LA SUPPRESSION DES JÉSUITES
« Dominus ac Redemptor » (1773), fut connue en Chine l'année suivante. Plusieurs missionnaires jésuites en moururent de douleur; les lettres de ceux qui eurent la courageuse résignation de leur malheur, surtout celles du P. Bourgeois, supérieur des Jésuites de Péking, exprimèrent d'une manière touchante leur soumission à la décision du Souverain-Pontife.
1775, une nou le épreuve s'ajou à celle qui venai frapper les Pères glise de l'Immacu -Conception, dite Nan-fang, fut détruite par l'incendie.
Le i3 février, on célébrait avec solennité la fête de sainte Catherine de Ricci, grand'tante du général des Jésuites, quand il sortit de dessous l'autel une odeur si forte, que le célébrant eut bien de la peine à terminer l'office. On chercha de
Bouddha vivant. tOUS CÔtés,
sans rien découvrir. Les fidèles et les missionnaires avaient quitté l'église depuis peu d'instants, lorsque les cris : Au feu ! au feu ! retentirent de toutes parts, et aussitôt on vit de longs tourbi Ions de flammes et de fumée qui s'élançaient de toutes les fenêtres. L'incendie s'était propagé avec la rapidité de la foudre ; en moins d'une heure, le vaste bâtiment fut consumé.
Dès le lendemain de l'incendie, l'empereur K'ien-loung, sensible au malheur qui venait de frapper les missionnaires, donna ordre au tribunal des ministres de s'informer
de ce que son aïeul, K'ang-si, avait fait lors de la construction de cette église. On trouva qu'il y avait contribué pour la somme de 10.000 taëls. En Chine, les anciens usages font loi ; K'ien-loung en donna autant pour la reconstruction de l'édifice, et promit d'écrire lui-même de nouvelles inscriptions pour remplacer celles de K'ang-si, qui avaient été brûlées. Cette nouvelle se répandit aussitôt partout ; on vint féliciter les Pères du Nan-fang pour ce témoignage extraordinaire de la faveur impériale.
Les travaux avancèrent avec activité, et les Jésuites dépensèrent toutes les ressources dont ils pouvaient disposer.
K'ien-loung témoignait encore quelque bienveillance aux missionnaires employés à la cour, et, pour le bien de la religion, ils continuèrent leurs travaux scientifiques ; mais la mort venait éclaircir peu à peu leurs rangs, et ils n'étaient pas remplacés. Ceux qui survivaient étaient plongés dans un profond abattement; ils ne voyaient que des ruines dans le clément xiv. présent, et pour l'avenir un désastre total. En 1780,
l'un d'eux, le P. Dollières écrivait en Europe : « Nous avons grand besoin que Dieu nous regarde en pitié, et nous envoie des successeurs. Il est impossible que la mission se soutienne longtemps dans l'état où nos désastres l'ont réduite.... Il faut recourir à quelques communautés où il règne beaucoup de piété, un grand zèle pour le salut des âmes, quelque goût pour les sciences, mais surtout beaucoup de douceur, de modération, de patience, d'abnégation et de charité. » — Le P. Dollières expirait de chagrin deux mois après avoir écrit ces paroles.
LE roi de France, Louis XVI, se préoccupait de subvenir aux besoins de la mission de Péking. Après s'être adressé à divers instituts, qui ne purent accepter, Sa Majesté la proposa à la société des Missions-Etrangères (1776). Ce projet, approuvé par le Souverain-Pontife, rencontra de la part de cette respectable société un refus absolu et irrévocable. M. Jacquier, supérieur général de la Congrégation de la Mission, dite des Lazaristes, refusa de même jusqu'à trois fois; c'est qu'en effet, s'il est fâcheux d'avoir à céder sa place, il est aussi fort désagréable de se
DYN. DES Ts'lNG. LA CONGRÉGATION DE LA MISSION (1783). 22 1
mettre à celle des autres. Des instances multipliées, enfin un ordre du roi, arrachèrent un consentement que M. Jacquier qualifia toujours de consentement forcé.
Par le décret suivant daté du 7 décembre 1783, la Congrégation de la Propagande mettait les Lazaristes en possession des missions, résidences, églises de Péking
et des biens-fonds qui y avaient été annexés.
« Le roi très chrétien de France, Louis XVI, ayant, selon sa piété et son zèle pour la foi catholique, fait exposer à notre Saint-Père le pape Pie VI qu'il désirait que les prêtres de la Mission soient subrogés pour les missions de l'empire de la Chine, aux Pères français de la Société éteinte des Jésuites, qui les administraient précédemment, Sa Sainteté, après avoir pris l'avis de quelques éminents cardinaux de la Sacrée Congrégation de la Propagande, louant hautement la foi et la religion du même roi très chrétien, et voulant M. fizux. lazariste. seconder ses pieux désirs,
a subrogé et député les susdits prêtres de la Congrégation de la Mission, sous la désignation du supérieur général et l'approbation de la même Sacrée Congrégation, à la place des susdits Pères de la Société éteinte des Jésuites, dans les missions de la Chine qu'administraient ces mêmes Pères de la nation française, avec tous les pouvoirs, droits et privilèges qui doivent être donnés à chacun d'eux respectivement, lesquels la Sacrée Congrégation a coutume d'accorder aux missionnaires, sous la dépendance des évêques, ou des vicaires apostoliques là où il n'y a pas d'évêques, sauf pourtant les privilèges et exemptions accordés aux susdits prêtres et à la
Congrégation de la Mission par le siège apostolique, suivant les mode, forme et teneur qui seront prescrits à l'avenir par Sa Sainteté, de concert avec le roi très chrétien, soit pour la désignation des lieux où ces mêmes prêtres de la Congrégation de la Mission devront être envoyés, soit pour les biens et revenus à eux déjà assignés ou devant être assignés à l'avenir par la pieuse libéralité des fidèles chinois, soit pour
les charges à acquiter par eux en conséquence des fondations pieuses, et enfin pour les règles à observer dans l'exercice de leurs missions. Pour tout ce qui se rattache, soit aux biens, soit aux revenus, que tiennent ou que tiendront ces missions de la munificence des rois très chrétiens, ou de la libéralité des sujets français, le roi très chrétien, en s'inspirant de son zèle et de sa sollicitude pour la foi catholique, en disposera seul pour l'avantage et l'utilité de ces mêmes missions.
