‹ PékingChapitre 35 sur 224 · DYN. DES YUEN. KOUYOUKKAN · texte numérisé non relu

DYN. DES YUEN. KOUYOUKKAN

du grand Kan par les Moscovites et les Hongrois. Ils parlaient le latin ou le français, et sachant notre intention, ils nous donnaient, sans même que nous avions besoin de les interroger, tous les renseignements qu'ils pouvaient savoir. »

L'empereur prit ensuite connaissance des lettres du Souverain Pontife, ets'enquit minutieusement auprès des religieux de l'objet de leur mission. Il leur fit donner pour le Pape une réponse que les interprètes leur traduisirent mot-à-mot le jour de la Saint-Martin. Kouyoukkan, comme il en avait le désir, leur proposa d'envoyer avec eux des ambassadeurs. Ne voulant pas avoir près d'eux des espions qui auraient tout examiné et se seraient rendu compte de la faiblesse des Princes chrétiens alors divisés entre eux, les religieux, en habiles diplomates, refusèrent cette dangereuse compagnie.

« Le jour de saint Brice, i3 novembre, on nous congédia avec la lettre de l'empereur munie de son sceau, en nous envoyant auprès de l'impératrice-mère. Elle nous donna à chacun une pelisse de renard doublée de ouate, et un habit de

pourpre, dont nOS TartareS nOUS L'empereur Kouyoukkan.

volèrent un pied de chaque ; nous le vîmes bien, mais nous aimâmes mieux ne rien dire. » La réponse du roi des Tartares, pleine de violence et de fourberie, était rédigée en ces termes : « La force de Dieu Kouyoukkan, empereur de tous les hommes, au grand

Pape. Vous et tous les peuples chrétiens qui habitent à l'Occident vous nous avez fait transmettre par votre envoyé, des lettres très certaines et authentiques dans le dessein de faire la paix avec nous. Comme nous l'avons appris de leur bouche et comme les lettres le portent, vous voulez donc avoir la paix avec nous. Eh bien ! vous, Pape, vous tous empereurs, rois, princes, chefs et gouverneurs, ne tardez plus à vous rendre auprès de moi pour en définir les conditions : vous entendrez notre réponse et saurez notre volonté. Vous dites que nous devrions nous faire baptiser et nous faire chrétiens ; nous vous répondrons en un mot que nous ne comprenons pas pourquoi nous en agirions ainsi. Vous vous étonnez ensuite des massacres d'hommes que nous avons faits, surtout des chrétiens Hongrois, Polonais et Moraves ;

nous ne le comprenons pas davantage. Cependant, pour ne pas paraître passer ce point sous silence, nous vous dirons que ces peuples n'avaient pas obéi à la volonté de Dieu et de Gengiskan, et que dans un mauvais dessein, ils avaient massacré nos envoyés ; c'est pourquoi Dieu nous a ordonné de les détruire et les a livrés entre nos mains. Et si ce n'était Dieu qui l'eût fait, que peut l'homme contre l'homme ? Vous, habitants de l'Occident, vous adorez Dieu, vous croyez être les seuls chrétiens Alexandre IV. ej. vous méprisez les autres, mais comment savez-

vous à qui il daigne accorder sa protection ? Nous aussi nous adorons Dieu, et c'est avec son secours que nous ravagerons toute la terre, depuis l'Orient jusqu'à l'Occident. Et s'il n'y avait pas un homme qui soit la force de Dieu, qu'auraient pu faire tous les autres hommes ? » — Le voyage de retour fait en hiver fut extrêmement pénible. Les deux franciscains n'eurent souvent aucun abri et passèrent bien des nuits sur la neige « à moins que nous ne pussions nous faire un gîte sur la terre avec le pied, car là n'était que campagne rase sans aucun arbre, et souvent le matin nous nous trouvions tout couverts de neige que le vent avait chassée ». Jean de Plan-Carpin arriva à Kiew le 9 juin 1247, puis enfin à Lyon où il remit au Pape la lettre de Kouyoukkan. Le siège d'Antivari, métropole de la Dalmatie, étant devenu vacant, l'humble Frère Jean fut élevé à la dignité archiépiscopale. A son retour de Tartarie, le Pape lavait béni et remercié en lui disant ces consolantes paroles de la sainte Ecriture : « L'ambassadeur fidèle est à celui qui l'envoie, comme la fraîcheur de la neige au temps de la moisson ; il réjouit le cœur de son maître. » Jean de Plan- Carpin mourut bientôt après, vers l'âge de 65 ans.

