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CHAPITRE XII

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I. t'oung-tciie. rebelles aux longs cheveux (tch'ang-mao). les filles de la

CHARITÉ. LE SECOND PÉ-TANG. II. M. ARMANI) DAVID ; SES TRAVAUX, SES DÉCOU- VERTES. — III. MORT DE MGR MOULV, ÉGLISE DE SAINTE-CROIX. ÉGLISE DE N.-D. DES VICTOIRES. MM. CHEVRIER ET OU. ■ — IV. MASSACRES DE TIEN-TSIN. MGR DELAPLACE. CONSTRUCTION DE L'ÉGLISE SAINT-LOUIS.

dant que l'armée anglo-française battait les Chinois, les rebelles aux longs cheveux (T'chang-mao), soi-disant descendants des Ming, se révoltèrent contre la dynastie et s'emparèrent de presque tout le sud de la Chine : Hang-tcheou, Ning-po, Chao-sing, Nan-king et enfin Chang-haè tombèrent en leur pouvoir. Les alliés se résolurent à défendre la dynastie et à reprendre aux moins les ports qu'elle avait ouverts au commerce de l'Europe. En février 1862, on débarqua de l'infanterie de marine, et Chang-haè, attaqué par terre et par mer, fut évacué par les rebelles. Le 10 mai, Ning-po était pris ; la joie de ce succès fut bien amoindrie par la mort de l'amiral Proté, frappé d'une balle en pleine poitrine à la tête de ses troupes. Peu après, à une troupe assez nombreuse de Manillois et de Chinois fidèles se joignirent des soldats français qui, ayant fini leur temps, voulurent prendre du service en Chine. Un corps se forma à Ning-po sous le commandement de MM. Lebreton et d'Aiguebelle. Le 19 juillet 1864, Nanking, dernier rempart des rebelles, fut emporté, et Taè ping-ouan, leur chef, se suicida, ce qui mit fin à la révolte. — C'est au corps franco-chinois que la dynastie est redevable d'avoir reconquis ses provinces du sud.

Peu après la guerre, Mgr Mouly était parti pour l'Europe, qu'il n'avait pas revue depuis 25 ans. Son arrivée fut un événement; ce bon évêque à longue barbe, à grosses lunettes chinoises, à l'air un peu dépaysé, était une curiosité ; on se le disputa. Avec l'extrême bonté qui le caractérisait, il se laissa faire ; on le fit prêcher,

DYNASTIE DES TS'ING

présider des conférences, des réunions de tout genre en France, en Italie.cn Belgique, en Hollande, enfin un peu partout. Il alla voir l'empereur qui, sur l'indemnité de guerre, lui avaitalloué une forte somme pour reconstruire les anciennes églises détruites. Napoléon III, très affable et fort bien disposé pour ce vieil évéque qui était resté si français, lui dit: « Que pourra is-je faire encore pour vous être agréable ? — Sire, répondit - il, ce serait de me faire reconduire jusqu'à Tien-tsin avec la colonie de missionnaires et de sœurs que je dois emmener. »

L'empereur accorda gracieusement la demande et, le 24 février 1862, sept missionnaires et quatorze Filles de la Charité partirent sur une frégate de l'Etat.

Après mille péripéties et mille dangers, la nouvelle colonie arriva à Chang-haè à la fin du mois de mai. Les navires du port avaient leurs pavillons en berne et leurs vergues en croix, à l'occasion des funérailles de l'amiral Proté.

Mgr Mouly mit 21 jours pour aller de Chang-hai à Ka-kou sur un voilier américain. On installa les Sœurs destinées à Tien-tsin dans la maison qui leur avait

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été préparée ; quant aux missionnaires, ils logèrent au Ouang-hàè-leou, belle résidence donnée par le gouvernement chinois; elle se trouvait à la jonction du canal impérial avec le Pc-Jw, et avait servi à l 'état-major lors de l'occupation par les alliés. Le 10 juillet, Mgr Mouly faisait son entrée solennelle à Péking.

