‹ PékingChapitre 19 sur 224 · AV. J.-C · texte numérisé non relu

AV. J.-C

Vue de la Grande Muraille.

muraille suit de chaque côté la crête des montagnes. Un peu plus loin, on rencontre une seconde fortification, puis le village de Tch'a-tao où finit la passe proprement dite. Après avoir traversé Hoè-laè-sien et plusieurs autres villes importantes, on arrive enfin à Suen-hoa-fou , grande préfecture qui fut témoin de bien des combats entre les Chinois et les Tartares.

A Kalgan, 25 kilomètres plus au nord, la porte n'est pas en fer, mais elle est encore belle et solide. Au sortir de la ville, la Grande Muraille, quoique beaucoup moins soignée, continue vers Test et vers l'ouest ; il était du reste inutile de la construire aussi massive que dans les passes. On la voit en effet serpenter sur des sommets presque à pic, dont quelques-uns ont sept ou huit cents mètres d'altitude et sont par eux-mêmes infranchissables. La muraille disparaît parfois dans les endroits les plus abrupts, mais ils sont toujours couronnés par les forts, dont quelques-uns se détachant même de la ligne principale semblent avoir plutôt servi de tours à signaux que de moyens de défense.

A la passe du nord appelée Kou-pè-k'eou, la muraille redevient magnifique ; ce n'est plus un simple mur, mais une véritable fortification très bien comprise. Nous en trouvons les mesures exactes dans Macartney (t. m, pp. 226 et suiv.). « Le corps de cette muraille est une élévation en terre, retenue de chaque côté par un mur de maçonnerie

Porte de la Grande Muraille à Chan-haè-kouan.

et recouverte d'une plate-forme en briques carrées ; les murs de côté, continuant à s'élever au-dessus de la plate-forme, servent de parapets. Hauteur totale du mur: vingtcinq pieds, non compris deux pieds de pierres de taille servant de base. Epaisseur de chaque mur : cinq pieds à la base, un et demi au sommet ; épaisseur totale de la muraille : à la base, vingt-cinq pieds, au sommet quinze pieds et demi. Les tours sont éloignées de cent pas l'une de l'autre environ, elles ont quarante pieds de côté à la base et trente au sommet ; leur hauteur est de trente-sept pieds et demi, et elles avancent de dix-huit pieds en dehors de la muraille, du côté de la Tartarie. Quelques-unes ont un étage et sont plus élevées que les précédentes d'environ dix pieds. Les pierres employées ont un pied d'épaisseur, et les briques trois pouces trois-quart, sur un pied trente de long et sept et demi de large. » On arrive au sommet du mur par des escaliers à pente rapide, maintenant recouverts de débris et de plantes sauvages ; il faut parfois s'aider des pieds et des mains pour les gravir.

De Kou-pè-k'eou à Chan-haè-kouan, troisième passe de l'est, la Grande Muraille continue son tracé sur les montagnes ; souvent elle est doublée de petites places de guerre et de fortins, surtout près de Young-p 'ing-fou . Ce redoublement de forces a été nécessité sans doute par les incursions si fréquentes des Tartares orientaux.

A l'approche de Chan-haè-kouan, la muraille prend de nouveau les plus grandes proportions ; elle est toute en pierres de taille fort bien travaillées, et entre réellement dans la mer jusqu'à huit ou dix mètres. Comme en ces parages l'eau est très claire, on voit

DYN. DES Ts'lN. LA GRANDE MURAILLE. (202 AV. J.-C.)

La. Muraille se jetant dans la mer.

distinctement dans le fond les énormes assises sur lesquelles elle reposait jadis. A l'origine, la Grande Muraille devait se prolonger encore à cent mètres au moins, mais on comprend que depuis deux mille ans, le temps et les marées l'aient peu à peu rongée.

La grande porte qui donne accès en Mantchourie est surmontée d'une pagode ; il est de règle de ne la traverser qu'à pied, par respect pour l'inscription impériale que K'ien-loung y a fait placer.

On s'étonnera peut-être d'apprendre que Marco-Polo n'ait point parlé de la Grande Muraille! Voici une explication de son silence: « La bibliothèque de Venise possède une copie de la route suivie par Marco-Polo, d'après laquelle il aurait pris le chemin des caravanes jusqu'à Samarkande et Kachgar ; puis tournant au sud-est, il aurait traversé le Bengale, le Thibet, le Chen-si, le Chan-si et serait arrivé par le sud à Kambalick.»(MACARTNEY t. m, p. 220.)

