III. — Irrigations urbaines, voiries, inhumations
L’attention du fondateur de Pékin et de tous les empereurs de Chine depuis Khoubilaï-Khan jusqu’à Kien-long , qui mourut en 1795, semble avoir été particulièrement éveillée sur la nécessité de fournir d’eau la grande ville; aussi y trouve-t-on un système très-complet d’irrigation urbaine. Mais depuis Rien-long, que l’on a du reste accusé d’avoir trop sacrifié à l’amour des constructions et des embellissements, et qui fit beaucoup pour Pékin, les prises d’eau, les bassins, les conduites, n’ont jamais été réparés et ont subi de successives dégradations dues au temps et à de fortuites inondations.
Ce n’est malheureusement pas dans ce seul détail que s’accusent la négligence et l’incurie du gouvernement central. A partir du fils de Kien-long, Kici-King , qui monta sur le trône en 1795, la mauvaise direction imprimée à la marche des affaires a amené du haut en bas de l’échelle administrative une tendance générale à la dilapidation des deniers de l’État; le résultat en a été une pauvreté toujours
ÉTUDE IÉllYCrlfoNE.
croissante, situation pénible que sont venues augmenter les insurrections des trente dernières années. Tous les services publics sont donc en souffrance et Ton n’a rien pu ou voulu faire pour Pékin. Depuis cinq ans, le gouvernement ayant eu la pensée intelligente de confier l’inspectorat des douanes maritimes à des Européens, a vu ses revenus augmenter sensiblement ; il a pu commencer quelques réparations encore fort restreintes.
La situation des travaux hydrauliques de Pékin est mauvaise; les eaux autrefois retenues avec soin dans de vastes réservoirs et de là déversées dans la ville, se répandent et se perdent dans la campagne; il n’en est pas moins intéressant d’étudier ces travaux d’art qui, avec quelques réparations bien dirigées, pourraient rendre de nouveaux et utiles services; ils témoignent tout au moins d’un véritable talent chez les premiers constructeurs.
Le principal cours d’eau qui arrose Pékin vient d’un lac nommé le Kouan-Min-ho , situé près du palais d’été de Yuen- Min-Yuen , bien connu en Europe depuis l’expédition de 1860; il se trouve à 20 kilomètres au nord de la ville. Ce lac est alimenté lui-même par des sources locales et par celles qui descendent des montagnes. Le cours d’eau, dont le débit est par moment assez considérable, vient rejoindre la ville à son angle N. O. et former un bassin retenu par des endiguements; le surplus coule dans le fossé du nord, puis dans celui de l’est et va se jeter dans le canal de Tong-Tchéou dont il a déjà été question et qui commence à l’angle S. E. de la ville tartare; à son origine, ce canal est coupé de cinq écluses de 3 mètres environ chacune ; la chute entre Pékin et Tong-Tchéou devant être au plus d’une vingtaine de mètres.
Du grand réservoir du N. O., les eaux entraient en ville et se déversaient dans trois lacs successifs ( voy . le plan) pour la ville tartare, puis dans les deux du palais d’hiver. Autre-
fois ces lacs étaient constamment remplis, mais actuellement, tant pour celui de Yuen-Min-Yucn que pour celui de la ville, le mauvais état des prises d’eaux et des écluses diminue leur recette; d’autre part, faute de nettoyages fréquents, les vases s’v accumulent, le fond s’en exhausse et pendant l’été ils se recouvrent d’une abondante végétation aquatique, gracieuse à l’œil, pernicieuse au point de vue hygiénique. Les quartiers environnants sont alors envahis par les miasmes, les habitants contractent des fièvres d’accès, et présentent de nombreux cas de cachexie palustre.
Les eaux des lacs s’écoulent par deux canaux, l’un parlant au-dessus du palais, l’autre au-dessous ; tous les deux vont, après avoir traversé la ville tartare, se jeter dans le fossé sud, et gagner le canal de Tong-Tchéou. Ces canaux intérieurs sont du reste crevassés, leurs quais sont en ruines, leurs portes ne ferment plus et ils restent presque toujours à sec.
