‹ PékingChapitre 67 sur 224 · A-MA-OUANG · texte numérisé non relu

A-MA-OUANG

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trois mille jonques. Les Tartares, pour le gagner, favorisèrent son ambition en le nommant lieutenant-général, avec le titre de pacificateur du midi. Sans défiance, il se rendit avec sa flotte à Fou-tcheou ; là, il fut saisi, chargé de chaînes et conduit prisonnier à Péking.

Mais le plus redoutable ennemi de la nouvelle dynastie, fut un petitfils de Ouan-li, que ses partisans proclamèrent empereur sous le nom deJounliè. Il établit sa cour dans les provinces de Kouangtoung et Kouang-si, et choisit pour capitale la ville de Kouielin-fou. Le viceroi du Kouang-si nommé Thomas Su, était chrétien, ainsi que le général en chef, Luc Sin; enfin, le premier eunuque de cette cour, grand chancelier de l'empire, avait aussi embrassé le christianisme. La mère de l'empereur avait été baptisée en 1648 par le V.André Koffler, ainsi que l'impératrice à laquelle on donna le nom d'Hélène, et son jeune fils que l'on appela Constantin.

Deux ans après, la princesse Hélène et Pan Achillée écrivirent au pape Alexandre VIII ; le

Le ministre A-ma-ouang. p Michel Boyitte porta

les lettres qui contenaient des promesses de fidélité au Souverain-Pontife. Elles sont datées des 1" et 4 novembre i65o. Le Pape répondit par un bref du 18 décembre i655 ; mais dans l'intervalle, les Tartares avaient vaincu, comme on va le voir, Joun-liè leur dernier et plus terrible adversaire.

Les armées Tartares, presque toujours victorieuses, avaient cependant essuyé plu-

sieurs échecs inquiétants. A-ma-ouang fit alors partir de Péking trois grands corps d'armée, donnant aux généraux les titres de princes, avec ordre d'anéantir le dernier des Ming et tous ses partisans. Ils marchèrent contre Canton, défendu par une redoutable armée et par une flotte considérable commandée par le fils du fameux pirate dont nous avons parlé. Les troupes de Macao prêtèrent aussi leur secours à Joun-liè. Le siège dura un an ; les Tartares éprouvèrent d'immenses pertes et furent repoussés dans trois assauts ; enfin, le 24 novembre i65o, ils dressèrent une batterie de gros canons qui fit brèche à la muraille. Maîtres de la place, ils commencèrent le pillage qu'ils continuèrent jusqu'au 5 décembre. Le massacre fut horrible, on n'épargna ni femme ni enfant ; plus de 100.000 personnes périrent par le fer : le 6 décembre seulement, les généraux tartares publièrent un édit qui mettait fin à la dévastation. Ils marchèrent ensuite contre la ville de Chao-kin, où Joiinllè s'était retiré. Ce mal- L'empereur Joun-liè et son fils Constantin.

heureux empereur s'enfuit avec ses partisans, et peu après fut tué ainsi que son jeune fils, par les Tartares ; l'impératrice Hélène, condamnée à une prison perpétuelle, fut conduite à Péking. Les généraux et les mandarins chrétiens, fidèles jusqu'à la fin à la dynastie des Ming, trouvèrent la mort en combattant.

Un autre danger avait également menacé la dynastie tartare. Les provinces du Chansi, du Chen-si et tout l'ouest de l'empire, n'étaient encore qu'imparfaitement soumises ; de plus, il était à craindre que les Tartares-mongols ne se joignissent à elles; aussi l'empereur Choun-tche envoya en 164g un de ses oncles, le prince Pa-ouang, pour demander au chef de ces Tartares sa fille en mariage. En passant par la ville de Taètoung-fou, l'ambassade tartare commit quelques désordres : des femmes furent enlevées et une révolte éclata. Pa-ouang ne voulant point faire justice, le gouverneur de

DYN. DES Ts'lNG. JOUN-LIÈ ET CONSTANTIN (1649).

la ville nommé Kiang se mit à la tête des révoltés, et l'oncle de l'empereur ne dut la vie qu'à la vitesse de son cheval. A la première nouvelle de cette rébellion, une armée partit de Péking et fut défaite ; une seconde éprouva le même sort. Les chinois continuèrent leur marche sur la capitale, et A-ma-ouang craignit, non sans raison, de voir la puissance de son neveu ruinée de fond en comble. Il leva toutes les troupes de Tartarie, divisées comme aujourd'hui en huit bannières, et marcha en personne pour tenter une dernière fois la fortune. L'ambassade envoyée de nouveau aux Tartares-mongols fut bien reçue ; l'or, l'argent, les étoffes précieuses qu' A-ma-ouang avait fait offrir au prince, le gagnèrent à la cause des Ts'ing. Il leur accorda tout : et sa fille et le secours de ses soldats.