Dans ce cas, il ne serait point venu à Péking par le nord, et, employé pendant toute sa vie dans les provinces du sud, il aurait jugé peu intéressant de parler de la Grande Muraille, que l'unification de la Tartarie et de la Chine en un seul royaume, sous Koubilaïkan, avait rendue inutile.

Ts'in-che-hoang termina son règne par un dernier acte de cruauté ; il fit mettre à mort son propre fils, Fou-fou ; enfin lui-même mourut. On l'enterra sur la montagne Li-chan ; un grand nombre de femmes, d'enfants, de serviteurs, d'amis, furent immolés sur son tombeau !

Petites places de guerre et fortins, près de Young-p'ing-fou.

Eul-che-hoang-ti lui succéda ; c'était un prince faible et sanguinaire, subissant l'influence d'un détestable eunuque nommé Tchao-kao ; à son instigation il fit empoisonner le vaillant général Moung-t'ien et son frère Moung-y. Lisse, premier ministre de Ts'in-che-hoang, tomba lui-même en disgrâce ; accusé, jugé et condamné par l'eunuque Tchao, il fut, en sa présence, coupé en morceaux. Devenu tout-puissant, ce terrible eunuque gouverna si mal, que les révoltes éclatèrent de toutes parts. L'empereur se donna la mort et Tse-iin, petit-fils de Ts'in-che-hoang, étant monté sur le trône, tua de sa propre main l'infâme Tchao-kao. Il ne put cependant résister aux rebelles commandés par Tch'ou-pa-ouang, général du petit royaume de Tch'ou ; la

Caravane mongole se rendant à Péking.

DYN. DES HAN. HAN-KAO-TSOU. (l}8 AV. J.-C. )

capitale des Ts'in fut pillée et brûlée ; le vainqueur fit mourir l'empereur Tse-iin et jeta au vent les cendres de Ts'in-che-hoang. Après cinq années de guerres, vaincu à son tour par Léou-pang, roi de Han, il se coupa la gorge (202 ).

EOU-PANG prit le titre d'empereur, sous le nom de Han-kao-tsou.

Par sa sagesse, il rendit en peu de temps la paix à l'empire, et son règne paternel fit bientôt oublier la férocité du tyran Ts'in-che-hoang ; ses successeurs rapportèrent les édits contre les livres et les lettrés ; une bibliothèque impériale fut fondée, et l'étude des anciens remise en honneur. Après plusieurs expéditions heureuses, les provinces occidentales se soumirent à l'empire, qui fut pacifié et retrouva sa première splendeur.

Nous lisons dans les Annales des Han, que l'empereur Ou-ti, l'an i38av. J.-C, envoya Tchang-k'ien dans un pays nommé Yuè-ti, situé à l'Orient de la Chine ; mais ce général, fait prisonnier par les Huns, resta dix ans en captivité. Étant parvenu à s'échapper, il visita Ta-sia, le Tokarestan, traversa le Thibet et revint en Chine, l'an 126. Il exposa devant l'empereur Ou-ti le résultat de ses voyages, et nomma plus de dix royaumes occidentaux visités par lui. Reparti en 122, à la tête de forces considérables, il soumit l'empire des Huns, la Boucharie,

Han-kao-tsou.

Tchang-k'ien.

la Bactriane et tout le pays baigné par l'Oxus ; il mourut peu après son retour, couvert de gloire et comblé d'honneurs. La vigne, au témoignage de Strabon, se trouvait en abondance dans l'Afghanistan, et c'est Tchang-k'ien qui l'introduisit en Chine.

SOU-OU ( Sou-tse-king j. — Parmi les hommes d'État qui vivaient du temps des Han, le plus célèbre est sans contredit Sou-tse-king, plus connu sous le nom de Sou-ou. L'empereur Siao-ou-ti le nomma ambassadeur chez les Tartares orientaux qui, vers la 100e année avant notre ère, faisaient de fréquentes incursions dans les provinces du nord de l'empire.

Le roi des Tartares lui fit les plus belles promesses s'il voulait trahir son maître, et le menaça des plus cruels traitements s'il lui restait fidèle. Sou-ou répondit: «Je ne crains pas la mort, mais le déshonneur » ; puis tirant son sabre, il voulut se tuer dans la crainte défaillir; sa blessure n'étant pas mortelle, on le condamna à mourir de faim ; il fut descendu au fond d'un puits, couvert de quelques haillons et tenant un bâton de commandement, mis dans sa main par dérision. Les Annales de la Chine racontent qu'il mangea ses vêtements, effilés et mêlés avec la neige qui tombait sur

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