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TYPES D'ÉGORGEURS

écharpé en se défendant, M. et Mme Thomassin tailladés à coups de sabre, les deux missionnaires eurent le ventre ouvert, puis les cadavres furent jetés dans la rivière qui, en cet endroit, a plus de 17 mètres de profondeur. Le feu, mis à l'église et au consulat, dévora tout en quelques heures ; cependant la croix domine encore la tour, car l'escalier en bois qui conduisait au sommet, brûla en entier avant que personne pût monter pour arracher cette belle croix dorée. Tout fut pillé par la populace ; les égorgeurs, évidemment salariés, ne restèrent pas un instant après avoir terminé leur œuvre et partirent aussitôt pour aller chez les Sœurs de Charité : il était alors deux heures de l'après-midi.

Tout avait été certainement calculé d'avance ; en effet, pour aller de la mission a la maison des Sœurs, il fallait traverser le canal impérial sur un pont de bateaux situé devant le palais du gouverneur. Le pont une fois ouvert, personne ne pouvait passer ; mais on le tint fermé, et un mandarin à cheval, Tchcn°-kouo-joui, resta sur le pont pour en empêcher l'ouverture, jusqu'à ce que les égorgeurs eussent tous passé. Ils n'étaient que 200 au plus, et avaient eu soin de se barbouiller la figure avec de la suie et de la chaux, pour empêcher qu'on ne les reconnût. Moins d'une demi-heure

DYNASTIE DES TS'ING

après les massacres du consulat, ils arrivaient ivres de sang et de vin chez les pauvres Sœurs.

Sans nouvelles de la mission, les Filles de la Charité avaient vu de loin les flammes de l'incendie et avaient entendu autour de leur établissement toutes les boutiques se fermer subitement, sur un ordre venu on ne sait d'où. Il ne leur restait plus guère d'espoir que dans le bon Dieu ; aussi s'étaient-elles toutes réfugiées à la chapelle. Là, avec leurs orphelins et orphelines, elles attendaient les événements, après s'être communiées elles-mêmes pour ne pas laisser profaner le Saint-Sacrement. La porte de l'établissement fut vite enfoncée, les Sœurs, en partie du moins, §J étaient sorties de la chapelle ; la supérieure, Sœur Marquet, prononça 71 ces quelques paroles : « Que voulez-vous de nous ? nous ne faisons que ' du bien, ne faites pas de mal à nos enfants ; » elle n'avait pas achevé qu'un coup de sabre lui fendait la tête ; six Sœurs qui l'entouraient furent percées de coups de lance et tailladées à coups de sabre ; la septième, sortie par la sacristie, fut massacrée un instant après sous une véranda ; quant aux deux autres chargées des tout petits enfants, elles avaient voulu les sauver en les cachant sous la chapelle, où une vaste cave avait été ménagée ; elles furent égorgées et brûlées. Pas une ne fut jetée dans le fleuve, mais leurs corps disparurent, coupés en morceaux ou réduits en cendres ; les Chinois en emportèrent même des lambeaux au bout de leurs sabres et de leurs lances. La rage des égorgeurs était telle, qu'en un instantils n'eurent plus devant eux que des cadavres. On n'en voulait qu'aux Sœurs et non aux enfants, qui furent conduits chez le sous-préfet avec de bonnes chrétiennes qui aidaient les Filles de la Charité dans leurs travaux. Cependant quelques-uns périrent sous la chapelle, étouffés par la fumée de l'incendie; comme il y avait peu à piller, le feu fut mis presque de suite à tous les bâtiments.

Un commerçant, M. de Chalmaison, vivait avec sa femme assez loin de l'établissement des Sœurs, mais plus loin encore des concessionseuropéennes. Ce brave Français avait voulu courir au secours de l'orphelinat, et c'est dans le trajet

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