‹ Peintures antiques inéditesChapitre 23 sur 28 · LA DANSE FUNÈBRE · texte numérisé non relu

LA DANSE FUNÈBRE

d’après une peinture sur enduit d’un tombeau de ruvo. Planche XV. (Voyez p. 87.)

La peinture dont je donne ici une copie réduite décorait la face principale d’un tombeau découvert à Ruvo, vers la fin de i833. J’en ai dû la première nouvelle à M. Onofrio Bonghi, antiquaire plein de zèle et d’instruction, qui m’honore de son amitié, et qui résidait alors à Bovino. Depuis , à ma prière, il eut la bonté de me transmettre un calque de ces peintures, exécuté au moment même où venait de s’en faire la découverte; et c’est d’après ce calque, fidèlement colorié sur le monument original, que j’ai fait exécuter le dessin réduit que je publie. L’envoi de ce calque était accompagné d’un mémoire manuscrit de M. Laviola, dont je regretterais de n’avoir pu faire aucun usage, si ce mémoire n’était destiné par son auteur lui-même à recevoir, dans les Annales de l'Institut archéologique11 , la publicité qu’il lui semble mériter.

Avant de donner, sur cette peinture de tombeau, les éclaircissements quelle comporte , et que je serai obligé de réduire à l’expression la plus sommaire, je rappellerai en peu de mots les autres exemples de tombeaux grecs,

1 Zatin , Ornament. aus Pompeï, taf. i.xxv .

2 Hesyck. v. Zvvav'kia. Le passage classique

à cet égard est celui d’ Athénée , xiv , 618, A ,

t. V, p. 238 , Schw.

5 Tel est un joli vase, de la collection de

Lamberg, 1. 1, pl. xi, où la Femme assise joue de la double Jlâte , et la Femme debout , delà lyre , en présence d’un Poète daplinépliore.

4 Voyez le Ballet, dell’ Instit. archeol , 1 8 3 4 , p. 24.2.

INÉDITES. i

dffifë

ornés de peintures, qui ont pu être observés bu découverts dé 110s jours. De ce nombre sont quelques-uns de ceux de Nola et de Rimo, qui ont offert sur leurs parois des ornements' peints1-, un tombeau , découvert en i 8 1 q, sur l’ancienne voie bampanienne, près de Pouzzoles , dont le plafond était feint défigurés etd esymboles bachiques 2 3 *-, mais surtout les tombeaux découverts en k8o5, en dehors d’une des portes de Pæstum. Quatre de ces tombeauxiolfraient sur l’enduit de stuc qui en recouvrait les masses de travertin ou de tuf des ornements en feuillage, peints à la frise, des corbeilles de fniits, avec des grenades5, répétées en grand nombre, et une scène de style historique, composée, dans l’un de ces tombeaux, de trois figures d’hommes, deux desquels s’attaquent, armés de la lance et du bouclier; dans l’autre, de deux figures, un Guerrier à cheval, qui revient vainqueur 4 dans sa ville natale, et une Femme qui lui présente à boire dans une coupe hospitalière5. Ces peintures, dessinées au trait, dans le style des vases peints, de la bonne époque del’art, et coloriées à teintes plates , n’ont pas tardé à s’effacer et à disparaître ; et quand je visitai en iSay les deux tombeaux dont je viens de parler, je n’y découvris aucune trace des peintures qui s’y étaient trouvées encore à peu près intactes, au bout de plus de vingt siècles. On doit comprendre dans la même

1 Gargiulo , Cenni sulla maniera di rinvehire

i vasi fittili, p. 7; Sanchez, clelle Tombe di Ruvo, p. 1 1.

2 Voyez l'indication donnée à ce sujet par M. de Steinbüchel , dans sa dissertation intitulée : Sappho und Alkaios , Vienne, 1822, p. 17. Il a paru une description des peintures de ce tombeau , accompagnée d'une planche , dans le Wiener Zeitschrift fur Kunst , etc., 1820, septembre, n. 11 3.