Pendant son séjour en Europe, les missionnaires avaient relevé les murs d'enceinte, refait la toiture de la cathédrale et construit quelques chambres d'habitation. Au Pè-t'ang, résidence française, on s'était contenté de réparer les anciens bâtiments ; l'évêque, les missionnaires et les séminaires y trouvèrent place ; au To/iuç-fang et au Si-fang rien n'était fait encore. Mgr Mouly se mit de suite à l'œuvre ; une maison disposée pour les Sœurs de Charité non loin du Pè-t'ang fut bientôt remplie de malades et d'enfants abandonnés. On termina les réparations de l'ancienne cathédrale, qui fut repeinte en entier, en conservant religieusement les mêmes dessins qui la décoraient jadis. Mgr Mouly ne voulut point tarder à réparer aussi le cimetière français de Tcheng-fou-sse, situé à 8 kilomètres de la porte Pin-tcJie-men. On dut refaire les tombes, relever les stèles, replanter les arbres et reconstruire tout le mur d'enceinte. Un accident vint encore augmenter les dépenses : la résidence du Pé-fang, nouvellement restaurée, fut presque totalement détruite le 9 janvier 1864 par un incendie. On sauva non sans difficulté, la grande bibliothèque qui commençait à flamber; le soir chacun eut à peine de quoi coucher ; la perte fut estimée à 100.000 francs.

Quelques mois après s'éleva sur les ruines une grande maison européenne, et Mgr Mouly pensa à reconstruire la cathédrale française du Pé-t'ang. Un architecte du Lot-et-Garonne, M. Bourrières, en avait fait le plan ; deux tours surmontées de deux (lèches fort élégantes devaient s'élever sur la façade ; mais pour ne point créer d'affaires avec les Chinois, le plan fut envoyé au Tsoung-li ya-men, qui pria l'évêque de retrancher aux flèches. Ainsi diminuées, les tours avaient encore près de 90 pieds de haut. La première pierre fut posée le Ier mai 1865, en présence de M. de Berthemy, ministre de France, que tous ses collègues avaient accompagné, et des ministres du Tsoung-li ya-men : Tchoung, Toung et Heng-tsi. Cette pierre fut bénite par Mgr Mouly. L'église, dédiée au Saint-Sauveur, ne se trouve pas sur l'emplacement de l'ancienne bâtie par les Jésuites et détruite en 1S27 ; comme cet emplacement était beaucoup trop restreint pour la nouvelle cathédrale, on acheta à l'est de la résidence un vaste terrain pour l'y construire. Cette église est gothique (XI IL siècle) ; elle mesure à l'intérieur 49 mètres de long sur 30 de large au transept et 2 1 à la nef, y compris les bas-côtés ; la hauteur est de 1 7 mètres 66 sous clef de voûte. Le Ier janvier 1867011 en fit la bénédiction solennelle, à laquelle assistait M. le comte de Bellonet, chargé d'affaires de France. La même année, l'église de N.-D. des Sept-Douleurs était bâtie au Si-t'ang, ancienne résidence de M. Pedrini ; et une grande chapelle provisoire au Toung-t'ang pour les chrétiens de cette paroisse, qui durent encore attendre longtemps leur église, car l'indemnité avait été totalement absorbée.

Parmi les missionnaires arrivés avec Mgr Mouly, il s'en trouvait un très remarquable par ses connaissances en histoire naturelle : c'était M. Armand David. La Chine était ouverte, les Européens astronomes, mathématiciens et autres allaient se mettre au service des Chinois; les missionnaires n'avaient donc plus raison d'être comme savants ou artistes de la cour. Cependant, on ne pouvait

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SYRNIUM KAVIIH.

