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n aurais pas souhaité d’autre adversaire que celui-là, pour combattre sur le terrain de l’antiquité figurée avec toute la liberté de mon esprit. Resté jusqu’alors étranger aux études archéologiques, il était évident pour moi que ce nouveau champion de la peinture sur mur n’avait vu là qu’un thème de controverse , où il s’agissait d’opérer , en grammairien habile , sur quelques phrases grecques : opération facile , du moment que la plupart des textes étaient rassemblés, et qu’il n’y avait plus qu’à dépecer le travail d’autrui avec l’instrument de la critique. C’est bien là, en effet, la tâche que semble s’être imposée le savant auxiliaire de M. Hittorlf, et qu’il a remplie avec tout le zèle d’un ami , comme avec toute l’habileté d’un philologue. En traitant à son tour la question, telle que je l’avais posée dans un programme de quelques pages, et en reprenant toutes mes idées une à une , et pour ainsi dire , phrase à phrase, je dois convenir que ce savant n’a presque rien laissé subsister de mon travail; mais je puis dire aussi qu’il n’a presque rien ajouté du sien aux éléments déjà connus de la question.
Il y avait pourtant , en dehors du cercle étroit que je m étais tracé, une foule de témoignages à produire, de laits à consulter, qui appartenaient à l 'histoire de la peinture, et qui permettaient de se faire, des productions de cet art et de leur emploi dans l’ antiquité grecque et romaine, une idée plus juste et plus conforme à l’opinion que nous en ont laissée les anciens eux-mêmes. Pour envisager dans toute son étendue cette grande question , il fallait donc sortir de mon programme ; il fallait transporter le débat sur le terrain de l’antiquité tout entière, en me laissant dans le modeste cadre où je m’étais renfermé, et se résoudre a me perdre de vue, pour me mieux combattre. Il est bien vrai quen procédant de cette manière, on eut
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trouvé le contraire de ce que l’on cherchait. A l’homme qui voulait à tout prix rencontrer partout des peintures sur mur , l’antiquité, interrogée dans tous ses monuments, aurait montré partout des peintures sur bois. Il est bien vrai encore que , pour se livrer avec succès à cette laborieuse investigation de tous les faits de l’histoire de l’art, il eût fallu des connaissances préliminaires , des études spéciales ; tandis qu’il était plus court et plus facile de prendre la question dans les termes circonscrits d’un programme, avec quelques phrases de Pausanias, dont on pouvait tirer tout ce qu’on voulait, pour principale ressource, et avec les peintures romaines, pour supplément aux peintures grecques. De cette manière, on n’avait pas en effet à se mettre en frais d’imagination et de recherches, ce qui est toujours commode ; il n’y avait plus que de la critique à faire , ce qui est souvent agréable ; la question n’avançait pas beaucoup; mais il y avait une opinion détruite, ce qui est toujours quelque chose.
Dans cette situation , j’ai dû remercier mon adversaire de tout ce qu’il avait fait pour moi , et de tout ce qu’il m’avait laissé à faire. En dehors de son livre comme de mon programme, la question de la peinture des anciens était demeurée à peu près intacte. Je n’avais donné qu’une esquisse , qui n’avait servi qu’à une critique. Il restait à rassembler tous les faits de l’histoire de l’art, à les produire avec toute leur valeur, à les montrer sous leur véritable jour; et ce travail, dont j’avais dès longtemps tous les matériaux réunis sous la main, je pouvais m’y livrer, sans avoir à m’occuper du triste soin de me défendre, ou du soin plus fâcheux encore de récriminer contre autrui ; car je ne devais rencontrer nulle part , sur ce nouveau terrain, le critique qui m’avait suivi pas à pas sur le premier. Je perdais de vue mon adversaire et moi-même , en me pla-
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çant dans le vaste domaine de l’histoire; j’oubliais ma querelle, en ne travaillant que pour la science. J’ai donc laissé sans le moindre regret mon programme mis en pièces par la critique, entre les mainsqui en avaient fait leur trophée. Au lieu de m’attacher à ramasser un à un , à recoudre péniblement de misérables lambeaux de ce texte , ce qui n’eût servi à rien et profilé à personne, j’ai produit sur la même question un livre où tout est nouveau, excepté l’opinion que j’y soutiens ; et , cette fois , mon adversaire aura fort à faire s’il persiste à me suivre partout où j’aurai conduit mon lecteur.
Le débat, qui se trouve maintenant porté devant le public, avait été d’abord instruit dans une académie; et ici encore, j’ai quelques explications à donner. Mon adversaire avait provoqué entre nous deux une controverse qui ne pouvait manquer d’avoir autant d’arbitres équitables et de juges éclairés que de témoins. C’est dans cette situation, qui devait nous être commune à l’un et à l’autre, qu’il fit deux lectures consécutives d’un mémoire où sans doute il n avait rien omis, rien négligé de ce qui pouvait être à son avantage ; obtenant , à la première de ces lectures , l’intérêt le plus soutenu; recueillant, à la seconde, des observations nombreuses et utiles. Pour moi , qui me trouvais alors l’objet de la critique et le président de l’académie, doublement obligé , en cette qualité , à l’attention et à l’impartialité, je rédigeais, dans l’intervalle des séances, le travail que je comptais soumettre à mon tour au même tribunal. Mon livre se taisait à mesure que se développait l’opinion contraire ; et quand mon adversaire achevait sa lecture, jetais prêt à commencer la mienne. Mais un scrupule, que je nai point à qualifier, vint donner à ce débat, jusqu alors innocemment académique, une direction nouvelle et une gravité insolite. Le critique se retirait de la lice où
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il m’avait appelé lui -même, au moment où j’allais y descendre ; il s’en retirait avec tous les avantages qu’il y avait obtenus , me laissant réduit à combattre seul devant une académie, et me privant ainsi de la ressource d’avoir à mon tour pour contradicteur celui qui m’avait choisi pour adversaire. C’est de cette manière, c’est à son exemple, que je me suis vu dans la nécessité de prendre aussi le public pour arbitre , au lieu de continuer dans le sein d’une académie une controverse qui y était née , qui devait y rester , et qui n’aurait fait qu’ajouter un nouveau feuillet à son histoire, toute remplie de ces pacifiques luttes de la science.
Voilà, sans manquer à la convenance et à la vérité, ce que j’avais à dire sur ce qui a été l’occasion de cet ouvrage. On voit que tout a été pour moi imprévu et involontaire , dans la publication de ma pensée, comme dans le choix de mes adversaires ; et cet aveu devrait me servir d excuse , si j’en avais besoin. J’aurais plus de titres encore à l’indulgence de mes lecteurs, s’il s’agissait de justifier auprès d’eux la forme de mon livre , sous le rapport des représailles , en bien petit nombre , que j’ai été dans le cas d’exercer à l’égard de l'habile critique qui m’avait provoqué ; mais je ne pourrais me procurer à moi-même cette satisfaction, sans entrer dans des explications qui ne conviennent pas à mon caractère. Il est pourtant un reproche que je dois prévenir, de quelque part qu’il m’arrive : c’est celui d’avoir relevé, dans le travail de mon savant adversaire , des omissions qui ne se trouvent plus maintenant dans ce travail rendu public. Cette circonstance m’oblige à déclarer que les omissions dont il s'agit avaient été signalées, en présence d’une académie, en face de l’auteur lui-même, soit dans le cours d’une discussion contradictoire , soit dans la lecture qui lui a succédé ; si donc elles ont été réparées depuis , si des textes que le critique n’avait pas employés, si des témoi-