DYN. DES YUEN

OGOULGAIMIZ

MANGOUKAN

Iljl).

OMME le pape Innocent IV, le roi de France, saint Louis, se préoccupait gravement de la formidable invasion qui venait de pénétrer jusqu'au cœur de l'Europe. « Il faut, disait-il, repousser ces Tatars dans le Tartare, dussions-nous tous périr. » Sachant toutefois qu'il y avait parmi ces peuples des chrétiens pour lesquels le grand Kan montrait des dispositions favorables, saint Louis, animé du même zèle que le pape pour la paix et pour la foi, résolut de lui envoyer aussi des missionnaires. André de Longjumeait, de l'ordre des Frères-Prêcheurs, avec deux de ses compagnons, deux clercs séculiers et deux officiers du roi, partit de Nicosie le 27 janvier 124g. Il portait au grand Kan, de la part du roi de France une lettre, une parcelle de la vraie croix, et une tente devant servir de chapelle. « Le roy Loys, dit Joinville, envoya au roi de la Tartarie une tente faite à la guise d'une chapelle, qui était moult riche et bien faite. La tente estait de bonne escarlate fine, en laquelle il fit tirer à l'aiguille toute notre créance : l'Annonciation, la Nativité, etc....» Kouyoukkan était mort en avril 1248, après avoir régné deux ans à peine. L'impératrice Ogoulgaimi\ avait pris la régence, qu'elle garda pendant trois ans, et quand les ambassadeurs arrivèrent à Karakoroiim, c'est à elle qu'ils furent présentés. Elle fit à la lettre du roi de France une réponse altière et peu bienveillante, et envoya quelques pièces de soie en échange des cadeaux qu'elle avait acceptés. Les Tartares n'avaient vu dans les envoyés de saint Louis que des porteurs d'un tribut de vassalité. La régence de la princesse Ogoul ne pouvait être que provisoire, et le grand Ordou avait été convoqué pour l'élection d'un nouvel empereur. C'est là que le ior juillet

La régente Ogoulgaimiz.

I25l, par suite d'intrigues et de ruses, le neveu d'Oktai se fit élire par les princes tartares au détriment du fils de Kouyouk, et prit le nom de Mangonkan. La branche cadette arrivait ainsi au pouvoir, et l'empereur pour se venger de l'opposition

qu'il avait rencontrée parmi les partisans de la branche aînée, fit, au milieu même des fêtes du couronnement, mettre cruellement à mort soixante-dix personnes, sous le fallacieux prétexte de complot. La princesse Ogoal, cousue vivante dans un sac de cuir, fut jetée dans le fleuve.

Pendant ce temps, saint Louis avait appris par une lettre très humble cette fois et remplie de belles promesses, quErgaltai, fils de Batoukan et son futur successeur, désirait faire alliance avec lui contre les Sarrasins. Dans ce message, les Tartares se disaient chrétiens catholiques, et faisaient au saint roi les plus grandes protestations d'amitié. En tous cas ils étaient tolérants, comme on le voit par la fin de la lettre à'Ergaltai: «Sa Majesté saura aussi que sa Magnificence Tartarique nous a commandé de ne faire aucune différence entre le grec, le latin, l'arménien, le nestorien et le jacobéen ; mais de protéger également tous ceux qui adorent la croix. »

Vers le même temps, le roi d'Arménie alla en Tartarie pour faire alliance avec le grand Kan contre les Sarrasins. Mangoustan. LJ Hayton, frère de ce roi et qui l'accom-

pagna, dit dans le 24e chapitre de sa relation : « Que le grand Kan accomplit incontinent le premier point de la requête qui était de se faire chrétien, se faisant baptiser avec tous ceux de sa maison et tous les Grands de la cour, par un évêque

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