LES BOUTIQUES. LES RESTAURANTS
et ne rabattent jamais un centime, mais serait-ce un enfant qui vient acheter, il ne sera pas trompé. La plupart des magasins se trouvent en dehors de la porte Ts'ien-men ; les soies, les fourrures, les broderies, les pierres précieuses, les thés les meilleurs, s'y rencontrent en abondance. Depuis une vingtaine d'années, les Chinois ont également ouvert des magasins d'objets européens qui renferment tout ce que l'acheteur peut désirer, souvent à meilleur compte qu'en Europe. Des boutiques de moindre importance bordent les rues marchandes ; on y vend des vêtements, des chaussures, des chapeaux, des fleurs artificielles, des pipes, des livres. Enfin, de plus petites encore offrent de la bijouterie fausse, des porcelaines récentes, de la quincaillerie, de la ferronnerie, des lampes, des briquets et tous les objets utiles ou futiles. Le grand commerce est concentré dans la zone qui se trouve en dehors du rempart sud de la ville tartare, et chaque quartier a son commerce spécial ; tous les libraires, par exemple, sont dans la rue nommée Léon-li-tch'ang ; tous les quincailliers, en dehors de la porte Ha-ta-men, ainsi des autres. Quant aux boutiques d'antiquités et de bibelots, il y en a de vraiment belles ; on y admire les jades, les pierreries dures, les cornalines, l'améthyste et le cristal de roche, travaillés sous mille formes diverses, mêlés aux plus belles porcelaines Ming, K'ang-si, K'ien-loung ; les bronzes, les bronzes niellés, les monnaies anciennes, les cloisonnés, les bois sculptés, fouillés, incrustés d'ivoire, enfin les curiosités si appréciées en Europe. La politesse est parfaite dans ces boutiques ; on présente à l'acheteur du thé ou des rafraîchissements, on lui offre un siège, il fait tout apporter, tout déballer, reste deux heures sans rien acheter, et on le reconduit avec grâce, sans manifester le moindre mécontentement. LES RESTAURANTS. — Il n'y a pas à Péking ce que nous appelons la table d'hôte, les repas sont à la carte. Les mandarins, les lettrés, les voyageurs, les entrepreneurs, les
marchands même, vont au restaurant ; on choisit sa table, Enseigne de cordonniers. on s'y installe, et pendant que l'on boit le thé en fumant quelques pipes, le dîner est
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servi ; il coûte i franc ou 20 francs, selon le menu. Un bon dîner se paye de deux à 3 francs, mais si on demande des raretés ou des primeurs, c'est autre chose ; un bol d'ailerons de requin pour quatre vaut 5 francs ; un potage aux nids d'hirondelles, 10 francs ; la cosse de petits pois primeurs, cinq centimes ; un petit concombre en hiver, 5o centimes, et le reste à l'avenant. Dans les restaurants plus ordinaires, les ouvriers viennent prendre leur nourriture à très bon marché ; avec 5o centimes, ils font un abondant repas. Enfin, il y a d'affreuses gargottes où se vendent des détritus de tout genre, des viandes hétéroclites : mulet crevé, chien, chameau, cheval mort de maladie, intestins d'animaux, tout passe; les pauvres en haillons s'y attablent, et moyennant quelques centimes apaisent leur faim. Vous voyez aussi une foule de petits restaurants en plein air ; dans une espèce de caisse arrondie, le restaurateur a sa marmite avec tous ses ustensiles ; il dispose à l'entour des petits bancs, fait sa cuisine, et les amateurs d'accourir. On prépare ainsi le gras double, les tripes et d'autres plats de même acabit qui, avec une bonne tasse de riz, constituent un déjeuner passable, payé i5 centimes. D'autres individus vendent de la viande toute cuite, des petits pains parsemés de grains de sésame, des galettes, des patates ; d'autres, en hiver, une bouillie qui réchauffe les pauvres gens ; en été, des mets glacés et des rafraîchissements. On a de la glace, en effet, presque pour rien ; un bloc de 5o centimètres de côté sur o,3o d'épaisseur, coûte à peine 40 centimes, et ne fond pas vite par le temps sec qui se prolonge ordinairement jusqu'en juillet. Plus tard les pluies arrivent, mais la glace résiste, on la vend seulement un peu plus cher. Somme toute, à Péking, on peut très