‹ Péking, histoire et descriptionChapitre 63 sur 239 · LE P. MATHIEU RICCI · texte numérisé non relu

LE P. MATHIEU RICCI

palais.

PEKING

Dès le lendemain les eunuques portèrent les présents à l'empereur, qui en fut ravi ; on n'avait jamais vu pareilles choses en Chine. Les Pères durent venir dans la seconde enceinte du palais, pour mettre en marche les pendules et indiquer aux eunuques la manière de les remonter ; quant à la grande horloge, le ministère des travaux publics reçut l'ordre de construire, dans un des jardins du palais, une tour en bois très haute et très élégante pour la placer. Elle coûta 1300 onces d'or. Le P. Pantoja apprit aux jeunes eunuques la manière déjouer du clavicorde, sur lequel ils exécutèrent bientôt une cantilène chinoise.

Mais, sans le vouloir et sans le savoir, les Pères avaient fait une grande faute en laissant offrir leurs présents par les eunuques ; cette cérémonie revenait de droit au tribunal des rites. Aussi, le président de ce tribunal, très irrité, fit arrêter les Pères, les retint trois jours en prison et les fit passer en jugement. Le P. Ricci n'eut point de peine à démontrer son innocence ; cependant on parlait encore de renvoyer ces étrangers, lorsque les eunuques s'y opposèrent : ils craignaient de ne plus pouvoir faire marcher les horloges après leur départ. Le Père Ricci présenta le 28 janvier 1601, à l'empereur, une requête ainsi rédigée : « Mathieu Ricci, votre serviteur, venu du grand Occident, s'adresse à vous avec respect, pour vous offrir des objets de son pays.

» Votre serviteur est d'un pays fort éloigné, qui n'a jamais échangé de présents avec la Chine. Malgré la distance, la renommée m'a fait connaître les remarquablesenseignementset les belles institutions dont la cour impériale a doté tous ses peuples. J'ai désiré avoir part à ces avantages, et demeurer toute ma vie au nombre de vos sujets ; espérant d'ailleurs n'être pas tout à fait inutile. Dans ce but, j'ai dit adieu à ma patrie et traversé les mers. Au bout de trois ans, après un voyage de plus de quatre-vingt mille stades, j'ai abordé enfin au Koîiang-toung.

» D'abord, ne comprenant pas la langue, j étais comme un homme muet. Je louai une habitation, et m'appliquai à l'étude du langage et de l'écriture — L'extrême bienveillance avec laquelle la glorieuse dynastie actuelle invite et traite tous les étrangers, m'a inspiré la confiance de venir droit au palais impérial. J'apporte des objets qui sont venus avec moi de mon pays. Ce sont une image du Maître du ciel, deux images de la Mère de Dieu, un livre de prières, une croix ornée de pierres précieuses, deux horloges sonnantes, une mappemonde et un clavecin européen. Tels sont les objets que j'apporte. Je vous les offre respectueusement.

» Sans cloute ils ne sont pas de grande valeur; mais venant de l'Extrême-Occident, ils paraîtront rares et curieux... N'ayant jamais été marié, je suis exempt de tout embarras, et n'attends aucune faveur. En vous offrant de saintes images, tout mon désir est qu'elles servent à demander pour vous une vie longue, une prospérité sans mélange, la protection du Ciel sur le royaume et la tranquillité du peuple.

LE IiOCI EUR LY LÉON.

DYNASTIE DES MING

» Je supplie humblement l'Empereur d'avoir compassion de moi, qui suis venu me mettre sincèrement sous sa loi, et de daigner accepter les objets européens que je lui offre...

» Autrefois, dans sa patrie, votre serviteur a été promu aux grades ; déjà il avait obtenu des appointements et des dignités. Il connaît parfaitement lasphèrecéleste, la géographie, la géométrie et le calcul. A l'aide d'instruments il observe les astres, et fait usage du gnomon ; ses méthodes sont entièrement conformes à celles des anciens Chinois. Si l'Empereur ne rejette pas un homme ignorant et incapable, s'il me permet d'exercer mon faible talent, mon plus vif désir est de l'employer au service d'un si grand prince. Toutefois je n'oserais rien promettre (vu mon peu de capacité). Votre serviteur reconnaissant attend vos ordres.

» Lettre respectueuse. »

L'empereur, bien disposéen faveur du P. Ricci, lui donna la permission de louer une maison à Péking et d'y rester. Le souverain ordonna de plus que les Pères recevraient du trésor les sommes nécessaires à leur entretien et à celui de leurs quatre serviteurs. Il désirait beaucoup les voir, mais les rites s'y opposaient ; on envoya donc les meilleurs peintres du palais pour faire leur portrait de grandeur naturelle ; ce qui permit au souverain de connaître, au moins en quelque façon, ces nouveaux étrangers.

Assuré de la protection du prince, le Père Ricci fit l'acquisition d'un terrain dans la ville tartare, non loin des grands tribunaux. Beaucoup de mandarins et de lettrés y étaient attirés par la curiosité ; d'autres y venaient pours'instruire des sciences mathématiques et naturrelles. Le P.

Ricci en profitait pour leur expliquer les principaux mystères de la foi et les amener au christianisme. Il se servait à cette fin de tableaux apportés d'Europe, qu'il avait placés dans un petit oratoire, où il introduisait les mieux disposés. En 1605, la mission comptait déjà plus de deux cents néophytes, parmi lesquels des personnages de

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