3 La présence de ce frui t , en tef re cuite , dans un grand nombre de tombeaux grecs de la Campanie , d’accord avec l’image peinte qui s'en est trouvée dans les tombeaux de Pæstum,

ne peut que justifier la manière dont je me suis rendu compte de l’objet symbolique, en forme de ijrenadc , sculpté sur la stèle sépulcrale campanienne que j’ai publiée dans mes

Monuments inédits, Odysséide, pl. lxtii, p. 2/19, 8 fs Zoëga y avait vu le même objet, ou du moins , un vase en forme de (/renâcle, ainsi que je l’ai appris récemment de M. Welcker,

Rhein. Muséum, IIIe Jahrg. , IVe3 H., p. G 12.

4 Cette figure tient sa lance posée horizontalement stlr son ^épaule , avec un boneliér et un parazoniam , qui y sont suspendus pur un anneau : ce sont des armes conquises à la guerre. La Minerve Iliade , type des médailles d 'Tlium , porté de même sa lance avec des bandelettes attachées, Mionriet, pl. lxxv , 6 ; c’est aussi dans cette attitude, avec sa lance qu’elle tient sur l'épaule’, et non avec un javelot (/a elle lance , qiii’apparaît la même déesse, sur une médaille d’/oVi du cabinet Fontana ; en sorte que toutes les conjectures qu’a . suggérées ce type au savant interprète se trouvent dénuées de fondement ; voy. les Annal. delT Inslit. ar.chcol. t. J, tav. lvii , B , n. 7 , et t. V, p. 267 , :sgg.

5 Voyez , -dans les Antichità Pestane du chan. Bnfnonte, q»g. d - 79 , la description de ces tombeaux ornés de peintures ; et dans les Meniorie sut monument! di , Antichità de. D. Nicola , tav. Vi, une gravure au trait des deux sujets qui Viennent d’être décrits.

classe de tombeaux, revêtus à l’intérieur de stucs peints, celui d 'Armento, qui avait eu ses murailles décorées , sur les quatre côtés , d’ ornements et de figures en stuc , coloriés et dorés 1 ; ainsi que le tombeau de Cumes , orné de basreliefs en stuc , dont les couleurs n’avaient sans doute disparu que par l’effet

de la vétusté.

Mais , parmi les tombeaux grecs de la Campanie et de la Grande-Grèce qui avaient été ornés de peintures sur enduit, il ne s’en était encore trouvé aucun , à ma connaissance , qui nous eût offert ce genre de décoration d’une manière aussi propre à nous faire juger du style de dessin et du goût d’exécution qui régnaient dans de pareils travaux, que notre tombeau de Ruvo, avec la peinture que j’en publie. La conservation n’en laissait également que peu de chose à désirer, bien qu’un des côtés du tombeau eût été enlevé à une époque ancienne par la construction d’un puits , et que plus tard ce tombeau eût été dépouillé des riches ornements qu’il avait dû contenir, envases, meubles, bijoux et autres objets pareils1 2 : un seul fragment de vase peint, de beau style, trouvé sur le sol du sépulcre, ayant pu servir de témoin et de cette richesse antique et de cette spoliation moderne.

Rien de plus simple , de plus uniforme , de plus symétrique, que la composition de cette peinture3, où vingt-sept figures sont distribuées en deux groupes, l’un de dix-huit Femmes, l’autre de neuf, conduits chacun par un Homme, toutes avec le même mouvement, dans le même costume, et dans des

attitudes absolument pareilles. Cette conformité d’attitudes , ce parallélisme de lignes, d’accord avec la distribution des couleurs, qui se répètent dans les vêtements avec la même régularité , ont quelque chose d’architectonique , encore plus que de pittoresque ; et cette disposition doit tenir à un système ,

1 Jôrio; Sepolcri ëntiehi, p. 26 : Questo sepolero avéva l’interno tutto rivestito di stucchi , e queiti in gran parte a diversi colori ed indorati.