Ainsi fortement appuyé, A-maouang, par de savantes manœuvres, réussit à enfermer dans la place de Taè-toung-fou le général Kiang et son armée. Des retranchements exécutés en quelques jours, interdirent toute communication de la place

avec le dehors. Réduit à la dernière w V impératrice-mère (Anne).

extrémité, Kiang voulut s'ouvrir un passage l'épée à la main ; après un combat acharné, il tomba mort, percé d'un javelot, et les débris de ses troupes mirent bas les armes. Taè-ioung-fou fut pillée ainsi que toutes les villes de la province, puis les Tartares rentrèrent à Péking triomphants et chargés de dépouilles.

Les dernières résistances ayant ainsi cessé, la paix de l'empire étant assurée, A-ma-ouang songea au mariage de son neveu. Pour que cette importante affaire réussit, il ne voulut la confier à personne et se rendit lui-même auprès du roi de la Tar -tarie-occidentale, pour la traiter ( i65o).

CETTE même année, l'empereur Choun-tche, reconnaissant envers Adam Schall pour la correction du calendrier, rendit en sa faveur le décret suivant :

« Puisque nos aïeux ont toujours fait tant d'estime de la science astronomique, elle mérite bien que nous en fassions de même à leur exemple, et que nous relevions encore pardessus les astres, d'autant qu'ayant été presque mise en oubli sous le règne des autres empereurs, elle a été rétablie à présent dans sa première perfection, et particulièrement du temps de Soung, empereur tartare qui possédait cet empire chinois avant l'année 400. Sous le règne duquel elle fut rendue plus exacte par Coxen Kim ; comme elle fut néanmoins remplie de si grandes erreurs sur la fin de la vie de notre prédécesseur qu'on nommait Ming, qu'il était impossible de pouvoir s'en servir, le bonheur a voulu que nous ayons trouvé Jean Adam Schall, qui est venu des extrémités de l'Occident en Chine, et qui sait non seulement l'art de calculer, mais encore possède parfaitement la théorie des planètes et tout ce qui appartient à l'astrologie, lequel a mis cette science en lumière, et a mérité que notre prédécesseur, en ayant eu connaissance, l'ait envoyé chercher pour l'établir maître de l'académie des mathématiques, et lui ait donné la charge de perfectionner la science L'impératrice Silène (fi>gei55). astrologique. Il est arrivé néanmoins que,

comme plusieurs personnes ne connaissaient pas le profit qu'il en proviendrait à l'empire, on ne voulait pas aussi se résoudre à la faire apprendre aux sujets de cet Etat ;

DYN. DES TS'lNG. DÉCRET IMPÉRIAL (l6$o).

c'est pourquoi voulant remédier à cet abus, mon premier soin (à mon avènement à cette couronne) a été de donner une parfaite connaissance de l'ordre des temps à tout ce royaume. Et parce que je voulais expérimenter le premier si l'art que le P. Adam Schall avait réparé était fidèle, j'ordonnai d'observer soigneusement l'éclipsé du soleil qu'il avait prédit autrefois, et je trouvai qu'elle arriva au même jour, à la même heure et à la même minute qu'il avait assuré, et que toutes les circonstances correspondaient très bien à son calcul. De plus, comme il avait dit qu'en l'année suivante il devait arriver une éclipse de lune au printemps, je commandai de l'observer exactement ; de sorte qu'après avoir trouvé qu'il ne manquait pas d'un seul point, je crus que le ciel nous avait offert cet homme pour nous servir dans un temps que je prenais en main le gouvernail d'un si grand empire. Voilà pourquoi je lui ai tout à fait commis l'intendance du tribunal des mathématiques ; mais parce que le P. Jean Adam vit chastement depuis sa jeunesse, et qu'il ne veut point entreprendre d'affaires incompatibles avec son institut de religion, j'ai cru qu'il était nécessaire de l'obliger par un commandement absolu d'accepter la préfecture de cette charge, et de lui donner le titre de Maître des secrets célestes, avec la dignité du second ordre des mandarins, ensuite de quoi il s'est si fort occupé à cet office depuis quelques années, qu'il y emploie toute son étude et s'y applique avec plus de diligence qu'il n'avait accoutumé de faire. Et parce qu'il a un temple auprès de la porte de la ville qu'on appelle Choun- L'eunuque Pan AchUUe (page 1 55). tche-men, dans lequel il offre des sacrifices à Dieu, selon la coutume de sa religion, j'y ai fait quelque peu de libéralité pour le faire bâtir et pour l'orner. Dès lors que je suis entré dans cette église, j'ai vu des images et autres ornements des pays étrangers, des livres de leur loi que j'ai vu sur les tables de leurs chambres, et les ayant interrogés de ce qu'ils contenaient, ledit Jean Adam m'a répondu que c'était l'explication de leur divine loi, sur quoi je dirai que quoique je me sois autrefois occupé à l'étude de la doctrine de Yao, Choun, Yu, et quoique j'aie lu leurs livres, auxquels j'ai compris quelque chose, comme aussi à ceux de Fo et de Tao, dont je n'ai jamais pu rien retenir dans ma mémoire, si est-ce pourtant que je ne trouve rien d'égal aux livres de cette divine loi. Et quoiqu'aprésent je n'aie pas le temps de les lire, à cause de la

