MASSACRES DE TIEN-TSIN ; PLAN TOPOGRAPHIQUE
DYNASTIE DES TS'ING
répondit: « Vous, mandarin chinois, vous agiriez peut-être ainsi, mais je vais vous faire voir qu'un Représentant de la France ne craint pas la mort. > Il sortit alors avec son chancelier, M. Simon, mais il ne tira point un coup de pistolet, comme les Chinois l'ont raconté plus tard. Tcli oung-heou joua le rôle de Pilate et laissa faire. Près de son palais, en effet, se trouvait une caserne de ) 'ang-ts 'iang-toui (soldats armés à l'européenne) qui dépendait de lui ; ces soldats auraient pu voler au secours de la résidence sur un signe, mais Tek' oung-heou ne le rit pas!
M. Fontanier n'ignorait pas les dangers qu'il allait courir ; près du gouverneur on n'eût pas osé le tuer, mais c'était un Français, il ne déserta pas son poste. Pour revenir au consulat, il avait a suivre le chemin qui longe le canal impérial, chemin qui n'a guère plus de i mètre 50 de largeur ; il se fit place le revolver en main et arriva sur le quai devant la porte de la mission. En route on lui avait déjà jeté des pierres et des briques ; lui et M. Simon avaient la figure ensanglantée, et leur marche était vacillante. Le souspréfet sortait alors de la mission et remontait dans sa chaise ; M. Fontanier l'interpella en lui disant : « Que faitesvous ? Défendez-nous, parlez à cette foule et ne partez pas ! » L'autre répondit : « O110 pou kouan » (Je ne m'en occupe pas). C'est alors que le consul exaspéré fit feu sur le mandarin, qui du reste ne fut pas atteint ; la balle frappa un de ses gens au milieu du front; il y eut une reculade dans la foule au coup du revolver. M. Fontanier menaçant de son arme quiconque s'opposait à sa marche, M. Simon, avec son sabre de cavalerie, ouvrant la route, l'un et l'autre parvinrent à la porte du consulat, que le peuple envahissait. Voici ce qui s'y était passé : Quelques jours auparavant, M. Thomassin, chancelier de la Légation de France à Péking, était arrivé avec sa jeune femme et logeait au consulat ; les barques qui devaient les conduire à la capitale avaient été louées et chargées, elles étaient amarrées au quai le matin du 21 ; M. Fontanier s'étant, comme nous l'avons dit, rendu chez le gouverneur, M. Thomassin se mit en travers de la porte du consulat un revolver à la main, et, par son attitude énergique, maintint la foule près d'une heure ; sa femme était à dix pas derrière lui, près d'une petite colline artificielle en rocailles, ne pouvant se décider à s'éloigner de son mari.
Telle était la position, quand un enfant d'environ 15 ans jeta une brique qui atteignit M. Thomassin au visage ; celui-ci, ne voulant pas faire usage de son arme contre le jeune agresseur, fit un pas en avant pour lui donner un soufflet ; ce pas fut fatal ; la porte dégagée un instant fut envahie par la foule, et les égorgeurs massacrèrent