REQUIESCAT IN PACE
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personnes bordait les deux côtés de la route ; les chants liturgiques alternaient avec les prières chinoises.
Mgr Mouly repose dans un tombeau orné d'une belle stèle en marbre, devant les mausolées de MM. Raux et Ghislain, au cimetière français de Tcheng-foii-sse. — Mgr Mouly, né à Figeac, diocèse de Cahors, le 2 août 1807, n'était point un homme ordinaire ; il avait fait d'excellentes études, et sa science en chinois n'était pas ordinaire. Son talent d'administration, son sang-froid dans les circonstances les plus critiques, son courage, sa fermeté et surtout une sérénité et une bonté de cœur inaltérables, avaient fait de lui un missionnaire hors ligne. Il servit de trait-d'union entre la grande ère des persécutions et celle de la liberté religieuse ; son passage sur la terre de Chine fait époque.
Cependant les œuvres continuaient de progresser dans les environs de Péking, et plusieurs églises étaient construites ; l'une sous le vocable de Saint-Pierre, à 18 lieues sud-ouest de la capitale ; l'autre dédiée à la Sainte- Croix, dans la ville de Suen-hoa-fou .
Un monument de plus grande importance, l'église de N.-D. des Victoires, s'élevait en même temps dans la ville de Tien-tsin, sous la direction du frère Marty, lazariste ; cette construction avança rapidement. Le ministre de France avait prié l'évêque de rétrocé-
der au gouvernement français une partie de la résidence des missionnaires de Tientsin, pour y établir le consulat. La mission devait cet emplacement aux armes françaises, elle consentit à le partager, et la partie Est avec les bâtiments qui s'y trouvaient devint l'habitation du consul ; à côté du pavillon français s'éleva la belle façade de N.-D. des Victoires. Entièrement terminée à la fin de 1869, bénite très solennellement par l'évêque, en présence du consul et des autorités chinoises, elle ne devait durer que quelques mois !
Deux excellents missionnaires furent chargés de cette nouvelle église : M. Claude-Marie Chevrier, né le i3 août 1821 à Vanneau de Vieillezire, paroisse de Saint-Jodar dans le diocèse de Lyon, fut d'abord soldat et envoyé dans la Guyane, où il devint sous-officier. Son service militaire achevé, il continua ses études ecclésiastiques et reçut la prêtrise. Nommé vicaire à Batna près de Constantine, puis curé à Lambesse, il entra, le 22 novembre i858, dans la Congrégation de la Mission; le 12 août de l'année suivante, il partit pour la Chine, où il travailla dans la Mongolie. Ce vicariat ayant été cédé aux belges en 1864, M. Chevrier passa dans celui de Péking et fut nommé procureur à Tien-tsin en 1866. Il y resta Porte de la, résidence de Suen-hoa-fou. quatre ans ; très zélé, plein d'amabilité,
de prudence, bon missionnaire et bon français, il ne compta jamais que des amis.
Son confrère M. Ou était né à Canton en 1821. Ses études terminées à Macao, il fut ordonné prêtre en 1846 et envoyé en Mongolie, où il resta 20 ans. C'était un homme de valeur et d'une grande piété.
VERS la mi-mai 1870, des bruits alarmants commencèrent à circuler : des enfants avaient disparu, volés, disait-on, par des gens à la solde des missionnaires ; les soeurs en avaient tué pour préparer avec leur cœur et leurs yeux des charmes et des remèdes européens.... Le 4 juin, une bande de fanatiques, excitée par ces rumeurs malignement répandues parmi le peuple, voulut voir si véritablement on arrachait les
DYN. DES Ts'lNG. MASSACRES DE TIEN-TSIN ( 1870).
yeux des enfants ; elle se rendit au cimetière situé sur les bords du Pè-ho, et déterra une douzaine de petits cercueils. Ces petits squelettes depuis longtemps enterrés, n'avaient plus que les os et quelques cheveux ; on en conclut que les sœurs leur avaient enlevé les yeux ! A côté de ces cercueils se trouvait la tombe du capitaine Joly, recouverte d'une pierre portant son nom et d'une croix ; elle fut brisée !
Résidence des missionnaires et consulat en 1867.
Les violations de sépultures sont toujours fort graves en Chine ; à ce moment, étant donnés les bruits qui se propageaient, celle-ci était plus sérieuse encore, cependant on ne put obtenir réparation, et les violateurs restèrent impunis. Aussi, dans la quinzaine qui suivit, des attroupements se formèrent, des insultes partielles furent infligées aux Européens, et des bruits sinistres, des menaces de mort se firent entendre dans la ville. Les chrétiens avertirent M. Chevrier, directeur de la mission, qui luimême en informa M. Fontanier, consul de France. La paix parfaite qui régnait depuis huit ans, le respect que la population avait toujours témoigné pour les missionnaires et les sœurs, sembla au consul un motif raisonnable de ne pas trop s'effrayer ; qui eut jamais pu soupçonner ce qui allait arriver !
Le 20 juin, une troupe malveillante se rassembla sur le quai de la mission et du consulat ; plusieurs individus lancèrent des pierres et des briques contre ces résidences ; la nuit seule les dispersa. Mais le lendemain 21, dès 9 heures du matin, on entendit résonner le gong et des attroupements plus nombreux se formèrent ; à la foule évidemment hostile se mêlaient des soldats, des gardes nationaux, des compagnies entières de pompiers. Bientôt des projectiles de tout genre volent contre les fenêtres ; un envahissement paraît inévitable. Arrivent en ce moment le préfet et le sous-préfet de Tien-tsin, pour faire, disent-ils, une enquête dans le but de calmer la population.