MASSACRES DE TIEN-TSIN
l'incendie. On avait volé garçons et filles autant qu'on avait pu, plusieurs ne furent rendus que 4 ou 5 mois après. Tout ce petit monde fut installé tant bien que mal, sous la surveillance de quelques bonnes femmes chrétiennes, dans le logement concédé. Les autorités donnèrent des soldats pour garder les enfants et ne laisser entrer personne ; les missionnaires y ajoutèrent deux chiens mongols pour garder les soldats.
Les uns habitaient en dehors de la porte, les autres en dedans ; c'était prudent !
Les autorités chinoises voyant arriver les canonnières, craignaient un bombardement. En effet, il y avait à quai deux canonnières anglaises : le Dtvarf etY Avon ; cinq canonnières françaises : la Flamme, la Couleuvre , Y Aspic, le Scorpion, le Frelon; enfin une canonnière américaine, YAshulot. MM. Vivielle, de la Jaille, de Sallandrouze étaient là ; ils sont tous amiraux aujourd'hui. Le Linois, grand aviso, ne pouvant remonter la rivière, avait jeté l'ancre sur la barre de Ta-kou, et son vaillant capitaine, M. Levoile amena à Tien-tsin ses meilleurs hommes et une pièce de débarquement. Tous désiraient l'action, mais la diplomatie travaillait à tout terminer pacifiquement. M. le comte de Rochechouart demandait une réparation pécuniaire considérable; sur ce point peu de difficultés, mais il voulait de plus les têtes du préfet et du sous-préfet, qu'on refusa énergiquement. Un ultimatum fut envoyé et resta sans effet; on dut se contenter de voir condamner les deux mandarins à l'exil, exil du reste assez bénin et
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Cimetière de Ouang-haè-Ieou.
d'où, plus tard, ils revinrent pour être réintégrés dans leur grade. Plusieurs des coupables furent simplement mis à la cangue, et une vingtaine de gens sans aveu, déjà, dit-on, condamnés à être décapités en octobre, consentirent, moyennant un beau cercueil, un bon dîner et 5oo taëls pour leurs familles, à être exécutés tout de suite. Tout cela réglé, M. le comte de Rochechouart avisa les missionnaires qu'on allait procéder à l'enterrement des victimes. En effet, le 2 août au matin, les cercueils déposés au cimetière anglais le lendemain du massacre, furent déterrés. Pour repêcher les corps jetés à la rivière, on avait, dès le 22 juin, tendu un grand filet au sud des concessions européennes, près d'un navire de Hambourg, X Altona ; quelques jours après les corps y avaient été retrouvés : M. Fontanier, reconnu seulement à ses chaussettes marquées H. F. ; M. Simon un peu moins défiguré ; M. et Mme Thomassin, et les missionnaires presque coupés en deux. De nouveaux cercueils avaient été préparés, on y déposa les premiers sans les ouvrir, puis, recouverts de draperies noires et blanches, ils furent chargés sur des chalands remorqués par deux canonnières. On arriva au Ouang-haè-leou. Les autorités chinoises, Tch'oung-heou en tête, s'y trouvaient déjà ; le Chargé d'affaires de France fit un discours, l'amiral français un autre ; le provicaire dit ensuite quelques mots et bénit les fosses, où chaque cercueil fut descendu. A droite, côté du sud plus proche de la rivière, M. Fontanier seul, M. et Mme Thomassin, M. et Mmc de Chalmaison, enfin M. Simon seul. A gauche, côté du nord, M. Chevrier et M. Ou, deux sœurs puis encore deux sœurs et enfin une tombe de sœurs ! On avait pu reconstituer les corps de quatre sœurs, en prenant une tète et des membres épars, le dernier cercueil ne contient que des débris humains ; c'est tout ce qui restait des dix Filles de la Charité massacrées ! Voici leurs noms : i° Marie-Thérèse Marquet, belge, supérieure ; 2° Marie-Pauline Viollet, française ; 3° Marie-Clorinde Andréoni, italienne; 40 Marie-Josèphe Adam, belge ; 5° Marie-Anne Pavillon, française; 6° Amélie-
DYN. DES Ts'lNG. MASSACRES DE TIEN-TSIN (1870).
