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I.e retour à Yokohama s’est fait sans encombre

YOKOSKA.

mais assez lentement, car une pluie battante rendait la route fort glissante. Les Japonais sont trèsdrôles à voir par un jour de pluie : perchés sur des escabeaux de trois et quatre pouces de haut, ils se mettent à l’abri sous un immense parapluie plat en papier blanc. Ce papier japonais est vraiment admirable : il est à la fois le tissu doux et moelleux qui sert de mouchoir et de serviette, la paroi cotonneuse et transparente qui sert de mur aux maisons, l’enveloppe indéchirable et imperméable qui recouvre les parapluies et les balles de soie. Seuls les U bettos n et les coulies, à cause de la rapidité de leur course, ne portent pas au-dessus de leur tête cette tente emmanchée sur un long bambou ; mais ils s’enveloppent d’un casaquin en herbes longues et pendantes qui leur donne l’air d’un ours en paille jaune, trottinant dans la crotte.

En arrivant dans la ville européenne, nous avons trouvé notre courrier du vieux monde : c’est une joie bien grande pour le voyageur perdu à l’autre bout de la terre! Ce sont de ces jours fortunés que l’on n’oublie jamais ! de ces heures de rêverie où la pensée s’envole vers les plages lointaines où vous êtes tous! Et en lisant ces chères lettres, vos voix, je les entends ! votre air, je le respire ! mais l’ilhision ne dure qu’un instant, et il me semble que je n’ai jamais été plus loin de vous.

8 mai 1867.

Quatre jours viennent de se passer depuis notre retour de Yeddo; quatre jours de promenades, de fôtes, d’achats, en un mot, de cette activité dévorante par laquelle notre jeune bande est toujours entraînée. Nous avons eu les visites de tous les négociants français de Yokohama, et entendre parler français nous a remplis de gaieté. Un grand dîner nous a réunis à eux chez un des leurs, M. V'almale , gros négociant en soieries.

Une des choses qui nous ont beaucoup amusés, ç’a été l'agitation de toute la colonie européenne de Yokohama à l’occasion des courses, auxquelles on préludait par de magnifiques déjeuners. Dès qu’il s’agit de courir et de parier, les Anglais deviennent fous; et je crois que l’émotion est aussi grande que pour le solennel Derby d’Epsom. J’avais beaucoup entendu parler de la munificence avec laquelle le Taïkoun avait voulu créer un champ de course pour le plaisir des étrangers, mais j’ai encore été surpris en m’y rendant le grand jour. Yokohama est situé dans une plaine marécageuse; mais cette plaine est entourée d’une ceinture verdoyante de collines où la végétation est admirable. Eh bien , c’est en reliant les crêtes arrondies de deux collines parallèles par des remblais gigantesques, que le Taïkoun a formé une des pistes les plus pittoresques qu’il y ait au

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monde; elle suit comme le couronnement d’un mamelon circulaire d’où la vue s’étend au loin sur la mer et sur les campagnes; au centre môme de l’anneau formé par la piste , est une vallée toute riche de bosquets sauvages et de cultures florissantes , arrosée des sueurs de quelques tranquilles laboureurs japonais. Pauvres gens, leurs mœurs rustiques contrastent singulièrement avec l’aspect brillant de la fête que les Occidentaux ont transportée au milieu d’eux! Près de leur modeste cabane est le « betting « ; contre la rizière et le champ de thé, se trouve l’enccinte du pesage. De petits drapeaux sont alignés comme des jalons au fond de la vallée emprisonnée parles terrassements ; mais du seuil de leurs maisons nos bons paysans ont la consolation de x^oirlescasaquesdesoie rouge, blanche ou jaune, débouler dans la bourbe profonde des rizières, au moment du steeple-chase. Celui-ci était vraiment charmant; on a galopé à travers les cultures, en suivant les jalons : thé, riz, blé, pois en fleurs, fout a été traversé par l’escadron des casse-cou. Les Japonais de la ville et des environs étaient accourus en foule, et, couronnant tous les points culminants, ils riaient de tout leur cœur quand nos beaux messieurs piquaient avec ensemble une tête dans la rivière, La fête a duré pendant deux jours d’une heure à six heures. On a parlé de sommes folles gagnées par quelques heureux .

9 mai 1867.

