‹ Pékin, Yeddo, San FranciscoChapitre 23 sur 35 · LE U ELLINGTON IA G IG ANTE A · texte numérisé non relu

LE U ELLINGTON IA G IG ANTE A

sentons, sauf la figure toutefois, de vrais bandits mexicains.

Le pays des montagnes devient sauvage; nous galopons sous d’épaisses forêts de pins. De la plaine hideuse nous passons à une nature verte et accidentée; la transition est rapide, comme dans une décoration de théâtre, et la nature de la Californie veut nous paraître aussi brusque dans ses spectacles que ses habitants dans leurs manières. Bientôt nous traversons des torrents desséchés, nés d’une avalanche et morts avec elle; ce n’était qu’un chaos de roches arrachées, de troncs d’arbres immenses accumulés en ruine par le tourbillon ; puis nous côtoyons des ruisseaux d’eau glacée découlant des neiges et roulant un sable de pyrites brillantes comme de l’or aux rayons du soleil. «Ah! si c’était de l’or!» nous écrions-nous à tout moment ; car dans cette terre que tous bouleversent et lavent pour trouver le riche métal, on croit toujours fouler quelque trésor. A chaque pas, nous faisons envoler des couples de cailles ravissantes portant une aigrette noire sur le sommet de la tête, et nous voyons une foule de lièvres à grandes oreilles, appelés «prairies jakassesî) (ânes des prairies). Il est assez curieux de remarquer que dans cette Californie , la terre la plus , sablonneuse et la plus jaune qu’on puisse imaginer, on s est évertué à tout décorer du nom de prairies. Nous rencontrons aussi des dindons sauvages, des

chouettes innombrables et des rats-écureuils. Tout d’un coup, nous voyons comme une colonne de feu s'élever au milieu de la forêt, et la flamme embraser le tronc d’un gros pin, qui nous apparait comme un gigantesque candélabre à mille branches. C’est notre coquin de Mexicain qui s’est amusé à incendier un bel arbre, pour le plaisir de détruire une belle chose. Déjà le long du sentier nous avions remarqué des troncs brûlés , des traces de campements des Peaux-Rouges; ainsi après les dévastations des sauvages, les blancs deviennent eux-mémes les destructeurs barbares de la forêt. Nous étions déjà loin de ce vallon, que nous voyions encore la fumée résineuse de l’incendie; qui sait jusqu’où le vent aura porté la flamme envahissante dans la forêt vierge?

Le soleil s’était couché, nous suivions les flancs escarpés d’une sombre vallée, et nous ne pouvions trouver la hutte d’un pàtre-chasseur où nous devions passer la nuit; nous n’avions pour nous consoler qu’une nuée de moustiques insupportables. Enfin nous arrivons. Le brave homme a du lait de ses vaches, et un daim qu’il a tué le matin même. Le torrent coule avec fracas à côté de nous ; quelques Indiens, avec des bâtons au travers des narines et des oreilles, se chauffent autour d’un grand feu qui éclaire tous les arbres de la vallée. C’était un sévère mais beau spectacle : ces feux , ces lueurs ,

Un des Arbres Géants de la vallée de Calaveras.

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