Un beau fragment, détaché de ces stucs peints et - dorés du tombeau d’Armênto, etreprésentant une Scylld, faisait partie du Museo BartpldianO > où

- est décrit, n. 52, p. 1 52 , sans que f interprète en connût alors la provenance, le possède moimême plusieurs fragments de la même frise, acquis à Naples, un desquels, appartenant au groupe de Thétis et des Néréides, est publié dans mes Monuments inédits , Achilléide, p. 48 ; deux autres , qui faisaient partie d’une Amazon’èide et

d’une Centauromaclue, représentent un groupe et des figures qui semblent empruntés de la frise de Pbigalie, ou d’une composition semblable, et qui sont d’un style admirable.

2 Sur les innombrables objets d’antiquité qui se trouvent dans les tombeaux de Ruvo, on consultera avec fruit une relation de M. G. Sanchez, savant antiquaire du- pays, insérée au XxîŸfascicolo du journal napolitain il Progresso.

5 Voyez-en une description sommaire dans 1 eBullet. archèol. de i834, décembre, 228-230. J’ai dû réduire à seize les figures, qui sont au nombre de vingt-neuf dans le dessin original.

comme l’application même de ces couleurs , qui sont le blanc, le noir, le bien , le rouge et le jaune; ces deux dernières avec des nuances différentes; les mêmes , du reste, moins le vert, qui se reproduisent, couchées par le même procédé, à plat, dans les peintures de tombeaux étrusques, et qui s’y montrent, comme ici, employées d’une manière toute systématique, d’après certaines conventions décoratives, plutôt que d’après des vues d’imitation. Ce phénomène, qui avait frappé les antiquaires à l’aspect des grottes de Corneto, où des chevaux et des léopards, coloriés en bleu, et d’autres objets, peints de couleurs tout aussi capricieuses, distribuées tout aussi arbitrairement1, ne permettaient pas de méconnaître une vue systématique2 * *, ce phénomène, dis-je, s’est rencontré dans notre peinture de vase attique, où les feuilles d’acanthe coloriées en bleu tenaient certainement au même principe. Or, ce principe , qui prévalut dans toute œuvre de l’architecture et de la plastique exécutée pour être coloriée , et qui dut dériver de certaines traditions hiératiques, fut aussi celui qui régna dans la peinture sur mur de la haute époque de l’art; et c’est, suivant moi, de cette manière que la peinture sur mur, Tor^yçy.qn'a,, toujours traitée à teintes plates, avec des couleurs distribuées systématiquement, toujours subordonnée à ï architecture, comme moyen de décoration , se distingua de la peinture proprement dite, yp*cpn , qui se proposait un but imitatif, et qui employait des instruments et des procédés tout différents5. Je ne puis qu’indiquer ici des idées qui seront dévelop-

1 On peut prendre une idée de ces peintures et de la manière tout à fait conventionnelle dont les couleurs y sont distribuées, dans les planches de M. Micali, lviii et lix.

2 Voyez le Rapport de M. Kestner, au sujet

des grottes de Corneto, découvertes en 1827,

dans les Annal, delï Tnstit. archeol. t. I, p. 111, et d’autres observations du même antiquaire, publiées à l’occasion de la Grotla Francesca, ouverte en i833 , dans le même recueil, t. VI, p. 191.

