IX. — Exercice de la médecine, profession médicale
La profession médicale tient dans la société chinoise une place analogue à celle qu’elle occupait dans la civilisation de la Grèce et de Rome; plus tard, dans celle de l’Europe, au moyen âge. Sans être positivement méprisée, elle ne pouvait élever ses membres au-dessus de la classe ordinaire, et quelques grands esprits seuls, dont la science embrassait l’ensemble des connaissances de l’époque, ont joui pendant leur vie d’une juste renommée et laissé à l’histoire un nom impérissable.
La généralité des (praticiens était, soit des esclaves ou des affranchis, souvent attachés à une grande maison, soit des gens à profession douteuse, tenant du barbier et du coureur d’aventures, trop souvent enclins à prêter leur concours à des entreprises douteuses. Au moyen âge, la position avait déjà gagné, et du jour où se dégageant du mystère dont elle s’entourait, s’appuyant encore sur les traditions du passé , mais ouvrant largement la porte aux recherches sérieuses, du jour où la médecine fut définitivement fondée comme science, de ce jour aussi la profession de médecin devint une de celles qui honorent celui qui l’exerce.
En Chine, on en est encore à la barbarie; la médecine, basée exclusivement sur des vues empiriques et sur une observation aveugle, est encore dans l’enfance. On se plaît chez nous à citer età commenter des ouvrages de médecine écrits 3000 ans avant notre ère, on trouve des auteurs pour
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soutenir que l’Europe est à peine supérieure à la Chine, qui nous aurait devancés dans la voie des découvertes. C’est là un optimisme de théorie; il tombe devant une étude impartiale; le mérite de ces quelques travaux anciens réside simplement dans le petit noyau de connaissances communes 5 tous les peuples à civilisation indienne; les Grecs comme les Chinois l’avaient retiré de ce berceau commun; actuellement, ces rares travaux sont inconnus à la généralité des praticiens chinois, et, relégués dans les bibliothèques, ils n’en sortent que pour enrichir les collections européennes et satisfaire la juste curiosité de nos sinologues. Nous ne pouvons ici qu’énoncer le fait; si, dans un autre travail, nous cherchons à étudier la science médicale des Chinois, nous pourrons démontrer que, par erreurs, par difficultés de texte ou même sciemment, on a singulièrement exagéré la profondeur de leurs connaissances.
En Chine, nulle entrave n’est apportée à l’exercice de la médecine; est médecin qui veut; le plus souvent la profession reste dans la même famille, et, disciple de son père, le jeune praticien hérite à la fois de sa science et de sa boutique, car la plupart des médecins débitent euxmêmes leurs drogues. Quelquefois le médecin n’exerce son art qu’à défaut de mieux et y joint le produit d’une industrie; nous en avons vu fabriquer des arcs, peindre des portraits, accepter l’emploi de commis subalternes dans les bureaux des légations européennes.
On conçoit qu’avec une aussi grande liberté le nombre des médecins soit fort considérable ; du vulgaire médicastre au médecin de la cour, il y a bien des degrés, mais peu parviennent à une position pécuniaire supérieure et à une grande estime de la part de leurs concitoyens. — L’habitude a établi un tarif des honoraires, variant par visite de 1 tiao (80 centimes) à à au plus (3fr,20), mais le plus souvent dans ce prix est compris la fourniture des médicaments.
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Les pharmacies dont le nom chinois signifie «boutiques à médecines » sont nombreuses ; quelques-unes sont réellement fort bien tenues et renferment un grand nombre de substances, la plupart d’origine végétale. L’ignorance des lois de la chimie ne permet pas d’utiliser le règne minéral sur une grande échelle; cependant le sulfure de mercure, dont il existe de vastes gisements, le soufre, l’arsenic, l’alun, le carbonate de plomb et autres produits faciles à préparer, sont fréquemment utilisés. On commence déjà à ressentir à Pékin l’influence des relations commerciales; à Sanghaï, à Hong-Kong; les Chinois ont appris à connaître les vertus du sulfate de quinine, du sulfate de zinc; ils en ont introduit dans leur pharmacopée sous les noms divers de « remèdes de l’ouest »; « remèdes pour la maladie des yeux », et les donnent empiriquement.
