‹ Péking, histoire et descriptionChapitre 100 sur 239 · PONT DE PA-LI-KI'AO · texte numérisé non relu

PONT DE PA-LI-KI'AO

fourrures inestimables, laques anciennes, tout se trouvait entassé à profusion dans d'immenses salles, dans de splendides pagodes. Les objets européens y étaient aussi en abondance : pendules Louis XV, montres décorées d'émaux et de perles, tapisseries de Gobelins et jusqu'à de magnifiques voitures anglaises offertes jadis par lord Macartney. Un soldat a raconté qu'en voulant saisir un petit chien caché sous un sopha, il avait rencontré un gros anneau de cuivre: détourner le sophaet ouvrir la trappe fut l'affaire d'un instant ; la cachette contenait deux caisses remplies de montres garnies de perles et de diamants ; il vida son sac et y cacha vivement ces richesses avant l'arrivée des camarades : « On me donna, dit-il, deux jours de salle de police, mais je ne les regrette pas, car j'ai vendu mon sac 25.000 francs. » Chaque soldat avec plus ou moins d'intelligence fit son choix ; les connaisseurs achetaient simplement aux troupiers leurs meilleures trouvailles pour quelques piastres, et plusieurs remplissaient de pierres précieuses des bas de laine et des musettes de cavalerie. Les cantiniers surtout firent fortune, et l'un d'eux échangea, dit-on, contre un verre d'absinthe un Poussa en or massif. Souvent, dans le ventre des idoles, on place des pierreries et des lingots d'or ; aussi nos soldats ne se faisaient pas faute de donner quelques coups de baïonnette aux divinités pansues. La difficulté était

DYNASTIE DES TS'ING

d'emporter toutes ces richesses. Les premiers arrivés purent mettre la main sur une foule d'objets transportables ; les autres furent moins heureux, et s'en vengèrent en cassant beaucoup ; les étoffes précieuses couvraient les cours de plusieurs pieds d'épaisseur ; on s'en servait comme de matelas ou de toile d'emballage. Ceux qui firent les meilleures affaires furent sans contredit les Chinois ; nos soldats ne connaissant point les lingots d'argent, n'acceptaient d'eux que des piastres, et le prix de la piastre monta subitement dans Péking- à plus de i 2 francs. Malgré la peine de mort portée par les mandarins contre tout receleur des objets du Yuen-min?yuen, la plupart passèrent aux mains chinoises,etpendant plusieurs années les marchands de Péking en offrirent aux amateurs ; quelques-uns y perdirent la vie, mais beaucoup y gagnèrent une fortune!

Donnons la parole à quelques témoins oculaires :

« Dans la matinée du 7, le général de Montauban, accompagnédesgénérauxjamin et Collineau, du colonel Schmitz, du brigadier anglais Fattle, du colonel Fowley et du major Sley des dragons de la reine, se rendit au palais de l'empereur.

Une compagnie d'infanterie était chargée d'ouvrirla marche pour faire face à toutes les éventualités ; mais, le palais étant complètement évacué par les Tartares, il n'y eut pas un coup de fusil échangé. Après cette première visite dans le palais du Yuen-ming-yucn, le général de Montauban fit placer des sentinelles chargées de veiller à ce que personne ne pût pénétrer avant l'arrivée du général Grant. Aussitôt l'arrivée de ce dernier, on désigna dans chaque corps d'armée trois commissaires chargés de faire mettre à part les objets de curiosité les plus précieux, et de procéder au partage des monnaies d'or et d'argent trouvées dans le palais.

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