TOURELLE EN MARBRE
DYN. DES Ts'lNG. GRÉGOIRE LOPEZ. LE P. VERBIEST (1671). 1 77
CEPENDANT la persécution continuait dans tout l'empire; les missionnaires avaient été chassés, à l'exception de quatre résidant encore à Péking. Jésuites, Franciscains, Dominicains, se trouvaient à Canton dans l'impossibilité de rentrer en Chine. Les missions furent alors secourues par un prêtre chinois nommé Grégoire Loti, élevé par les Franciscains, et entré dans la famille de Saint-Dominique ; il avait reçu des Portugais le nom de Lope\. Le Pape le nomma évêque de Basilée, et lui donna la liberté de se choisir un successeur. Peu après avoir nommé en sa place son grand vicaire, le P. de Leonissa, italien et religieux de Saint-François, il tomba malade à Nan-king et mourut.
Mgr de Basilée fut regretté des missionnaires dont il était aimé, et des chrétiens qui perdaient en sa personne le premier prêtre, le premier religieux et le premier évêque que la Chine eût encore donné au christianisme.
A Péking le P. Ferdinand Verbiest , belge de nationalité, doué d'une remarquable succéda au P.Adam Schall cusateur, Yang-kouang-sien , chargé de nouveau de la rédaction du calendrier, y commit de telles erreurs que tout un mois intercalaire devait être supprimé. C'est alors que l'empereur eut recours aux missionnaires. Le P. Verbiest, fort versé en astronomie, démontra
de „X-,>~,««.~:..« o« ^~Â Mgr Grégoire Lobez, évêâue de Basilée.
une raçon peremptoire, en pre- * * * *
sence de l'empereur lui-même, l'inexactitude du calendrier. Yang-kouang-sien fut
condamné à l'exil en Tartarie, et le P. Verbiest nommé à sa place président du
Le P. Ferdinand Yerbiest.
tribunal des mathématiques.
Les éclaircissements du P. Verbiest sur l'astronomie, avaient excité la curiosité de l'empereur. Malgré l'opposition des mandarins chinois, qui appelaient le missionnaire un bon\e d'Occident, K'angsi, admirant la sûreté des méthodes européennes et leur exactitude, se mit sous la direction du Père, pour apprendre la géométrie et même la musique.
Voulant profiter de sa position pour le bien de la religion, le P. Verbiest présenta une requête qui fut agréée, et l'empereur, par un édit du mois de mars 1671, annula le décret de persécution lancé par les régents ; les missionnaires purent, en partie du moins, rentrer dans leurs chrétientés. Remarquons toutefois que redit impérial était bien loin d'accorder la liberté religieuse, car « il défendait absolument à tout chinois d'embrasser, à l'avenir, la religion chrétienne. »
Le P. Verbiest reçut de l'empereur l'ordre de fondre de nouveaux instruments pour l'observatoire. Voici les principaux : i° Une sphère armillaire zodiacale de
six pieds de diamètre.
2° Une sphère équinoxiale de la même
dimension.
3° Un horizon azimutal de six pieds
également.
40 Un grand quart de cercle de six pieds de rayon.
DYN. DES Ts'lNG. OBSERVATOIRE (l68o).
5° Un sextant dont le rayon avait huit pieds. 6° Un globe céleste de six pieds de diamètre.
Tous ces instruments sont montés sur de magnifiques dragons en bronze, du travail le plus soigné ; des piédestaux en marbre les supportent, et comme beauté d'exécu-
Vue générale de l'observatoire.
tion, ils ne laissent rien à désirer : ils sont en plein air, sans le moindre abri depuis 200 ans, et n'ont nullement souffert des intempéries. Le P. Verbiest écrivit trente-trois volumes sur l'astronomie et les offrit à K'ang-si, qui le récompensa par un diplôme d'honneur ; ensuite, il composa un Abrégé de la Doctrine chrétienne, le Kiao-iaosn-loim, qui fut placé dans la bibliothèque impériale.
