjà citées3. Si la peinture du tombeau observé par cet ancien voyageur sur la route de Bura à Ægire, en Achaïe 4, peut être regardée comme une peinture sur mur, ainsi que je l’avais reconnu; et si cettepeintureremontaità une haute antiquité ce qui semblerait résulter de l’état de dégradation où elle était au temps de Pausanias, il n’en saurait être ainsi de quelques autres tombeaux ornés de peintures, dont il est fait mention dans le même auteur. Ainsi, les peintures du tombeau de Xénodicé, à Sicyone, avaient été certainement exécutées sur bois et rappo7'tées sur la muraille, dans l’espace réservé à cet effet : c’est ce que je crois avoir établi d’une
néralement assez grossiers , tels que sont ceux des tombeaux dont il vient d’être question ; si tant de traces de couleurs , avec des motifs d’ornements peints ou dorés, ont pu encore être retrouvées à l’extérieur sur des édifices du premier ordre , tels que les Propylées , le Parthénon et le Tliéseïon d’Athènes , il serait bien singulier qu’aucun vestige de peinture historique sur mur n’eût apparu dans ces mêmes édifices, ou ailleurs , s’il y en eût existé. Or, c’est ce qu’aucun voyageur n’a constaté encore nulle part , malgré tout le soin qu’on a pu apporter à de pareilles investigations.
1 Cicéron, de Legib. u, 26, 66 : Sed ait rursùs idem Demetrius, increbuisse eam fune-
rum sepulcrorumque magnificentiam quam
consuetudinem lege minuit ipse Sepulcris
autem novis finivit modum.
2 Platon, de Legib. lib. xii, pag. 692; cf. Cicéron, de Legib. 11, 27, 67.
3 Voy. mes Observai, sur lapeint. p. 7-1 2 ; ajout, l’exemple cité, p. 166, 1), de ces recbercbes.
4 Pausan. vu, 25 , 7 : Hrjpd te êv §e£i£ rrjs ôSoii , nul ÀNAPA Evprjcrsis snl 7sj MNHMATI h Tit'ji -napso'liïna • âpvSpàv rPAÎDHN ; voyez mes Observations , etc. , p. 9 - 1 o , 4 ) .
manière péremptoire1. Quant au tombeau peint par Nicias, près de Tritæa, en Achaïe, c’était la même notion qui résultait, à mon avis, de la nature des autres travaux connus de cet artiste; et c’est encore, après un nouvel examen auquel je me suis livré , l’opinion que je crois pouvoir justifier par l’ensemble des faits de l’histoire de l’art. Je ne m’arrêterai pas à discuter ici le procédé de peindre sur lois , soit à V encaustique , soit en détrempe, qui fut celui de Nicias et de tous les grands peintres de la Grèce ; j’ai réservé pour un autre travail les questions qui tiennent au technique de l’art; et je ne me suis proposé, pour objet de celui-ci, que de rechercher ce qui a rapport à l’histoire de cet art, dans l’emploi qui se fit de ses productions. Convaincu, comme je le suis, que Nicias n’avait généralement peint que sur bois , je présume que les peintures de tombeau dont il s’agit ici étaient dans ce cas; la circonstance même, si soigneusement relevée par Pausanias , que ce tombeau était de marbre blanc : [xviifxa Xîuxov xîàvu , suffirait seule pour prouver que ces peintures n’étaient pas sur mur; je me les représente donc comme des panneaux de bois, qui formaient sur une des parois de la chambre sépulcrale une sorte de revêtement , qui en recouvraient la face principale; c’est de cette manière, en effet, que la peinture avait été le plus souvent employée à la décoration des temples des portiques , et des grands édifices de l’antiquité grecque ; et la certitude désormais acquise sur ce point constituerait déjà une grave présomption; mais voici de nouveaux motifs qui achèveront de la mettre hors de doute.
C’est un fait cpii a été constaté à diverses époques, depuis la renaissance des lettres jusqu’à nos jours , que des tombeaux étrusques avaient eu leurs mars revêtus de lames de bronze 2. Un de ces tombeaux fut découvert au xvie siècle, à Chiusi; et la relation originale s’en conserve à la galerie de Florence 3. Une découverte semblable eut lieu vers la fin du siècle dernier, dans un endroit du territoire de Corneto; et c’est sur la foi du docte antiquaire Orioli quelle est rapportée par M. le professeur Vermiglioli4 5. C’est aussi dans la Nécropole de Tartjuinies que se trouvait le tombeau décoré
1 Voyez plus haut , p. i64-i66.
3 Sur le revêtement en lames de bronze , d'argent , et d'or, qui eut lieu à l’époque romaine,
pour les habitations des riches citoyens , voy. ce
qui a été dit plus haut, p. 374.