abandonner les sciences, qui sont un puissant auxiliaire pour la religion ; il était bien à désirer qu'un collège s'ouvrit à Péking, et pour ce collège il fallait un homme ; M. David fut choisi. Missionnaire avant tout, cette qualité lui eût fait préférer la vie apostolique, mais ses supérieurs en disposèrent autrement. Sur leur désir et sur la demande du gouvernement français, M. David dut utiliser ses connaissances variées à la préparation du collège futur, et surtout à l'augmentation des collections du Muséum de Paris. Il fit plusieurs voyages fort pénibles, dans les premières années de son séjour en Chine, voyages qui furent très fructueux pour le Muséum. En 1868, il alla jusque dans le Thibet indépendant, où il fit des découvertes importantes ; sa santé ruinée l'obligea à retourner en Europe (1874). Nommé membre de plusieurs académies, il reçut deux médailles d'or, et refusa par trois fois la croix delà Légion d'honneur, se conformant ainsi aux règles de sa Congrégation. Bien des années s'écoulèrent, et, s'oubliant lui-même, il devait croire que personne ne penserait plus à lui ; mais les travaux qu'il avait entrepris pour la science, ses mémoires, ses relations et ses précieuses découvertes, réclamaient une récompense ; sans lui demander son assentiment, en 1S96, à l'occasion du centenaire de l'Institut, la croix de la Légion d'honneur lui fit envoyée; il ne pouvait plus la refuser.

Les services que M. David a rendus à la mission de Péking sont inestimables ; il a formé à lui seul un musée d'histoire naturelle comprenant plus de 800 oiseaux, quelques beaux mammifères, environ 3.000 insectes ou papillons ; de plus, un herbier et des échantillons minéralogiques très complets. Ce musée du Pé-t'âng fit pendant longtemps l'admiration des visiteurs qui s'y rendaient presque chaque jour. Les mandarins, fréquentant par ce moyen les missionnaires, perdirent peu h peu leur antipathie ; les préjugés tombèrent, et l'estime qu'on avait déjà pour les prêtres catholiques français s'en accrut sensiblement. La renommée de ce musée alla jusqu'au palais, d'où plusieurs princesses, et même, dit-on, l'impératrice, vinrent le visiter incognito. Enfin, lorsqu'en 1885 un arrangement dut intervenir pour rétrocéder le Pé-t'ang, ou plutôt pour

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l'échanger contre une nouvelle résidence, la dernière clause stipulait que le Pape serait prié d'offrir le musée à l'impératrice. Quelque temps après, un missionnaire fut nommé par le 7e prince, père de l'empereur, conservateur de ce musée, et il désigna lui-même deux chrétiens intelligents qui s'y rendent chaque semaine pour l'entretenir en bon état, enlever et remplacer au besoin les pièces avariées. Pour l'empereur et pour l'impératrice, ce musée est une des choses précieuses du palais, et la gracieuseté avec laquelle on l'a cédé à l'impératrice sur sa demande, n'a pas peu contribué au résultat pacifique de la négociation si difficile, qui s'est terminée à la gloire de la France, de la mission de Péking et de la religion en Chine.

Voici quelques-unes des plus belles trouvailles en zoologie faites par M. David, soit à Péking même, soit dans les provinces :

Syrnium Davidi ; espèce de chat-huant, trouvé dans les forêts de Mou-ping (Thibet), fort rare même dans cette région.

Pvrgilauda Davidi; espèce de passereau découvert sur les plateaux les plus élevés de Mongolie ; il est très farouche et fait son nid dans les rochers. Arundinax Davidi anus ; nouvelle espèce également découverte à Mou-ping ; c'est un spécimen unique, rare même dans le pays ; se trouve dans les hautes herbes au bord des ruisseaux.

Pterorhinus Davidi ; découvert près de Péking, dans les montagnes Si-chan.

Les Chinois le nomment Chan-hoa-mi et le conservent en cage, se plaisant à entendre sescris singuliers et sonores, même quelque peu fatigants ; dans les bois, il est peu sauvage et se laisse facilement approcher ; il niche jusqu'en septembre dans les buissons.

Oreopneuste Akmandi ; découvert Chine, où il vient se loger en été ; son

dans les hautes montagnes du nord de la

chant est sonore et varié.

Crossoptilon Mantchuricum ; trouvé sur le marché de Péking en hiver, puis tué dans les montagnes de l'ouest (Si-chan)^zx M. David ; les Chinois le nomment llo ki ; ce magnifique oiseau a depuis été répandu en Europe ; on peut l'élever facilement dans les parcs.

Propasser Davidianus ; ce charmant roselin habite les plus hautes montagnes du nord-est de la Chine ; on en trouve sur les marchés de Péking à l'ouverture du printemps ; son nid, trouvé par iM. David sur des lilas sauvages, contient cinq œufs, bleu-turquoise tacheté de points bruns ; son chant est peu varié.

