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M. Ou

Toutes les victimes furent donc immolées dans l'intérieur même du consulat: M. Fontanier reçut un coup de sabre à deux mains qui lui fendit le visage, et de plus un coup de lance et un coup de stylet dans le flanc gauche ; M. Simon fut écharpé en se défendant ; Mr et Mme Thomassin tailladés à coups de sabre ; les deux missionnaires curent le ventre ouvert de bas en haut : puis les cadavres dépouillés de leurs vêtements, furent jetés dans la rivière, qui, en cet endroit, a plus de 17 mètres de profondeur. Le feu mis à l'église et au consulat, dévora tout en quelques heures ; cependant la croix domine encore la tour, car l'escalier en bois qui conduisait au sommet, brûla en entier avant que personne pût monter pour arracher cette belle croix dorée. Tout fut pillé par la populace ; les égorgeurs, évidemment salariés, ne restèrent pas un instant après avoir terminé leur œuvre et partirent aussitôt pour aller chez les Sœurs de Charité: il était alors deux heures de l'après-midi.

Tout avait été certainement calculé d'avance ; en effet, pour aller de la mission à

Pl. xiv.

EGLISE NOTRE-DAME DES VICTOIRES A TIEN-TSIN | fin juin iS-<

MONSIEER VINCENT OE l p. 28:

MONSIEUR CI. AUDI-: CHEVRIER 1 p. z85

DYN. DES Ts'lNG. MASSACRES DE TIEN-TSIN (1870).

Massacres et incendie, d'après un dessin chinois peint sur un éventail.

la maison des sœurs, il fallait traverser le canal impérial sur un pont de bateaux situé devant le palais du gouverneur. Le pont une fois ouvert, personne ne pouvait passer ; mais on le tint fermé, et un mandarin à cheval, Tcheng-koiio-joui, resta sur le pont pour en empêcher l'ouverture, jusqu'à ce que les égorgeurs eussent tous passé. Ils n'étaient que 200 au plus, et avaient eu soin de se barbouiller la figure avec de la suie et de la chaux, pour empêcher qu'on ne les reconnût. Moins d'une demi-heure après les massacres du consulat, ils arrivaient ivres de sang et de vin chez les pauvres sœurs.

Sans nouvelles de la mission, les Filles de la Charité avaient vu de loin les flammes de l'incendie et avaient entendu autour de leur établissement toutes les boutiques se fermer subitement, sur un ordre venu on ne sait d'où. Il ne leur restait plus guère d'espoir que dans le bon Dieu, aussi s'étaient-elles toutes réfugiées à la chapelle. Là, avec leurs orphelins et orphelines, elles attendaient les événements, après s'être communiées elles-mêmes pour ne pas laisser profaner le saint Sacrement. La porte de l'établissement fut vite enfoncée, les sœurs, en partie du moins, étaient sorties de la chapelle ; la supérieure, sœur Marquet, prononça ces quelques paroles : « Que voulezvous de nous, nous ne faisons que du bien, ne faites pas de mal à nos enfants» ; elle n'avait pas achevé qu'un coup de sabre lui fendait la tête ; six sœurs qui l'entouraient furent percées de coups de lance et tailladées à coups de sabre ; la septième, sortie

Types d'égorgeurs.

par la sacristie, fut massacrée un instant après sous une véranda; quant aux deux autres chargées des tout petits enfants, elles avaient voulu les sauver en les cachant sous la chapelle où une vaste cave avait été ménagée ; elles furent égorgées et brûlées. On s'acharna sur les cadavres de ces pauvres sœurs ; pas une ne fut jetée dans le fleuve, mais leurs corps disparurent, coupés en morceaux ou réduits en cendres; les Chinois en emportèrent même des lambeaux au bout de leurs sabres et de leurs lances. Deux sœurs furent empalées dans ces lances noires, longues de cinq mètres, dont se servent les soldats, et exposées à droite et à gauche de la grande porte. La rage des égorgeurs était telle, qu'en un instant ils n'eurent plus devant eux que des cadavres. On n'en voulait qu'aux sœurs et non aux enfants, qui furent conduits chez le sous-préfet avec de bonnes chrétiennes qui aidaient les Filles de la Charité dans leurs travaux. Cependant quelques-uns périrent sous la chapelle, étouffés par la fumée de l'incendie ; comme il y avait peu à piller, le feu fut mis presque de suite à tous les bâtiments.

