‹ PékingChapitre 79 sur 224 · DYN. DES TSING. LA QUESTION DES RITES · texte numérisé non relu

DYN. DES TSING. LA QUESTION DES RITES

mais du ciel matériel., dans les mots Kùig, T'ien et Chang-ti, interdit avec sévérité aux nouveaux chrétiens ce qui ne lui semblait pas pouvoir s'allier avec la sainteté du christianisme. Dès 1628, les Jésuites les plus expérimentés et les plus instruits des deux écoles se réunirent pour discuter sur le choix d'un nom propre à rendre l'idée de Dieu ; la discussion dura un mois entier, sans qu'on pût arriver à s'entendre.

Les missionnaires des autres ordres adoptèrent généralement l'opinion du P. Longobardi, et la question fut portée à Rome.

Deux réponses de la Propagande à deux exposés contradictoires des Dominicains et des Jésuites, furent approuvées l'une par Innocent X en 1645 , l'autre par Alexandre VII en i656, puis confirmées toutes deux selon leur exposé par Clément IX en 1669; rien n'était résolu. Mgr Maigrot, vicaire apostolique du Fonkien, fut chargé par Innocent XI et Innocent XII d'examiner le véritable état de la controverse, et d'en informer le Saint-Siège. Il publia, -\ en 169?, un mandement dans lequel, tout en excusant les missionnaires, il condamnait les rites pratiqués en l'honneur de Confucius et des ancêtres.

L'examen approfondi de la question fut confié à la Congrégation du Saint-Office, par Innocent XII et Clément XL II dura six années; les deux parties eurent toute liberté pour exposer et défendre leur sentiment. Cette même année 1699, pendant que l'on commençait à Rome les informations, les PP. Grimaldi, Pereyra, Thomas et Gerbillon, s'adressaient à l'empereur pour avoir son sentiment sur la question. K 'ang-si approuva en tout point les conclusions du rapport que les Jésuites lui adressèrent, et entendit bien donner à son approbation l'autorité d'une décision sans appel.

Ancien costume des Sacrificateurs.

La Congrégation du Saint-Office porta, en 1704, un décret solennel approuvé par Clément XI, qui prohibait absolument les cérémonies chinoises, et le Souverain-Pontife voulut envoyer un légat pour le publier en Chine. Dans les instructions qu'il lui donna, il excusait tous ceux qui jusque-là ne s'étaient point ralliés: «Il ne faut pas, disait le Pape, blâmer les missionnaires qui ont cru devoir suivre jusqu'ici une autre pratique ; il ne doit pas paraître étonnant que, dans une matière discutée durant

tant d'années, où le Saint-Siège a donné auparavant différentes réponses, selon les différents exposés qu'on lui avait faits, tous les esprits ne se soient pas trouvés réunis dans le même sentiment. C'est pourquoi nous chargeons le Patriarche d'Antioche (Mgr de Tournon) et tous les autres qui auront le soin d'exécuter nos décisions, de mettre à couvert l'honneur et la réputation des ouvriers évangéliques, et d'empêcher qu'on ne les fasse passer pour des fauteurs de la superstition et de l'idolâtrie, Clément xi. étant hors de doute qu'après que la cause est finie,

ils se soumettront avec humilité et obéissance aux décisions du Saint-Siège. »

Charles Maillard de Tournon était né à Turin en 1667. Le 5 décembre 1701, il fut préconisé patriarche d'Antioche et sacré le 21 par le Pape lui-même, puis nommé légat a latere pour les Indes et la Chine, le 2 juillet 1702 ; il quitta Rome le 4, avec une suite de douze personnes. Les fatigues, les difficultés et les dangers ne manquèrent pas durant le voyage ; enfin, le 2 avril 1705, il abordait à Macao, et le 6 il se rendait à Canton. Le légat choisit pour interprète chinois M. Appiani, né à Dogliani dans le Piémont, le 22 mars i663. Reçu docteur en théologie, il entrait en 1687 dans la Congrégation des Lazaristes, fondée par saint Vincent de Paul. La Propagande l'envoya en Chine avec le titre de vice-visiteur apostolique, et le 14 août 1699 il arrivait à Canton où il s'adonna à l'étude de la langue chinoise et aux missions. Le patriarche fut heureux de trouver ce missionnaire, bon sinologue et savant théologien. Après mille difficultés le légat put enfin s'embarquer pour Péking le 8 septembre 1705, il y arriva le 4 décembre et alla se loger à la résidence du Pét'ang. L'empereur envoyait chaque jour prendre des nouvelles du patriarche un peu fatigué du voyage, et lui fournissait des vivres pour lui et sa suite. K'ang-si, bien disposé pour le légat, le reçut avec bienveillance le 3i décembre 1705 et lui dit entre autres bonnes paroles : « Que les missionnaires, dans leur divergence, eussent à s'entendre avec le Pape et ne point troubler la paix dans son empire. » (mém. du card. de tournon.)