5 Dans la haute antiquité grecque, cette peinture sur mur, ne consistant qu’en simples motifs d’ornements , était désignée par le mot 7 fomikla. C’est en effet le sens qu’a ce mot dans le langage attique , quand il ne s’applique pas à des tentures, à des étoffes brodées; distinction souvent difficile à faire. C’est avec cette valeur

qu’il est employé dans des passages de Xénophon que j’ai déjà cités ; Memorab. m, 8, 9 ; cf. OEconom. ix , 2 : Où ÜOIKIAMASI iieHotrpyrmi (rot oixrpiaia) : voyez mes Observations sur la Peinture, 2 5,3); et , d’une manière non moins claire, non moins expresse, dans quelques textes de Platon; Polit. 11 , 373, B ( t. IV, p. 100, Âst.) : ÀXXà t/iv ts Z wypaÇilav xivrflèov liai tt)v II oixtXlav , x. r. X. Cf. ibid. ni, 4oi ( 1 56 , Ast.) : Écrit Sé yé usov irXTfpijs pèv PPA- <I>IKÈ aùiûv , xai itâaa ù lotaù'ln Snfjuovpyîa , Sè vÇhxvitxrl xai nOIKIAIA nul oixoêopia, h. t. X. En rapprochant ces deux passages , dans le second desquels l’art de broder, ùÇiavnxé\, est si clairement distingué de la peinture d’ornement, isoixikia, on ne peut conserver aucun doute sur la valeur attique de ce dernier mot ; et c’est cet usage attique du mot ixotxikia

pées plus tard dans un travail où je traiterai de la partie technique de l’art.

11 résulte de cette distinction fondamentale, que la peinture sur mur ne constitua pas, chez les Grecs, une branche particulière de l'art de peindre, mais quelle fut, comme moyen de coloration, A' enluminure , un procédé à l’usage de la statuaire et de l’architecture, dont l’origine se liait aux traditions des arts asiatiques , et dont l’emploi fut sans doute réglé dès le principe par des conventions sacerdotales. Telle est, à cet égard, mon opinion, fondée sur tout ce que je connais de l’histoire de l’art des anciens , envisagée dans son ensemble et dans ses rapports, et non sur un seul point et dans une seule de ses applications. Par là s’explique l’extrême rareté de peintures sur mur, de véritables peintures, dans l’antiquité grecque, ainsi que l’absence même d’un mot propre à les désigner dans la haute littérature de ce peuple. Je ne sache pas, en effet, que le mot 7 u%cypctq>ict se soit produit dans cette littérature, telle que nous la possédons, avant le siècle d’Arétée, qui écrivit entre les temps de Néron et de Trajan1, peut-être même plus tard; et c’est par une correction tout à fait arbitraire qu’on a voulu faire du peintre d’Alexandrie qui reçut à Rome, dans sa maison, le roi d’Egypte Ptolémée Philométor -, de ce peintre nommé Démétrius par Diodore de Sicile3, qu’on a voulu, dis-je, en faire un peintre sur murk, 1 vi%oypà.q>oç , au lieu d’un

qui nous explique l’absence du mot roiyoy patyia. dans le vocabulaire grec de la haute antiquité.

1 Aretæus, de Caus. et Sicjn. acut, Mort. 1, 1 : Tolyoi "Xeîot , opako) , fn;<5’ VTtep 'i&^omee , firiêè âyyat (^poirj?) p7<5è ypatprjai eihto&poiipeOimixov yàp ÿ] TOIXOrPA<t>IH. Ge passage, où le mot dyyai , évidemment corrompu, n’a pas encore été corrigé d’une manière satisfaisante (voy. Osann, Kunstblatt, i832, n. 7 4 , p. Sgi, not.) , indique bien, d’après l’effet que produisait sur les sens la peinture sur mur, èpsOtcruxov , qu’il s’agissait en effet d'une peinture à couleurs vives et à teintes plates.