Nous venions de voir toute une cité restée purement japonaise ; nous venions d’étudier de près les Japonais dans leurs mœurs antiques, leurs manoirs féodaux et leurs donjons à fossés et à ponts-levis : nous voulions maintenant aller à Yokoskà, baie retirée au sud de Yokohama, une véritable colonie française appelée par le Taïkoun pour créer et diriger les travaux d’un arsenal maritime et des chantiers de construction. L’aller devait se faire à pied, le retour par eau. Nous sachant bons marcheurs, deux capitaines du régiment anglais nous demandent de nous accompagner : nous avions pour tout bagage notre petit équipement habituel, c’est-àdire un revolver et en sautoir notre boîte de bœuf conservé. Voilà comme j’aime à courir la campagne dans ce ravissant pays, sans toute cette smala ordinaire de nos pérégrinations passées !

A cinq heures du matin, nous allons réveiller au camp nos deux officiers, deux u marcheurs de pro fession » s’entraînant depuis six mois tous les jours pour réaliser le plus de milles possible en deux heures de marche. Ils se réjouissaient sans doute de vaincre nos longuesjambes. Aussi, grâce à cette lutte courtoise où le duc de Penthièvre avait voulu soutenir l’honneur du pavillon , et dans laquelle nous

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avons bel et bien distancé nos Anglais, nous avons fait, en deux heures quarante-quatre minutes, les dix-neuf kilomètres qui séparent Yokohama de Kanasawa ; et par quels chemins , bon Dieu ! tantôt dégringolant comme une boule de neige dans les ravins de la belle baie de Mississipi ; tantôt grimpant dans les herbes et les roches jusqu’aux crêtes boisées d’une chaîne de montagnes. Mais du paysage, je ne me rappelle pas grand’chose : je ne voyais que les têtes étonnées des voyageurs et des jeunes filles qui nous lançaient un u ohaïho » rieur, et semblaient rester le bec ouvert en se disant : « Quel peloton de fous ! «

Cependant le printemps est déjà avancé ; les camélias sont dans tout l’éclat de leur première floraison ; des champs entiers de pois roses s’élèvent comme des îlots au-dessus de la nappe verdoyante des riz en herbe.

Je ne reconnais presque plus les paysages que j’ai vus il n’y a que peu de temps. La chaleur était devenue étouffante : aussi je vous laisse à penser avec quel enthousiasme nous saluâmes une ravissante tcha-jia où , sur les nattes fraîches et molles d’un kiosque aéré par la brise de mer, nous nous sommes étendus morts de fatigue, malgré les sourires, les tasses de thé et les coups d’éventail de la folâtre légion des élégantes « mousmies d . Après un bon sommeil et un premier coup de couteau

dans la boîte de bœuf, nous nous remîmes en marche et arrivâmes assez tard dans raprès-midi à un village de pêcheurs situé à l’extrémité d’un joli promontoire. On nous avait remis à Yokohama une pancarte ornée d’un tas d’hiéroglyphes, vrai talisman moyennant lequel nous devions nous procurer, au nom du Taïkoun, une barque et des rameurs pour traverser la haie. A l’entrée du village se trouvait un poste d’officiers ; le talisman passe de main en main : oh le retourne en tout sens, on court dans toutes les directions, et on nous amène un homme à deux sabres, évidemment monsieur le maire, qui nous honore de salutations profondes, en se frottant les cuisses avec frénésie. Il nous donne une barque, et deux heures après, nous étions au village de Yokoskà. Une première maison de thé nous avait plu, mais nous n’avons pu y trouver place : une quinzaine de seigneurs à deux sabres devaient y passer la nuit. Nous nous rabattons sur une autre, plus modeste en apparence, mais bien propre, bien coquette , donnant sur la mer, et où toute une famille et l’essaim ordinaire d’une demidouzaine de jeunes filles richement habillées nous reçoivent h bras ouverts. Un orage affreux venait d’éclater, il pleuvait à torrents ; nous n’avions donc plus la tentation de courir la campagne, et on se promit de confectionner, avec toutes ces demoiselles, un gai et bon dîner. On tint une vraie coin

