‹ Péking, histoire et descriptionChapitre 152 sur 239 · CANAL IMPERIAL · texte numérisé non relu

CANAL IMPERIAL

cette superbe maison de plaisance n'est guère vue que de lui et de son monde ; il est rare que dans ses palais et ses jardins, il introduise ni princes, ni grands au delà des salles d'audience. De tous les Européens qui sont ici, il n'y a que les peintres et les horlogers qui, nécessairement et par leurs emplois, aient accès partout. »

Le P. Benoît est l'auteur de travaux hydrauliques qui furent de vrais chefsd'œuvre ; il réussit à construire une fontaine qui servait d'horloge à eau, et dont les douze animaux laissaient échapper le liquide, chacun pendant deux heures. Ce qu'il a fait de plus considérable, c'est la conduite des eaux de Yu-tsiuen-ckan jusqu'au grand réservoir placé derrière les bâtiments européens et qui alimentait toutes les gerbes et cascades ; l'eau était amenée par une grande machine hydraulique, mais dès 1786 le P. Bourgeois écrivait qu'elle était déjà détériorée et que l'on montait l'eau à bras d'hommes ; elle avait donc duré 25 ans! cela n'est pas étonnant, car le Chinois, soit mépris, soit négligence, finit toujours par revenir aux petits moyens qui lui sont propres. On a vendu des milliers de livres de plomb provenant des feuilles qui doublaient le réservoir. La petite montagne d'où l'on avait une si belle vue, d'après les lettres du Frère Attiret, existe toujours, ainsi que les ponts, mais sans balustrade et plus ou moins endommagés ; les sentiers en zigzag, les grottes en rocailles sont encore là, parce qu'on n'a pu les emporter. On voit aussi de superbes cartouches en tuiles vernissées à plusieurs couleurs, représentant des fruits, des rieurs, des oiseaux, des nids, enfin des motifs charmants, mais toutes enlevées de leur place et tellement ébréchées, qu'on ne pourrait plus rien en faire. Ce que ces palais ont dû coûter de temps, de peine et d'argent est incalculable ; il fallait aussi une rare intelligence et une véritable science architecturale pour mener à bien ces immenses travaux, dont rien en Europe ne saurait donner une idée même approximative. Tout y était en effet original et imprévu, riche et simple en même temps, régulier et contourné de mille façons ; c'est le genre chinois, qui n'a guère changé depuis des siècles.

i° LE CANAL IMPÉRIAL. — Dans la relation de Marco-Polo, nous lisons que « le Canal impérial allait de Kambalick (Péking) jusqu'à King-saï ( Tchen-kiang). Il était navigable pour les navires et avait 40 journées de longueur, avec des écluses pour distribuer l'eau ; sa largeur était d'environ 30 aunes. » Tout cela est exact, mais il ne faudrait pas croire que l'empereur des Yuen qui vivait dans ce temps-là, Koubilaï-kan, ait lui-même fait creuser en entier ce long canal. Bien avant lui, les monarques chinois avaient déjà fait de grands travaux pour relier entre elles les rivières, surtout dans le sud de l'empire. Les Yuen, d'après les Annales, ayant manqué leur expédition contre les Japonais et perdu cent mille hommes dans un typhon, voulurent pouvoir se passer de la mer pour approvisionner la capitale, et commencèrent le canal qui unit Péking au Pè-ho, puis Tien-tsin au fleuve jaune. Les Ahng, qui avaient leur capitale à Nan-King, se transportèrent à Péking sous Young-lo, et terminèrent alors tous les travaux de cet important ouvrage qui joint le sud au nord. Ce canal, quoique fort mal entretenu, sert encore au transport des riz impériaux; chaque année, 10.000 barques le parcourent et approvisionnent le nord de la Chine ; c'est par elles que vient tout le riz distribué par l'empereur aux familles des soldats tartares. Ajoutons cependant que depuis la création d'une marine marchande à vapeur, le transit diminue beaucoup sur ce canal ; les quais de Tien-tsin sont chargés d'innombrables sacs de riz, que transportent ensuite les barques à Toung-tcheou ; là, le canal est employé pour remonter jusqu'à Péking, près de la porte Toung-pien-men ; du fleuve à cette porte, il y a cinq écluses entièrement démolies ; à chacune, il faut transporter les sacs à dos d'homme,

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jusqu'au niveau supérieur. On passe sous le pont de Pa-li-kiao, célèbre par la défaite des troupes tartares en 1860. Ce pont n'a rien qui le distingue des autres ; c'est un pont à trois arches seulement, et le parapet porte encore les traces des boulets français. Si on veut subir l'ennui de cinq transbordements, on peut aller en barque de Péking à Tien-tsin par ce canal et le Pè-ho.