2 Voyez plus haut , p. 3 1 o.

5 Diodor. Sic. Excerpt. Valic. xxxi, 8, p. 84,, ed. Maïo.

4 L’absence d’un mot propre à désigner cette classe d’artistes, dans la langue latine, semble prouver aussi que la peinture sur mnr ne s’exerça que bien rarement, même chez les Romains,

à une haute époque de l’antiquité. A cette occasionne rappellerai l’inscription latine où se trouve nommé dans une longue liste d’affranchis romains, un peintre, qualifié gardien de temple, D. ario. pictor... emà...tvs, Bianchini, Caméra dé Servi, etc., p. 72, n° 3o; car ce passage de l’inscription doit se lire ainsi qu’il suit : d. ario. pictor. [it]em. a[edi]tvs (pour aeditvvs; cf. Camcr. Sepolcr. Libert. Augusl. tab. ix , A , et xxxi, 1 ; Monum. Papenbr. n. xvn. p. 17 ; Tubul. Antiat. lin. 20, p. i4); et M. Velcker, qui avait lu EMA! vs, Kunstblatt, 1827, n° 84 ; et l’habile antiquaire napolitain, M. Guarini, qui, citant en dernier lieu cette inscription, où il lisait : Pictor idem œdi , ajoutait: Qucm ego habeo pro œdium pictore, Commentar. XII, p. 65, s’étaient jetés l’un et l’autre dans des suppositions inadmissibles, faute d’avoir consulté la copie de Muratori, qui donne en toutes lettres, Thés., t. II, p. 985, 5 : D. ARIO, PICTOR. ITEM. AEDITVVS;

peintre de paysages, 7vmypâ.(poç , que porte le texte de l’écrivain antique 1.

Je n’ai que peu de chose à dire pour l’explication de notre peinture. Les deux chœurs de Femmes , napStmv, qui se tiennent par la main en dansant, dp^eovr’ cttàv'xu v \7n KOf7tu) ytîpof rappelleraient une image

ce qui est la vraie leçon, et ce qui devrait être admis en toute assurance, même indépendamment de la copie de Muratori; Boerner ne s’y e'tait pas trompé; voy. sa savante et curieuse dissertation de Privilcg. Pictor. , p. 47. Il était naturel et convenable en effet qu’un peintre fût chargé de la garde et de V entretien des édifices sacrés; de même que c’était aussi à des peintres que l’on confiait la garde des pinacothègues , dans la maison impériale. A ce titre, je considère comme un peintre, l'Apollonius, qualifié: PROC. AVG. QVI. F VIT. A. PINACOTHECIS , en l’honneur duquel fut rendu ce beau décret d’un collège d’Æsculape et d’Hygie, apud Morcell. de St. Inscript., 1. 1, p. 32i-24;Orell., n° 2417 ; et le nom de cet Apollonius, peintre grec, et affranchi de l’empereur, du temps de Domitien, doit encore être ajouté à la liste des anciens artistes, avec celui de notre Arion , employé, dans la maison d’Auguste., en cette même qualité de peintre. Du reste, je ne doute pas que ce dernier ne fût un peintre sur mur, un de ces artistes qui exécutaient des peintures de décor sur lesmurailles des temples ; genre de travail qui est désigné sur une inscription de Fabret.ti, p. 243 , n° 667, de cette manière : in. opvs. ornament. hs. cccc, et plus souvent, par les mots opus tectorium, ainsi qu’on en a des exemples, entre autres, sur cette inscription de Gruter, p. g4> n° 1 1 : PODIVM. PAVIJIENTA. MARM. OPVS. TECTO-

rivm ; voy. Morcelli, ibid. I, 244- De là, la notion qui résulte de ce passage d’une inscription latine, Mus. Veron. p. cxxvi, 1 : in. PORTICV..-

COLVMN. HII. CVM. SVPERFICIE. STRATVRA. PICTV-

ra ; de là encore , l’association qui se rencontre si fréquemment sur les marbres et même dans les textes latins, du Pictor et du Tector, c’est-àdire des deux classes d’artistes qui préparaient les enduits, et gui les peignaient. On en a un exemple dans ce passage de Varron, de R. R, ni, 2 : Qnam

nec pictor , nec tector , vidit unguam ; et quant aux inscriptions qui offrent la même association, il suffira de citer le célèbre marbre d’Antium , contenant un catalogue d’esclaves et d’affranchis de la maison de Claude, parmi lesquels figurent un jdgathopus TECtor , un autre TEctor , Secundus Euporianus , à côté d’un myro. aeg. l . pictor ; voyez Volpi, Tabul. Antiat. , lin. 22, p. i5, lin. 32 , p. 17.

