fr
842,400,696 fr.
La recette de la douane a été de 62,762,920 fr. en 1864, et de 78,724,584 fr. en 1869.
Mississipi, pour remonter les mille kilomètres du Yang-Tze-Kiang, de Chang-Haï à Hang-Kao , au cœur de la Chine.
Le temps n’est plus où les navires de commerce américains devaient naviguer sous pavillon anglais pour fuir devant la chasse de frégates comme 1’ « Alahama» (qui dans ces mers-ci a pris entre autres le «Contestn, chargé d’un million de livres de thé); aussi les Yankees regagnent-ils chaque jour du terrain et prennent-ils une prépondérance menaçante : leur escadre, la plus belle et la plus forte qui croise dans les mers de Chine, vient vigoureusement imposer le respect devant le pavillon bleu étoilé.
Quant à la France , le pays des idées , elle en importe beaucoup en Chine par ses missionnaires , mais elle s’occupe peu d’y importer des cotonnades ou des lainages , et laisse à d’autres nations plus positives le champ libre pour des transactions vulgaires mais lucratives. La table des importations du commerce étranger marque, hélas! à son avoir quelque chose comme un zéro : nous n’avons même pas l’honneur d’être cités dans une colonne spéciale si petite qu’elle soit, et nous restons confondus avec les pays divers d’Europe , tandis que l’Angleterre et les Indes y alignent cinq cent cinquantehuit millions d’entrées. Quelques articles de Paris, quelques photographies de théâtres,^ du vcrmoiit, et des bibelots de foire de village, c’est peu, il faut
l’avouer, pour la France, qui , il y a sept ans, envoyait une armée planter ses drapeaux sur les murs de Pékin. En 1861, il y avait à Chang-Haï dix maisons françaises : à peine en compte-t-on trois maintenant, et elles n’ont exporté que le modeste chiffre de deux mille cinq cents balles de soie.
Notre glorieuse guerra de Chine aura en somme amené beaucoup d’étrangers vers ce pays, mais pas de Français. Quand donc sortirons-nous de cette infériorité irritante, et prendrons-nous sous le soleil la place que nous devrions occuper? Le jour où nous ne croirons pas descendre d’un rang vis-à-vis de nous-mêmes et de nos semblables en risquant des capitaux , ailleurs qu’à la Bourse , sur des terres lointaines mais fécondes.
Seules les Messageries impériales viennent ici consoler ceux qui souhaitent du fond du cœur de voir la France prendre dans l’Extrême-Orient la place que méritent ses industries, ses sciences et ses intérêts.
C’est par elles qu’on arrivera peu à peu à détruire ce fâcheux état de choses qui force la place de Lyon à demander au marché de Londres les soies qu’elle emploie. Cette considération à elle seule justifierait les 7,500,000 francs de subvention que lui octroie l’État pour ces magnifiques paquebots-poste qui sont les pionniers du commerce maritime , si la Compagnie n’excellait en outre à donner au dehors une haute idée de la métropole, à attirer à elle la
plus grande circulation possible de voyageurs, le plus incessant mouvement de matières premières et d’objets manufacturés.
Certes, ce serait fermer les yeux sur les faits qui se manifestent avec le plus d’éclat dans notre temps, si, après avoir assisté aux luttes d’influence qui se sont produites autour de Constantinople, on ne reconnaissait pas autour de la Chine et du Japon les premiers effets du même travail d’émulation. Si par leur éloignement du centre européen ces terres n’éveillent pas l’idée de la conquête, il faut du moins que nous substituions l’action constante du commerce à cette action intermittente que manifeste l’envoi d’une division navale ou d’une armée, et qui laisse — en Chine — plutôt des dates à l’histoire qu’elle ne maintient des influences.
l'n 1863, les Messageries ont débarqué à Marseille 375,000 kilogrammes de soie; en ISô^, 400,000 kilogrammes; en 1865, 1,138,000 kilogrammes; un de ces chargements représentait jusqu’à une valeur de vingt millions de francs' ! Aussi, en 1865, Marseille a-t-il reçu la moitié de l’exportation des soies de l’Extrême-Orient, tandis que, avant la création du service postal français, et malgré l’arrivée périodique à Marseille depuis quinze ans de deux courriers anglais venant chaque mois de la Chine, la France
< Le fret est de 130 francs les 100 kilogrammes.
n’en recevait pas en moyenne un dixième. Les neuf dixièmes passaient par Gibraltar.