Les préparations internes consistent, soit en infusions de plantes médicinales, soit en pilules préparées à l’avance et colorées en rouge; de là le nom de « pilules rouges» donné par les Européens aux pilules chinoises de sulfure de mercure, tandis que cette couleur est commune à presque toutes les préparations de cette espèce. Les remèdes sont divisés en deux grandes classes : les remèdes froids, les remèdes chauds, destinés à combattre le chaud et le froid dont le défaut d’équilibre est l’origine de toutes les maladies; à ce sujet, chaque malade a sa théorie ; il discutera avec son médecin, lui fournira matière à des dissertations plus ou moins pédantes, au bout desquelles on tombera d’accord sur la nature du mal chaud ou froid, et par conséquent sur la classe de médicaments à employer.
Le Chinois est essentiellement porté à se gorger de remèdes ; presque chaque famille a sa petite provision de médicaments, et au moindre dérangement, on se hâte d’y puiser et de se livrer à une véritable orgie pharmaceutique. En général, on n’a recours au médecin que quand le malade
se croit mourant; il est, vrai qu’il faut peu de chose pour cela, par exemple une simple indisposition forçant à s’aliter. Si, après la visite du médecin, la situation paraît perdue, le malade lui-iuême se hâte de faire acheter un cercueil et trouve dans cette précaution une force nouvelle, un soulagement â ses maux; il a pu constater de visu que les choses se feraient convenablement. Dans les bonnes familles, il est d’usage d’avoir ce meuble longtemps à l’avance ; sa vue n’éveille pas d’idées tristes, au contraire.
D’un autre côté, les gens lettrés font preuve d’un grand scepticisme à l’égard de la médecine et croiraient s’abaisser en ayant recours à la science d’autrui; il est de bon goût de plaisanter la médecine et les médecins; mais plus forts que les contemporains de Molière qui, en applaudissant le Malade imaginaire, n’en avaient pas moins recours au médecin, les lettrés en usent fort peu, et c’est dans la classe moyenne que le praticien doit chercher la clientèle.
La pratique de la chirurgie est à peu près nulle; elle se borne à panser les plaies, placer de grossiers appareils à fractures, pratiquer quelques manoeuvres de massage, au besoin ouvrir un abcès lorsqu’il est superficiel; mais la chirurgie active, la médecine opératoire sont inconnues. Il en est de même de l’obstétrique, dont la pratique est reléguée entre les mains des matrones. — Les Chinois ne comprennent pas qu’un homme puisse être appelé pour une maladie de l’appareil génital chez la femme. C’est surtout par la chirurgie que la science européenne pourra éveiller leur attention.
Trop souvent les médecins se font les auxiliaires du vice et du crime; les murailles sont couvertes d’affiches dans lesquelles on vante tel ou tel aphrodisiaque, on spécifie ses propriétés, on exalte avec détails ses qualités en les rendant plus appréciables par des dessins significatifs. Les abortifs sont encore recommandés par ce mode de publicité, on les nomme remèdes pour faire « déga-
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ger le ventre », «pour rendre la virginité », pour « faire couler le fruit»; on offre de provoquer l’avortement avec plus ou moins de facilité suivant le prix; on opère aussi à forfait. Les plus belles boutiques à médecine de Pékin doivent leur fortune à ces fructueuses spécialités.
La seule organisation médicale est celle de la maison de l’Empereur; c’est là que l’on trouve une sorte d’enseignement; c’est ce que l’on a improprement nommé en Europe «le Collège impérial de médecine de Pékin ». Cette dénomination a l’inconvénient de faire supposer une institution importante, une sorte d’université, alors que les établissements consacrés à ce service sont simplement le lieu où se rendent chaque jour les médecins de la cour pour attendre les employés inférieurs et de là se rendre auprès des fonctionnaires qui les feraient appeler.
