UN GRAND DINER
UN GRAND DINER. — Au jour fixé, chaque invité arrive en grande tenue; on le reçoit au salon où le thé est servi, puis sur une parole polie du maître de ta maison, chacun ôte son chapeau, son pardessus, se met à l'aise. On s'assied à une ou plusieurs tables, selon le nombre des invités ; ordinairement les tables sont carrées et on s'y place quatre ou cinq au maximum. Tous les desserts sont sur la table: petits gâteaux, petits pains de maïs, fruits de tous genres, noix fraîches, amandes d'abricots, noix confites, fruits au miel, graines grillées de pastèques, noisettes, abricots confits, etc. Si les tables sont réunies, comme on le fait quelquefois, alors vous avez devant vous plus de cent coupes chargées de friandises et d'un fort bon effet. On commence par boire un peu de vin dans une tasse microscopique, on épluche les graines de pastèques, on cause, on se fait des politesses. Puis vient le repas proprement dit ; assiettes et coupes sans nombre chargées de différents mets : œufs de canard cuits dans la chaux,
1.2. Terrines. — 3. Tasse à couvercle — 4. Vase à vin. — 5. Théière. — 6, -, g, io. Tasses à thé. — 8. Tasse à eau-de-vie.— n. Bâtonnets. — 12. Théière en cuivre. — i3. Bol.— 14. Vase à huile. — i5. Vase à eau. — 16, 17, iS, 19, 20, 21, 22, 23, 24. Vaisselle pour grand repas. — 25. Cuillère. — 26, 27, 28, 29, 3o, 3i, 33, 34, 35, 36, 37. Batterie de cuisine. — 32. Réchaud entouré de bouillon où l'on fait cuire les mets au moment du repas.
herbes marines, morceaux de viande au sucre, crevettes fraîches, jeunes pousses de bambou, champignons de Mongolie, œufs de pigeon et mille autres apéritifs. Chaque convive prend légèrement avec ses bâtonnets quelques morceaux de choix qu'il met dans l'assiette de son voisin, puis les politesses recommencent ; enfin, arrive le repas véritable annoncé par l'apparition du bol de riz traditionnel, puis les coupes et les grands plats contenant: bouillis, rôtis de tout genre, canard, poulet, cochon de lait, boulettes, poissons d'eau douce, carpe marinée et autres mets plus ou moins distingués ; un des plus estimés est l'aileron de requin préparé, qui ressemble à la raie. Les potages aux nids de salanganes, au bouillon de poulet, aux champignons, sont intercalés entre les services ; on boit le vin en abondance, et souvent, vers la fin de ces interminables repas, on est un peu gai. « Un certain jour, raconte un vieux pékinois, j'assistais à un grand repas qui n'a pas duré moins de trois heures, mon amphitryon nous avait fait la politesse de nous dire souvent : « Mettezvous à l'aise», et les mandarins présents usaient largement de cette liberté. On jouait à la mourre pour s'exciter à boire, et sans ma présence, plus d'un se serait tout à fait grisé. »
En général, ces réunions sont très gaies, très confortables ; on s'a-
Un repas d'amis. muse, On fait des
jeux de mots, on propose des charades, et tout se passe fort honnêtement. Trop souvent cependant l'opium vient ensuite gâter tout cela, et les dames, toujours absentes pendant le repas, ne le sont pas toujours après ! Le dîner terminé, on reprend le thé et on continue à fumer les interminables pipes à eau qui n'ont guère cessé de