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MINES ET CÉRÉALES

Tandis que tous les centres aurifères du globe sont obligés de faire venir à grands frais le lourd vifûi gent, qui est l’auxiliaire indispensable de l’exploitation de l’or, la Californie a l’immense fortune de receler en son sein, et à peu de distance l’une de l’autre, ces deux matières que la main de l’homme rend si fécondes , en les rapprochant encore.

Nous avons donc pour la dernière fois dit adieu au sable des paillettes d’or, et gagné rapidement la ville de Sacramento ; là nous prenons un confortable navire à quatre étages , Y Vo-Semite , et nous descendons le béau fleuve à toute vapeur. La nuit était déjà venue quand nous passions au confluent du San Joaquin , et pourtant il y avait trente-neuf degrés de chaleur. Je crois même que le thermomètre monta encore plus haut pendant près d’une heure : des bouffées brûlantes nous étaient apportées de temps à autre par la brise , à mesure que nos yeux découvraient sur notre gauche une lueur qui se développait peu à peu avec une intensité extraordinaire.

Bientôt, en effet , nous étions parle travers d’une vallée où sur plus de trois kilomètres s’étendait une ligne sinueuse de feu : les joncsdesséchés et touffus d’un ancien marécage flambaient avec un crépitement incessant, et une fumée àcre nous prenait à la gorge. Qui sait où s’arrêtera cet incendie qui chasse devant lui les serpents et les troupeaux? On nous dit que dès qu’il approchera d’une zone plus

habitée, les populations accourront, et, faisant la part (lu feu envahisseur, faucheront en avant de sa marche un long espace qui , par son vide même, deviendra une barrière. Cependant le courant et la vapeur nous emportent, et après huit heures et demie de navigation qui nous ont fait parcourir 125 milles, nous rentrons dans San Francisco.

Là, pendant deux jours, nous assistons aux fêtes anniversaires de l’Indépendance, pour lesquelles les sociétés de tempérance et les clubs de fenians, les pompiers et les orphéons, l’armée régulière et les zouaves californiens, les corporations de tous les métiers ont déployé des milliers de bannières. Puis des Français, et surtout M. Pioche, dont les concerts sont aussi remarquables que les dîners, font au Prince un fort aimable accueil

Le 6 enfin , nous sommes arrivés en chenîin de fer, par San José , dans la vallée fameuse de New- Almaden, rivale de l’Almaden d’Espagne, où nous reçoit gracieusement et nous loge M. Butterworlh , le tt manager)) des mines de mercure. C’est ici que les Indiens nomades venaient jadis fouiller le sol et se colorer de carmin. Les Peaux - Rouges , sans s’en douter, indiquaient ainsi aux races blanches la richesse minéralogique d’un sol où des usines et des condensateurs devaient rapidement succéder à leurs campements sauvages. Le minerai se trouve surtout dans les collines qui nous entourent, rami-

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fications du « Coast Range n , dont le plus haut sommet atteint de seize à dix-sept cents pieds. Les roches qui les composent sont en majeure partie des schistes magnésiens, quelquefois calcaires, rarement argileux ; les fragments de fossiles qu’on y trouve sont indéfinis et obscurs.

Mous entrons dans la mine par un large tunnel horizontal , pratiqué dans le flanc de la colline , à trois cents pieds au-dessous du sommet; mais la promenade ne tarde pas à devenir compliquée : nous descendons par des escaliers inclinés à trente degrés dans la direction du nord magnétique; des petits filets de quartz ou de serpentine légèrement colorés de rouge sont les seuls guides du mineur dans la direction des terriers qu’il creuse, et où nous circulons non sans peine. Des odeurs délétères nous arrêtent par moments ; un contremaître trouve fort à propos de nous raconter que des fuites d’acide carbonique ont, en ce lieu même, occasionné avant-hier la mort de deux travailleurs. Ce récit ne nous empêche point de marcher pendant plus d’une heure dans les galeries qui s’entrecroisent et qui forment un parcours total de vingtcinq kilomètres dans les entrailles de cette chaîne de collines. Nous voyons là des types de toutes les races : des Anglais, des Allemands, des Français, mais surtout des Mexicains d’un vilain aspect : plus

de dix-neuf cents personnes sont employées à ces trais.

