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DYN. DES TSING. LA QUESTION DES RITES

trois d'emprisonnement, le cardinal mourut, âgé seulement de 43 ans. Le Pape, en annonçant cette nouvelle au Sacré-Collège, appelle le cardinal de Tournon : « Très grand zélateur de la foi orthodoxe, défenseur intrépide de l'autorité pontificale, très vaillant soldat de la discipline ecclésiastique. » En écrivant à l'évèque de Manille, le même Pape nomme son légat « le bouclier du Saint-Siège, la gloire et la lumière de l'Église de Rome. » On ne saurait rien ajouter à de tels éloges.

Le Souverain-Pontife avait approuvé, par un décret pontifical du 25 septembre 17 10, tout ce qu'avait fait le cardinal de Tournon. Pour couper court à tout subterfuge, il publia la constitution solennelle « Ex illà die, » le 19 mars 171 5 ; rejetant tout appel au Saint-Siège, et obligeant, sous les peines les plus sévères, tous les missionnaires de prêter le serment d'observer fidèlement cette Constitution apostolique.

Voyant que la paix ne se rétablissait pas, le Pape résolut d'envoyer un nouveau légat, et Charles Me^abarba fut créé patriarche d'Alexandrie, légat et visiteur apostolique pour toute la Chine. Il partit de Rome en 171 9, et s'embarqua à Lisbonne en 1720; son voyage dura six mois. Dès son arrivée à Péking (26 décembre), il se vit assailli de difficultés et d'obstacles sans nombre. Ayant été obligé de préciser

le but de sa légation, il n'obtint qu'à grand'peinc une première audience. L'empereur reçut pourtant le légat avec les honneurs dus à sa dignité, mais ce fut tout. Après une sortie violente contre le Souverain-Pontife qui avait, dit le prince, porté une condamnation sans connaissance de cause, il congédia la légation sans avoir laissé à Mgr Mezzabarba le temps de dire un seul mot. Après cette première audience, il y en eut d'autres qui eurent toutes le même caractère.

Benoît xiv. L'empereur exigea que le légat lui remit la Cons-

titution du Pape ; il la lui renvoya après avoir écrit au bas cette note menaçante : « Cette espèce de décret ne regarde que de vils européens; comment y décideraient-ils quelque chose sur la grande doctrine des Chinois, dont ces gens d'Europe n'entendent pas même la langue ? Il paraît assez par cet acte, qu'il y a beaucoup de ressemblance entre leur secte et les impiétés des bonnes et des Tao-che. Il faut donc défendre à ces européens de prêcher leur doctrine en Chine. »

Le légat, en présence de cette opposition, crut pouvoir inscrire dans sa réponse à l'empereur quelques concessions. Il fut ensuite reçu dans une dernière audience, la onzième, le 2 mars 1721 ; l'empereur lui signifia que l'affaire de sa légation étant

terminée, il pouvait retourner en Europe. — Le légat, la mort dans l'âme, partit aussitôt de Péking pour Macao, où il séjourna jusqu'à la fin de cette année 1721. Il adressa aux missionnaires un mandement, où il déclara ne suspendre en aucune façon la Constitution de Clément XI, et ne rien permettre de ce qu'elle défend. Il partit quelques jours après, emportant avec lui le corps du cardinal de Tournon, et n'arriva à Rome qu'à la fin de l'année iy23; Innocent XII avait succédé à Clément XI.

Enfin, le pape Benoît XIV lança, le 11 juillet 1742, la célèbre bulle aEx quo singalari»

qui, affirmant le dogme de l'Eglise sur les rites chinois, les proscrivait sous les peines les plus sévères. Encore aujourd'hui, tout missionnaire arrivant en Chine, doit jurer entre les mains de son évêque et envoyer copie de son serment à Rome, pour attester devant Dieu qu'il admet dans son entier toute la bulle susdite, et en accepte toutes les conséquences.

Cependant, les missionnaires restés à Macao et destinés au service de l'empereur :

MM. Pedrini, Ripa et Bonjour, ainsi que deux Pères jésuites, reçurent enfin l'ordre de se rendre à Péking. Ils partirent le 27 septembre 17 10, et arrivèrent dans la capitale le 5 février 171 1 ; l'empereur les reçut immédiatement, puis ils allèrent loger au Pé-fang chez les PP. Jésuites français. M. Pedrini avait des manières affables ; de plus, il était versé dans les sciences et spécialement dans la musique. K'ang-si le prit en grande affection dès son arrivée ; il ne profita de la faveur impériale que pour le bien de la sainte Église, et ne craignit pas, plusieurs fois, de représenter humblement au souverain ce qu'il croyait devoir être utile à la

M. Pedrini, lazariste.

DYN. DES Ts'lNG. M"r MEZZABARBA. MM. RIPA ET PEDRINI (17I i). 1 99

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religion. L'empereur le nomma précepteur de son quatrième fils, qui devait plus tard lui succéder sous le nom de Young-tcheng. Le 12 novembre 1 71 5, M. Pedrini avait rédigé un Mémoire pour tâcher d'amener l'empereur à accepter les décisions de la

cour de Rome au sujet des rites. Il s'exposait ainsi à déplaire et à perdre la faveur dont il jouissait, mais aussi il pouvait rendre un éminent service à l'Eglise. Cette hardiesse devait lui coûter cher : la bulle de Clément XI « Ex illà die » fut publiée à Péking en octobre 1716, par le P. Castorano, franciscain, vicaire général de Mgr délia Chiesa, évêque de Péking, en résidence au Chan-toung. On accusa M. Pedrini d'être l'inspirateur de cette bulle, et d'avoir voulu tromper l'empereur. Il fut saisi, enchaîné, frappé, et subit mille avanies. Enfin on le mit en prison au tribunal des crimes ; mais l'empereur, se souvenant de ses services, et sur les instances de son quatrième fils, lui pardonna une faute qu'il n'avait pas commise. Peu après, à l'occasion de la légation de Mgr Mezzabarba, encore faussement accusé, il reçut la bastonnade et fut chargé de neuf chaînes, qu'on ne lui ôta qu'après le départ du prélat. Il resta prisonnier deux années entières, et ne fut délivré qu'à la mort de K'ang-si, par son successeur Young-tcheng.

En 1723, M. Pedrini acheta de son argent une maison près de la porte Si-tche-men, où il se retira ; c'est le Si-t'ang actuel. Il en fit don à la Propagande ; elle lui avait coûté 2i3o écus romains. Il mourut le 10 décembre 1746, à l'âge de 77 ans, dont 40 en Chine. L'empereur fit les frais de ses funérailles, et il fut enterré au cimetière de la ] Propagande, vis-à-vis celui du P. Ricci, cimetière également honoré des caractères impériaux.

D. TEODORICVS PEDRINI

CONGREGATIONS MISSIONS

SACERDOS ITALVS

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