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plénière autour du fourneau ; et bientôt vous auriez pu voir des homards bouillir à droite, des poissons presque encore vivants frire à gauche et pétiller en sautillant; des œufs et un tas de petites popotes réjouissantes mijoter dans lés bains-marie ; et au milieu des baquets, des soufflets, des plats de laque, deux grands marmitons de vingt et un ans, nés natifs de l’Occident, faisant la cuisine, le revolver à la ceinture, entourés de la troupe rieuse des demoiselles qui écossaient des pois et bavardaient joyeusement! — A la tombée de la nuit, le vieux papa à cheveux blancs alla, avec tout son petit monde, allumer les cierges de ses dieux lares , nichés sur un joli autel au fond de la maison : on leur porte à chacun une ration de riz et de gâteau que sans doute les rats mangeront en régal cette nuit. Mais n’importe, il y a quelque chose de touchant dans l’antique habitude de cette famille qui ne veut pas commencer le repas de chaque soir sans en offrir une part, en signe de reconnaissance, à la divinité protectrice du foyer domestique. Tous se sont prosternés respectueusement ; le vieillard , d’une voix faible, récite la prière; le recueillement le plus saint se voit sur tous les visages ; l’ange gardien du modeste toit est imploré pour cette nuit encore ; puis tout le monde se relève, revient avec enjouement aux homards , et pour notre part nous faisons fête au repas. Peu à peu on éteignit les

lanternes de papier colorié et on nous apporta nos préparatifs du coucher. L’oreiller se compose d’un petit morceau de bois, haut d’un pied, ayant la forme d’un fer à repasser; ce qui figure la poignée est recouvert d’une soixantaine de feuilles de papier cotonneux. Tout bon Japonais se met l’oreille làdessus ; pour moi , cette barre de bois m’a bien vite scié la nuque, et j’ai préféré la position horizontale. .Vous n’avions pour matelas que la natte de jonc; mais d’une armoire cachée on nous tira d’immenses robes de chambre ouatées et rembourrées, de trois pouces d'épaisseur, avec des manches larges, et d’une rare propreté; c’est là dedans que, bien emmitouflés, nous nous endormîmes du sommeil de l’imiocence, — à la japonaise.

10 mai 1867.

Xous nous sommes réveillés aux murmures de la prière matinale adressée par nos hôtes à leurs dieux lares. Vite nous avons fait notre toilette , comme dans le paradis terrestre, aux premiers rayons du soleil ; nous trouvâmes dans un<petit meuble délicat une glace grande comme une pièce de cent sous, des peignes de ces demoiselles, des serviettes de papier d’un pied carré, des brosses à dents (petits pinceaux entièrement en bois, dont le bout se coiiipose des filaments étirés du boi.s), de la poudre de

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corail au clou de girofle, etc., etc., bref, de quoi se faire pimpant pour se présenter à l'arsenal du Taikoun.

Avant de nous y rendre, nous visitons les jardins d'un temple, les plus bizarres que nous ayons jamais vus : environ trois cents divinités que je n'oserais décrire, et qui, adorées dans l'ancienne Grèce, se sont réfugiées au Japon , étaient érigées en tuyaux d'orgue , dans une attitude martiale ! Les couleurs les plus variées des' marbres veinés dont elles étaient faites donnaient à cet ensemble quelque chose de réjouissant.

En arrivant à l'arsenal, le prince a été reçu par M. Verny, ingénieur des constructions navales ; avec lui nous avons parcouru d'un bout à l'autre tout le terrain des chantiers. Si la rade est pittoresque , elle n'est pas du moins bien large pour un port militaire, et, quand il y aura deux corvettes et une frégate au mouillage, il nous a semblé que ‘toute évolution deviendrait fort difficile. Mais ce choix a été dicté par le Taikoun, qui a voulu avoir un arsenal à une courte distance de Yeddo. Quant aux cales de balage , il a fallu raser des collines de deux cents pieds de haut pour trouver la place de les construire. Douze mille ouvriers japonais étaient occupés,, les uns à ces gigantesques terrassements, les autres au creusement des bassins, d'autres enfin à la construction de deux canonnières. Un

grand hangar de deux cent cinquante mètres de long, ayant une corderie dans sa partie supérieure, abrite une trentaine de machines superbes qui , venues de France et de Belgique, ont coûté des millions. Voilà de quoi construire des Monitors et des Merrimacs pour le Taïkoun. Bien que de véritables constructions ne puissent commencer avant trois ans, on s’est hâté de faire faire d’immenses achats parles Japonais ; car, à l’instar de tous les Orientaux, ils sont si changeants qu’il faut songer à assurer le maintien du contrat par un premier engagement de fonds. Quarante-cinq ouvriers français sont les conducteurs de travaux de M. Verny : cette petite colonie, demandée par le Taïkoun, cédée par la France, travaille avec ardeur au service de ses nouveaux patrons, qui, j’en suis sûr, leur ont assuré de magnifiques appointements. Le village, français est propre et coquet : il a sa petite chapelle et son aumônier ; et certes là nos compatriotes nous font honneur.

