RELATION DE RUBRUQUIS (CRITISH MUSEUM
mongols,
et
Afin de se rendre un compte exact des dispositions des princes toujours aussi dans l'espoir de les convertir à la foi catholique, le pieux roi de France, malgré son premier insuccès, se décida à envoyer une fois encore des missionnaires auprès des Tartares. Deux Franciscains furent choisis pour cette entreprise : c'étaient Guillaume de Ruysbroeck, plus connu sous le nom de Rubruquis, né dans le Brabant vers l'an 1220, et Barthélémy de Crémone. Saint Louis leur donna des lettres pour Sartay, autre fils de Batou, qui commandait les troupes les plus rapprochées de l'Occident.
Rubruquis adressa au roi très chrétien une relation détaillée de leur voyage, dont le texte nous a été conservé. Ils se rendirent d'abord à Constantinople, et de là s'embarquèrent sur un navire qui les conduisit à Soldaya (Soudac en Crimée). C'est là, ainsi que le faisaient les marchands qui se dirigeaient vers les pays du nord, que Rubruquis organisa sa petite caravane. Elle se composait.outre les deux Franciscains, d'un interprète, d'un guide, d'un domestique et de deux conducteurs pour soigner les bœufs et les chevaux. Il se procura six chariots couverts pour porter leurs bagages ut les présents dont on lui avait bien recommandé de se munir, et de plus cinq chevaux pour eux et leur suite.
Les missionnaires eurent à souffrir sur toute la route des difficultés de tout genre, provenant du voyage et des vexations des Tartares toujours insatiables. « Depuis la ville de Soudac, dit Rubruquis, jusqu'à notre arrivée auprès de Sartak, pendant deux mois nous ne couchâmes dans aucune maison ni tente, mais en plein air ou sous nos chariots ; nous ne vîmes aucun village ni trace d'habitation, mais seulement des tombes de Comans en très grande quantité. » Parvenus au camp de Sartak, à trois journées en deçà du Volga, ils s'aperçurent bien vite que ce général n'était pas chrétien. Un nestorien puissant à la cour les introduisit auprès de l'officier chargé de présenter les ambassadeurs. Il fallut parlementer d'abord au sujet des cadeaux à
DYNASTIE DES YUEN
offrir. Les Franciscains dirent qu'ils n'avaient ni or ni argent, ni rien de précieux ; ce qui était bien l'exacte vérité. On voulut alors retenir leurs vêtements sacerdotaux ! Enfin ils furent présentés à la condition de s'en revêtir. Sartak admira la Bible donnée par le roi de France, et les enluminures du beau psautier donné par la reine. « Il prit dans sa main la croix et s'enquit si c'était l'image du Christ, et nous répondîmes que oui. Les nestoriens ne mettent jamais sur leur crucifix la figure du Christ, d'où il semble qu'ils comprennent mal la Passion, ou qu'ils en rougissent. Alors je lui présentai Vos lettres traduites en arabe et en syriaque, et nous nous retirâmes. »
Sartak ne voulut pas prendre sur lui d'y répondre et renvoya les missionnaires à son père Batou. Rubruquis ajoute en parlant de Sartak : « Croit-il au Christ ? je n'en sais rien ; ce que je sais, c'est qu'il ne veut pas qu'on dise qu'il soit chrétien, et qu'il m'a semblé plutôt en rire. »
Les deux religieux se remirent donc en route. « Quand je vis la cour de Batou, je fus étonné à l'aspect de ses habitations, semblables à celles d'une grande ville qui s'étendrait en long, avec de tous côtés à trois ou quatre lieues, une quantité de monde. Et, comme le peuple d'Israël, chacun sait à quel endroit il doit planter sa tente quand ils changent decampement.
Le lendemain, on nous conduisit près de Batou. Nous nous tînmes là nu-pieds et nu-tête, avec notre habit de religieux, grand sujet d'étonnement aux yeux de tous.
« Notre introducteur nous ordonna de nous mettre à genoux.
Je fléchis un genou comme devant un homme ; il me fit signe de fléchir les deux, ce que je fis pour ne pas l'offenser. Puisque jetais à genoux, je commençai par une prière, me mettant en la présence de Dieu : « Seigneur, luidis- » je, nous prions le Seigneur de qui procède tout bien, qu'après vous avoir donné » les biens terrestres il vous donne aussi les célestes, sans lesquels les autres ne sont » rien.» Il écouta attentivement, et j'ajoutai : «Sachez que pour sûr vous n'irez pas » au ciel si vous ne vous faites chrétien, car c'est la parole de Dieu : celui qui croira » et sera baptisé sera sauvé, mais celui qui ne croira pas sera condamné. » A ces mots il sourit un peu, et les autres Tartares commencèrent à battre des mains, se moquant de nous. Je dis ensuite : « Je me suis rendu d'abord auprès de votre fils, » parce que nous avions entendu dire qu'il était chrétien, et je lui ai apporté des » lettres de la part de mon maître, le roi de France. Votre fils m'a renvoyé à vous, » vous devez en savoir les motifs. » Alors il me fit lever et s'enquit de Votre nom, du mien, de celui de mon compagnon, et les fit mettre par écrit. » Quelque temps après