DYN. DES YUEN. L EMPEREUR CHOUN-TI ( I
alains et les autres chrétiens qui lui avaient écrit. En novembre i338, le Pape fit partir pour la haute Asie quatre franciscains qu'il nomma nonces apostoliques pour dix ans : Nicolas Bonnet, Nicolas de Molano, Jean de Florence et Grégoire de Hongrie. Ils arrivèrent en 1342 à la cour de Choun-ti, qui leur fit le meilleur accueil. Le nombre des catholiques s'était grandement accru, et les Franciscains avaient multiplié leurs résidences. Ceux qui habitaient le couvent de Kambalick, construit par Jean de Montcorvin près du palais impérial, étaient l'objet de tels égards, que
l'empereur les admettait fréquemment à sa table, et qu'il n'allait prendre le repos de la nuit qu'après avoir reçu leur bénédiction. Outre ces résidences fixes, les Franciscains avaient encore, à la mode tartare, des maisons roulantes qui leur permettaient de donner les soins spirituels aux populations nomades de la Tartarie.
L'empereur fit un décret conforme aux désirs du Souverain-Pontife, et la liberté religieuse fut complète ; par le zèle de Jean de Florence, les innocent vi. conversions ne se comptèrent plus, et de nouvelles
églises s'élevèrent de toutes parts. En i353, Jean de Florence vint trouver le pape Innocent VI de la part du grand Kan, et lui demander de nouveaux missionnaires. Le Souverain-Pontife le nomma évèque de Bicignano en 1 354, et ^a même année, il ordonna aux Frères-Mineurs de préparer une nouvelle expédition.
L'annonce de la révolution qui commençait alors en Chine, dans laquelle allait sombrer la dynastie des Yiten, et les désastres qui en furent la suite, arrêtèrent pendant un certain temps l'envoi de nouveaux missionnaires. Urbain V, en 1370, ayant appris la mort de l'archevêque Nicolas, nomma au siège de Kambalick Guillaume de Prato, français et professeur à l'Université de Paris. Il lui donna pour compagnons douze franciscains, qui furent bientôt suivis par soixante autres. Les Annales franciscaines nous donnent encore le nom de huit frères-mineurs envoyés à cette époque. En 1 37 1 , François de Podio, surnommé Catalan, fut nommé légat apostolique de Grégoire XI et vicaire des frères-mineurs dans la Tartarie du nord; il partit avec douze compagnons, mais on n'entendit jamais plus parler d'eux. En i3gi, les Franciscains de Péking envoyèrent Roger d'Angleterre et Ambroise de Sienne pour supplier le pape Boniface IX de venir à leur secours. Ils repartirent pour la Chine avec vingt-quatre de leurs frères, mais on n'eut plus jamais de leurs nouvelles. Nous savons enfin par le témoignage du F. Léon qu'en 1456, sous Calixte III, « le siège
de Péking était occupé par un religieux franciscain, septième successeur de Jean de Montcorvin ; ces missions à peine interrompues par les bouleversements politiques
furent reprises en 1579, par le P. Pierre Alfaro, observant-déchaussé de la province de Saint-Gabriel. » (auréole séraphique. )
Nous venons de voir que sous cette belle dynastie des Yuen, trois archevêques avaient occupé le siège de Kambalick ; en outre, des nonces apostoliques, des légats, des ambassadeurs et un total de 164 franciscains avaient été envoyés dans la même ville. Le premier archevêque seul convertit 3o.ooo personnes ; Odoric seul, 20.000 ; en y ajoutant les fruits spirituels Urbain v. des évêques suffragants et des missionnaires, il ne
semble pas exagéré de fixer à 100.000 la population chrétienne, à la mort de Jean de Montcorvin. Les familles se multiplièrent d'année en année, et Jean de Florence augmenta considérablement et le nombre des églises et celui des chrétientés. Les deux autres archevêques de Péking avec leurs nombreux compagnons, ne restèrent pas inactifs, et bien que les révolutions aient entravé la liberté religieuse, il est impossible d'admettre que des œuvres si nombreuses et tant de chrétiens aient disparu sans laisser de traces. Si nous prenons la date de 1 3gi jusqu'en 1 5yg, époque où les missions de Chine furent reprises, l'intervalle est de 188 ans ; si nous acceptons celle de 1456, où, d'après un témoignage sérieux, le siège de Péking était encore occupé par un évêque franciscain, l'intervalle n'est plus que de 123 ans; or n'a-t-on pas dernièrement retrouvé au Japon des milliers de chrétiens qui avaient conservé leur foi après 240 ans d'abandon absolu ? Il n'est donc pas téméraire de croire que les nombreux chinois et mongols convertis par les Franciscains, soient demeurés chrétiens longtemps encore après eux. Accusés de trop d'affection pour les empereurs mongols qui les avaient toujours protégés, plusieurs renièrent peut-être leur foi, mais les autres se cachèrent et conservèrent leurs pratiques chrétiennes. Sans aucun monument et par simple déduction ou comparaison, on peut donc déjà avoir la certitude morale que les chrétiens des Franciscains n'avaient point disparu complètement. Mais nous avons de plus un précieux témoignage qui nous donne une certitude presque absolue. Nous lisons, en effet, dans le P. Trigault (liv. i, ch. ii): «Un Juif venu de K'aèfowig-fou à Péking pour les examens du doctorat, raconta au P. Ricci ( i6o3 ) que dans cette ville, ainsi qu'à Ling-ts'ing-tcheou dans la province du Chan-loung et même dans celle du Chansi, il y avait quelques estrangers, desquels les prédécesseurs estoient