DYN. DES MING. LE P. TRIGAULT (1620). LE P. SCHALL
Depuis plusieurs siècles, la rédaction du calendrier chinois et la direction de l'observatoire étaient confiées à des astronomes mahométans. On s'était aperçu que de nombreuses erreurs s'étaient glissées dans ce calendrier ; mais, jusqu'à l'arrivée des missionnaires, on n'avait aucun moyen de les corriger. Immédiatement après la mort du P. Ricci, le docteur Paul présenta une requête à l'empereur Ouanli, lui disant que les Pères du grand Occident avaient une science profonde, et étaient très instruits dans l'astronomie. L'empereur, agréant la requête, les chargea officiellement de la correction du calendrier. Les premiers à qui l'on donna cet emploi furent le P. Sabatin de Ursis et le P. Jean Térentius (allemand). Le P. Jacques Rho, italien, savant astronome, fut, en 1634, chargé de l'observatoire de Péking. Il appela pour l'aider dans ses travaux le P. Adam Schall, qui fut présenté à la cour par le docteur Paul.
Ce savant jésuite était né à Cologne en 1 591 ; entré en Chine en 1622, il s'occupa d'abord à Si-ngan-fou dans le Choisi, soit aux travaux des missions, soit à des observations scientifiques. Par ses soins, une église y fut même construite.
En 1634, Tch'oung-tchen qui devait Le p. Adam schaii.
être le dernier empereur des Ming, eut à combattre une insurrection formidable de
ses propres sujets. Il se trouvait pour ainsi dire entre deux feux: les révoltés arrivant par le sud, et les Tartares prêts à envahir son empire par le nord.
C'est alors, en i636, que le P. Adam Schall accepta la direction des fonderies de canons et autres pièces d'artillerie destinées à la défense de Péking contre les rebelles. Il eut un plein succès : vingt canons de gros calibre pouvant lancer des boulets de 40 livres, et beaucoup d'autres moins importants, furent mis en batterie sur les murs de la capitale.
Cependant, un nommé Li-koung ou Li-tsetchang, voleur de grand chemin, avait résolu de faire la conquête de la Chine septentrionale, abandonnant le sud à un autre prétendant. A la tête de bandes nombreuses et aguerries, en 1641 il s'empara du Chen-si et du Ho-tian, et vint assiéger l'année suivante ( 1642) la ville de K'aè-foung-foa. Le 9 octobre, cette malheureuse cité, précédemment ravagée par le débordement du fleuve Hoang-ho, fut brûlée et servit de bûcher à 3oo.ooo personnes. Il s'empara ensuite de Si-ngan-fou et se déclara empereur. Li-koung revint alors vers l'est et ravagea le Chen-si; son armée fut renforcée par les troupes envoyées de Péking pour le combattre et qui passèrent à l'ennemi. L'empereur parlait de retourner à Nan-king, mais on l'en dissuada. Li-koung, après avoir acheté les principaux mandarins de la capitale, marcha sur Li-koung chef <
Péking et y entra par trahison, en avril 1644. Réduit au désespoir, trahi et abandonné de tous, le malheureux empereur voulut, avant de se donner la mort, sauver sa fille du déshonneur ; il la frappa d'un coup de sabre qui lui coupa seulement la main droite ; ensuite il se rendit au jardin du nord ( le Mée-chan ), où il se pendit à un arbre. Cet arbre, instrument du régicide, est encore enchaîné. La reine, le grand Kolao et quelques mandarins fidèles imitèrent son exemple. Pendant cette lugubre tragédie, Likoung monta sur le trône impérial ; le lendemain, il fit mettre en pièces le cadavre de Tch'oung-tchen et tuer deux de ses fils ; l'aîné seul fut sauvé. On vit errer longtemps dans les montagnes du Chan-toung un vénérable vieillard,