1 C’est M. Osann qui , en citant le premier ce passage de Diodore, et trouvant des difficultés que je ne m’explique pas à conserver la leçon Tonoypatpov , a proposé de lire, 7 uvotKoypdCpov , ou t oi^oypaCpov , sans qu’il y ait plus de raisons pour l’une que pour l’autre de ces deux corrections si opposées , et l’une et l’autre si arbitraires; voyez le Kunstblatt, i832, n. 74, p. 294 ; et c’est M. K. Ott. Muller qui, admettant comme antique la leçon Toi^oypâÇios , s’est empressé d’accueillir notre Démétrius en qualité de peintre sur mur, dans son Handbach der Archüol. S 182 , 2 , p. 192. Mais ce n’est là qu’une supposition tout à fait gratuite de la part de cet habile antiquaire ; et je doute aussi que le Théodotos , qu’il cite comme un artiste grec , sur la foi de Nævius, opudFest. v. Pénis, p. 2o4, ed. Lindemann.; cf. ibid. p. 592, mérite l’honneur de figurer dans l’histoire de l’art. C’était un de ces artistes subalternes, qui peignaient des lares dans les carrefours : Qui aris compitalibus.... Lares ludentes peni pinxit bubulo ; et ces peintres d’enseignes et de tavernes, tels que ceux dont nous voyons les ouvrages sur les murs de Pompeï, et qu’avait en vue Juvénal, Sat. vm , 156-7 : Eponam et faciès olida ad prœscpia pictas, sont hors de la discussion actuelle, aussi bien que du domaine de l’art.

2 Homer. Iliad. xvm, 594. C’est aussi d’après se passage d’Homère que Denys d’Halicarnasse a rendu compte des chœurs de danses qui

homérique , si l’exécution de cette peinture répondait à son modèle primitif; et il nous est resté, sur un beau bas-relief grec du musée de Naples, une composition du même genre, avec des figures de femmes qui se tiennent de la même manière par la main, chacune accompagnée de son nom1. Toutes ces femmes sont vêtues de même, c’est à savoir, d’une tunique longue et d’un péplus , qui leur enveloppe la tête et les épaules 2 : c’est absolument dans le même costume qu’est représentée la Femme qui pose une couronne sur la tête du jeune Archémore étendu sur son lit funèbre : scène principale d’un des plus beaux vases sortis en dernier lieu des fouilles de Ruvo 5 ; en sorte que c’est ici un trait de costume grec représenté sur le

avaient lieu chez les Piomains , à l’imitation des Grecs, dans la célébration des pompes sacrées, et particulièrement des funérailles, Dionys. Hal. Ant. Rom. vn , 72.

1 Ce bas - relief votif, décrit en dernier lieu par MM. Éd. Gerhard et Panofka , Neapels antike Bildwerlte , 1,82-83, n. 275, avait déjà fourni , au second de ces antiquaires, le sujet de quelques observations , dans une Lettera ail’ Abb. Magyiore , Palermo, 1825. Mais l’importance de ce monument ne me semble pas avoir encore été appréciée comme il convenait; et c’est dans l’intention de le recommander à l’attention des antiquaires que j’en fis exécuter à Naples, en 1827, un dessin étudié avec tout le soin possible , que je me propose de publier. On y voit les trois Grâces , ETtbPOSTNH, AFAAIH , ©AAIH, suivies de trois Nymphes, ISMHNH, KYKAI2, EPANNÛ, et d’une quatrième figure, de plus petite proportion , nommée TEAONNHSOS : toutes vêtues de même, et toutes traitées dans ce style archaïque d’imitation , dont les conditions véritables sont loin encore d’être déterminées avec toute la précision et toute la certitude désirables. Je réserve pour un autre travail les observations que peut suggérer ce monument sous le rapport du sujet et sous celui de l’art.