2" PONT DE LOU-KEOU-K'IAO. — Marco-Polo parle du superbe pont de Lou-keouk' iao bâti en cinq années (1 189-1 194) par l'empereur Ming-tchang de la dynastie des Kin. Ce pont est une merveille ; ceux qui le traversent ne peuvent s'empêcher de l'admirer ; il a 350 pas de long (Marco-Polo dit rooo pieds), sur 18 pas de large; onze arches le supportent; elles vont s'abaissant du milieu vers les rives. Le parapet est divisé en 140 parties, par autant de petits lions ; le tablier a bien 50 pieds d'élévation, et les arches 35 ; aujourd'hui le sable les remplit, et c'est à peine si l'eau trouve une issue. Au point de vue pratique, on pouvait faire mieux ; les piles sont énormes, les ouvertures restreintes, si bien que l'eau s'y engouffre sans pouvoir passer. — Le pont de Lou-keou-k' iao est en réalité à 21 //de la porte sud-ouest de Péking, quoique les Chinois en comptent 24. Ces 12 kilomètres sont pavés de larges dalles carrées qui jadis ont dû rendre la route facile ; aujourd'hui, comme il en manque un bon nombre et que les autres sont branlantes, ce chemin est à peine praticable.

3° LA SÉPULTURE DES M1NG. — Les dynasties des Léao et des Kin avaient leurs sépultures dans les montagnes de l'ouest, à environ 100// de Péking ; celles-ci n'ont jamais été fort remarquables et il n'en reste plus que des ruines. Les tombeaux des M/ug sont au contraire de vrais monuments encore très bien conservés ; ils sont situés entre 13 collines, nommées Che-san-ling, à 90 li de Péking, vers le nord, près de la sous-préfecture de Tcli aug-f ing-tclieou. Voici la liste des sépultures : i° à la colline Tck'ang-ling est enterré Tch'eng-tsou ou Youiig-lo ; 20 au Sienling est enterré Jen-tsoung ; 30 au King-ling, Suen-tsoung; 40 au Yu-ling, Iing-tsoung ; 50 au Mao-ling, Sientsoung ; 6° au T'aèling, Siao-tsoung ; au 70 K'ang-ling, Outsoung (cette sépulture est à 30 li plus au nord-ouest que les autres) ; 8° au Youngling, Che-tsoung ; 90 au Tchao-ling, Mou-tsoung ; io° au Ting-ling, Chen-tsoung ; ii° au King-ling, Kouang-tsoung ; i2°au Teu-ling, Si-tsoung; 130 enfin au Sse-ling repose Tckouang-lié-ming-hoang-ti. Du temps des Iing-tsoung, quatrième empereur, son frère King-t 'aè-hoang-ti régna pendant que Iing-tsoung était prisonnier des Tartares, mais on n'a point mis son tombeau avec les autres parce qu'il ne fut pas réellement empereur ; il est enterré à King-ckan-k'eou près de Yu-tsiuen-chan.K 6 //au nord de Tclî ang-f ing-tchcou, commence la longue avenue qui conduit au tombeau de J roung-lo, le plus grand, le plus beau de tous. Un arc de triomphe magnifique apparaît tout d'abord ; il ne mesure pas moins de 50 pieds de haut sur 80 de large; il est tout en marbre et divisé en cinq ouvertures séparées par des piliers carrés ; il a été construit par l'empereur Snen-teu. Deux li plus loin se trouvent les trois portes Tahoungmen avec une inscription qui ordonne de descendre de cheval en cet endroit, puis un beau pavillon de 30 pieds d'élévation tout en marbre blanc, avec 4 colonnes sculptées, œuvre de l'empereur Jcu-tsoung. Enfin trois autres portes nommées Loungfoung-men donnent accès au véritable tombeau. Entre l'arc de triomphe et ces portes, on voit de chaque côté du chemin appelé Cheng-lou (la route sainte), toute une enfilade de personnages et d'animaux monolithes vraiment extraordinaires, soit comme travail, soit comme dimensions ; on se demande comment ils ont pu être apportés là.

Voici l'ordre dans lequel ils sont placés : deux colonnes en marbre, décorées de

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