DYN. DES Ts'lNG. LE CARDINAL DE TOURNON. M. APPIANI (1705). IÇ)$

L'empereur l'invita à aller prendre pour sa santé les eaux sulfureuses aux bains impériaux de T'ang-chan. Le légat s'y rendit quelques jours après, et y passa plusieurs mois. Rentré à Péking dans un état de santé fort inquiétant, il commença la publication du décret, comme il en avait reçu l'ordre exprès du Souverain-Pontife.

Pendant tout ce temps, K'ang-si avait bien changé. A la seconde audience, l'empereur s'emporta contre Mgr Maigrot et ceux qui condamnaient les rites; à la troisième, le 29 juin 1706, sa colère éclata par la publication de plusieurs décrets défavorables : Mgr de Tournon recevait l'ordre de retourner en Europe ; Mgr Maigrot, que le légat avait appelé auprès de lui, devait, avec plusieurs personnes de la suite du légat, se constituer prisonnier. Chargés de chaînes, on les traîna au tribunal où ils eurent à subir un interrogatoire humiliant, et les plus mauvais traitements. Peu s'en fallut que Mgr Maigrot ne fût condamné à mort ; l'intervention du prince héritier obtint une sentence de bannissement. Le prélat s'embarqua sur un navire anglais et se rendit à Rome où il mourut en 1730, entouré des témoignages d'estime des souverains pontifes.

Le plus grand mal de ces édits contre la religion, fut une nouvelle mesure qui annulait de fait le célèbre décret de 1692. L'empereur imposait à tous les missionnaires alors en Chine et à ceux qui y viendraient, l'obligation d'approuver les rites chinois, et la promesse de ne plus retourner en Europe. Un permis de séjour (piao) serait délivré à ceux qui auraient pris ces engagements ; tous les autres devaient quitter la Chine, pour ne plus y

Ancien costume des Sacrificateurs.

rentrer jamais. '

Mgr de Tournon repartit pour Canton, le 28 août suivant. Le 22 novembre, à Haè-nan près de Nan-king, malgré les protestations du légat, on arrêta M. Appiani qui l'accompagnait, on le chargea de chaînes et on le conduisit à Péking pour y être

jugé. Le légat dit alors : « Si M. Appiani est coupable, je le suis autant que lui ; enchaînez-moi de même, c'est ce que je désire ! » On lui mit aussi une chaîne au cou ; mais l'ordre d'arrestation ne portant que le nom d'Appiani, le légat fut relâché. M. Appiani. arrivé à Péking, n'eut point de peine à se justifier ; alors ses ennemis, pour faire traîner son procès en longueur, le firent partir pour le Sse-tch'onan, où jadis il avait fait mission ; là encore on ne put que le trouver innocent et le renvoyer à la capitale. Enfin, le disciple ne fut pas mieux traité que le maître ; on l'emprisonna

pendant deux années à Péking, puis il fut exilé à Canton où il resta prisonnier pendant douze ans. Il y mourut le 27 août 1732, à l'âge de 70 ans, dont 3o années passées en Chine, et fut enterré dans l'église des Dominicains. — Clément XI adressa à ce zélé missionnaire un bref de félicitations, daté du 22 août 171 1.

Le légat, considérant la nécessité de donner une règle de conduite à tous les missionnaires appelés dès lors à faire profession de leur foi devant les tribunaux, se détermina à promulguer le décret de Clément XI, condamnant les rites chinois. Afin de ne pas mettre directement M. Appiani. lazariste. \e Souverain-Pontife en état d'hostilité avec

l'empereur, il aima mieux attirer contre lui seul toute la colère du monarque. Il promulgua donc en son nom le décret du Saint-Siège, par son célèbre mandement de Nan-king, du 27 janvier 1707. Aussitôt que K'ang-si en eut connaissance, il fit immédiatement arrêter et conduire à Macao Mgr de Tournon, avec ordre aux Portugais de l'y retenir prisonnier. Malgré la surveillance continuelle dont il était l'objet, il put en partie accomplir sa mission, réorganiser la hiérarchie, nommer des vicaires apostoliques ; il sacra même le P. de Visdelou, jésuite, le 2 février 1709, et fit approuver cette élection par le pape Clément XL Le nouvel évêque, chassé de Chine, dut peu après se retirer dans les Indes, et mourut à Pondichéry le 1 1 novembre 1737.

Cependant le pape Clément XI, connaissant le zèle, la fidélité et les souffrances de son légat en Chine, voulut l'en récompenser: dans le Consistoire du Ier août 1707, il le nomma cardinal. Cinq missionnaires de la Propagande, parmi lesquels M. Ripa et M. Pedrini lazariste, arrivés à Manille depuis peu, partirent de cette ville pour Macao ; ils achetèrent les gardiens de l'illustre prisonnier, et lui remirent la barrette de cardinal, le 8 janvier 1710. Le 8 juin suivant, après deux années de lutte, et

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