‹ Peintures de vases antiques recueilliesChapitre 9 sur 18 · TIRÉES DE DIVERSES COLLECTIONS · texte numérisé non relu

TIRÉES DE DIVERSES COLLECTIONS

Voici le titre exact de l'ouvrage de Millingen : Peinluves \ antiques et im'-dites \ de I vases grecs \ tirées de divei'ses collections \ avec des explications | par J.-V. Mil/1 ngen. \ Home. \ Imprimé par De Komunis. \ M. DCCC. XIll. — 63 pi.

« La fidélité, voilà ce qui fait le mérite de ces planches, gravées d'un trait un peu lourd et dépourvues de l'attrait delà couleur. » (Vinet, Bibliographie des Beaux- Arts, p. 189). — On a pu dire sans exagération que les planches de ce recueil sont les premières reproductions fidèles que l'on ait données d'après des peintures céramiques (1). Dans ses descriptions, Millingen s'est cependant rendu coupable de quelques négligences fâcheuses : il n'a indiqué ni les dimensions des vases, ni les rehauts de couleurs.

L'Introduction (p. i-xin), écrite avec beaucoup de sobriété, peut être résumée comme il suit; nous reproduisons autant que possible les expressions mêmes de l'auteur (2) :

« Les vases placés dans les tombeaux consistaient : 1° En ceux qui avaient contenu le vin, le lait, l'huile et les parfums que l'on versait sur les corps des morts. On trouve dans les tombeaux des fragments de vases dont il est impossible de former un entier; ces fragments sont ceux des vases que l'on jetait sur le bûcher et qui se brisaient (3); i" il est probable que le vase d'eau lustrale placé à la porte de la maison mortuaire était ensuite déposé dans le tombeau; 3" à la suite de la cérémonie des funérailles, les parents et amis donnaient un repas auquel le défunt était supposé prendre part; sa portion aura été mise dans des vases et placée à ses côtés; i" ceux chers à la personne décédée (Vilruve, iv, i,) (i) et qui avaient été des prix remportés dans les jeux ou dans les gymnases; des présents de noces, d'amitié ou d'hospitalité (5); les vases sur lesquels on lit kAAOSI. KAAH sont de

(1) De Wilte, Étudesur les vuses peints, p. 20.

(2) Ne pas oublier que Millingen était étranger et ne maniait pas l'acileniont notre langue.

(3) Cf. plus haut, p. 89-90.

(4) Milliugcn est le premier qui ait cité ce texte pour éclairer l'usage de placer les vases ilans les tombeaux.

(5) Cette idée est le germe tic la théorie chère à Panofka.

MILLINGEN. î*!2 INTKODUCTION.

celte classe. — Les vases étaient tantôt déposés avec soin, tantôt jetés et brisés; on en tronve parfois en dehors des tombes, qui sont ceux que les parents et amis Y portaient lorsqu'ils venaient faire des libations et des sacrifices. On explique ainsi d'une manière simple pourquoi les vases étaient placés dans les tombeaux, sans recourir à la raison alléguée par la plupart des auteurs qu'ils y avaient été mis comme signes ou symboles de l'initiation des personnes décédées aux mystères : opinion qui n'est appuyée d'aucune autorité ancienne. D'ailleurs, lorsqu'on découvre une rangée de tombeaux, tous contiennent des vases... il faudrait supposer que tous ceux enterrés dans ce lieu eussent été initiés... Gomment ensuite expliquer les vases placés dans les tombeaux des enfants, que leur âge ne permettait pas d'ôtre admis aux mystères? » (p. iv).

Millingen essaye ensuite de classer les vases par le style et les sujets, mais cette partie de son travail n'offre plus d'intérêt aujourd'hui. Il admet (7") une classe de vases dont les sujets ont rapport aux mystères et qui présentent des cérémonies préparatoires au.x initiations. «Des sujets semblables ne se voient guère que sur des vases de la décadence de l'art et que l'on découvre dans la partie de l'Italie occupée autrefois par les Lucaniens, les Bruttiens et les Samnites, où les opinions et les usages grecs étaient corrompus par le mélange avec ceux de ces peuples barbares. » (p. vi.) Les vases les plus anciens, étant destinés à contenir du vin, sont souvent ornés de scènes dionysiaques (p. vu.)