C’est un grand triomphe pour la politique de la France qu’a remporté làM. Léon Roches. La jalousie des autres nations se révéla maintes fois à ce sujet, comme chaque jour où, grâce à lui, l’Influence française se manifestait plus énergiquement. On peut dire à bon droit que notre ministre excellait à ne jamais laisser échapper aucune occasion profitable pour la France.

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Au milieu de la journée, le Kien-Chan entrait en rade. M. Trêve, avec son amabilité ordinaire, avait voulu venir chercher le duc de Penthièvre et lui faire faire, du moins pendant quelques heures, une navigation sous le pavillon tricolore. Il nous amenait Fauvel et plusieurs Français. Après une courte station, nous repartions tous ensemble, nous naviguions par belle mer et jolie brise, et, à la nuit, notre aviso rentrait en rade de Yokohama, en passant U à l’honneur n et en rasant les nombreux navires qui dorment sur leurs ancres en, attendant leur cargaison.

14 mai 1867.

Nous venons de passer quatre jours sans sortir de Yokohama; nous avons pu nous réjouir dans la compagnie de tous les Français qui ont été si pleins d’amabilité pour nous. C’est pourtant une ville où les relations sont quelquefois difficiles. On s’y querelle autant qu’on s’y amuse. Chacun, en outre, mène avec une folle vigueur les affaires de commerce, et les jeunes têtes de vingt ans se voient, du jour au lendemain, grâce à l’arrivée de tel ou tel navire, ou à l’achat de tel lot de balles de soie, en gain ou en perte de deux à trois cent mille francs d’un seul coup. Aussi, pour échapper à tant de discussions et au contre-coup de tant d’émotions, nous

PÉKIN. YEDDO. SAN FRANCISCO, sommes-nous restreints le plus possible et avonsnous particulièrement établi notre quartier général parmi les officiers de la garnison française, qui nous ont cordialement accueillis.

Un jour, nous avons eu un superbe déjeuner à la Montagne, dans un beau jardin, sous un berceau de glycines en fleurs : c’était une vraie « fête de France » , et jamais nous n’oublierons nos bons amis les lieutenants de vaisseau de Thouars etMortemart.

Bien souvent aussi nous allions à la mission militaire, à Tobé, où nous appelait la fanfare de la U Casquette» . La mission est située de l'autre côté du canal de Yokohama et parallèlement à la « Colline du gouverneur » : de grandes casernes de bois, des magasins, des ateliers, un manège, remplissent un grand espace; et c’est là qu'au nombre de six (un capitaine et cinq lieutenants), des officiers français ont la rude tâche d’instruire et de former environ sept cents jeunes nobles Japonais destinés à leur tour à devenir capitaines instructeurs dans les armées taïkounales. Sous peu, la question de l’uniforme sera décidée, mais c’est déjà un plaisir de voir ces petits Japonais emboucher le clairon, manœuvrer les pièces, faire des deuii-voltes^au manège et former la ligne de tirailleurs ou le bataillon carré sur les champs de manœuvre. Dans les ateliers, des sousofficiers du génie et de l’artillerie leur font faire la théorie comme la pratique des constructions et du

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tir. Je ne saurais vous dire combien nous avoii': été frappés du cœur et du zèle que tous ces officiers mettent à l’œuvre ardue pour laquelle ils se sont imposé dix heures de travail par jour. Tous, jeunes et ardents, MM. Chanoine, Brunet, Messelot, Dubousquet, Descharmes, nous parlent avec bonheur des progrès qu’ils ont obtenus en quelques mois : comprenant toute la grandeur de leur œuvre, ils la poussent avec l’ambition de l’homme qui sent que le temps lui échappe, et déjà ils ne parlent que de doubler les trois ans pour lesquels ils ont été envoyés ici ' . Ah ! c’est que les Japonais, peuple peutêtre un peu enfant, mais plein de cœur, de naïveté et de confiance, vous attachent fermement à lui ! C’est que de leur côté ils ont tant du caractère français, qu’ils se sentent attirés vers nous par tous leurs instincts les plus chevaleresques ; et que tout leur plaît en nous, surtout nos défauts. La mission semble donc faite pour gagner aux Occidentaux l’élément le plus puissant du Japon, car elle a pris le Japonais par le point le plus sensible et le plus attachant, la passion militaire.

