‹ PékingChapitre 69 sur 224 · DYN. DES TSING. MORT DE CHOUN-TCHE · texte numérisé non relu

DYN. DES TSING. MORT DE CHOUN-TCHE

ma religion me fait faire? Ne trouverais-tu pas mauvais, si je voulais m'opposer à l'exercice de ta religion ; pourquoi donc veux-tu m'empêcher de pratiquer la mienne ?

Je te pardonne, Maffa, parce que tu agis ainsi par affection pour ma personne ; je supporte volontiers les invectives d'un ami. » Malgré toutes ses peines, le P. Adam Schall n'arriva à aucun résultat, et, plus tard, il paya cher les faveurs dont il avait été comblé par Choun-tche.

Dès l'année 1623, les Hollandais avaient montré leur pavillon sur les côtes de Chine. Vers 1644, ils occupaient T'aè-ouan dans l'île de Formose, et envoyèrent, le 20 janvier 1 653, une riche frégate à Canton pour exiger la liberté commerciale. Le vice-roi déclara que l'empereur seul pouvait l'accorder ; alors en 1 655, une ambassade fut envoyée à Péking. Elle eut peu de succès, et les Hollandais attribuèrent cette défaite aux intrigues du P. Adam Schall. (mém. t. v, p. 21.)

En i656, une ambassade envoyée à Péking par le Czar de Moscovie n'eut également aucun succès, parce que l'ambassadeur refusa absolument de se conformer aux humiliantes cérémonies exigées par les Chinois.

Peu après, l'empereur étant tombé malade, le P. Adam Schall tenta de nouveau de le convertir, mais ce fut en vain. Choun-tche était livré aux eunu-

Le prince PîO-ouang (page 156). »■»•»*. —,

ques et aux bonzes ; à la mort d'une femme qu'il avait, contre toutes les lois, élevée au rang d'épouse du second rang, il commit de véritables actes de folie. Il lui fit faire des funérailles d'une pompe inouïe, renouvelant en sa faveur la barbare coutume des

Tartares, qu'ils avaient abolie depuis leur entrée en Chine, et qui consiste à sacrifier des officiers et des esclaves sur le tombeau des princes, comme pour leur rendre dans l'autre vie les mêmes services qu'ils leur ont rendus dans celle-ci. D'après l'ordre de

Choun-tche, plus de trente personnes se donnèrent la mort sur la tombe de l'impératrice posthume. Les funérailles furent surtout remarquables par un immense concours de bonzes ; il en vint de tous les côtés, et dans l'intérieur du palais on en compta bientôt plus de deux mille. Le malheureux empereur, à qui la douleur avait bouleversé l'esprit, leur rendait les honneurs les plus extravagants. La chose alla si loin qu'il se fit raser la tête à leur manière, adopta leur costume et se déclara publiquement disciple des bonzes. Il s'abandonnait avec eux à tant de superstitions ridicules, qu'il finit par exciter le mépris et l'indignation, non-seulement des Chinois, mais encore des Tartares.

On le voyait, en dépit de sa maladie, courir les rues de Péking comme un insensé, allant tantôt dans une pagode et tantôt dans une autre, se

Seconde impératrice (femme du second rang). prosternant devant toutes les idoles

qu'il rencontrait et psalmodiant des prières bouddhiques. Choun-tche ne put résister longtemps à ces intempérances de tout genre. Une violente fièvre se déclara et le conduisit bientôt aux portes du tombeau. Le P. Adam Schall voulut le voir, mais il ne fut pas reçu ; le monarque moribond fit aux quatre régents de l'empire, en signe de respect, une inclination de tète, et demanda ensuite son vêtement impérial. Il revêtit une robe ornée de dragons brodés en or, et après avoir croisé les jambes et les bras : Voilà, dit-il, que je m'en vais ; et peu de temps après il expira. Le lendemain, les quatre régents firent monter sur le trône impérial le jeune prince âgé de huit ans, qui

DYN. DES Ts'lNG. DÉCRET EN FAVEUR DU P. SCH\LL ( l66l ). l6j

donna à son long et glorieux règne le nom de K'ang-si. Le quatorzième jour de la première lune on prêta solennellement serment de fidélité au nouvel empereur. Lorsque les grands de l'empire eurent prêté serment au jeune K'ang-si, on s'occupa des funérailles de Choun-tche. On déploya une magnificence qui surpassa tout ce qu'on avait vu jusque-là dans la capitale. Il y eut des scènes tragiques, où de nombreux serviteurs de l'empereur défunt se donnèrent la mort, afin d'aller dans l'autre monde reprendre leur service accoutumé auprès de leur maître. Son cercueil fut transporté à la sépulture impériale de la nouvelle dynastie, située à 24 lieues Est de Péking ( Toung-ling).

Donnons ici un extrait d'une composition très élogieuse pour le P. Adam Schall, et qui paraît fort importante. Elle est datée de la 18e année du règne de Choun-tche. Quoique cette année 1661 soit celle de l'intronisation de K'ang-si, elle est notée cependant comme dix-huitième et dernière de Choun-tche. La suivante seulement est comptée pour la première année de K'ang-si.

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