LES OUVRIERS. INDUSTRIES DIVERSES
Une spécialité de Péking est le travail de l'émail cloisonné, qui a beaucoup progressé depuis trente ans. On prépare un vase de cuivre rouge, il doit être soudé au laiton et martelé, puis un fil de cuivre mince est appliqué en suivant les lignes du dessin projeté, ce fil adhère au moyen d'une colle spéciale. Une fois tout le dessin de cuivre appliqué
sur le vase, on recouvre le dessin et la colle d'une poussière d'argent et on chauffe le tout ; l'argent se liquéfie avant le cuivre et soude ainsi très solidement les linéaments de cuivre superposés au vase ; ces linéaments forment des cloisons, dans
Cordonnier.
les intervalles desquelles on verse la pâte d'émail colorée selon les fantaisies du dessin. Ce travail accompli, on suspend avec précaution l'objet dans un tube de tôle proportionné à sa dimension, on entoure ce tube d'un grillage en fil de fer éloigné d'environ 25 centimètres ; l'intervalle est rempli de charbon de bois allumé, et on active le feu avec des éventails ; en peu de temps le tuyau devient rouge et l'objet qu'il contient est cuit. Quand on l'extrait, on ne voit qu'un amas de boursouflures informes, mais l'ouvrier lime avec soin, fait les retouches, corrige les places où l'émail n'a pas pris ; il recommence l'opération, la chauffe, le polissage et les retouches, jusqu'à ce qu'il ne reste pas le moindre défaut ; enfin il repolit longuement au charbon pour que tout le dessin de cuivre reparaisse, puis il dore au mercure. Les travaux fins passent sept ou huit fois au feu. Les émailleurs ont amélioré leur art, et les nouveaux produits sont plus soignés que les anciens, on arrive aujourd'hui à dégrader les couleurs dans la même cloison. Ce qui a été exécuté de plus parfait en ce genre, est une croix envoyée dernièrement par la Mission de Péking à Sa Sainteté Léon XIII, pour son jubilé épiscopal. Elle mesure im 5o de haut, et toutes les arabesques, volutes,
décorations sont en ronde bosse émaillée ; c'est un travail des plus difficiles et qui a été admirablement réussi ; cinq ouvriers travaillant même la nuit, ont mis six mois
à l'exécuter. Une paire de candélabres, représentant neuf dragons sortant de la gueule d'un dragon central, a été envoyée par la mission du Kan-sou ; les candélabres ne mesurent que 5o centimètres de haut, mais ils sont également fort beaux. On est parvenu d'ailleurs à cloisonner jusqu'à des statues, qui ont fait l'admiration des connaisseurs.
LES PETITS MÉTIERS.— Ils sont nombreux à Péking, où chacun gagne péniblement sa vie ; que de gens travaillent pendant toute une journée, par tous les temps, pour rapporter le soir 5o centimes à leur famille ! — Les Chinois ont, comme chacun le sait, la tête rasée moins le sommet dont les cheveux sont tressés ; cet usage nécessite une multitude de barbiers, le nombre en
Croix envoyée à Léon XIII
est presque illimité à Péking. Les uns tiennent boutique, les autres parcourent les rues avec tout un attirail contenant réchaud, plat à barbe, rasoirs, etc. ; pour 10 centimes, ils peignent et tressent les cheveux ; pour 20 centimes, ils rasent tête et menton, et pour quelques centimes en plus, ils y ajoutent le massage. Si l'empereur vient i mourir, les barbiers sont désolés, car il y a défense pour tout le monde Sarbier.
de se raser pendant cent jours ; c'est une ruine pour leur industrie. On entend quelquefois dans les rues le bruit de deux petites castagnettes, c'est