MASSACRES DE TIEN-TSIN ; PLAN TOPOGRAPHIQUE
Reçus poliment par M. Chevrier, conduits partout, ils examinent, interrogent les domestiques, avouent ne rien trouver de compromettant et prennent congé. Ces deux mandarins devaient rassurer la populace, la faire écouler lentement... ; au lieu de prononcer un mot, un seul mot qui eût évité le malheur, alors bien facile à prévoir,
ils remontent dans leurs chaises et s'en vont à leurs tribunaux, abandonnant la mission et le consulat à la merci des furieux !
Pendant cette visite desautorités, M. Fontanier, en grand uniforme, était allé chez le gouverneur général Tch'oung-heou, pour l'informer de ce qui se passait. Ce haut mandarin lui dit qu'il ne pouvait rien et l'engagea fortement
i. Église de N.-D. des Victoires. — 2. Consulat de France. — 3. Résidence à ne pas quitter le des missionnaires. — 4. Yamen du vice-roi. — 5. Établissement des sœurs. — ., . ,. . .
6. Pont de bateaux. — 7. Cimetière des enfants.— A A' Canal impérial. — tribunal, disant : «Ici,
p P' P" Fleuve Pè-ho. je réponds de votre
vie. » M. Fontanier bondit d'indignation et répondit : « Vous, mandarin chinois, vous agiriez peut-être ainsi, mais je vais vous faire voir qu'un Représentant de la France ne craint pas la mort. » Il sortit alors avec son chancelier, M. Simon, mais il ne tira point un coup de pistolet, comme les chinois l'ont raconté plus tard. Tch'oung-heou joua le rôle de Pilate, et laissa faire. Près de son palais, en effet, se trouvait une caserne de Yang-ts'iang-toui (soldats armés à l'européenne) qui dépendait de lui; ces soldats auraient pu voler au secours de la résidence sur un signe, mais Tch'oungheou ne le fit pas !
M. Fontanier n'ignorait pas les dangers qu'il allait courir; près du gouverneur on n'eût pas osé le tuer, mais c'était un Français, il ne déserta pas son poste. Pour revenir au consulat, il avait à suivre le chemin qui longe le canal impérial, chemin qui n'a guère plus de 1 mètre 5o de largeur, il se fit place le revolver en main et arriva sur le quai
DYN. DES Ts'lNG. MASSACRES DE TIEN-TSIN (1870).
devant la porte de la mission. En route, on lui avait déjà jeté des pierres et des briques ; lui et M. Simon avaient la figure ensanglantée, et leur marche était vacillante. Le sous-préfet sortait alors de la mission et remontait dans sa chaise ; M. Fontanier l'interpella en lui disant : « Que faites-vous, défendez-nous, parlez à cette foule et ne partez pas ! » L'autre répondit : « Ono pou kouati » (Je ne m'en occupe pas). C'est alors que le consul exaspéré, fit feu sur le mandarin, qui du reste ne fut pas atteint, la balle frappa un de ses gens au milieu du front ; il y eut une reculade dans la foule au coup du revolver. M. Fontanier menaçant de son arme quiconque s'opposait à sa marche, M. Simon, avec son sabre de cavalerie ouvrant la route, l'un et l'autre parvinrent à la porte du consulat que le peuple envahissait. Voici ce qui s'y était passé : Quelques jours auparavant, M. Thomassin, chancelier de la Légation de France à Péking, était arrivé avec sa jeune femme, et logeait au consulat ; les barques qui devaient les conduire à la capitale avaient été louées et chargées, elles étaient amarrées au quai le matin du 21 ; M. Fontanier, s'étant comme nous l'avons dit, rendu chez le gouverneur, M. Thomassin se mit en travers de la porte du consulat un revolver à la main, et par son attitude énergique, maintint la foule pendant près d'une heure; sa femme était à dix pas derrière lui, près d'une petite colline artificielle en rocailles, ne pouvant se décider à s'éloigner de son mari.
Telle était la position, quand un enfant d'environ i5 ans, jeta une brique qui atteignit M. Thomassin au visage ; celui-ci ne voulant pas faire usage de son arme contre le jeune agresseur, fit un pas en avant pour lui donner un soufflet ; ce pas fut fatal, la porte dégagée un instant fut envahie par la foule, et les égorgeurs massacrèrent Mme Thomassin ; son mari accouru à son secours, tomba percé de coups sur le corps de sa femme. Un quart d'heure avant, la porte de la mission, très solide, avait enfin cédé sous les coups réitérés des assiégeants ; M. Chevrier et M. Ou Vincent, prêtre chinois, se retirèrent alors dans l'église et la fermèrent, les domestiques
Le sous-préfet s« moment des massacres.
s'échappèrent par le mur du nord. Les deux lazaristes se confessèrent mutuellement et se donnèrent la dernière absolution, puis, voyant que la barricade cédait, ils se réfugièrent au consulat, en passant par une fenêtre de la sacristie qui donnait sur le jardin. M. Chevrier et M. Ou se trouvaient du côté nord-ouest de la petite montagne rocailleuse, pendant que M"" Thomassin se tenait sur le versant sud-est ; ils furent massacrés en même temps. Quelques minutes après, M. Fontanier et M. Simon succombaient entre la porte d'entrée et le monticule en rocailles.