‹ PékingChapitre 83 sur 224 · DYN. DES TS'ING. LES SOURNIAMA ( I · texte numérisé non relu

DYN. DES TS'ING. LES SOURNIAMA ( I

fièrent un ordre de l'empereur, qui les dépouillait du rang et des prérogatives de princes du sang: on leur ôta la ceinture jaune et on les renvoya ensuite à Sin-pou-tse, où ils furent confondus avec le simple peuple.

Cette haine féroce de l'empereur contre la famille Sourniama, venait sans doute des accusations portées contre elle. L'histoire rapporte que peu de temps après la mort de K'atig-si, on découvrit une conspiration ayant pour but de détrôner Yoimg-tcheng, pour proclamer un de ses frères. On prétendit que la famille Sourniama était entrée dans le complot ; le prince aspirant, disait-on, au trône, fut envoyé à Si-ning sur la frontière du Koukounoor. Le douzième fils de Sourniama, nommé Joseph, et son frère Louis, furent exilés au même lieu avec le P. Morao, supérieur des Jésuites.

Le tribunal des crimes reprit ensuite toute cette affaire, et décréta que « les ossements du vieux Sourniama seraient déterrés, réduits en cendres et jetés au vent ; que tous ses fils et petits-fils audessus de l'âge de i5 ans seraient mis à mort, et les plus jeunes dispersés dans les provinces ; enfin, que le P. Morao également condamné, serait exécuté en automne. » L'empereur modifia cette sentence et ordonna que huit princes seraient bannis, mais que, le 2 janvier, Louis et Joseph, chargés de chaînes, Le prince Louis ( Lissihin ).

seraient amenés à Péking et enfermés pour la vie dans une prison ; il maintenait la sentence de mort contre le missionnaire.

La cour de Lisbonne, informée de l'affreuse position du P. Morao et des terribles conséquences qui pourraient en rejaillir sur les missions, fit partir immédiatement comme ambassadeur Dom Métello Sou{a y Menese^, pour essayer de le sauver. L'empereur, averti par un courrier rapide, envoya aussitôt l'ordre d'étrangler le P. Morao, ce qui fut exécuté. Dom Métello fut traité avec magnificence à Péking dans la résidence impériale de Yuen-mîng-yuen, et s'en retourna sans avoir pu atteindre le but de sa mission.

Le prince Louis mourut après un long emprisonnement; quant au prince Joseph, il resta dans un étroit cachot de 9 pieds de long sur 6 de large, pendant trois années, et fut trouvé mort d'un flux de sang, le matin de l'Assomption 1727. Son corps, mis dans un pauvre cercueil deux jours après, fut conduit en dehors de la porte occidentale,

DYN. DES TS ING

LES SOURNIAMA.-

LE P. MORAO.

jusqu'à un endroit appelé Sse-H-yuen, « où le chemin de l'est à l'ouest est coupé par un autre aussi grand qui va du nord au sud » ; le cercueil et le corps furent brûlés, les os écrasés par les roues des voitures que l'on fit passer par dessus, les chaînes furent reportées au tribunal des crimes.

Au moment où l'empereur traitait avec tant de rigueur les chrétiens et les missionnaires, le pape Benoît XIII envoyait en Chine deux religieux, avec un bref apostolique,

pour féliciter Young-icheng de son avènement à l'empire et le prier de prendre sous sa protection la religion chrétienne. Les ambassadeurs du Saint-Siège arrivèrent à Péking dans le mois d'octobre 1 725, et l'empereur leur fit donner une audience solennelle où il invita, au grand étonnement de la cour, tous les missionnaires de la capitale.

Après l'interminable cérémonie des génuflexions et des prostrations au pied du trône, l'empereur fit présenter du thé aux missionnaires et leur dit : « Toutes Benoît Xlll. jes religions portent au bien et visent au même but ;

mais aucune ne peut être comparée à celle des lettrés de la Chine. » Il les renvoya ensuite, après leur avoir fait distribuer à chacun d'eux un melon de Hami, fruit précieux et très rare pour la saison.