5 Lanzi, Saggio , etc., t. II, p. 211 : Rela-
zione di un sepolcro che si trové in Chiusi cinto di lastre di rame , con gran vaso di ceneri in mezzo , e con altri molti d’ intorno, si conserva nell’ Archivio délia R. Galleria.
4 Vermiglioli, Oguscoli , etc. , t. IV, pag. 7, Perugia , 1826.
à la voûte de disques de bronze , avec des têtes en relief 1 : monument du même goût , qui se rapporte à la même pratique de revêtement en lames métalliques ou en bois peint, qui fut le système général de l’antiquité asiatique, et qui n’avait pas été étranger à l’antiquité grecque, à en juger par le Chalciœkos de Sparte2 3, et par le thalamos de Danaë ’, deux édifices plaqués intérieurement de lames de bronze, et cités par Pausanias à l’appui du troisième temple de Delphes, qui était aussi, suivant la tradition locale, un édifice de bronze, cm XaXxou 4 ; c’est-à-dire, revêtu sur ses murs de lames de bronze; et pour qu’on ne s’étonnât pas de ce mode de revêtement, appartenant à l’âge mythologique, et devenu sans doute plus rare dans la Grèce appauvrie, Pausanias observait que c’est de la même manière qu’étaient décorés les plafonds du forum de Trajan ; il aurait pu ajouter celui du portique du Panthéon, qui conserva jusqu’au pontificat d’Urbain VIII, en 1626, son revêtement en lames de bronze et d’argent5. Mais pour ne pas nous écarter de notre sujet, c’est d’un tombeau revêtu en bronze, tv/^Qo; IvyXvrfoio pura-'eXcu , qu’il est fait mention dans une épigramme de l 'Anthologie6, dont le sens et la teneur n’ont été tourmentés par les critiques que faute d’avoir connu les exemples cités plus haut de tombeaux ainsi décorés. On sait qu’ Alexandre avait voulu ériger à PeUa un proscénium de bronze, xa^zo^v wpoenoiviov 7, c’est-à-dire, revêtu en bronze: ce qui offrait , dans un autre genre d’édifices, une pratique analogue. Je puis maintenant ajouter à ces exemples classiques ceux que me fournit un habile architecte, M. Donaldson, qui observa, à la façade de quelques tombeaux de l’ Asie-Min cure , des enfoncements pratiqués pour y insérer des plaques de métal8, lesquels auraient pu servir tout aussi bien
1 Voyez, dans les Annal, dell' Instit. arclieol. t. I, p. i5o-i5i, la description de ce tombeau, rédigée par M. Melch. Fossati , auteur de la découverte.
2 Pausan. ni, 17, 3.
3 C’est à cette chambre de bronze , construite par Acrisius , que fait allusion cette singulière expression d’un poète grec : Trjv<5’ Àxpux/ou XonaSa, apucl Athen. vin , 345, A ; cf. Jacobs. ad Anthol. Pal. VII, 32g.
4 Pausan. x , 5,5.
5 Voy. à ce sujet les témoignages recueillis
par C. Fea, dans sa Dissertaz. salle Rovine di
Roma, qui fait partie des Opéré di Winchelmann,
t. XI, p. 5o3, 4.74 , ed. Prat., y compris l’inscription placée de nos jours encore sous le portique du Panthéon, qui déclare qu’Urbain VIII:
VETVSTAS . AHENEI . LACVNARIS RELIQVIAS
IN » VATICANAS COLVMNAS . ET BELLICA . TORMENTA . CONFLAVIT.
VT . DECORA . INVTILIA.