Sans violenter les habitudes du commerce, sans créer de protection pour aucune place, on peut prévoir, par le fait même que les soies destinées à être consommées sur le continent vont à Londres en passant par Marseille , qu’elles s’arrêteront de plus en plus à Marseille. C’est le bénéfice naturel qu’il faut attendre de la situation géographique de notre pays ; le commerce anglais réalisera probablement le premier les épargnes d’argent et d’économie sur le temps que l’entrepôt de Marseille procure aux importations de soies orientales. 11 opérera en France, et notre commerce gagnera indirectement à ces opérations, surtout si nous nous efforçons — enfin ! d’importer en Chine les marchandises que la Chine consomme et que notre industrie produire. — Les Messageries impériales auront déterminé ce résultat : Gloire à elles !
C’est assurément une lutte intéressante que celle de nos Messageries contre la Compagnie anglaise péninsulaire et orientale. Prises dans leur ensemble, nous voyons les Messageries compter aujourd’hui 63 navires d’une puissance collective de 18,640 chevaux et de 1 12,000 tonneaux, transportant 153,000 passagers et 169,000 tonnes de marchandises, en accomplissant un parcours de 472,000 lieues, — et la Compagnie péninsulaire aligner
62 navires de 22,300 chevaux, 94,000 tonneaux, et convoyant 19,000 passagers'.
La concurrence de ces deux flottes pacifiques a créé pour les voyageurs un coinfort, une sûreté et une rapidité de navigation qui vont grandissant chaque jour ; et c’est avec un profond sentiment de joie que je tiens à vous dire combien les Messageries impériales l’emportent sur leur rivale. Dans ces mers où la France était à peine représentée par quelques négociants isolés , l’influence de notre pavillon a passé de 0 à 100 par ce fait que la Compagnie française est, entre Suez et Yokohama, celle à laquelle la grande majorité des voyageurs et des commerçants confie avec le plus de sympathie, pour un voyage de trois ou quatre mille lieues, familles, correspondances et richesses. Elle est justement fière de cet hommage que lui rendent ces adversaires d’autres temps, nous acceptant pour émules dans la navigation où ils sont passés maîtres, et venant abriter sous notre pavillon même les gouverneurs anglais se rendant à leur poste.
Tels sont les traits d’union les plus marquants entre les vendeurs et les acheteurs d’Europe et d’Asie. Il est donc devenu presque banal de faire le
* Celte dernière nourrit chaque jour à la mer environ 10,000 employés. La subvention postale lui donne 3,980,000 francs; ses dépenses s’élèvent è 49,425,000 francs, et ses recettes à 53,400,000 francs.
négoce entre Pékin et Londres : il faudrait que la ^ même banalité s’établit entre Pékin et Paris.
Il ne faudrait pas croire cependant que la fécondité des transactions soit intarissable; car un danger imprévu vient de surgir en Chine, et nous avons entendu bon nombre d’Européens établis en ce pays se plaindre que le commerce même des articles manufacturés échappât à leurs mains pour passer entre celles des maisons chinoises qui se les font expédier directement; les uHongsn , magasins de ces marchands indigènes, peuvent devenir par trop puissants, soutenus comme ils le sont par les banques chinoises, qui acceptent avec confiance leurs traites à longue échéance sur tous les ports où ils étendent leurs si faciles ramifications.
C’est ainsi qu’à Tien-Tsin , tout d’un coup, les transactions ont échappé aux étrangers qui s’y étaient établis. Les Chinois ont la partie belle dans cette concurrence, et ils réussissent à merveille à faire pénétrer de là , surtout par le fameux grand canal, leurs' marchandises jusqu’au cœur de la Chine.