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Elaphurus Davidianus. Hors de la porte sud de Péking.à 2 kilomètres environ. se trouve l'ancien parc de chasse de l'empereur ; il a 1 2 kilomètres de côté ; on y élevait par tradition (car l'empereur n'y chasse plus) de nombreux cerfs, daims, chèvres sauvages et autres animaux. M. David apprit par les chrétiens qu'un animal

ELAPHURUS DAVIDIANUS. (SSE POUSIANG)

fort curieux s'y trouvait ; les Chinois le nomment Sse-pou-siang (qui ne ressemble à aucun des quatre), parce qu'il a les bois du cerf, la queue de l'âne, les pieds du bœuf et le pelage du mulet. M. David lui-même, dans une promenade, aperçut par-dessus les murs d'enceinte cet intéressant animal, et alors il ne songea plus qu'au moyen de s'en procurer un spécimen pour le Muséum de Paris. Ce n'était rien moins que facile ; il y a peine de mort contre ceux qui se permettent de tuer le gibier impérial,

mais cela n'empêche nullement les gardes de s'en nourrir. M. David se ménagea une entrevue avec l'un d'eux, et il fut convenu qu'on jetterait par-dessus le mur, d'un côté une peau avec les bois et les os, de l'autre la somme promise. C'est ainsi que M. David put envoyer à Paris le premier spécimen du Ssé-pou-siang. Plus tard d'autres nations s'en procurèrent aussi par leurs ministres, mais le premier était à la France. Si l'on considère ce que M. David a découvert dans le sud de la Chine, les trouvailles faites dans le nord sont bien minimes. Nous ne pouvons entrer dans de plus grands détails, et nous devons renvoyer ceux qui voudraient en savoir davantage à ses ouvrages très intéressants, très savamment rédigés et toujours delà plus parfaite exactitude, ainsi qu'aux travaux spéciaux des professeurs du Jardin des Plantes de Paris.

ependant Mgr Mouly perdait ses forces, et sa première vigueur avait disparu ; perclus de rhumatismes, affaibli par une vie de privations et de fatigues, on ne pouvait plus espérer pour lui de longs jours. Souvent le pieux évêque subissait de douloureuses crises ; l'une d'elles, pendant la nuit du 30 novembre au Ier décembre, le conduisit aux portes du tombeau et on dut lui administrer les derniers sacrements, qu'il reçut avec une grande ferveur ; malgré les soins de deux docteurs européens, il s'affaiblit de plus en plus et s'éteignit le 4 décembre à 4 heures du soir, à I'â^e de 61 ans ; il eut la joie de mourir au milieu de ses confrères et dans ce Pé-t'ang reconstruit par lui. Mgr Mouly peut être, à bon droit, regardé comme le second fondateur de la mission de Péking, car après les horribles persécutions qui l'avaient presque anéantie, c'est lui qui la ressuscita et lui donna une vie nouvelle. Les funérailles du saint évêque furent une démonstration. Tous les ministres européens, les représentants du prince Koung et du Tsoung-li ya-men, l'archimandrite russe, le clergé en entier et plus de 400 voitures contenant chacune deux ou trois chrétiennes, l'accompagnèrent au cimetière. Le cortège s'étendait sur plus d'un kilomètre et demi, une foule respectueuse évaluée à 100.000 personnes bordait les deux côtés de la route ; les chants liturgiques alternaient avec les prières chinoises.

Mgr Mouly repose dans un tombeau orné d'une belle stèle en marbre, devant les mausolées de MM. Raux et Ghislain, au cimetière français de Tcheng-fou-sse. — Mgr Mouly, né à Figeac, diocèse de Cahors, le 2 août 1807, n'était point un homme ordinaire : il avait fait d'excellentes études, et sa science en chinois était peu commune. Son talent d'administration, son sang-froid dans les circonstances les plus critiques, son courage, sa fermeté, et surtout une sérénité et une bonté de cœur inaltérables, avaient fait de lui un missionnaire hors ligne. Il servit de trait-d'union entre la grande ère des persécutions et celle de la liberté religieuse ; son passage sur la terre de Chine fait époque.

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