PÉKIN YEDDO SAN FRANCISCO, vaux. Tantôt le cinabre (dont s’extrait le vif-argent) se trouve par couches entre des roches d’ardoise, ou par blocs qui ne sonique du sulfite de mercure, se composant de 86,8 parties de mercure et de 13,2 parties de soufre; tantôt il est en poussière coagulée par l’argile et d’un rendement relativement pauvre : de petits uagons roulant sur une voie ferrée l’amènent de l’orifice de la mine à l’usine elle-même. Là le minerai rouge cochenille est réparti dans l’un des sept appareils construits en briques, et ayant coûté environ cent cinquante mille francs chacun , oii s’opère la transformation. On charge le four en introduisant le minerai par la partie supérieure, à raison de cinquante mille kilogrammes par appareil. On allume les feux ; en cinq ou six heures, le mercure se volatilise, et, grâce à une série de casiers qui alternent, la condensation s’opère dans de grandes chambres pavées, où les rigoles reçoivent les ruisseaux brillants du métal qui coule abondamment. Rien de joli comme les couleurs successives qui s’offrent aux yeux dans cette rapide opération. D’abord, le minerai est vermillon et solide; puis il passe de l’état de vapeur nuageuse , s’attache à des parois couvertes d’une suie noire et tombe en gouttelettes argentines et isolées qui , courant les unes après les autres , se groupant et glissant en zigzags saccadés et capricieux jusqu’aux rigoles du plancher, sem-

MIMES ET CÉRÉALES, blent alors des barres d’argent immobiles plutôt que des ruisseaux coulants. Enfin, par une série de cascades huileuses et régulières, il forme dans un réservoir de huit mètres carrés un petit étang d’argent, qui est un miroir, et où viennent s’emplir d’innombrables flacons, destinés à l’Australie, à la Chine, au Mexique et au Pérou! — Au point de vue des chiffres, les résultats de la mine de New- Almaden sont magnifiques. Dans l’année qui vient de s’écouler, 13 millions de kilogrammes de minerai ont donné 1,266,000 kilogrammes de mercure, expédiés en 37,000 flacons d’une valeur de 7 millions 600,000 francs. Depuis quinze ans , il est arrivé plusieurs fois que la mine paraissait épuisée; au bout do quelques semaines de recberches, on retrouvait soudain la veine qui avait un instant échappé. Mais l’expérience a montré que les masses les plus riches de cinabre suivaient généralement vers le nord une direction presque constante dans un plan parallèle à l’inclinaison de la colline, à un angle un peu plus élevé. A deux cents pieds du sommet, on a trouvé un dépôt de cinabre mou, d’une richesse extraordinaire : une charge de 50,000 kilogrammes de minerai donna en un jour 460 flacons , c’est-àdire environ 15,000 kilogrammes de mercure!

En quittant \’ew-Almaden et en traversant une seconde fois les plaines fertiles qui s’étendent jusqu’à San Francisco, il nous semble que, dans notre

court trajet, la Californie se montre une dernière fois à nos yeux sous les'deux trails saillants qui doivent le plus nous frapper : les mines et les céréales.

San Francisco reçoit à lui seul les métaux qui sont extraits des entrailles de la terre par plus de trois mille compagnies, dans cette partie si riche du sol des États-Unis comprise entre les montagnes Rocheuses et l’océan Pacifique.

L’or et l’argent extraits de - la Californie et apportés à San Francisco, forment pour 1862 la somme de 246 millions de francs, et pour 1864 celle do 3S6 millions, dont 79 millions ont été frappés en or à la Monnaie de ce grand entrepôt aurifère. A. ces chiffres, il faut ajouter une production annuelle de 14 millions de tonneaux de minerai de cuivre , d’une valeur de 5 millions de francs ; quant au mercure, 130,000 kilogrammes sont employés dans l’État, tandis que près de 10 millions sont exportés!

Malgré des résultats aussi nets, il s'est fait ici une réaction analogue à celle de l’Australie. La colonie aurifère, après la fièvre de l’or, a cherché la vraie richesse dans les trésors incalculables d’une colonie pastorale et agricole. Sur une superficie de

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