I Ce nouveau système de trafic par eux-mêmes me semble encore incompatible avec la lenteur naturelle et la classique routine du Chinois; mais indolent et mou quand il s’agit de l’intérêt des autres, il paraît qu’il est expéditif et plein d’ardeur pour le sien propre. Depuis peu de mois , il s’est mis à en-
voyer dans toutes les directions des émissaires et des échantillons , de sorte que la précision et la vitesse de la navigation à vapeur ont fait passer dans la U langue des fleurs » le prosaïque adage « Time is money. « Les vieux doivent déjà reconnaître que de leur temps on se pressait moins.
Celte chute des préjugés contre l’emploi des steamers dans toutes les classes de la société chinoise est jusqu’ici l’indice le plus patent des progrès opérés par le contact des étrangers. Bacheliers se rendant à Pékin pour leurs examens, mandarins à globules de toutes les couleurs gagnant leurs postes, négociants infatigables, même les morts dans leurs cercueils (et cela prescrit par testament), ne veulent plus voyager que sur des navires à Il roues de feu « . — Et pourtant, en présence de ce mouvement caractérisé, croiriez-vous que les
mandarins, ces arriérés! n’ont encore voulu
permettre aux négociants chinois, ni de changer la forme traditionnelle et nationale de leurs jonques, ni de devenir acquéreurs de navires à vapeur?
Il est encore bien d’autres détails de l’institution des douanes qui m’ont frappé ; mais je dois arrêter là mes notes, voulant seulement vous indiquer en somme tout l’intérêt matériel, moral et politique de ce recours d’un peuple corrompu mais non inintelligent, à l’honnêteté européenne; ce changement d’une politique méprisante pour les Bar-
bares en une faveur aussi imprévue qu'intéressée; ce grand pas enfin que, peut-être, va faire la Chine vers une administration régulière, grâce à un corps d’élite choisi par un chef remarquablement doué qui s’est sincèrement dévoué aux Chinois et qui veut leur bien! S’il est donné carrière à ses généreux instincts, le but premier des douanes, organisées pour le payement de l’indemnité de guerre et la répression des Rebelles, sera largement dépassé; car entraîner le gouvernement chinois à l’établissement d’une série de phares sur ces côtes si dangereuses; prendre en main la poste aux lettres dans cet empire où l’immense majorité des hommes sait lire et écrire, et où la politesse multiplie les correspondances ; essayer la construction de routes, de chemins de fer, de télégraphes; exploiter les mines de charbon; aller de l’avant soit au compte du gouvernement, soit par des concessions avantageuses, tel ‘est le complément du plan de M. Robert Hart, En prenant le Chinois par le seul point qui lui soit sensible, c’est-à-dire par «la question dollar « , il pourra en moins de vingt ans transformer l’Empire du Milieu : à une seule condition cependant, c’est que ce flambeau qu’il allume ne sera pas éteint en ses mains par ceux qu’il veut éclairer.
Voilà sous quel jour m’est apparue, malgré ses premiers dehors prosaïques, l’institution des doua-
9i PÉKIN. YEDDO. SAN FRANCISCO,
nés chinoises ; en un mot, c’est une greffe moderne et régénératrice sur le vieux tronc sec d’un arbre séculaire : mais y a-t-il encore assez de sève sous cette écorce vermoulue? J’en doute.
LA GRANDE UURAILLE.
Les caravanes de Mongols. — L’avenue des colosses de granit. — Les treize tombeaux des empereurs Mings. — Passe de Xang- Kao. — Aspect majestueux de la Grande Muraille. — Une alerte. — l^s ruines du Palais d’Eté. — Retour à Pékin.
26 mars 1867.
Nos poneys mongols sont sellés de bonne heure , notre colonne se met en marche. Personne aujourd’hui n'aurait songé à être en retard : nous allons voir la grande muraille de la Chine ! Je commence vraiment à croire que ce n’est plus une pure invention des géographes , car tout le monde ici nous a parlé sérieusement de ce colossal rempart, situé à trois journées de marche de Pékin sur la route de Sibérie.
Nous ne tardons pas à reconnaître toutes les qualités de nos montures : ruer, se cabrer, mordre, se rouler par terre avant la marche; puis boiter, ou s’entêter à un trot lilliputien , tirer sur les rênes comme sur un cabestan , s’échapper à la halte et