La cause de l’établissement de cette mission , la voici. Au milieu des embarras de la révolution qui remue le Japon jusque dans ses entrailles, le Taïkoun,

* En mars 1872, une nouvelle mission militaire a été envoyée au Japon pour instruire l’armée du nouveau gouvernement MM. Chanoine et Descharmes en font partie.

après avoir franchement adopté le parti européen , a Vu ses armées battues parcelles des daïmios rebelles. M. Roches, notre ministre, a habilement profité de l’occasion pour proposer au Taïkoun de faire venir des instructeurs européens qui rendraient ses armées invincibles. C’est à l’énergie du capitaine Chanoine qu’a été confiée la direction de cette œuvre. Tous ces jeunes officiers japonais brûlent d’ardeur, et si le côté puéril perce déjà quand on les voit couper leur queue de cheveux , se garnir de boutons de métal , et prier avec instance le Taikoun et nos officiers de les mettre sous « le plus bel uniforme franzé * « , du moins ce zèle porte-t-il aussi ses fruits pour les choses sérieuses; ils apprennent merveilleusement vite le français, et ils travaillent avec ardeur tout le jour et bien avant dans la nuit pour étudier la mécanique, la géométrie, les théories de manœuvres et de tir. Oui, nous pouvons bien sincèrement féliciter M. Roches d’avoir, par ce dernier coup, porté si haut l’influence française, qu’il avait déjà si habilement et si hcureusen>ent établie au Japon , en SC rendant vraiment maître de la situation, et en laissaat victorieusement l’Angleterre, l’Amérique et la Hollande dans une lointaine infériorité. Je vous ai dit combien nous étions tristes 'd’avoir

* Ils sont si lé,»{ers, qu’en apprenant nos désastres ils oui immédiatement voulu s’équiper à la prussienne.

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couru le monde pendant treize mois, d’avoir longé les côtes de l’Indo-Chine et de la Chine, de Singapore à Pékin, de l’Equateur aux neiges, sans trouver pour la France une position digne d’elle. Mais ici nous pouvons marcher la tête haute. On appelle avec raison les Japonais « les Français de l’Extrême-Orient » : ce peuple s’est pris pour nous d’une véritable passion qu’une suite d’événements heureux n’a fait que fortifier depuis, et que nous avons largement reconnue par la franchise et l’appui de notre politique. Notre triomphe serait complet, si à l’armée et à l’arsenal nous pouvions joindre la flotte ; mais les exigences de la politique et une sage prudence ont forcé le Taïkoun à ne point pousser à bout l’exaspération des Anglais, autour desquels se groupaient tous les autres jaloux, les Hollandais, les Allemands, les Russes et les Américains. La direction de la flotte a été promise comme calmant à l’irritation britannique; toutefois jamais ce service, dont ils n’ont qu’une moitié, n'aura la popularité, l’enthousiasme et l’influence de notre mission militaire!

Mais je vois qu’aujourd’hui je me suis trop laissé entraînerparle point de vue politique, que, «suivant ma coutume n , je ne devrais vous offrir qu’à la fin de mon séjour. Je quitte donc au galop le bagage historique pour courir du côté des bibelots de laque, boites à gants, broches de bronze, peintures et ba-

biojes charmantes qui trouveront, j’en suis sûr, une foule d’amateurs en France.

Eh l)ien ! je l’avoue, le hihelot nous a monté à la tète d’une façon vertigineuse. A peine descendus de cheval, au retour de nos promenades, nous allions passer de longues heures dans les boutiques de laque qui animent les rues de Yokohama ; c’était une vraie fièvre ! Nous étions arrivés à mourir d’envie de tout acheter, et à savoir le prix de chaque objet chez les différents marchands. Devenus profonds appréciateurs des ouvrages des Japonais, nous connaissions au.ssi leur langage et leurs ruses infinies. Car c’est un singulier marchand que le Japonais ! Pour lui la loi du négoce est pourtant bien simple, vendre le plus cher possible! mais jamais il ne parait pressé de conclure un marché, on ému par la pensée de le manquer. Il demandera aux étrangers vingt fois la valeur d’un objet, et , imperturbable, fumant et buvant dans sa coquette boutique, il laissera passer indifféremment les heures et les jours, jusqu’à ce qu’il ait doucement triomphé de la patience de l’acheteur. Mais nous aussi , grâce à notre habitude de l’Orient, nous étions devenus patients à l’excès; j’ai déjà pour ma part passé, en diverses fois, plus de vingt heures dans certaines boutiques sans y avoir dépensé un tempo!

Nous entrons dans une boutique : aussitôt aimables bonjours, pipes et tasses de thé ; le marchand

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