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Caroline Legr as, française ; 70 Marie-Séraphine Claveun , française ; 8° Marie-Anne- Noémi Tillet, française ; 90 Marie-Angélique Lenu, française ; io° Alice O'Sullivan, irlandaise. Après cette cérémonie, on revint aux concessions, et le 4 août, M. de
Rochechouart fît appeler un missionnaire sur la Flamme où il se trouvait et lui dit : « La guerre est déclarée entre la France et la Prusse. » Le télégramme adressé à M. Leviston, parti de Londres le 19 juillet, était arrivé à Tien-tsin en 16 jours, le 4 août au matin. Comme on le voit, tout était absolument terminé, avant qu'on eut connaissance de la déclaration de guerre.
Le Chargé d'affaires de France repartit alors pour Péking.
Les nouvelles d'Europe étaient de plus en plus mauvaises, les missionnaires passèrent de tristes jours avec les excellents commandants, désolés de se voir si loin quand l'ennemi foulait le sol de la France !
Mgr Delaplace, nommé vicaire apostolique de Péking, arriva le 3o octobre ; par une lettre très digne du 3 janvier 1871, il refusa toute indemnité pour les victimes, et accepta seulement la somme offerte pour reconstruire l'église et les établissements.
Peut-être désirerait-on connaître les causes de ces horribles mas-
Soldats armés à l'européenne ( Yang-ts'iang-toui ).
sacres ? On a invoqué l'imprudence des sœurs ; or, depuis huit ans elles étaient vénérées et respectées partout le peuple, allaient dans les rues de la ville, souvent assez loin avec leurs voitures, sans que jamais une insulte leur eût été faite. On a dit : Pourquoi achetait-on des enfants ? On n'achète pas les enfants, et quand ils sont appor-
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Façade de la c sxurs provisoirement
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tés aux orphelinats, on exige un billet de la personne qui les a trouvés. On arrachait les yeux des enfants ! ce conte que les gens malintentionnés font courir parmi le peuple, on a tente de l'appuyer en apportant a Tch'oung-heou deux flacons remplis d'yeux d'enfants, trouvés chez les
sœurs. C'étaient deux bouteilles de petits oignons en conserve! !
Le coup avait été préparé, calculé ; les exécuteurs, grisés et payés ; les mandarins le savaient et auraient pu l'empêcher. Les seuls Français étaient condamnés ; le drapeau de la France a été jeté à la rivière, le consul de France massacré ; la nouvelle de ces méfaits n'est arrivée à Paris, a-t-on dit, que le 20 juillet, la dépèche ayant été retardée pour une cause inconnue ! et ce jour-là, éclataient en Europe les événenements qui devaient mettre notre pays à deux doigts de sa perte. On oublia la Chine et les Chinois !
Mgr Delaplace donna l'ordre de reconstruire l'église et les établissements sur la concession française. L'ancienne chapelle des sœurs fut provisoirement réparée, et à l'endroit où chacune d'elles est tombée, s'élève une colonne de marbre qui porte le nom de la victime.
Les nouvelles constructions
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èrent rapidement, et l'éaint-Louis fut terminée en ; sa façade est décorée de
lonneS monolithes engra- lionne de marbre.
nit mesurant 7 mètres; le travail en est fini et soigné. L'ancienne cloche tombée de la tour en flammes et réparée, sert encore à appeler les fidèles aux offices. Vers cette époque, sur une réclamation venue du palais, le Tsoung-li y amen adressa à la Légation de France une dépèche pour demander la démolition des tours du Pé-t'ang; l'évèque de Péking partit pour la France le Ier novembre 1874, afin de traiter cette affaire. Un mois plus tard, le 7 décembre, avait lieu le passage de Vénus, que MM. Fleuriais et Lapied, officiers de marine, observé-
Pl. xv.
LE OUANG-HAÈ-LEOU ET LA MISSION CATHOLIQUE EN 1860 (p. 285).
LES TOMBES DES VICTIMES DU MASSACRE DE TIEN-TSIN < p. 294).
IÎZARISTES AU PE"T'AXG.
LA DECOLLATION DANS UN CARREFOUR (p. 299).
