LA FAMILLE
Le maître les lui expliquera plus tard, s'il veut continuer ses études ; dans le cas contraire, on le place en apprentissage, où il reste trois ans sans rien gagner que sa nourriture ; presque toujours il y perd plus que son temps, et y apprend bien d'autres choses qu'un métier. Les jeunes filles ne sortent point de la famille et restent avec leur mère jusqu'à leur mariage ; les parents songent à marier leurs fils vers l'âge de quinze à dix-huit ans. On a dit que les jeunes gens n'étaient point consultés et ne voyaient jamais leurs fiancées ; ceci est exagéré. Ils savent fort bien ce qui se prépare et trouvent facilement le moyen d'apercevoir celle qui leur est destinée. Sans doute, il n'y a pas en Chine les aimables préliminaires des mariages de l'Europe, ce n'est point la coutume; mais il ne faudrait pas croire qu'on se marie toujours ici les yeux fermés.
Les cérémonies du mariage varient selon que les époux sont riches ou pauvres, tartares ou chinois ; la chaise à porteurs y joue un grand rôle. Le mobilier s'envoie d'avance : couvertures piquées et brodées, vases d'ornementation, pendule, table carrée, table à thé, table de canapé, buire, objets de toilette, armoires doubles, etc., etc. Tous ces objets sont portés en procession sur des tablettes dorées, laquées, ou recouvertes de drap rouge ; mais les porteurs ne sont que des mendiants habillés pour la circonstance. Quelques membres de la famille accompagnent tous ces cadeaux jusqu'à la maison de l'époux. Au jour fixé, la fiancée monte dans unsuperbe palanquin pour serendreauprès de son mari ; fort probablement, c'est la seule fois de sa vie qu'elle aura un tel honneur. Les personnes qui se sont entremises pour le mariage, en dirigent aussi le rite, savoir : les prostrations des époux devant l'idole, ou devant la croix s'ils sont chrétiens, les prostrations devant les parents, le repas que les hommes et les femmes prennent séparément, enfin toutes les cérémonies d'usage. Des matrones épilent le front de la mariée et lui arrangent la chevelure, selon qu'elle est tartare ou chinoise ; après avoir bien festoyé, on laisse les époux. Le lendemain, nouvelle fête, nouveaux repas ; quel-
. . , , , . . r 2. 1 DAME TARTARE DE PEKING.
quefois cela dure huit jours, et souvent les
mariés, qui défraient tout le monde, n'y perdent rien, car chacun doit apporter un
PEKING
cadeau en argent ; le moindre est d'un franc, les repas consommés se trouvent ainsi payés.
LES FÊTES. Le jour de l'an. — Les fêtes sont peu nombreuses à Péking, même la fameuse fête des Lanternes n'a rien de bien curieux. Chaque trimestre, on fait les sacrifices aux ancêtres et on paie ses dettes, ou au moins on essaie de s'arranger avec ses créanciers ; il n'y a guère de Chinois sans dettes ou sans créances. C'est principalement dans les derniers jours de l'année que l'on court après ses débiteurs. Jusqu'au milieu de la nuit qui précède le jour de l'an, on se dispute, on se bat, on s'injurie ; minuit sonné, c'est fini, le droit d'insister cesse et
on estlibre jusqu'àlaprochaine
fois; les gens qui venaient de se maudire et de se souhaiter les choses les plus abominables, se saluent, se font mille politesses, et se souhaitent mutuellement mille félicités. Devant les parents, les supérieurs, les mandarins, on fait la prostration triple ; devant les égaux, on se salue simplement en s'inclinant de manière à ce que les poings fermés et unis entre eux atteignent les genoux.
