DYN. DES YUEN. RUBRUQUIS ( 12$ J-I
chancelier d'Arménie, après avoir été suffisamment instruit dans la foi catholique. » Malgré la clarté de cette affirmation, il serait peut-être difficile de prouver que le grand Kan fût catholique ; il se faisait passer pour tel, comme tous les princes Gengiskanides, quand les besoins de la politique l'exigeaient.
Relation de Rubruquis ( Êritish muséum ).
AFIN de se rendre un compte exact des dispositions des princes mongols, et toujours aussi dans l'espoir de les convertir à la foi catholique, le pieux roi de France, malgré son premier insuccès, se décida à envoyer une fois encore des missionnaires auprès des Tartares. Deux franciscains furent choisis pour cette entreprise : c'étaient Guillaume de Ruysbroeck, plus connu sous le nom de Ritbruquis, né dans le Brabant vers Tan 1220, et Barthélémy de Crémone. Saint Louis leur donna des lettres pour Sartak, autre fils de Batou, qui commandait les troupes les plus rapprochées de l'Occident.
Rubruquis adressa au roi très chrétien une relation détaillée de leur voyage, dont le texte nous a été conservé. Ils se rendirent d'abord à Constantinople, et de là s'embarquèrent sur un navire qui les conduisit à Soldaya ( Soudac en Crimée). C'est là ainsi que le faisaient les marchands qui se dirigeaient vers les pays du nord, que Rubruquis organisa sa petite caravane. Elle se composait, outre les deux franciscains, d'un interprète, d'un guide, d'un domestique et de deux conducteurs pour soigner les bœufs et les chevaux. Il se procura six chariots couverts pour porter leurs bao-ao-es et les présents dont on lui avait bien recommandé de se munir, et de plus cinq chevaux pour eux et leur suite.
Les missionnaires eurent à souffrir sur toute la route des difficultés de tout genre, provenant du voyage et des vexations des Tartares toujours insatiables. « Depuis la ville de Soudac, dit Rubruquis, jusqu'à notre arrivée auprès de Sartak, pendant deux mois nous ne couchâmes dans aucune maison, ni tente, mais en plein air ou sous nos chariots ; nous ne vîmes aucun village, ni trace d'habitation, mais seulement des tom-
PKKING.
bcs de Comans en très grande quantité. » Parvenus au camp de Sartak, à trois journées en deçà du Volga, ils s'aperçurent bien vite que ce général n'était pas chrétien. Il avait, à la manière des Mongols, six femmes, et son fils aîné deux ou trois. In nestorien puissant à la cour, les introduisit auprès de l'officier chargé de présenter les ambassadeurs. 11 fallut parlementer d'abord au sujet des cadeaux à offrir. Les
franciscains dirent qu'ils n'avaient ni or ni argent, ni rien de précieux; ce qui était bien l'exacte vérité. On voulut alors retenir leurs vêtements sacerdotaux !
Enfin ils furent présentés à la condition de s'en revêtir. Sartak admira la bible donnée par le roi de France, et les enluminures du beau psautier donné par la reine. « Il prit dans sa main la croix et s'enquit si c'était l'image du Christ, et nous répondîmes que oui. Les Nestoriens ne mettent jamais sur leur crucifix la figure du Christ, d'où il semble qu'ils comprennent mal la Passion, ou qu'ils en rougissent. Alors je lui présentai Vos lettres traduites en arabe et en syriaque, et nous nous retirâmes ».
Guillaume JtuyshroecJc ( ttubruçfuis ). Sartak ne voulut pas prendre sur lui
d'y répondre et renvoya les missionnaires à son père Batou. Rubruquis ajoute, en parlant de Sartak : « Croit-il au Christ ? je n'en sais rien ; ce que je sais, c'est qu'il ne veut pas qu'on dise qu'il soit chrétien, et qu'il m'a semblé plutôt en rire. »
Les deux religieux se remirent donc en route. « Quand je vis la cour de Batou, je fus étonné à l'aspect de ses habitations semblables à celles d'une grande ville, qui s'étendrait en long, et de tous côtés à trois ou quatre lieues une quantité de monde. Et, comme le peuple d'Israël, chacun sait à quel endroit il doit planter sa tente quand ils changent de campement. Le lendemain, on nous conduisit près de Batou. Nous nous tînmes là nu-pieds et nu-tête, avec notre habit de religieux, grand sujet d'étonnement aux yeux de tous.
«Notre introducteur nous ordonna de nous mettre à "enoux. Je fléchis un ffenou comme devant un homme ; il me fit signe de fléchir les deux, ce que je fis pour ne pas l'offenser. Puisque j'étais à genoux, je commençai par une prière, me mettant en la
DYN. DES YUEN.-