Les médecins de la cour ont été institués par l’Empereur Kang-Hi; ils sont au nombre de trente environ, deux à bouton bleu, six ou huit à boutons blancs, les autres à bouton doré de deux classes; ces derniers sont plutôt des aides préparant les médicaments, et devant veiller à leur administration. Les plus élevés en grade reçoivent, comme appointements fixes, 36 taëls (288 fr.) par an, et 1200 catties (725 kilogr.) de riz par an; les aides 12 taëls (96 fr.), et 500 catties (300 kilogr.) de riz. En dehors de ces émoluments, quelques gratifications et le produit de leur clientèle en ville leur font une position supportable; lorsque plusieurs médecins de la cour se réunissent auprès d’un malade, l’avis du plus âgé doit être aveuglément suivi.
Les médecins à bouton bleu ont seuls le droit de visiter l’EmperëTHi-jnalade ; mais sous aucun prétexte , ils ne doivent lui adresser la parole. Assis sur un fauteuil ou couché sur un lit, le Fils du ciel tend un bras à chaque médecin. Ceux-ci tâtent le pouls, et, recueillis dans une profonde méditation, doivent, par ce seul examen, poser un diagnostic qui, sous les peines les plus sévères, ne saurait différer
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entre les deux. Telle est la règle; il est permis de croire qu’une cordiale entente préalable aide singulièrement au résultat désiré. Du reste, si quelques questions paraissent indispensables, chose fort rare dans la pratique du Chinois, les médecins peuvent à l'avance s’être enquis auprès des eunuques de service. Pendant l’hiver 1866-67, le jeune Empereur, enfant de quatorze ans, prit une légère atteinte de croup; la diphthérie régnait alors à Pékin et il y eut grande émotion au palais. Les médecins officiels, trèsinquiets, ne parurent pas avoir satisfait complètement, car, quelques jours après, parut le rapport sur l’enseignement de la médecine que nous citons un peu plus loin.
1 Pour l’Impératrice et les princesses du sang, les choses se passent avec plus de rigueur encore. Le bras de la malade est passé au travers d’une étoffe de soie; l’endroit seul où se tâte le pouls reste à découvert.
Outre leurs fonctions pratiques, les deux premiers médecins doivent faire un cours sur la médecine. Celui-ci consiste simplement dans la lecture des classiques; nul commentaire, nulle discussion ne s’ouvrent entre le maître et les élèves; comment pourrait-il en être autrement? le nec plus ultrà de la science en général n’est-il pas ce qu’ont fait les anciens ; écrits sous forme didactique, ces préceptes forment autant d’aphorismes que l’on ne discute pas; pour discuter, il faut ou une science supérieure, ou une tendance d’esprit critique entièrement opposée au caractère chinois. Privé de l’enseignement pratique, soit comme anatomie, soit comme clinique, l’étudiant chinois a acquis le maximum du savoir quand il peut réciter couramment un certain nombre de livres, reconnaître et écrire les caractères qui s’y trouvent. Arrivé à ce point, il se présente aux examens qui ont lieu, avec ceux des autres lettrés, à des époques indéterminées et, s’il réussit, il obtient le bouton de cuivre doré. Comme médecin, il ne dépassera pas ce grade, si ce n’est en restant à la cour et par une faveur toute spéciale.
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L’opinion publique attache une médiocre importance ù. cet insigne; on sait bien que trop souvent l’argent en est, plus que la science, la véritable origine. Le bouton doré, même acquis au titre médical, donne accès aux fonctions administratives de toute nature.
Nous ne saurions critiquer plus sévèrement l’organisation médicale à Pékin, qu’en reproduisant littéralement le rapport suivant publié dans la Gazette officielle de Pékin, du 1 ti janvier 1866.
« Ou-Tching-yuen, premier censeur (1) pour la province du Chan-Si, présente, à genoux, un mémoire sur le service médical officiel et propose certaines réformes qui peuvent faire progresser la science. Il prie Sa Majesté d’y laisser tomber ses regards.
» La science médicale, d’une part, nous rapproche des influences célestes, de l’autre, nous révèle les secrets de la ' terre; elle envisage les choses au point de vue le plus large, et les étudie cependant avec minutie. Tracer ses lois, en montrer l’harmonie, est un travail digne des sages divins, bien au-dessus des hommes ordinaires.
» La dynastie régnante fonda l’institution des médecins impériaux pour diriger tout ce qui a trait à l’art de guérir; l’empereur Kien-long ordonna la publication du « Miroir cl’or de la médecine » et traça des règlements simples et précis qui font encore loi dans le pays; ils sont excellents, mais leur effet sur la diminution des maladies a été presque nul.