Un commerçant, M. de Chalmaison, vivait avec sa femme assez loin de l'établissement des sœurs, mais plus loin encore des concessions européennes. Ce brave français avait voulu courir au secours de l'orphelinat, et c'est dans le trajet qu'il fut massacré ; sa femme qui s'était échappée, fut trouvée vers le soir sous le petit pont d'un égout à jour où on la tua. Enfin deux russes, MM. Protopopoff/ et Bazoff furent massacrés dans leurs chaises à Tfpe dégorgeur.

DYN. DES Ts'lNG. MASSACRES DE TIEN-TSIN ( 1870).

porteurs avec Mmc Protopopoff qui n'avait que 16 ans. Les Chinois firent des excuses pour ces trois victimes, en disant « qu'on les avait pris pour des Français » !

Dès le lendemain des massacres, le 22 juin, la nouvelle en était donnée à Péking, où elle plongea tout le monde dans un profond étonnement et dans une grande douleur. On ne voulait pas y croire d'abord, mais les détails arrivèrent bientôt, il n'y eut plus moyen de douter. Des attroupements se formèrent quelques jours après, le 25 juin, devant la cathédrale du Pé-t'ang ; le provicaire, M. Thierry, écrivit alors

au Chargé d'affaires de France, M. le comte de Rochechouart, qui interrogea le prince Koung. Celui-ci, par dépêche officielle, affirma qu'il répondait de tout et que les sœurs pouvaient continuer à vivre en paix. Il ne faut pas oublier qu'alors le télégraphe n'était construit que jusqu'à Kiachta, et une dépêche n'arrivait de Paris à Péking qu'après 16 jours ! C'est la malle anglaise partie le Ier juillet, qui porta en Europe les premières nouvelles écrites ; mais un télégramme expédié de Péking le 22 juin, aurait dû être reçu en France vers le 10 juillet. Le jour des massacres, un seul navire se trouvait en rivière, il précipita son retour à Chang-haè, et bientôt quelques canonnières arrivèrent. Le 12 juillet, le Chargé d'affaires de France se décida à descendre sur les lieux des massacres avec deux missionnaires, sur une barque escortée par un piquet de soldats qui suivaient la berge du Pè-ho. On arriva le i5 vers midi, et le comte de Rochechouart se rendit tout d'abord chez le gouverneur de la ville avant d'aller sur les concessions; ce

1 Sabre d'exécutions. — 2 Epée à deux mains. — 3 Epée courte. ^Grand sabre emmanché. — 5 Lance en bambou noir de cinq mètres.

gouverneur était toujours Tch'oung-heou, qui ne fut remplacé que plus tard par le fameux Tseng-kouo-fan. Le 18 au matin, le représentant de la France pria les

missionnaires d'aller visiter les ruines et de lui faire un rapport. Ils partirent avec le nouveau préfet nommé Ma, et les autorités de Tien-tsin. Sur la route, ils furent plusieurs fois arrêtés par des groupes K de notables et de mandarins de Ier, 2e et

\-yj 3e rang, qui les supplièrent de ne pas laisser brûler la ville par les canonnières.

Dans l'établissement des sœurs, le plus rapproché de la concession, tout avait été saccagé et brûlé ; on voyait des pans de murs noircis par le feu, des lambeaux de vêtements, des souliers d'enfants, des débris de statues pieuses et aussi quelques plaques roussâtres semblables à de la rouille, qui paraissaient être du sang ; c'était navrant ! Les missionnaires montèrent ensuite sur une barque pour aller visiter le consulat et la mission, car une foule immense remplissait les rues et rendait le passage impossible. Au Ouang-haèleon, les ruines étaient sinistres, mais l'effet moins Saisissant ; il y avait eu, ce semble, moins d'acharnement sur cet établissement que sur celui des sœurs. L'église restait encore debout, la toiture et les colonnes manquaient seules; le feu avait fait de longues lézardes dans les murs, mais la façade était intacte. Plusieurs menus objets, entre autres le sceau du consulat, furent plus tard retrouvés.

Revenus en barque jusque sur les concessions, les missionnaires écrivirent un rapport détaillé, que M. de Rochechouart expédia en Europe. Le lendemain, ils durent s'occuper au plus vite des orphelins toujours en prison chez le sous-préfet. Les Chinois offrirent un bâtiment qui jadis avait servi de douane ; on l'accepta à titre de prêt, et le surlendemain, 20 juillet, les enfants revinrent dans deux>* casse-tête.

bateaux. Les sœurs donnaient leurs soins à 120 enfants, 80 seulement furent rendus; mais peu à peu on retrouva les autres, à part une douzaine des plus petits étouffés dans

DYN. DES TSING

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