DYN. DES Ts'lNG. MORT DE TOUNG-TCHE ( 1 87 5 ).
rent à Péking. Cet événement fut interprété d'une manière défavorable par le peuple de la capitale, et on s'attendit à la mort de l'empereur qui était déjà malade et qui mourut en effet en janvier 1875. Les impératrices rirent parvenir à la Légation de
France une note où il était dit: « L'empereur étant mort, il ne sera pas donné suite pour le moment à l'affaire des tours du Pét'ang. » La jeune impératrice suivit de près l'empereur dans la tombe; elle s'étouffa, dit-on, en avalant des feuilles d'or. L'impératrice-mère ( Si-t'aè-heou ) resta ainsi seule régente et maîtresse absolue du pouvoir.
Le règne de l'empereur T'oung-tche, mort à 20 ans, n'eut rien de remarquable, et cependant il fait époque, car pour la
N.-Ù. dis Victoires après l'incmdie.
première fois l'audience impériale fut accordée aux représentants des puissances étrangères. On ne put obtenir l'entrée du palais proprement dit, et la cérémonie eut lieu au Tse-kouang-ko, grande salle de réception du jardin de l'ouest, voisin du lac attenant à la demeure impériale. Après bien des pourparlers au sujet du cérémonial, il fut enfin réglé que les ministres se présenteraient en grand uniforme, l'épée de parade au côté, et ne seraient point astreints aux prostrations nommées K'o-t'eou.
Une partie du succès revient à l'ambassadeur du Japon M. Soyesima, qui, princeministre des affaires étrangères de son pays, était arrivé sur un grand cuirassé et exigeait une réception immédiate. Knfin, le décret suivant parut dans la Gazette de Péking. « Edit impérial : Le Tsoung-li y amen m'avertit que les Ministres des différents royaumes demandent instamment à venir me saluer, pour me présenter les lettres de leurs souverains ; telle est la requête. Je permets à tous les Ministres qui ont des lettres de leurs souverains de me les remettre. Qu'on respecte ceci ! »>
PfcKING.
L'audience, fixée d'abord au 22 juin, fut renvoyée au 29 ; pour éviter la chaleur, les ministres acceptèrent l'invitation de l'évêque qui leur avait offert le Pé-t'ang pour revêtir leur uniforme. Ce jour-là, dès cinq heures du matin, arrivèrent à la résidence des missionnaires Leurs Excellences 1VLVL de Geoffroy, ministre de France ; Ylangaly. ministre de Russie; Wade, ministre
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1 Angleterre; Low.ministredes Etats- ^Ijjjiliniliilili;!:!;/;;?:.,
Lnis et Fergusson, ministre des Pays- Bas. Quant à S. E. M. Soyesima qui était ambassadeur, le gouvernement chinois lui avait fait préparer un petit local d'attente, et il devait entrer le premier en audience privée.
Vers 6 heures, S. E. Tch'ounghenu, ancien ambassadeur chinois à Paris, vint au nom de l'empereur prier les ministres de se rendre au palais. Leurs cinq chaises vertes partirent de la grande cour du Pé-fang, avec nombre de chaises bleues affectées aux interprètes. Les différentes escortes française, anglaise et russe accompagnaient. Les rues avaient été interceptées de tous côtés, comme c est la coutume en Chine pour les sorties de l'empereur ; ce qui n'avait pas empêché une foule immense de se porter sur le parcours ; plus de deux
cents voitures, plus de trois mille Tck'oung-keou.
spectateurs, dont l'attitude était du reste fort convenable, assistèrent au défilé. Dix minutes après, l'ambassadeur japonais, les cinq ministres et les interprètes entraient au jardin-palais, du Tse-kouang-ko, lieu fixé pour l'audience et séparé du Pét'ang par un simple mur. — L'empereur devait arriver vers six heures, mais des dépêches importantes reçues le matin l'empêchèrent d'être exact, ce dont le prince Koiing fit à plusieurs reprises des excuses au corps diplomatique. Enfin, Sa Majesté entra dans la salle du trône avant neuf heures, et monta sur une estrade élevée de trois marches, où se trouvait un siège splendide devant une grande inscription en marbre blanc ;
DYN. DES TSING