Chronologiquement, les vases d'ancien style appartiennent à l'époque entre 700 et ioO; la seconde époque, qui est celle de Phidias et de Polygnote, finit, quant à l'Italie et à la Sicile, vers la seconde guerre punique; la troisième époque se prolonge jusqu'à la guerre sociale qui ruina l'Italie. Ce fut probablement alors que cessa la fabrication des vases peints (p. vm.) (1). Du temps d'Auguste toute la grande Grèce était tombée dans la barbarie, à l'exception de Naples, de Rbegium et de Tarente (Strab., vi, p. 253.)

Si les anciens n'ont guère parlé des vases peints, c'est que c'étaient des objets industriels sans importance. Cependant, en dehors des passages de Pindare {Nem. x, lUi et de Suétone [Jul. Cxs. 81) qui s'y rapportent, il y en a un autre qui a échappé à l'attention des auteurs : c'est celui où Strabon (vni, p. 381), parle d'objets en bronze et en terre trouvés dans les tombeaux près de Corinthe. Les fouilles récentes de Dodwell prouvent que les vases devaient compter parmi ces objets.

Parlant des symboles que l'on trouve sur les vases d'époque récente, Millingen admet, avec CaroUi, que l'objet rond au milieu du(iuel on aper(,"oit une croix est un ballon; il rapporte aux cérémonies funèbres, et non aux initiations, les bandelettes, les gâteaux sacrés et les fleurs. Il admet cependant que « sur les vases de la décadence, on trouve plusieurs symboles qui semblent relatifs aux mystères. «

Au lieu du « génie des mystères ('2) » désignation que n'autorise aucun texte, Millingen propose de reconnaître " l'Amour, auquel on a donné les caractères de

(1) Ces divisicins sciiil, judicieuses et préférables à la pluparl de celles qui uni été proposées depuis. On sait cependant aujourd'hui que la fabrication des vases à figures rouges commence avant l'an oUO et il est probable qu'on n'en a plus fait, même en Italie, après la seconde guerre punique.

(2) Cf. i)lus haut p. 24, note 1.

MILLlNGliN. — 1)3 INTHODUCTION, A-C, l-:2.

l'un et l'autre sexe, qui sont en effet attribués à ce dieu, ainsi qu'à Bacchus, par Orphée dans ses hymnes. »

Millingen se plaint de la trop grande habileté des restaurateurs de vases à Naples, mais ajoute que la fraude est facile à découvrir en frottant les peintures avec une (5ponge trempée dans de l'eau-forte ou de l'esprit-de-vin rectiflé pour faire disparaître les repeints. « Il semble que les véritables amateurs, surtout ceux chargés du soin des collections publiques, lorsqu'ils acquièrent des vases fracturés, devraient se contenter d'en rassembler les pièces, de suppléer celles qui manquent, mais de ne leur donner de couleur qu'autant qu'il est nécessaire pour ne pas choquer l'œil et de manière à ce qu'en s'approchant des peintures, on distingue sans peine l'antique du moderne. » (p. xn). Ici encore, Millingen est en avance sur son temps. Il l'est encore quand il déclare que ses gravures sont des fac similc, où l'on n'a pas cherché à embellir les originaux; la plupart de ses dessins ont été faits par Michel Steurnal, à Naples, et les gravures par Giangiacomo à Rome (p. xii, n. 3.)

La perte d'un grand nombre d'ouvrages cycliques et dramatiques explique que tant de peintures de vases soient obscures pour nous. « En y réfléchissant, on est même étonné qu'il ait été possible d'expliquer autant de monuments... On ne peut pas prétendre tout expliquer dans l'antique. »

Millingen pense que les céramistes prenaient pour modèles des peintures d'artistes célèbres, « car il n'est pas dans la nature des choses que celui qui a pu avoir des conceptions aussi heureuses, n'ait pas su les exécuter d'une manière correspondante. » (p. xin.)

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