Il en est de même des fossés de la face O. de la ville, ils reçoivent leurs eaux partie du réservoir du nord, partie d’une petite rivière sortant d’une plaine marécageuse à quelque distance de là. Elles gagnent également la face S. et enfin le canal de Tong-Tchéou.
A la suite des grandes pluies d’été, on ouvre toutes les écluses, les fossés sont recouverts d’un mètre d’eau envi- , ron, et l’on attend ainsi l’hiver ; l’eau se congèle alors et l’on extrait la glace qui constitue un grand objet de commerce.
La ville chinoise est alimentée en partie par une petite rivière aux eaux bourbeuses qui sort du parc de chasse du Haï-tze, situé à 2 kilomètres au sud, et se jette dans les fossés.
On voit donc combien ce plan était chose intelligente: réunir les eaux des montagnes, les rassembler au nord de la ville, la leur faire traverser en se développant sur de
ÉTUDE D’HYGIÈNE
larges surfaces, alimenter les fossés et enfin formerun canal d’une haute importance commerciale, retenir ou précipiter leurs cours par de nombreux barrages ou écluses; c’était très-bien conçu et certainement il y avait lk de quoi suffire à peu près à la consommation de la grande cité.
Actuellement il n’en est plus de même et les habitants doivent faire apporter leur eau de très-loin ou puiser dans la couche qui se trouve au-dessous du sol de Pékin.
Cette nappe d’eau se rencontre à une profondeur variable de 10 à 15 mètres suivant les points et surtout suivant les saisons; en hiver, alors que les sources des montagnes sont taries, tous les puits superficiels sont à sec; en été, on a de l’eau en abondance, mais elle est souvent bourbeuse.
Les puits sont du reste bien disposés, garnis de ciment k l’intérieur, surmontés de potences k poulies pour faciliter l’ascension des seaux tressés de paille que l’on emploie. Un grand nombre de maisons, les pagodes, possèdent des puits, il en existe même de publics dans les rues, mais la plupart fournissent une eau tellement séléniteuse qu’elle ne peut être employée aux usages domestiques. Aussi est-ce 'une industrie lucrative que d’acquérir un bon puits, d’en vendre l’eau aux habitants de son quartier et de la faire charrier dans toute la ville k dos de mulets ou sur des charrettes. Quelques princes, quelques pagodes laissent librement puiser k condition que l’on n’emporte k la fois qu’une quantité déterminée de leur eau.
Si les Chinois voulaient essayer à Pékin des forages profonds, il est assez probable qu’après avoir dépassé les couches supérieures, on arriverait à trouver une bonne eau, mais ils s’arrêtent toujours à la première qu’ils rencontrent et n’ont pas l’idée ou plutôt les moyens mécaniques de descendre des tubes métalliques, comme nous le pratiquons journellement avec un grand succès.
Les eaux puisées à Pékin, et mon jugement se porle sur
rÉJK-IN ET SES HABITANTS.
des essais faits à divers points de la ville, ont toutes un caractère commun; elles sont franchement séléniteuses, mais à des degrés variables. Toutes sont incolores, transparentes, généralement pures de matières organiques appréciables par les sels d’or; les unes sont à peu près insipides, d’autres amères et complètement impotables ; — toutes cuisent mal les légumes et dissolvent mal le savon. — Elles déposent par l’ébullition un résidu abondant qui encrasse rapidement les ustensiles, fait bien connu des Chinois et décrit comme un phénomène bizarre dans leurs ouvrages. Ce précipité , essentiellement composé de sulfate de chaux, contient encore du chlorure de calcium, de sodium et de magnésium. La quantité de matières salines, calculée par une solution alcoolique de savon, varie de 60 centigrammes ii 2 grammes et plus. On conçoit dès lors que beaucoup d’eaux ne peuvent être utilisées; du reste, même les plus pures, déterminent des accidents gastro-intestinaux chez les nouveaux arrivés qui renoncent bientôt à en user, sinon avec addition de vin ou d’alcool ; je ne serais pas éloigné de croire qu’elles sont en partie cause d’une tendance aux catarrhes de l’intestin dont sont presque toujours atteints les indigènes, phénomène complexe sans doute, mais fort curieux comme influence sur la santé et peut-être sur le moral des habitants.
