LES PETITS METIERS
l'annonce du pédicure ; pour quelques sous, il se charge de mettre en bon état vos extrémités inférieures ; en général il est fort habile, et les accidents sont rares.
Un pauvre homme porte sur son dos une caisse volumineuse qui contient des poissons, des oiseaux, des animaux, des bonshommes en sucre soufflé et filé ; devant
vous il exécute avec beaucoup de dextérité ces divers sujets. Avec le marchand de jouets, f il fait le bonheur des enfants, qui peuvent ainsi se procurer une foule de petits objets ; ce sont nos boutiques à un sou, seulement il ne s'agit que dune sapèque, soit environ un centime.
D'autres portent de grands caissons très légers, remplis de fleurs artificielles confectionnées avec du papierderiz; d'autres, des boîtes ou paquets renfermant de la mercerie ; sur le pas des Marchand de jouets. portes, ils s'arrêtent et
vendent aux bonnes femmes leur marchandise. Enfin, le commerce des infiniment petits est énorme, grâce à la divisibilité de la monnaie chinoise ; pour un centime, un demi centime et même moins, on vend une tranche de pastèque, vingt allumettes chimiques, un morceau de sucre, en un mot c'est le commerce du détail le plus sectionné. Il y a des gens qui avec un fonds roulant de 3 francs, montent boutique et vivent toute l'année en vendant des petits pains, un peu de glace, un fruit, une tasse de thé, un rien. Tous ces petits marchands sont honnêtes, pacifiques, ingénieux et d'une sobriété extraordinaire. Des enfants même très jeunes font ce métier, et ne se laissent pas tenter par leur marchandise. Il n'est pas rare de trouver dans un carrefour, le vrai
guignol d'Europe avec un gendarme et son commissaire ; non seulement les enfants, mais les grandes personnes assitent avec intérêt aux péripéties du drame.
Dans les rues de Péking se rencontrent aussi des acrobates assez habiles en leur métier, et qui attirent la foule, mais elle est encore plus tentée par les conteurs d'histoires ; ceux-ci s'installent sous une tente ou en plein air, et racontent avec beaucoup de verve les hauts faits des temps passés, ou bien encore des anecdotes croustilleuses, qui amènent les sapèques à leurs pieds. Quand le conteur a de la faconde, la foule s'amasse et il gagne facilement 5 à 6 francs par jour.
Ordinairement, c'est à domicile que l'on fait venir les prestidigitateurs ; ceux-ci se distinguent par l'absence de trucs machinés ; tout leur art est dans leur habileté. Un jour, une séance fut donnée sur le pont d'une canonnière, par un individu qu'accompagnait son fils âgé de huit ans ; pour une piastre, il amusa l'équipage et les officiers pendant des heures. Un de ses mille tours est celui-ci, dont il n'a pas voulu vendre le secret : il avale dix aiguilles en acier, une à une, un morceau de fil d'un mètre de long, un grelot ; il frappe sur son estomac pour faire résonner le grelot, puis, un moment après, sort de ses lèvres un bout de fil, qu'il prend délicatement ; les dix aiguilles sont enfilées et le grelot pendu au bout. Notons que cet homme-là n'avait pour tout vêtement qu'un pantalon de toile et une très légère chemisette.
Une petite industrie des bonzes consiste à s'enfermer dans une cabane en bois sur
laquelle sont plantés des clous qui traversent jusqu'à l'intérieur; l'anachorète n'en sort plus, et frappe une cloche à chaque minute.
Les chinois lui f o n t des offrandes considérables destinées à la
reconstruction d'une pagode ; chaque clou est taxé, et celui qui paie la taxe indiquée emporte le clou comme une relique ; il y en a de différents prix, selon qu'ils ont touché