‹ Péking, histoire et descriptionChapitre 205 sur 239 · BROUETTE A MAIN · texte numérisé non relu

BROUETTE A MAIN

Les pauvres gens sont obligés de porter eux-mêmes des fardeaux souvent énormes. On rencontre parfois de braves montagnards.chargés d'une hotte immense de charbon de bois, traversant pendant deux ou trois jours les montagnes de l'ouest pour venir à Péking vendre leur marchandise. Un voyage qui dure six jours leur rapporte à peine deux francs de bénéfice net. Ils se nourrissent en route de petit millet cuit à l'eau et placé dans une musette. En hiver, ils cassent avec un caillou cette triste nourriture, gelée par un froid de vingt degrés qu'il n'est pas rare d'avoir à supporter dans ces montagnes.

CHEMINS DE FER. — Il y a 25 ans, le ministre de France exposait un jour au prince Koung toute la théorie et la pratique des chemins de fer ; après avoir écouté attentivement, le prince dit au ministre : «J'ai fort bien compris, vous vous servez en Europe de chemins de fer pour vous rendre d'un point à un autre ; en Chine, nous obtenons absolument le même résultat avec nos voitures ; nous n'allons pas si vite, c'est vrai, mais... nous ne sommes pas pressés!» Aujourd'hui, on n'en est plus là, un chemin de fer stratégique va de Tien-tsin à Ckan-hal kouan en passant par Ta-kou. Les Chinois s'en servent volontiers, et peut-être verrons-nous d'autres lignes plus importantes ; mais bien des années passeront avant que la Chine soit sillonnée comme l'Europe par les voies ferrées !

PEKING

ROUTES, TOURELLES Kl LO M ETRIQUES. — La Chine possède des routes impériales dans toutes les provinces. Au nord, elles sont larges, et de loin en loin une cabane ou une vieille tour sert de borne kilométrique. Devant ces tours sont construits des fourneaux en terre; autrefois ils servaient à faire des signaux au moyen de la fumée, pour appeler les troupes mongoles au secours de l'empire en péril. L'histoire rapporte qu'une impératrice s'étant donné un jour le plaisir de faire faire les signaux, toute la cavalerie mongole arriva à Péking, qui ne courait pas le moindre danger. Quelque temps après, l'empereur, étant attaqué, fit monter les colonnes de fumée, selon la coutume, mais pas un mongol ne vint au secours, et l'empereur perdit son trône. Jadis les routes impériales étaient belles ; aujourd'hui

AUNERGE.

tout est démoli, ruiné, raviné. En temps de pluie, elles sont impraticables ; en tout temps, mauvaises ; flaques d'eau, bourbiers, ornières, rien n'y manque et personne ne les répare jamais ; aussi presque toujours on les évite en passant par les champs voisins, que les propriétaires défendent comme ils peuvent en les parsemant de trous profonds qui font verser les voitures. Les routes de montagne sont également affreuses ; plus ou moins taillées dans le roc, elles n'ont souvent qu'un mètre de large, c'est juste suffisant pour le passage d'une mule ; quand on craint une rencontre, on s'avertit de loin par des cris. Le rocher est poli par les sabots des animaux, à la moindre pluie on glisse et on tombe ; la pente est parfois presque verticale et la descente effrayante ; mais en laissant la mule suivre son instinct sans la toucher, sans la diriger, quoique sur un simple bât non sanglé, le voyageur ne court aucun risque.

LES AUBERGES. — En voyage, les étapes sont d'environ 25 kilomètres ; on en fait deux par jour. A chacune d'elles on s'arrête pour déjeuner ou pour coucher dans des auberges sales et dégradées. Elles sont composées d'une ou plusieurs cours réser-

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