Lorsque les Chinois font usage des eaux bourbeuses des lacs ou des sources de la plaine, ils pratiquent la clarification par l’alun qui précipite les sels terreux; ce procédé est connu dans toute la Chine où les eaux des rivières sont constamment troubles; je n’ai point vu de filtres bien entendus et assez vastes pour faire face à line grande consommation, et je ne sache pas qu’ils emploient jamais le charbon pour cet usage. Très-amateurs de bonne eau, surtout pour la préparation du thé, ils en font venir de grande dis-
ÉTUDE D’ilYGIÈNJi.
tance ou se transportent eux-mêmes aux sources renommées par leur pureté* mais ne cherchent pas beaucoup à purifier celle qu’ils ont sous la main, ou plutôt n’en connaissent pas le moyen.
La question de l’irrigation urbaine nous amène naturellement à parler des égouts qui, recueillant tous les détritus de la ville et drainant son sol , devraient aller porter au loin leurs eaux malsaines pour la population. Il existe bien à Pékin, dans les grandes artères* des égouts rudimentaires ou plutôt de petits canaux enfoncés sous terre d’un mètre à peine, etqui, communiquant autrefois avec les grands canaux d’irrigation, remplissaient en parliecebut; mais là encore se retrouvé l’abandon et l’incurie. Ces conduites de forme carrée, construites en dalles, sont simplement séparées de la voie par une pierre presque toujours brisée ou totalement absente ; en sorte qu’elles sont à peu près obstruées et que, en temps ordinaire, tout écoulement est impossible. 'Au contraire, comme l’on y jette journellement toutes sortes de détritus végétaux et animaux, les égouts ne sont plus qu’un foyer de putréfaction ; qu’il vienne un peu de pluie et le tout déborde dans la rue avec grand préjudice pour la vue et l’odorat des passants. Dans quelques points plus heureux, la destruction est moins complète, mais d’une part leur pente d’écoulement est trop faible, leur volume trop petit, et de l’autre ils ne reçoivent presque jamais l’eau indispensable pour maintenir un courant. En un mot, tels qu’ils sont actuellement, ces égouts de Pékin rendent peu de services et sont essentiellement nuisibles à ia santé publique.
J’ai déjà dit que les habitants ont l’habitude de jeter au milieu de la rue les eaux ménagères et en général tous les produits dont iis veulent se débarrasser; il en résulte sur la voie publique des amas d’immondices en fermentation ,
des restes de boucherie, affreux mélanges sur lesquels on voit se ruer tous les chiens errants, lorsque ce ne sont point des hommes hâves et nus qui disputent à ces animaux une horrible nourriture. Pékin gagnerait beaucoup à posséder les troupes de chiens errants de Constantinople ou les gallinaços de l’Amérique du Sud, mais la misère est trop grande et les chiens sont presque toujours mangés par les mendiants. Il n’y a en cela aucune exagération ; maintes fois j’ai pu assister au tableau navrant d’une troupe de ces malheureux se repaissant d’un affreux chien galeux qu’ils ont assommé dans quelque coin et dont ils rongent les osa peine cuits. — Les animaux crevés ne restent pas longtemps sur la voie publique, d’une façon ou d'une autre ils disparaissent rapidement, â moins que, déjà arrivés à un état de putréfaction avancée, ils ne rebutent les plus affamés; dans ce cas, personne ne songe aies enlever et ils pourrissent en paix, mais le cas est rare.
Le seul point de voirie publique qui soit assez bien observé, est l’enlèvement des matières fécales ; on sait que les Chinois en font, de temps immémorial, usage pour le fumage des terres, aussi ne laisse-t-on rien perdre de ce produit précieux à la culture. 11 n’existe point dans les maisons de fosse d’aisances; chaque matin, un industriel vient enlever avec sa hotte les matières recueillies dans un grand vase, commun à toute la famille, sorte de chaise percée sans chaise; il exerce généralement son métier sans demander une rétribution, puis, après la tournée chez ses clients, parcourt la ville sa hotte sur le dos, une longue cuiller à la main; il circule ainsi — sorte de chiffonnier diurne — jusqu’à ce que sa hotte soit remplie, la porte alors à quelque dépôt et a gagné sa journée; dans beaucoup de rues existent encore des espèces de latrines publiques, consistant simplement en une barre horizontale où se rendent, aux yeux de tous et sans scrupule, passants et gens du quartier; ce n’est
ÉTUDE D’HYGIENE
point du reste une attention de l’édilité publique,soucieuse de ia propreté de ses rues, mais simplement une spéculation des propriétaires des dépôts voisins.