6 Brunck, Analect. t. III, p. 296, n. dclxxx; cf. Jacobs, dnimadv. t. XII, p. 252 -3.
7 Plutarcli. Opcr. Moral. II, 1096, 1 5 , t. X, p. 509, Reisk.
8 Dans le Supplément to the Anticjuitics of
pour des peintures sur Lois. Tout récemment encore, un antiquaire éclairé, M. de Prokesch, ayant eu occasion d’examiner des tombeaux taillés dans le roc près de Thyatire , a remarqué que la surface du rocher avait été autrefois couverte de plaques de métal 1 ; et l’on ne peut douter que, si ce mode de revêtement fut usité à l’extérieur et sur la façade des tombeaux grecs, à plus forte raison put-il avoir lieu à l’intérieur, comme on l’a vu dans des tombeaux étrusques.
Cette notion établie , il n’y aurait sans doute rien de plus naturel en soi, ni de plus conforme à tout ce que nous savons de l’histoire de l’art, que de supposer que la peinture de Nicias, exécutée sur bois, formât le revêtement du tombeau de Tritæa. Nous avons vu que telles étaient les peintures du tombeau de Xénodicé, pour lesquelles une place avait été réservée dans la construction du monument : en sorte que, sur ce point encore, les faits et les témoignages de l’antiquité se trouveraient parfaitement d’accord. Mais il y aurait un autre moyen de rendre compte de cette peinture de Nicias : ce serait, en admettant qu’il y eût, entre les mots pu dipui et Tutpoç , employés dans la même phrase par Pausanias, la distinction établie par M. Siebelis2, c’est à savoir, que le premier de ces mots désignât le monument ou la chambre sépulcrale, et le second, le sarcophage ou le cercueil, ce serait, dis-je, de supposer que les peintures, ouvrage de Nicias, N/ûou , étaient placées sur ce cercueil :
tvo Tucpoi/. Or, voici de quelle manière s’expliquerait cette disposition, et cela à l’aide de deux circonstances , une desquelles n’avait pas encore été appliquée à ce passage de Pausanias, et l’autre s’est tout récemment produite dans le domaine de la science. En décrivant le char funèbre qui transporta le corps d’Alexandre en Egypte, Diodore dit expressément que lesar-
cophage qui contenait le corps avait un couvercle d’or, qui s’y adaptait exactement* . La même particularité s’est rencontrée dans un tombeau de Panticapée, où le cercueil était placé sous une sorte de catafalque en bois, et où ce catafalque avait été peintk. Voilà donc deux traits, d’une valeur bien différente sans doute, mais qui se rapportent indubitablement à une même pratique usitée
Atlicns and olher Places in Greece , t. IV, p. 56, London, i83o, fol. : Sunk pannels vvere observed in many of the tombs , wich appeared once to liave had meta! plates, etc.
1 Voy. la Relation de M. de Prokesch, dans les Annal, dell Jnslit. archeol. t. VII, p. 193, sgg.
2 Siebelis ad Pausan. vii, 22 , 4, III, 174.
5 Diodor. Sic. XVIII, 26 : Èmvu <5è tvs 9r ixys sit£t/0sto KAAYÜTÈP yjj'JGO'jf , àppdÇcvv àxpi-
4 Voyez la description qui a été donnée de ce tombeau , et des objets qu’il contenait , y compris le cénotaphe en bois , orné de peintures , dans le Journal des Savants, 1 83 5 , juin , p. 338 - 9.
dans l’antiquité grecque ; laquelle consistait à élever au-dessus du sarcophage, Stuc», cette espèce d'enveloppe, qui devait être habituellement cons-
truite en bois , et qui, dans ce cas, pouvait recevoir de la peinture plus ou moins de ces embellissements, qui devenaient des moyens de conservation. Ce serait donc sur un cénotaphe de ce genre : *n>Z 7w<pou , paroles de Pau-
sanias qui répondent à celles-ci de Diodore : Imim -rüç , qu’auraient été les peintures de Nicias; à moins qu’on n’aime mieux y voir, comme ce serait mon avis, des panneaux peints , recouvrant la muraille delà chambre sépulcrale, tels qu’étaient les tableaux peints qui occupaient aussi de quatre côtés l 'espace des murs dans la chambre sépulcrale d’Alexandre : niNAKAS Çoocqô&vç Ti-flotpaç, Ïovuç tv7ç toI^oiç i%çv. C’est entre ces deux suppositions qu’il faut choisir pour se représenter les peintures exécutées par Nicias, dans un tombeau de marbre blanc, du moment qu’on ne peut y voir, à une pareille indication et de la main d’un pareil maître, des peintures sur mur, contraires à l’usage général de l’antiquité grecque.