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LES BANQUES. LES MONTS-DE-PIETE

espoir, mais c'en est un, on peut donc risquer quelques sous ! Qu'arrive-t-il, en effet, souvent ? Une banque émet des billets pour le décuple de son numéraire, une banque rivale les achète, se les fait rembourser, et lorsque la première banque a dépensé ce qu'elle a en argent, ne pouvant continuer à payer, elle ferme, la voilà ruinée et son propriétaire en fuite. Ce n'est pas fini ; ces honnêtes gens, pendant un an ou deux, parcourent la ville, rachètent à dix ou vingt centimes leurs vieux billets, puis, lorsque presque tous sont rentrés, on rouvre boutique et la banque reprend comme si elle n'avait pas fait banqueroute ;

CeSt Une fraude in- Grande et petite sapèques de Péking.

génieuse, et les gens qui ont acheté des billets portant le nom de cette banque, font eux-mêmes une bonne affaire.

La monnaie ordinaire est la sapèque, petite rondelle de cuivre percée d'un trou carré et portant les caractères du règne pendant lequel elle a été frappée. Du temps de K'ang-si, mille sapèques enfilées formaient une ligature ( tiao ), elles étaient belles et en bon cuivre. Peu à peu, la Monnaie décida que chacune en vaudrait deux, alors 5oo sapèques ont encore fait un tiao, soit mille. Ensuite, le gouvernement a frappé de nouvelles pièces un peu plus grandes, en fixant la valeur à 20 sapèques chacune, alors 5o représentent un tiao, soit mille sapèques ; c'est la sapèque de Péking, encore n'en donne-t-on que 49 pour un tiao, la dernière étant réservée comme prix de la ficelle ! La grande ligature (celle de mille ) vaut environ 3 francs ; la petite (celle de 5oo) vaut la moitié ; la ligature de 49 grandes sapèques vaut à peine or, 35 centimes. Tous ces changements firent naître bien des difficultés ; ce fut une perturbation générale. Tel qui avait loué sa maison 10 ligatures par mois, soit 3o francs, à la première modification ne recevait plus que i5 francs, à la seconde 3 fr. 5o! Aussi, Péking seul se soumit, et les provinces refusèrent la grande sapèque qui en représentait 20. La Monnaie essaya bien encore de spéculer en frappant des sapèques en fer ; cette fois c'était trop, elles furent impitoyablement refusées. Comme système monétaire, on peut conclure que la Chine n'est pas très avancée.

LES MONTS-DE-PIETE. — Les monts-de-piété sont nombreux; dans chaque quartier de la ville, presque dans chaque rue importante, on en rencontre ; c'est une vraie ressource pour le peuple ; cependant le taux de l'intérêt est fort élevé : 2 °/0 ou 3 % par mois, et un mois commencé doit être payé en entier. On peut tout engager, à

l'exception des animaux, qu'il faudrait nourrir ; depuis les objets les plus chers jusqu'à un objet de cinquante centimes, tout est reçu. Celui qui engage, débat le prix avec le prêteur, qui en général avance le tiers, la moitié au plus de la valeur réelle de l'objet.

Lorsque ce sont des fourrures ou des vêtements qui peuvent s'avarier, le prêteur, pour se couvrir, s'empresse de noter sur le titre de prêt : Vêtement en zibeline mangé des vers, habit de soie taché d'huile, ainsi du reste; ajoutons cependant qu'en général le mont-de-piété soigne bien tout ce qui lui est confié ; les objets engagés ne meurent, comme on dit ici, qu'au bout de trois ans. Le porteur du titre de prêt peut toujours les racheter pendant ce temps, en payant, outre la somme avancée, l'intérêt de cette somme. Tel qui ne peut racheter son bien, en vend le titre à un autre. Les agents du mont-de-piété doivent connaître la valeur de tout objet, sous peine d'être trompés ; ils doivent avoir l'œil, selon une expression aussi chinoise qu'européenne ; par ignorance, ils font souvent des pertes sensibles.

Presque tous les monts-de-piété ont pour bailleurs de fonds des mandarins ou des gens très riches; il faut, en effet, pour ouvrir un mont-de-piété, une mise de fonds considérable, puisqu'on doit attendre 36 mois avant de rien vendre ; il faut aussi un local immense et un ordre parfait. Ces établissements sont bien tenus et font en général d'excellentes affaires ; ils sauvent de la misère une infinité de pauvres gens qui engagent leurs vêtements, leurs couvertures après l'hiver, et les rachètent à l'automne après la récolte. Ils sauvent de la faillite un grand nombre de marchands, qui engagent une partie de leur fonds pour payer des dettes criar- Enseigm de mont-de-piété, des, et se relèvent ensuite par deux ou trois ans d'ordre et d'économie. C'est une excellente institution, et d'une grande honnêteté dans ses transactions. Lorsqu'on fait une vente dans les monts-de-piété, il n'y a ni crieur, ni commissaire-priseur ; on étale tout ce qui est à vendre avec un numéro sur chaque objet, les acheteurs très nombreux, viennent, examinent et écrivent sur un billet :

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