Toutes les matières fécales sont réunies à divers points de la ville en vastes dépôts, elles y séjournent un certain temps, puis sont chargées dans de grandes charrettes découvertes qui vont les transporter à des dépôts extérieurs où elles subissent la dessiccation ; d’autres fois, lorsque le dépôt de la ville a assez d'espace, on ne se donne pas cette peine et l’on termine les opérations en ville môme. Que l’on juge après cela des horribles émanations s’élevant au milieu des habitations, et quelle doit en être l’influence sur la santé, surtout en cas d’épidémie! — Pendant l’été 1863, le choléra a cruellement sévi à Pékin et, avec les idées modernes sur l’un de ses modes de propagation, n’y a-t-il pas lieu de se demander l’influence qu’ont dû jouer ces dépôts, ces latrines publiques, cette promiscuité constante avec le conta, gium.
J’ai cru devoir résumer le chapitre de voiries publiques par cet exemple, — on me le pardonnera, — car il donne une juste idée de la honteuse négligence et de l’ignorance caractéristique de l’administration d’une grande capitale trop souvent citée comme une sorte de mystérieux et poétique séjour.
En hygiène, la question des inhumations confine à celle des voiries, mais chez tous les peuples elle en est séparée par le profond respect dont on accompagne jusque dans la tombe la dépouille de ceux qui ont vécu au milieu de nous, alors même que les affections de la famille ne nous y engagent point d’une manière plus pressante. A vrai dire, ce sentiment de respect est un peu dévoyé dans notre société moderne et s’il faut honorer ses morts, il ne faut point les rendre dangereux aux vivants; mais en Chine, ce culte est poussé à l’extrême et ce n’est point aux Chinois qu’il fau-
dra.it proposer, ainsi que nous voudrions le voir laire en Europe, de substituer l’incinération au mode général d’ensevelissement sous terre.
Le culte des ancêtres constitue presque la seule religion des Chinois, si même c’est une religion. On se souvient que sur cette matière éclata au xviii6 siècle la fameuse discussion entre les Jésuites, très-puissants à la cour de Pékin, et les Dominicains, jaloux de leurs succès; les Jésuites avaient bien compris que, pour faire accepter le christianisme en Chine, il ne fallait point heurter de front des habitudes dix fois séculaires, et qui, en somme, n’ont rien de pernicieux; ils avaient donc toléré le culte des ancêtres et le culte de Confucius, y voyant un hommage rendu à d’augustes mémoires plus qu’une invocation caractéristique du culte dans le sens religieux du mot. Ils perdirent leur cause en cour de Rome, et la Chine, qui entrait rapidement dans les idées nouvelles, leur fut dès lors fermée. L’empereur, voyant avec mécontentement un souverain étranger dicter des lois à ses sujets, jugea qu’une doctrine dont les sectateurs ne s’accordaient pas entre eux n’était probablement pas parfaite.
Ceci est un peu loin de la question, mais nous prouve combien est enracinée la doctrine de la vénération des ancêtres, et rend compte de l’importance capitale qu’attachent les Chinois aux funérailles de leurs parents.
Dès qu’un Chinois est mort, on s’empresse de laver le corps à grande eau, on le revêt de ses meilleurs habits, et on le couche dans un immense cercueil , dont le volume et la richesse sont en proportion de sa fortune et surtout de la piété filiale de ses enfants; or, comme c’est là la vertu capitale, ceux-ci s’imposent tous les sacrifices imaginables pour faire les choses avec une pompe qui leur attire la considération générale. — Souvent il faut attendre des mois avant d’avoir réuni la somme nécessaire; on contracte des
MORACHE.