» La grande difficulté de l’étude de la médecine est celle-ci. Les livres intitulés Ling-Tchou et Sou-Wen sont maintenant très-difficiles à comprendre ; le Tchin-Kouei-
(1) Les fonctions des censeurs sont spéciales à la Chine; 'ce sont de hauts mandarins dont le devoir consiste à appeler l’attention de l’Empereur sur les points défectueux de l’administration, à proposer des
réformes, etc En pratique, ils n’agissent guère que par ordre et ne
sont que des rapporteurs de commissions.
yo-Lio et le Chang-Han-tio-Ping-Loun, écrits par Lhang-Ki , sous la dynastie des Han , contiennent 1 exposition complète théorique et pratique de l’art médical; leur étude serait très-profitable à l’humanité, mais leur antiquité les rend à peu près incompréhensibles; du reste, l interprétation réelle de leurs diverses parties a été perdue; ils ont été successivement annotés par beaucoup d’auteurs qui y ont intercalé leurs propres opinions, en sorte que ce n’est plus qu’erreur et confusion.
» Gomment oser s’intituler médecin sans avoir passé de longues années à de sérieuses et profondes études. Si dans les médecins impériaux il peut s’en trouver qui connaissent leur profession, la plupart sont entièrement ignorants. Il en est qui n’ont jamais lu les écrits des anciens, dont toute la science consiste à connaître quelques recettes, à peine éprouvées sur les malades, avec lesquelles ils veulent guérir les maladies dont ils augmentent, au contraire, la gravité. Ils ne savent pas distinguer entre l’apparence et la réalité, entre les effets du chaud et ceux du froid; ils agissent sans principe et ne font que du mal. Si de tels hommes sont employés au palais, il en peut arriver les plus funestes conséquences.
» Votre ministre estime nue la négligence des études est l’origine de la rareté du talent médical. Il voudrait demander à Votre Majesté que des examens périodiques, aussi sérieux que ceux de l’Académie impériale des Han-lin (1), fussent imposés aux médecins impériaux. Tous y seraient soumis et l’Empereur, sur la proposition du ministère des rites, désignerait les examinateurs qui devraient soumettre ces candidats à deux séries d’épreuves: l’une ayant trait à
(lj L’Académie des Han-lin, composée d’un petit nombre de membres, s’occupe exclusivement de rechercher et commenter les anciens classiques; elle étudie, d’après eux, les transformations des langues chinoise et tartare et de leur écriture. C’est une sorte d 'Académie française , mais où l’on n’entre qu’au concours.
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l’origine des maladies, telles que le chaud et le froid, la sécheresse et l’humidité , Pautre aux remèdes nécessaires dans les maladies éruptives, dans celles des enfants, aux méthodes d’acupuncture et de cautérisation. Les examinateurs seraient invités à décider du mérite des candidats, non par le style de leurs mémoires , mais par la science dont ils feraient preuve au point de vue pratique, en explorant le pouls, en prescrivant des médicaments. A la suite des épreuves, les candidats seraient divisés en quatre classes : la première serait récompensée par un avancement ou une décoration, la seconde serait simplement maintenue en fonctions, la troisième subirait une dégradation d’un rang, et les membres de la quatrième seraient renvoyés pour incapacité et déclarés inaptes à jamais être employés.
» Par ce moyen, les gens réellement habiles seraient classés au premier rang, et ne seraientplus exposés à entrer en compétition avec des ignorants ; le palais y gagnerait une organisation médicale vraiment utile, et le public serait délivré des effets pernicieux, que cause la pratique de la médecine entre des mains ignorantes. Ce résultat remplirait les désirs de leurs majestés l’Empereur et l’Impératrice douairière, qui aiment leur peuple comme leur enfant et désirent à chacun de ses membres longue vie et heureuse santé.
