‹ Péking, histoire et descriptionChapitre 20 sur 239 · SAINT THOMAS · texte numérisé non relu

SAINT THOMAS

N homme vraiment extraordinaire fonda la dvnastie des Tsin (24; av. J.-C.) ; il se nommait Tsin-che-hoang-ti. Le premier il osa prendre le nom de Hoaug-ti, qui signifie « roi des rois ». En quelques années il fit la conquête de toute la Chine alors divisée en huit royaumes, qu'il réunit sous sa domination. Le roi de Yen, dans sa ville de A'/, notre Péking actuel, ne pouvait résister à un si terrible adversaire ; il fut obligé de s'enfuir et de se retirer dans le Léao-toung. Sa petite capitale fut pillée et complètement détruite.

Tsin-che-hoang embellit Ti/i'aiic'-nctiu (Si-ngan-fou), où se trouvait sa cour, et fit construire des routes militaires et des forteresses dans tout l'empire. Avec une armée de plus de six cent mille hommes, il parvint à affermir sa puissance, surtout dans le nord, de telle sorte que les innombrables cavaliers tartares ne purent l'entamer. Il fut un des plus grands empereurs de la Chine, mais aussi un des plus détestés ; sa mémoire est encore en exécration parmi les Chinois. Cet empereur était d'une cruauté inouïe, et l'histoire rapporte qu'il fit tomber plus d'un million quatre cent mille têtes.

La 28e année de son règne, l'an 217, les lettrés se révoltèrent contre lui ; ils le considéraient, à bon droit, comme un tyran sanguinaire ; mais ce qui les exaspérait surtout, c'était de voir ce souverain mépriser les anciens usages, méconnaître le passé et ne faire dater la Chine que de son règne. Les remontrances qu'ils se per-

PEKING

mirent furent mal accueillies, et Tsin-che-hoang déclara aux lettrés une guerre d'extermination ; il en fit mettre à mort un très grand nombre, et, en l'an 213, il

promulgua un édit par lequel il ordonnait de brûler tous les livres. Il avait alors pour premier ministre Lisse, qui fut un des principaux instruments dont il se servit pour essayer d'anéantir les lettrés ; cependant, c'est à ce ministre que l'on doit les caractères chinois encore en usage, et qui portent son nom. Le terrible édit ne fut point exécuté dans toute sa rigueur ; car, si les livres historiques parlant des anciens empereurs furent condamnés sans pitié, ceux qui traitaient de l'agriculture, de la littérature et des arts furent en partie épargnés. Les plus précieux ouvrages purent être conservés, grâce au dévouement de quelques courageux lettrés. L'histoire nous a transmis le nom du plus célèbre, Fou-cheng, qui cacha dans un des murs de sa propre maison les livres sacrés et les classiques. C'était risquer sa vie, car les ordres de l'empereur étaient formels. Sa maison fut détruite, son village réduit en cendres ; mais à la mort du tyran, Fou-cheng revint et eut le bonheur de retrouver dans les décombres les inappréciables écrits que son zèle avait sauvés de la ruine. Il mourut dans un âge très avancé, et sa mémoire est restée en vénération.

Les petites principautés du nordest de la Chine, d'abord feudataires des Tcheou, s'étaient, vers la fin de cette dynastie, constitués en royaumes indépendants. Pour se protéger contre les incursions des Tartares, leurs rois avaient élevé des murailles d'une étendue assez considérable.

Vers l'an 303, le roi de Ts'in en construisit une au nord de la province actuelle du Chen-si ; les rois de Tchao et de Yen (Péking) en bâtirent une autre au nord du Chan-si et du Pé-tché-ly ; mais toutes ces fortifications n'étaient que des murs ordinaires déjà fort endommagés après un siècle d'existence. Il était réservé à Ts'in-c/w-hoang da répa-

i:i HO rG. 1 lUAN-SIAO-T'AN.)

DYNASTIE DES TS'IN

rer, de reconstruire et de réunir toutes ces murailles. Ce travail est un des plus gigantesques qui aient été exécutés par l'homme, et laisse, bien loin derrière lui les fameuses pyramides d'Egypte. C'est la 33e année de son règne, l'an 214, que Ts'mche-hoang donna l'ordre" de construire cette Grande Muraille, telle qu'on la voit indiquée sur les cartes géographiques et que les Chinois appellent « la muraille de 10,000 li, ouan-li-tch 'ang tciïeng. •>

Le général Moung-t'ien, après avoir refoulé les Tartares dans le nord et soumis toute la Chine, à la tête d'une armée de 300,000 hommes, fut chargé de diriger la construction de la Grande Muraille et de maintenir l'ordre parmi les travailleurs. Plusieursmillionsd'hommes de toutes les provinces furent employés, et quatre cent mille, dit-on, y périrent !

Ni l'empereur Tsin-che-koang, ni son successeur ne virent la fin des travaux, qui durèrent dix ans. La muraille fut terminée l'an 205, au temps du rebelle TcJi ou-pa-ouang ; mais toute la gloire de cette immense entreprise revient au grand monarque, fondateurdeladynastie.

D'après les livres chinois, « la hauteur de cette grande muraille était de vingtcinq à trente pieds, son épaisseur de vingt pieds, et six cavaliers pouvaient y marcher de front. Les tours, dequarante pieds d'élévation, n'étaient éloignées l'une de l'autre que d'un jet d'arc, c'est-à-dire d'environ cent pieds. Les matériaux employés, lapierre de taille et la brique, étaient si bien joints entre eux qu'on n'aurait pu enfoncer un clou dans les interstices. Des portes de fer, surmontées de fortins, fermaient les principaux passages ; l'extrémité orientale entrait assez avant dans la mer, où l'on avait coulé d'énormes vaisseaux pour servir de pilotis. »

On peut suivre, presque sans la perdre de vue, la Grande Muraille depuis Tchangkia-k'eou (Kalgan) au nord-ouest de Péking, jusqu'à Chan-haè-kouan, point extrême

de l'est.

A dix lieues de Pékino-, vers le nord, on rencontre la ville ou plutôt la passe de

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