2 C’est à peu près de la même manière que sont vêtues les femmes étrusques , dans les représentations de pompes funèbres , peintes ou sculptées, que nous offrent plusieurs monu-

ments de ce peuple ; voyez Micali , pl. lvii et rxvii ; Mus. Chiusin. tom, I, tav. lui, lvi. Ce costume avait excité l’attention de Winckelmann , qui en fit l’observation , au sujet d'une de ces figures de femmes , peinte dans un tombeau de Corneto , et qui crut trouver dans ce péplus passé par dessus la tête , l’explication de ce qui est appelé 'usvXeiiv par Pollux, v, 96 ; en quoi l’illustre antiquaire s’était trompé ; mais non pas dans l’origine grecque qu’il attribuait à cette particularité du costume étrusque. Sur un bas-relief d’Epbèse , publié dans le Museo Worsleiano, tav. x, p. 35-37, édit. Milan., une Femme , vêtue de la même manière , est assise devant un autel, dans l’accomplissement d’un devoir funéraire. La Femme voilée, représentant une Ombre queCharon conduit dans sa barque, sur un bas-relief du Vatican, Mus. P. Clem., IV, xxxv, offre pareillement ce costume ; et je pourrais multiplier ces exemples, pour peu que cela fût nécessaire.

5 Ce vase, dont la découverte a été annoncée dans le Ballet, delï Instit. archeol. i83i, agosto, p. i65, m’a déjà fourni la figure d'Atlas que j’ai publiée , d’après la peinture qui orne le côté postérieur du vase , et qui représente Hercule au jardin des Hespérides, dans mon Mémoire sur les représentations d'Atlas ; voy. p. 77-8. La face principale, distribuée entrois compartiments de peintures, sans compter celui du col dont je ne m’occupe pas, offre dans le cadre du milieu un édifice télrastyle ionique, au plafond duquel , vntv-

vase et sur la peinture de Ruvo, par des artistes d’une même école. Chacun des chœurs a pour chef, tm? op^nirouç hyiptMv , un Jeune homme, vêtu d’une tunique courte; et l’un de ces jeunes gens joue de la lyre à sept cordes, qui était un instrument employé dans les jeux funèbres, par les Grecs, comme par les Romains1. Rien n’est d’ailleurs plus constant que l’usage qui se faisait de

goÇtu, sont suspendues des roues de char et des têtes de cerf. On y voit trois personnages, dans cet ordre : Hypsipyle, IIYdrilIYAH , Eurydice, EYPYAIKH , et Amphiaraos , AMcWAPAOS ; en dehors, et dans la partie supérieure, sont, d’un côté, Bacchus , AI0NY20S, assis sous des pampres, tenant une lyre et une patère, deux attributs rarement donnés aux figures de Bacchus, avec un jeune Satyre, debout devant lui ; de l'autre , Jupiter , ZEY2 , assis, et s’entretenant avec Néméa, NEMEA, pareillement assise à côté de lui ; dans le plan inférieur, à gauche, deux Guerriers , debout en face l’un de l’autre , l’un desquels est accompagné de l’inscription : EY- NEÛS (sic) ; à droite, deux autres Héros, qui sont Parthénopée , 1 1 A P 0 E N O II Al O A , et Capi inèe , KAIIAKEYS. C’est dans le troisième et dernier compartiment qu’est représentée la mort d' Archémore , dans une composition de huit figures. Le milieu de cette composition est occupé par le lit funèbre , garni de coussins, npotr- HsÇd'Xaia (Lys. contr. Eratosth. , ni, 36), sur lequel est étendu le jeune Archémore, APXE- MOPOE , enveloppé d’un long péplus ; une Femme , vêtue comme il a été dit, lui pose sur la tête une couronne de laurier , tandis qu’une autre Femme debout , derrière le lit , tient de ses deux mains une ombrelle, axiuêeiov , déployée au-dessus du mort; de l’autre côté, est le Pædagogue , ÜAIAArffrOS , s’appuyant d’une main sur le bâton recourbé , et tenant une lyre , instrument des études de l’adolescence , qui pouvait avoir ici , comme symbole funéraire, une double intention. Cette scène principale est accompagnée , à droite et à gauche , de deux figures: c’est à savoir, dans la partie droite du vase , un Homme et une Femme , portant sur leur tête une table , chargée de vases

