‹ PékingChapitre 26 sur 224 · CROIX ET AUTRES MONUMENTS · texte numérisé non relu

CROIX ET AUTRES MONUMENTS

Hauteur totale 4 pieds 5 pouces. Ouverture des bras . . 2 pieds 8 pouces.

Largeur de chaque bras .... 4 pouces. Épaisseur uniforme . . 4 pouces.

Largeur du milieu 6 pouces '/,.. Hauteur du milieu . . . 1 pied 8 pouces '/,.

Eloignement des trous . . . 1 pied 1 pouce. »

Dans une seconde lettre écrite peu de temps après, Monseigneur Rouger ajoute: «J'ai interrogé le vieux Père chinois nommé Fan, qui a vu la croix à plusieurs reprises

pendant qu'elle était couchée sur le sol avant la reconstruction du Ta-ouang-miao ;

il a parfaitement lu le nom de l'empereur Soun-ou, mais il lui a été impossible de déchiffrer les autres caractères trop cachés par la rouille et probablement plus petits, comme dans toutes les inscriptions.

Cette croix fut découverte sous le règne de l'empereur Houng-ou des Ming. Voici la traduction des deux belles sentences qui accompagnent la croix.

« Première : Les quatre mers (l'Univers) se réjouissent de la tranquillité obtenue par la croix, qui est comme une colonne de fer et une lu-

Groix de Tsuen-tcheou-fou. Pagode Toung-chan-sse au Fou-kien. mière très DrécieUSe

« Seconde : Toutes les nations offrent l'encens dans un encensoir d'or, chantant les louanges et adorant la croix jusqu'à l'Eternité, pour reconnaître ce très grand bienfait. »

Depuis, on a trouvé deux autres croix du même genre près de Nan-king ; les uns ont dit : ce sont des croix ; les autres, ce sont des ancres, des pièces de charpente, des instruments servant aux écluses. Le P. Louis Gaillard a traité cette question à fond, sans oser la résoudre, dans une remarquable brochure intitulée « Croix et Swastika » ( Shang-hai i8g3 ). On y trouvera les plus précieux renseignements.

Trois autres croix ont été encore découvertes dans la province du Fou-kien, la 23e année de l'empereur Ouan-li, de la dynastie des Ming. La première est en pierre et a la forme de la croix sculptée sur le tombeau de saint Thomas à Méliapour ; on la

trouva près de Nan-ngan-sien, et l'empereur la lit réparer; selon toutes probabilités elle date du IVe ou Ve siècle. — A Tsuen-tcheou-fou, près de la porte Jen-foung, une

seconde croix fut mise au jour dans le voisinage de la pagode Toung-chan-sse, bâtie par les T'ang au commencement du VIe siècle ; les chrétiens ont placé cette croix dans leur église. — La troisième croix fut découverte dans la ville de Tsuen-tcheou-fou , près de la pagode Choui-lou-sse.

Cette croix est en pierre assez grossièrement travaillée et remonte, ainsi que la pagode , au commencement du VIIe siècle ; les chrétiens l'ont également placée dans leur chapelle comme un antique patrimoine.

Croix de Tsuen-tcheou-fou. Pagode Choui-lou-sse au Fou-kien. Nous parlerons bientôt

d'un monument plus important, mais nous devons auparavant dire quelques mots sur diverses petites dynasties et sur l'établissement de la grande dynastie des T'ang.

LES Tsin régnèrent de 265 à 41g. Après eux, la dynastie des Soung, celles des Ts'i, des Léang, des Tch'en et des Soui n'eurent qu'une existence éphémère. C'est encore, comme précédemment, une période pleine de troubles et de compétitions à main armée. Enfin, fait qui n'est pas rare dans l'histoire de la Chine, un général énergique vint rétablir la paix et la prospérité dans l'empire. Il s'appelait Li-che-min, et était le second fils de Li-yuen, prince de T'ang qui régnait à Si-ngan-fou. Suivant ses conseils, son père se fit proclamer empereur sous le nom de T'ang-kao-tsou, et bientôt Li-che-min, par ses talents militaires, lui soumit tous les royaumes indépendants et refoula les Tartares dans le nord. Ainsi fut fondée la grande dynastie