L'empereur, craignant Ou-san-koui toujours dévoué à l'ancienne dynastie, avait retenu son fils en otage à Péking ; il le fit sommer de venir en personne à la cour pour lui rendre hommage. Ou-san-koui, se défiant non sans raison, répondit: «Si l'on
continue de me presser, j'irai à Péking, mais ce sera à la tête de 80.000 hommes. » Il quitta l'habit tartare pour reprendre celui des chinois, proscrivit le calendrier des Ts'ing, et, avec ses alliés, se prépara à marcher contre les troupes impériales. Pendant ce temps, son fils fomentait une révolte à Péking. Une conspiration se forma ; on devait, le 1" jour de l'an, s'emparer de la personne de l'empereur, et faire mainbasse sur tous les officiers chinois ou tartares que la solennité rassemblait au palais. Un traître fit découvrir le complot ; le fils de Ou-san-koui et les principaux chefs moururent dans les supplices...
Ou-san-koui avait si bien pris ses mesures, qu'il s'é- Œ>, tait rendu maître des trois grandes provinces : Yunnan, Sse-lch'ouan, Koueiîcheou, et d'une grande partie du Hou-kouang; de sorte qu'avec le Chen-si, où il commandait depuis longtemps, il était maître du tiers de l'empire.
A l'occasion de cette guerre, le P. Verbiest rendit à l'empereur un service signalé.
Atciens canons ^~~S *^Zs , ,
et navire de guerre i roues. L empereur, après avoir
tenté divers moyens, vit bien qu'il était impossible de vaincre Ou-san-koui sans l'usage du canon ; mais les pièces qu'il avait étaient en fer, et si pesantes qu'on ne pouvait les transporter au travers des montagnes escarpées. Il crut que le P. Verbiest pourrait suppléer à ce défaut, et lui ordonna de fondre des pièces légères à la manière européenne. Ce Père s'en excusa d'abord; mais ses ennemis persuadèrent à l'empereur « qu'il n'y avait pas plus de difficultés à faire des canons qu'à fondre des instruments de mathématiques ; qu'assurément le P. Verbiest s'entendait secrètement avec les révoltés » ; de sorte que K'ang-si lui fit comprendre que s'il n'obéissait pas, sa vie et sa religion étaient en danger. C'était prendre le P. Verbiest par l'endroit le plus sensible, il ne pouvait plus hésiter, et voici ce qu'il répondit à l'empereur: «J'ai déjà assuré Votre Majesté, que je suis très peu instruit en ce qui regarde la fonte du canon ; mais puisqu'elle me commande d'y travailler, je tâcherai d'expliquer à ses ouvriers
nrrrnrra
DYN. DES Ts'lNG. MORT DU P. VERBIEST (l688).
ce que nos livres nous en apprennent. » Il conduisit en effet tout l'ouvrage, et les canons se trouvèrent excellents dans les épreuves qu'on en fit en présence même de l'empereur, qui, ravi de ce succès, se dépouilla devant toute sa cour de son manteau de zibeline et le donna au Père, comme marque de satisfaction.
Sur ces entrefaites, Ou-san-koui mourut; un de ses fils, après avoir continué la guerre quelque temps, s'étrangla lui-même de désespoir, ce qui termina la campagne.
En 1681, le pape Innocent XI écrivit au P. Verbiest un bref de félicitations, pour approuver sa conduite.
Vers ce temps-là le P. Verbiest, déjà mûr pour le ciel par la pratique de toutes les vertus chrétiennes, fut attaqué de la maladie qui devait l'emporter. Elle commença par une langueur et un épuisement universel, qui dégénérèrent en une espèce de phtisie. Les médecins de l'empereur le soutinrent durant quelque temps à force de remèdes ; mais la fièvre augmentant tous les jours, il reçut les sacrements avec une ferveur qui édifia tout le monde, et rendit son âme à Dieu, le 29 janvier 168S.
« L'empereur donna 700 taëls pour les frais de ses funérailles et de sa tombe. Elle se compose d'une stèle en marbre blanc montée sur une tortue ; on y a gravé l'éloge du P. Verbiest fait par K'ang-si. Le Père ne fut enterré que le 1 1 mars. Dès le matin, l'empereur envoya son beau-père, un des premiers mandarins de la cour, et cinq officiers du palais, pour le représenter aux obsèques. Le convoi passa par deux grandes rues de la ville, dans l'ordre suivant : « On voyait d'abord une machine élevée de trente pieds, sur laquelle on stèle du p. Ferdinand verbiest. avait écrit en gros caractères d'or sur un fond de vernis rouge, le nom et les qualités du P. Verbiest. Ensuite, une grande croix ornée de banderoles et portée entre deux
P. FERDINANDVS VERBIEST,