déformés diverses, hydries , patères, rhytons et canthares, avec des bandelettes attachées ; et sans doute deux figures semblables , qui se répétaient dans la partie correspondante du vase, du côté opposé; mais qui manquent dans l’état actuel du monument. J’ai dû me borner ici à une simple description de ce vase, un des plus considérables et des plus précieux à tous égards que nous possédions, et que je me propose de publier dans un nouveau recueil de monuments inédits, si les circonstances me le permettent.

1 Dionys. Hal. A ni. Rom. vu, 72 : A vpas snla- %op§ovs. J’aurais pu ajouter les Etrusques, à en juger d’après les représentations de pompes funèbres sur les monuments de ce peuple , où figure le personnage Citharisle, Micali , tav. jlv, lviii , 2, et ailleurs. Quant à la Grèce, et à l 'emploi funéraire qui s’y fit de la lyre dès la plus haute antiquité, je me contenterai de rappeler la figure d' Homme tenant une lyre, dvoga Ivçav syovJa, érigée sur le tombeau de Caucon, Pausan. v, 5 , 4. Il ne tiendrait qu’à nous de trouver une réminiscence de ce type sur un vase peint, du recueil de M. Maisonneuve, pl. xxxvixi , où se voit un Vieillard chauve et barbu, la tête ceinte de laurier, assis avec une lyre qu'il tient sur ses genoux , dans un édicule funèbre, fipàiov , qu’entourent, de chaque côté, un Jeune Homme et une Femme tenant une bandelette déployée. C’est tout simplement ici l’image idéale d’un Poète, produite sous les traits propres à la condition héroïi/ue, et non pas, comme l’a cru l’éditeur de ce vase, Anacréon, ou tout autre poète célèbre. Mais je profite de cette occasion pour annoncer qu’il se trouve dans la collection de feu M. Durand , un vase, d’une fabrique ancienne d’imitation, représen-

3a lyre, comme symbole funéraire ; et pour n’en pas chercher des exemples ailleurs que dans la contrée même à laquelle appartient notre peinture , je rappellerai la lyre sculptée dans le fronton d’un tombeau de Canosa1; et le personnage Cithariste , qui forme le type de la curieuse médaille primitive de Tarente, et qui a rapport à la célébration des jeux funèbres d’Hyacinthe2.

tant réellement Anacréon, barbu et couronné de laurier, debout, jouant d> la lyre, aux sons de laquelle semblent accourir un Eph'ebe et un Homme, l’un et l'autre couronnés de lierre. Le poète de Téos est désigné par son nom : ANA- KPEON ; et c’est encore là un nom historique à joindre à ceux de Crœsus, d’Alcée, de Sappho et d’Arcésilas, qui nous sont connus par d’autres vases peints.

1 Millin, Vases de Canosa, pl. i.

2 C’est l’explication que j’ai proposée de ce type , qui a beaucoup exercé de nos jours la sagacité des antiquaires, dans mon Mémoire sur la Numismatique Tarentine, cité plus haut, p. 4o6, i). Voy. dans les Annal, clell' Instit. archeol. t. II, tav. d’agg. M, i et 2 , deux exemplaires de cette rare et curieuse médaille, publiés avec d'ingénieuses observations de M. le duc de Luynes.

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