DYN. DES TANG. TAÈ-TSOUNG. INSCRIPTION DE SI-NGAN-FOU. (6 ) $ AP. J.-C.) tf

des T'ang. Malgré la jalousie de ses frères, qui voulurent l'empoisonner et ensuite le faire périr dans un guet-apens où ils trouvèrent jeux-mêmes la mort, l'empereur nomma Li-che-min prince héritier. Il lui laissa le pouvoir en l'an 626, et se retira dans un palais où il finit ses jours le 25 juin 635. Le nouvel empereur prit les rênes du gouvernement sous le nom de T'ang-t'aè-tsoung, et fut un des plus glorieux souverains qui aient jamais gouverné la Chine. Il avait à cœur le bonheur de ses sujets ; protecteur éclairé des lettres, il remit en vigueur l'étude des livres classiques ; homme de guerre habile, il donna à ses armées une organisation fort remarquable pour l'époque. En même temps que sa puissance, sa renommée s'étendit au loin, et les royaumes de l'Inde et de l'Occident lui envoyèrent des ambassades. C'est alors aussi qu'arriva d'Europe en Chine la première mission chrétienne bien connue. Le souvenir nous en a été conservé par la célèbre inscription de Si-nganfou. Entrons, à son sujet, dans quelques détails.

En 1625, des ouvriers creusant les fondements d'un édifice près de Si-ngan-fou rencontrèrent une dalle de pierre, sur laquelle on avait gravé une inscription composée de 1780 caractères chinois ; cette inscription surmontée d'une croix, portait qu'en 635, sous le règne de T'aè-tsoung, 2e empereur de la dynastie des T'ang, des prêtres ayant pour chef un nommé Olopen, étaient venus du Ta-ts'in pour prêcher la religion chrétienne dont ils apportaient

L'empereur T'ang-kao-tsou.

D'après une photographie envoyée de Si-ngan-fou.

les Écritures et les images. Voici quelques passages de cette célèbre inscription : « Il y a un premier principe intelligent et spirituel qui a créé toutes choses de rien ; il est une substance en trois personnes. L'homme fut créé avec la justice originelle — le démon le fit succomber.... de là viennent tous les maux qui accablent le genre humain ; une des personnes divines s'est cachée sous la forme de l'homme, on l'appelle le Messie ; il naquit d'une vierge ; sa naissance fut annoncée par un ange et marquée par une étoile ; des rois lui offrirent des présents il monta

au ciel ; il institua le baptême pour laver les péchés, et se servit de la croix pour sauver tous les hommes.— Ses ministres n'amassent pas de

DYN

. DES TANG. TAÈ-TSOUNG. LE P. SÉMÉDO. (65 I AP. J.-C. )

richesses ; ils se mortifient et respectent leurs supérieurs ; ils prient chaque jour sept

fois pour les morts et pour les vivants; ils offrent le sacrifice chaque semaine. « Sous le règne de T'aè-tsoung, Olopen venant du Ta-is'in arriva en Chine l'an 635.

L'empereur envoya à sa rencontre et le fit conduire au palais ; il apportait les Ecritures et les images ; on examina la doctrine, on la trouva vraie et l'empei eur fit un décret en sa faveur: « Un homme du Ta-is'in, « d'une grande vertu, est venu à notre «Cour; nous avons examiné sa doctrine « avec soin, nous l'avons trouvée admira- « ble... elle enseigne la voie du salut et sera « utile au peuple ; il faut la lui faire con- « naître. Qu'on bâtisse une église qui aura « vingt et un prêtres pour la desservir. »

« En 65 1 ,Kao-tsonng succéda à son père, fit de grands honneurs à Olopen et bâtit des églises au vrai Dieu dans toutes les provinces. Les bonzes excitèrent une grande persécution contre les fidèles, mais deux personnes très zélées défendirent la foi qui reprit son premier éclat et fut affermie par l'empereur lui-même. Il fit mettre dans l'église les tableaux de ses prédécesseurs ; il honora le missionnaire Ki-ho nouvellement arrivé du Ta-ts'in. L'empereur Sou-tsoang, en 757 bâtit cinq églises, et les empereurs suivants affirmèrent dans leurs édits la beauté du christianisme. Le même souverain fit des offrandes aux

autels et bâtit des églises

« C'est pour conserver la mémoire de ces grandes actions et pour les faire passer à

la postérité, que nous élevons ce monument en l'année 782. » A la nouvelle de la découverte de cette précieuse inscription, le P. Sémédo se rendit

