EMPEREUR. LES PRINCESSES
heures du matin, et après une heure consacrée aux soins de la toilette, il prend une légère réfection et prépare de suite les affaires du conseil, qu'il préside entre trois et six heures, hiver comme été ; il déjeune à neuf heures, continue à s'occuper des affaires de l'État, et souvent son temps libre est abrégé par les cérémonies et les rites dont il ne saurait se dispenser. Son dîner a lieu vers cinq heures du soir, puis il se retire dans ses appartements.
Des mandarins spéciaux sont affectés au service du palais; les uns sont chargés des vêtements impériaux, les autres du mobilier; ceux-ci de la vaisselle, ceux-là des diverses fournitures ; il y en a pour la viande, pour les légumes, pour les fruits, pour le laitage, pour les fleurs ; il y en a pour les feux d'artifice, les comédies, la chasse, les chevaux, les chaises, les voitures ; enfin leur nombre est presque illimité. On serait en droit de penser qu'avec tant de serviteurs, l'empereur est bien servi ! il n'en est rien ; ici encore tout est réglé. Tel jour l'empereur doit manger des primeurs, mais comme elles seraient très chères et peut-être introuvables, on fixe ce jour un mois après leur apparition. On pourrait servir à l'empereur de beaux fruits, mais on craint de ne pas pouvoir toujours le faire, et la seconde qualité passe pour le première ; pour chaque fourniture les mandarins en agissent ainsi. L'empereur paie cependant au moins le décuple de la valeur réelle des objets, mais tant de gens doivent
Dame de la cour.
gagner, et il faut dépenser tant d'argent pour obtenir une de ces charges ! En juin 1896, l'empereur actuel se rendait chaque jour près du cercueil de sa mère, vers huit heures
du matin ; son déjeuner de neuf heures, qu'il devait y prendre, lui était compté quatre mille francs! Tout ce qui est servi au souverain doit être servi par paires : deux canards, deux poulets, deux poissons. Il mange fort peu et de très peu de plats, mais les repas sont préparés au complet, selon les usages ; il touche à peine aux mets servis, qui sont ensuite le profit des fournisseurs ; ceux-ci les revendent ou les conservent pour eux-mêmes. Des médecins toujours présents règlent, on peut dire, la nourriture et l'appétit du souverain sur sa santé ; aime-t-il spécialement une préparation culinaire, et pour ce motif en prend-il un peu trop, de par les docteurs, elle ne lui sera plus servie. Knfin, l'empereur est peutêtre l'homme qui jouit en Chine du moins de liberté. Quand il veut sortir de son palais, c'est une grande affaire ; les gardes sont convoqués, tous les agents de police sur pied, les rues nivelées, sablées, les boutiques fermées, toute vie disparaît sur son passage. Comme cela se faisait il y a cinq cents ans, des archers, l'arc en bandoulière et le carquois garni de flèches, montés sur des chevaux étiques, précèdent la chaise impériale simplement couverte de soie jaune et portée par des gens revêtus de casaques rougeàtres à fleurs peintes ; ces porteurs, qui s'exercent du reste pendant de longues années, doivent être attentifs, car si la chaise versait, ils seraient tous Servante du palais. condamnés à mort. Suivent une douzaine de cavaliers portant des insignes et des drapeaux ; enfin les voitures de la suite et les gardes. Quelques mandarins haut placés se tiennent seuls aux côtés de la chaise. L'empereur actuel sort toujours en chaise à porteurs, cependant, selon l'ancienne coutume, on entretient pour son usage huit chevaux, qui sont loin d'être de premier ordre ; ici encore un mandarin en est chargé et y trouve son avantage. Ces chevaux doivent toujours aller au pas; on les promène quelquefois dans Péking, et alors chaque voiture et chaque piéton doit s'arrêter en laissant la chaussée à l'écurie impériale ! A la moindre sortie de l'empereur, les dépenses