‘àk ÉTUDE D’HYGIÈNE.
emprunts, on s’obère, et pendant tout ce temps le cadavre attend dans son cercueil que l’on lasse les préparatifs de cette grande fête. Lorsque les circonstances prolongent ce délai et surtout dans les familles riches, on dépose le cercueil dans les pagodes, qui ont en général une chambre affectée à cet usage. Il en est de même quand la famille est originaire d’une province éloignée et que l’on n’a point, quelquefois durant des années, la possibilité de faire un long voyage.
Ce mode de conservation est sans doute défectueux, mais il est atténué par la grande épaisseur des parois du cercueil, par le calfeutrage parfait dont il est l’objet et aussi par un demi-embaumernent, que l’on a fait subir au cadavre en l’enveloppant de toiles imprégnées de substances aromatiques.— -Dans les classes pauvres, il n’en est plus de même; on doit conserver les corps à domicile, on ne peut les ensevelir avec soin, et ils ne tardent pas à infecter les habitations. Mais il n’importe , on subit tout plutôt que de paraître publiquement insoucieux en matière aussi sacrée.
Enfin, lorsque le grand jour est venu, on fait une fête laquelle on convie parents et amis; elle comprend un grand repas et l’on organise un cortège avec l’aide d’entrepreneurs de pompes funèbres, industrie très-répandue et très-lucrative à Pékin. Je n’entre point dans le détail des cérémonies, des sacrifices, des deuils, le tout est régi par la loi et respecté par l’opinion publique, ce sont là des sujets fort intéressants, mais ils s’éloignent d’une étude médicale.
Le corps est porté hors de la ville dans un champ acheté pour cet usage ou dans une propriété du défunt, et enfoui à une grande profondeur. — En somme, sauf la conservation du corps à domicile, l’hygiène est respectée; — mais à Pékin en particulier, la misère est grande; les pauvres, les mendiants, les criminels, n’ont pqs de parents en mesure de leur rendre les derniers devoirs, la police intervient alors
et l'ait enterrer les cadavres dans des champs destinés à cet usage; seulement, elle fait les choses un peu à la légère, et trop souvent le cadavre à peine recouvert de terre est-il déterré et déchiré par les chiens errants. C’est un spectacle que l’on rencontre fréquemment dans la campagne de Pékin.
Aux condamnés à mort, la loi refuse toute sépulture; leur corps est précipité dans des sortes de puits profonds, où plongent incessamment des nuées de corbeaux. Leur tête reste exposée dans un panier suspendu à une perche sur le lieu même de l’exécution. Sur le grand marché de Pékin, on en peut voir constamment une vingtaine à divers degrés de putréfaction, ce qui n’empêche pas les marchands de se livrer au-dessous à leur petit commerce; le dégoût et la commisération semblent également étrangers à la race asiatique.
Aux femmes, aux enfants, on fait des funérailles moins splendides, mais décentes; cependant dans la classe pauvre on recule devant toute dépense, et s’il s’agit d’un jeune enfant, le corps est transporté à un asile spécial que nous décrirons plus tard, si même il n’est abandonné sur le bord du chemin.
Il n’est malheureusement pas rare, lorsque l’on sort de bonne heure à Pékin, surtout en hiver, devoir son cheval faire un brusque écart devant un cadavre, c’est celui de quelque mendiant affamé, que le froid a saisi et qui s’est rapidement congelé. Dans les moments d’épidémie, cela arrive souvent, et les maisons en ruines sont généralement le solitaire abri que recherche le misérable à ses derniers moments; — ce sont là de bien tristes tableaux qui suffiraient à eux seuls pour dégoûter de tout un peuple, si Pou s’obstinait à le juger avec nos idées d’Occident.
De toute façon les cadavres ne séjournent pas sur la voie publique. La police les fait enlever, ou à défaut les voisins,
ÉTUDE D’ilYGlÈNE.
qui ne sont pas ilattés de voir un mort à leur porte; d’après la loi, tout individu sur la propriété duquel on découvre un cadavre, est à priori rendu responsable de la mort. Or toute action judiciaire est toujours ruineuse en Chine.