» L’auteur du mémoire prie humblement l’Empereur de vouloir bien donner son jugement sur ces propositions. » Le rapport est suivi de la formule ordinaire, qui en exprime l’acceptation par PEmpereur :
« Le mémoire est pris en considération. »
« 28e jour de la IIS lune, 5e année du règne de Toung- Tche. »
La branche si importante de la médecine^militaire n’est réellement pas représentée dans l’armée chinoise. 11 y eut autrefois, dit-on, des médecins attach 3 à un certain nombre de soldats; mais cette assertion n’est pas démontrée, et
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dans tous les cas, on ne retrouve plus aujourd'hui trace de cette institution.
Lorsqu’une armée est en campagne, elle abandonne ses malades là où ils tombent; le mandarin du village le plus voisin doit les recueillir et en prendre soin ; mais si le soldat n’a pas quelque argent, si ses amis ne se sont p s cotisés pour lui laisser des secours, il risquera fort de rester isolé dans le coin d’une grange, recevant un peu de riz ou de millet, à coup sûr, pas de soins médicaux.
Sur le champ de bataille, les choses se passent à plus forte raison de la sorte; après les combats de Ghang Kia- Wan et de Pa-li-Kao, nos ambulances ont recueilli un grand nombre de blessés que les mandarins se refusaient presque à recevoir ensuite. Il faut ajouter, cependant, que si le gouvernement s’enquiert peu de ses soldats, ceux-ci se secourent volontiers entre eux; à moins de -déroutes complètes, les blessés sont enlevés et soignés par leurs camarades, mais il y a là une action individuelle et non officielle.
Les grands mandarins militaires se font quelquefois suivre d’un médecin; mais, attaché à la maison du maître, faisant partie de son domestique, il ne doit pas ses soins au public, et ne met aucun empressement à les prodiguer.
Jamais l’intervention des médecins n’est requise dans les questions d’hygiène publique, c’est chose inconnue du Chinois; mais ils font partie des enquêtes médico-légales prescrites par les mandarins de justice; leurs traités de la matière se résument en quelques préceptes tracés dans le livre intitulé Si-yuen, dont l’origine est bien antérieure à notre ère, et qui n'a guère été modifié dans les éditions successives. On y voit le moyen de retrouver sur les cadavres les blessures 1 lites pendant la vie, de reconnaître si un corps recueilli dans l’eau y" a été jeté vivant ou déjà mort; il traite encore de certains poisons. Cet ouvrage a été analysé à
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maintes reprises par différents sinologues; h côté de quelques règles presque banales, il donne les indications les plus hypothétiques, et à coup sûr très-dangereuses au point de vue de l’instruction criminelle; il serait oiseux d’y revenir ici. Nous avons pu assister à une de ces opérations qui fit un certain bruit à Pékin, car elle tendait à faire porter sur un prince une accusation d’assassinat; elle fut naturellement suivie d’une ordonnance de non-lieu. On avait trouvé dans un égout sortant d’un palais un bras humain; de grandes pluies avaient effondré le sol, et en cherchant bien on put mettre à découvert un squelette présentant encore quelques parties molles. La première expertise n'ayant donné que des résultats incertains, on fit procéder à une enquête complète sur le lieu même, en faisant bouillir les os dans un chaudron rempli d’eau. Les mandarins, établis sous de grandes tentes élevées pour la circonstance, examinaient successivement tous les os, et recherchaient en vain des traces de violence; mais à l’inspection du crâne on vit que la boîte osseuse était fracturée en divers endroits; quelques ligaments adhéraient encore, ils étaient déchirés; on essaya de rapprocher les fractures de ces lésions extérieures, mais sans amener rien de décisif, et l’on se sépara sans prendre de conclusions.
Un examen plus méthodique me donna la certitude que le squelette était celui d’une femme et que les fractures bien nettement dessinées, avec enfoncement circulaire, pourraient être considérées comme dues à l’action d’un instrument contondant. Il eût été indiscret d’émettre un avis qu’on désirait ne pas avoir et qu’aucun titre officiel ne m’engageait à donner.
La clameur publique racontait un drame féminin arrivé dans ce palais et c’était sans doute pour donner satisfaction à la populace que l’enquête avajt eu lieu ; l’affaire fut étouffée.
Dans d’autres circonstances, en particulier à la suite d’un assassinat commis sur un Européen, nous avons vu fonctionner la police judiciaire; elle ne voit que ce qu’elle veut, et la science médico-légale lui est certes d’un bien faible secours.