« Donné à Rome, dans le palais de la Sacrée Congrégation, le 7 décembre 1783.
« Cardinal Antoneu.i, préfet.
« Etienne Borgia, secrétaire. »
Quelques semaines plus tard, Louis XVI
5 donnait, à son tour, les lettres patentes en vertu
desquelles le parlement de Paris devait enre-
? gistrer le décret de la Congrégation :
'sMjs^JP^ |! ^SXSffX" 'à ^^^^^ « Louis, par la grâce de Dieu, roi de France
et de Navarre.
Chasuble donnée par Louis XVI. ( pé-t'ang. ) „ a tous ceux qU; ces présentes verront, salut.
« Nous étant fait représenter le décret de la Propagande du 7 décembre dernier, par lequel les prêtres de la Congrégation de la Mission sont subrogés à la Société éteinte des Jésuites, pour la desserte des missions françaises de la Chine qui avaient été confiées à ladite Société ; nous avons de l'avis de notre conseil, de notre certaine science, pleine puissance et autorité royale, ordonné et ordonnons par ces présentes, signées de notre main, que ledit décret de la Propagande, du 7 décembre 1783, ciattaché sous le contre-scel de notre chancellerie, sera exécuté suivant sa forme et teneur, en tout ce qui ne sera pas contraire aux libertés de l'Eglise gallicane.
« Si donnons en mandement à nos amés et féaux conseillers, les gens tenant notre
DYN. DES Ts'lNG.. LETTRES PATENTES DE LOUIS XVI (1784).
Cour de Parlement à Paris, que ces présentes ensemble ledit décret ils aient à faire enregistrer pour avoir leur pleine et entière exécution sous la réserve portée en ces présentes. Car tel est notre plaisir, en témoin de quoi nous avons fait mettre notre scel à ces dites présentes.
«Donné à Versailles, le 25e jour du mois de janvier de l'an de grâce 1784, et de notre règne le dixième.
« Louis. »
Par le Roi, le ministre,
Maréchal de Castries.
La substitution des Lazaristes aux Jésuites, étant désormais un fait accompli, le supérieur général, M. Jacquier, désigna pour cette nouvelle mission de Péking: M. Nicolas- Joseph Raux, né à Ohain, dans le Hainaut, diocèse de Cambrai, le 14 avril 1754. M. Jean Joseph Ghislain, né à Salles, diocèse de Cambrai, le 5 mai 1 75 1 , et le frère Charles Paris, né le 8 décembre 1738 à Verderonne, diocèse de Beauvais.
Ils arrivèrent devant Macao le 23 août 1784, et le 29 ils débarquaient à Canton. M. de Torre, procureur de la Propa- chandeliers donnés par Louis XVI. ( pé-t'ang. )
gande, leur offrit l'hospitalité. Après cinq mois d'attente, ils partirent de Canton le 7 février 1785, arrivèrent à Péking le 29 avril, et furent présentés à l'empereur, qui leur fit les présents ordinaires. MM. les ex-Jésuites français et portugais, MM. les missionnaires de la Propagande, et Mgr l'évêque de Péking lui-même les félicitèrent de leur heureuse arrivée.
Mgr Alexandre de Gouvèa, franciscain portugais, publia le 8 mai 1785, le décret pontifical avec l'ordonnance royale, et le même jour, M. Raux fut reconnu par tous
comme supérieur de la mission, dont il prit possession en s'établissant au Pé-i'ang. Tous les anciens Jésuites de la mission française signèrent avec l'évèque de Péking, l'acte suivant de publication :
D. F. Alexandre de Gouvéa, de la famille du tiers-ordre de Saint-François, par la grâce de Dieu et du siège apostolique, évêque de Péking, conseiller de la très fidèle reine des Portugais, etc.,
Surettes en argent don Louis XVI. ( pé-t
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« A tous ceux à qui il appartient, faisons connaître et certifions qu'aujourd'hui, dimanche de l'octave de l'Ascension, huitième jour du mois de l'année 1785, devant nous et en présence des missionnaires de l'église du Pé-t'ang, convoqués par notre ordre dans notre église cathédrale, ont été lus et publiés : le décret de la Sacrée Congrégation de la Propagande, en date du 7 décembre 1783, par lequel les prêtres de la Congrégation de la Mission sont subrogés et substitués à la place des Pères français de la Société éteinte des Jésuites, pour les missions de la Chine que les dits Pères français administraient ; le brevet du roi très chrétien des Français sur cette matière, donné à Versailles le 25 janvier 1784 ; le décret de la susdite Congre-
Fhototypu J. Royer, Nancy.
1. — VUE GENERALE DU OUAN-CHO-CHAN PRISE DU SUD (palais d'été)
2. — VUE DU GRAND PONT & DU BŒUF EN BRONZE AU OUAN-CHO-CHAN (palais d'été)