Tous les Chinois échangent des cartes de visite où le nom est imprimé en noir sur papier rouge ; cependant, si l'on est en deuil, un papier blanc légèrement teinté de jaune doit trancher sur la carte rouge, et porter seul les caractères. Pendant les fêtes du Ier jour de l'an, les boutiques sont toutes fermées ; les restaurants, les auberges ont portes closes, et on y fait un charivari infernal en frappant sur des gongs ou autres instruments peu harmonieux. Quant aux pétards, on en lance toute la nuit et toute la journée ; la poudre, que chacun peut fabriquer à sa guise, est à bon marché. Un superbe pétard à double effet, s'élevant et éclatant à 80 mètres, coûte un sou ! Les pièces d'artifice sont belles, entre autres ce qu'on appelle ici des boîtes. Ces boîtes, qui souvent mesurent 2 mètres de diamètre, sont suspendues en l'air par un échafaudage rudimentaire ; on allume le soir une mèche attachée à l'appareil, la machine se déploie d'elle même, il en sort une treille avec ses raisins, des caractères souhaitant le bonheur, une pagode, une tour, enfin quatre ou cinq tableaux fort jolis, le tout en feux de couleurs bien combinées ; le prix de ces boîtes, qui demandent une longue préparation, varie de 5 francs à 100 francs ; pour cette dernière somme, on a quelque chose de très beau. Pendant toutes les fêtes du ierde l'an, on ne fait que se promener, manger et tapager ; selon les diverses
I. LANTERNE A MAIN. —2. LANTERNE DE GRANDE PORTE. — 4. LANTERNE DE MARIAGE. — 5. LANTERNE DE TABLE. — 6. LAN- M INI. D'ESCORTE. — 3, 7, 8. LANTERNES DE DECORATION.
LES PELERINAGES.
industries, les réjouissances durent plus ou moins longtemps ; les hôtels ouvrent le troisième jour, les boutiques de comestibles le sixième, et les autres le seizième, ou même le vingtième seulement. C'est le temps des vacances.
LES PÈLERINAGES. — Vers le cinquième mois de l'année commencent les pèlerinages, qui ne sont qu'un prétexte pour se promener et s'amuser : les jours sont choisis et annoncés d'avance par les nombreuses pagodes environnant Péking dans un rayon de 30 kilomètres. Les jeunes gens désœuvrés, les marchands, les filous s'y donnent rendez-vous. On en revient le lendemain ou le surlendemain, rapportant un bâton fourchu, un petit panier, enfin un souvenir quelconque. Ces promenades sont peu intéressantes et peu sûres ; un jour, des Européens qui se trouvaient dans une pagode à pèlerinages, bien que prudemment retirés dans leur chambre, y ont été lapidés, et ne se sont sauvés qu'à grand' peine, poursuivis par une meute furieuse de vauriens de toute espèce. Le mois des pèlerinages est dangereux ; passé ce temps, les pagodes sont hospitalières, et on peut y séjourner agréablement pendant les chaleurs de l'été.
T ES OUVRIERS. — En Chine les ouvriers
se groupent en associations, sous un
chef
auquel ils obéissent. Un jeune homme, après ses trois ans d'apprentissage, passe ouvrier payé, mais il faut qu'il ait fait son stage dans l'association, sans quoi il ne peut trouver d'ouvrage. L'ouvrier maçon, le menuisier, le tailleur de pierres, le sculpteur sur bois, gagnent par jour de 1 fr. 75 à 2 francs, selon leur habileté. Le simple journalier ou manœuvre ne gagne que 70 centimes ; les uns et les autres versent de 40 à 50 centimes au chef de l'atelier pour leur nourriture, le reste constitue leur bénéfice. Si l'on retranche le temps des repas, du thé, de la pipe, de la sieste, un ouvrier ne travaille que huit heures. On trouve des artisans habiles, et quand on connaît bien la langue, on s'arrange facilement avec eux ; ceux qui travaillent le fer sont seuls très inférieurs aux ouvriers d'Europe, les autres les égalent quelquefois. L'ouvrier mange du riz, du millet, clés galettes de farine et bien rarement de la viande ; comme tout Chinois il est joueur et perd souvent la nuit ce qu'il gagne pendant le jour ; cependant on en trouve de rangés, de sobres, d'économes, qui avec leurs bénéfices font vivre toute une famille. Les grèves ne sont point inconnues en Chine, et plus d'une fois des bandes de menui-