Voici la réponse de Young-tcheng au bref du Pape : « En lisant la lettre de Votre Majesté, et à la vue des beaux présents que vous m'avez envoyés, je me suis convaincu de la sincérité de vos sentiments. Ainsi je reçois avec joie la lettre obligeante dans laquelle, en me rappelant le souvenir des bienfaits que mon père a versés sur le

christianisme, vous me souhaitez une prospérité et me promettez vos prières

« J'envoie cette lettre, avec soixante pièces de soie brochées d'or, et quarante autres plus communes. »

En 1728, fut signé le traité de Kiachta qui rétablissait le commerce de la Russie avec la Chine, et consacrait l'existence des établissements russes à Péking.

En 1730, un violent tremblement de terre bouleversa la capitale ; le 3o septembre, eurent lieu les premières secousses, plus des 100.000 habitants furent écrasés sous les ruines des édifices ; les palais des princes, les pagodes et les deux églises catholiques furent renversés ou sérieusement endommagés. L'empereur vint en aide aux habitants réduits à la plus affreuse misère ; il leur fit distribuer plus de quinze millions de francs. Il donna aux missionnaires 1 .000 taëls, soit environ 7.000 francs pour réparer leurs églises et résidences.

Cette générosité n'attestait nullement un changement dans les idées de Youngtcheng au sujet de la religion ; la persécution continua plus implacable que jamais, et le 20 août 1 732, tous les missionnaires réunis à Canton furent chassés de Chine. Trentecinq s'embarquèrent et arrivèrent à la colonie portugaise de Macao trois jours après.

Pendant ce temps, les missionnaires qui avaient pu se cacher, administraient les sacrements aux fidèles ; mais ils étaient en très petit nombre, et les chrétiens sans cesse poursuivis, frappés, mis à mort. Les missionnaires de Péking, jésuites ou lazaristes, restaient, pour ainsi dire, enfermés dans leurs résidences ; seul, peut-être, M. Pedrini que l'empereur avait eu pour précepteur et qu'il aimait, pouvait encore être admis près de lui; il rendit dans cette occurrence bien des services ignorés de ses confrères. Knfin, Young-tcheng mourut le 7 octobre 1735, âgé de 58 ans, dans son palais du Yuen-ming-yuen, près de Péking. — De tous les travaux des premiers et célèbres Pères Jésuites, il ne restait rien, tout était anéanti !

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I. KlEN-LCUNG. LE P. PARENNIN. GUERRE DES ÉLEUTES. LE P. GAUBIL. LE P. BENOIST. LE

F. CASTIGLIONE. LE F. ATTIRET. II. PERSECUTION. GUERRE DES MIAO-TSE. LE GENERAL

TCHAO-HOEI. SUPPRESSION DES JESUITES. INCENDIE DU NAN-t'aNG. III. La CONGRÉ- GATION DE LA MISSION, DITE DES LAZARISTES. DÉCRETS. M-1" DE GOUVEA. MM. RAUX ET GHISLAIN. LE F. PARIS. ABDICATION DE k'iEN-LOUNG.

— .yiQNTE sur le trône à 26 ans (iy35), K'ieti-loung eut la sagesse de se donner quatre régents pour l'aider dans le gouvernement de l'empire. Une amnistie générale rendit à la famille Sourniama la ceinture jaune, insigne de son alliance avec la famille impériale, et ses descendants la portent encore; mais les chrétiens des provinces ne profitèrent point de la clémence de K'ien-loung. Cependant, il y avait encore à Péking trois églises desservies par les Jésuites. Le P. Koegler, bavarois, et ses compagnons étaient au Nant'ang; le P. Parennin et les français, au Pét'ang ; le P. Pinheiro et les portugais au Tottngt'ang. Il y avait également divers établissements où l'on transportait les enfants trouvés.

Les régents rendirent un décret portant « que les Européens tolérés seulement à cause des services qu'ils pouvaient rendre, ne pourraient plus chercher à convertir ni

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