à Si-ngan-fou pour l'examiner, et il en donna la première traduction. Les ennemis de

la religion contestèrent d'abord l'authenticité du monument, puis, lorsqu'on l'eut prouvée, ils nièrent qu'il fût catholique ; dans la suite, une opinion se forma, regardant cette pierre comme nestorienne. Cependant les PP. Sémédo, De Boym, Kircher, Diaz,

Lecomte et bien d'autres plus récemment, la tiennent pour catholique. Beaucoup d'auteurs laïques, et parmi eux M. Dabry de Thiersant, partagent cette opinion.

Voici quelques raisons qui militent en sa faveur :

i° Dans le texte de l'inscription, aucun mot, aucun indice n'indique le nestorianisme.

2° Le Ta-ts'in d'où était envoyé Olopen ne pouvait être que Rome. Les textes des Annales des Ouée et des Han le démontrent, et les distances indiquées prou-

^"ff^ vent k'en Que Ta-ts'in n'était pas seulement la Perse.

3° Nous savons par les relations de Plan-Carpin, Rubruquis et autres, que le culte établi en Chine par les nestoriens consistait surtout dans l'adoration de la croix.

Rubruquis ajoute qu'ayant Le père sémédo. fait faire un crucifix, les

nestoriens furent très irrités contre lui. Ils regardaient le Christ sur la croix et les images comme autant de signes idolâtriques. C'est sans doute pour bien distinguer la religion catholique de toute autre religion, que le Souverain-Pontife, dans ses Bulles, recommandait aux missionnaires allant en Chine d'emporter les images. Saint Louis, d'après Joinville, en avait fait broder à l'intérieur de la tente devant servir de chapelle

DYN. DES TANG. KOUO-TSE-I [j^Pi?. J.-C. )

qu'il envoyait au Grand Kan. Jean de Montcorvin en faisait peindre dans ses églises de Kambalick. Or, nous lisons sur l'inscription de Si-ngan-fon qu'Olopen portait les

saintes Écritures et les images ; comment l'aurait-il fait s'il eût été nestorien ?

4° A l'arrivée d'Olopen à la cour sa religion fut appelée Po-se-kiao, et ses églises Po-se-sse (de la Perse). Quoique directement envoyé par le Ta-ts'in, il venait en effet de la Perse. Mais, lorsque les nestoriens, de la Perse également, arrivèrent à la cour, il y eut confusion, et nous lisons dans les Annales des T'ang que les successeurs dOlopen, en l'année 745, présentèrent une pétition à l'empereur Si-ngan-tsoung pour le prier de changer ce nom amphibologique de Pose en celui de Ta-ts'in, indiquant clairement que leur religion venait de Rome. —

Lorsque le monument fut érigé, en l'année 782, un grand nombre de noms d'évêques et de prêtres furent gravés dans le bas et sur les côtés, en caractères syriaques, dits estranghelos. Parmi ces noms, on est surpris de trouver celui de Hanan- Yeshu, qui était alors patriarche nestorien de Babylone. Comment a-t-il été placé là ? Comment éclairer ce mystère et résoudre cette difficulté ? Espérons que les recherches de la critique en donneront l'explication.

KOUO-TSE-I. — La grande dynastie

des T'ang fut fertile en hommes célèbres,

Kouo-tse-i. dont le premier fut sans contredit Kouo-

tse-i. Il naquit à Tchang-sien, dans la province du Chen-si, et parvint par son mérite

au grade de ministre d'État et de lieutenant général du royaume ; c'était en 754.

Dans ses guerres contre les Tartares orientaux, il prit pour lieutenant Li-koang-pi,

CROIX SCULPTEE

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