grande multitude des affaires de notre royaume, qui ne m'ont pas permis d'en donner un plus parfait jugement. Je crois toutefois que le P. Jean Adam, qui a demeuré longtemps parmi nous ( et qui est en grande estime à cause de sa vertu et de sa science), est capable d'en juger ; et parce que lui-même la prêche et la suit, je crois aussi qu'elle est très bonne, d'autant mieux que ce Père qui adore Dieu, à qui il fait élever un temple où il le sert avec tant de modestie et de respect, garde toujours cette même loi depuis tant d'années sans y changer le moindre point ; c'est une marque qu'elle est très pure. Ainsi, comme ce même Père est une personne douée d'une rare vertu, au jugement de tout le monde, et de plus que cette loi commande de servir Dieu et de lui obéir, comme aussi aux rois et aux magistrats, de ne faire point de mal à personne et de tâcher de procurer toujours le bien du public et du particulier, ce qu'il observe exactement et fidèlement. Et plût à Dieu ! que tous mes sujets et tous les magistrats de mon royaume eussent cette bonne méthode de servir Dieu, et que tous voulussent se conformer à son exemple pour garder cette divine loi, et eussent le même zèle pour le service de leur empereur ; peutêtre que l'on vivrait mieux avec moi qu'on ne fait pas, qu'on serait plus soumis à mes ordres, et que l'empire jouirait plus longtemps d'une heureuse tranquillité. Pour ce qui est de mon particulier, je donne mon approbation à cette loi que ce Père observe, je l'estime et je la loue, et c'est pour cette raison que j'ai fait mettre ce titre devant cette église, afin que la mémoire s'en conserve éternellement : et prétends au reste qu'on l'appelle T'oung-ouèi-kia-king, c'est-à-dire, excellent lieu d'où l'on pénètre les deux. Donné à Péking, la 7e année de notre empire ( i65o ). » ( kircher. )

Grâce à ce décret, le P. Adam Schall, en i65o, jeta les fondements d'une grande église, sur un terrain donné par l'empereur. Il put se procurer à bon compte les matériaux nécessaires, car la ville était encore couverte des ruines laissées par les rebelles. L'église fut rapidement construite en forme de croix latine et de style européen, accommodé au goût chinois. Outre le maître-autel, elle avait quatre chapelles latérales,

Le vice-roi Thomas Su (page155 ).

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DYN. DES Ts'lNG. CONSTRUCTION DE L ÉGLISE DU NAN-TANG (l6$o). l6l

et les murs à l'intérieur étaient couverts de sentences chinoises sur la religion. Au-dessus du portail se lisait l'inscription suivante, en chinois et en tartare :

« Après que l'apôtre saint Thomas eut apporté le premier la doctrine de l'Evangile dans ce pays ; après que les Syriens l'eurent publiée derechef et étendue par tout

Portique de l'église du Nan-t'ang, (près de la porte Choun-tche-men ).

l'empire sous le règne des T'ang, elle y fut encore beaucoup divulguée sous l'empire des Ming, par des personnes très zélées, dont saint Xavier et le P. Riccius étaient les chefs de cette sainte entreprise, lesquels firent un grand fruit tant par leurs prédications que par les livres composés en langue chinoise, qu'ils firent distribuer par tout le royaume. Mais enfin, comme l'inconstance est ordinaire aux choses humaines, il arriva que l'empire de la Chine étant tombé sous la puissance des Tartares, les mêmes Pères ayant rétabli le calendrier xi nommé Hien-liè, ont mérité pour la récompense de leur travail, que l'empereur leur ait fait bâtir dans

la ville de Péking, où est la cour, un beau temple à la gloire de Dieu vivant.

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